SAINT-LAMBERT
la question a été alMmlée. Voici la distinction à faire. Quand les vérités qui composent le domaine inteliectuel passent dans notre esprit pour la première fois , elles n'entrent pas toutes simultanément, elles entrent en se succédant : les unes précèdent, les autres suivent. Or toute vériié qui en précède une autre en peut être dite Torigine d'une certaine manière. Hais ce rapport entre deux vérités n'est pas le seul , n'est pas le plus sérieux qu'elles puissent soutenir entre elles. Si nous considérons non phis Tordre de ces deux vérités dans l'esprit , mais leur ordre dans les choses mêmes , nous pourrons découvrir que l'une est la raison et la condition d'existence de l'autre, en sorte que celle-ci ne soit point possible sans celle-là. Or toute vérité qui est ainsi principe par rapport à une autre peut encore en être dite lorigine d'une autre manière : dans le premier cas, il y a simplement origine chronologique; dans le second , il y a origine logique.
Appliquons cette distinction à la question qui nous occupe, et particulièrement à l'exemple cité précédemment. Quand je cherche si le particulier précède le général ou si le général précède le particulier, j'ai à voir s'il s'agit d'antériorilé logique ou chronologique. Par exemple , la vérité particulière : Deux arbres plus deux arbres font quatre arbres , est-elle l'antécédent de la vérité générale : Deux plus deux font quatre? et dans quel sens? La réponse ne saurait être douteuse. Mon esprit n'a pas conçu à prton et indépendamment de toute observation des objets sensibles la vérité générale : Deux plus deux font quatre; sans la connaissance empirique, il n'aurait jamais conçu le principe. 11 est donc évident qu'ici la vérité particulière précède la vérité générale dans l'ordrç de succession inlellectoelle , et doit en être dite l'origine ou l'antécédent chronologique. Mais si je considère sous un autre point de vue le rapport de la vérité générale et de la vérité particulière, je trouve que deux arbres plus deux arbres ne font quatre arbres que parce que deux et deux font quatre. La vérité particulière n'existe donc qu'en vertu de la vérité géixérale, qui en est alors le principe et la raison. Il n'est donc pas moins évident que , dans l'ordre même des choses , la vérité générale précède la vérité particulière , et doit en être regardée comme l'origiae ou l'antécédent logique. Si je prenais tout autre exieraple , pourvu qu'il fût choisi dans l'ordre des véritésgénéralesnécessaires, j'arriveraisau mêmerésuhat.
Ainsi il n'y a point de contradiction à soutenir que le général est l'origine du particulier, et le particulier l'origine du général : car toute vérité partieulière a pour origine logique une vérité générale, et touie vérité générale a pour origine chronologique Mie vérité particulière. Le particulier n'a point d'origine chronologique ; le général n'a point d'origine logique. Chaque ordre de vérités est primitif en tant