‹ Œuvres de Victor Cousin (volume 2)Chapitre 37 sur 141 · ACTUEL · texte numérisé non relu

ACTUEL

Question de la classification de nos principes moraux.

Classification de nos principes moraux d'après la distinction de leur contingence ou de leur nécessité.

Théorie des principes moraux eontingerUs,

Dans la classe des principes moraux contingents on peut ranger des faits qui ne sont point des principes, mais des sentiments , des mouvements , des instincts , que leur contingence , leur variabilité , rapprochent des principes moraux contingents.

Instincls moraux.

Expansion : Pitié , sympathie , etc.

Concentration : Horreur du malaise, amour du plaisir, amour de soi.

Principes moraux conlingents.

Les principes moraux contingents, les maximes générales relatives à la morale, ne sont que la passion généralisée , Tinstinct érigé en principe rationnel.

Les principes généraux qui se rapportent à Tinstinct d'expansion forment ce qu'on pent appeler la morale du sentiment , morale mobile et non obligatoire. — Morale de la pitié , de la sympathie , de la bienveillance considérée comme sentiment.

Les principes généraux qui se rapportent à l'amour de soi constituent le système de l'amour - propre , la morale de l'intérêt , morale mobile et non obligatoire.

Énonciation du principe fondamental de la morale de l'intérêt : Ne considérer une action à faire que dans ses conséquences relatives au bonheur personnel.

Énumération des principes généraux les plus importants qui composent la morale de l'intérêt : Faire le bien, éviter le mal dans l'espoir ou la crainte des récompenses ou des châtiments humains : faire le bien, éviter le mal dans l'espoir ou la crainte des récompenses ou des châtiments célestes : faire le bien, éviter le mal dans la crainte du mépris , même des remords, pour recueillir les plaisirs d'une bonne conscience et le bonheur intérieur.

Théorie des principes nécessaires.

Qu'il y a en nous un principe moral nécessaire, universel , qui embrasse tous les temps, tous les lieux , le possible comme le réel. — Principe du juste et de l'injuste, du bien et du mal. — Ce principe éclaire les actions et les qualifie. Raison morale.

Caractère spécial de ce principe : L'obligation. De là la loi morale.

Énonciation de la loi morale : Fais le bien pour le bien; ou plutôt : Yeux le bien pour le bien. La loi morale s'applique aux intentions.

Le principe moral étant universel, le signe, le type extérieur auquel on reconnaît qu'une résolution est conforme à ce principe , est l'impossibilité de ne pas ériger le motif immédiat de cette résolution en une maxime de législation universelle. Casuistique morale.

Des différentes applications de la raison morale, c'est-à-dire desdifiérents devoirs. Devoirs envers Dieu, quand son existence est connue ; envers les autres , envers nous-mêmes. Égalité des devoirs.

Les devoirs envers nous-mêmes sont aussi vrais que les autres, parce qu'ils ne se rapportent point au moi sensible , individuel , mais à l'homme, à la dignité de la personne morale, qui seule a des devoirs; et dans ce sens, tous les devoirs sont des devoirs envers nousmêmes.

De la liberté.

La loi morale implique logiquement une volonté libre. Le devoir suppose le pouvoir. Placé entre la passion qui l'entraîne et la loi morale qui lui commande, l'homme devait être pourvu d'une force de résolution volontaire qui pût résister à l'une et obéir à l'autre. Corrélation de la liberté et de la loi dans l'économie morale.

De plus la liberté est un fait psychologique.

Analyse de l'action libre. L'énergie volontaire et libre ne tombe pas sous le rapport de causalité, mais en est le sujet, le fondement, la dernière raison. Distinction de la volonté et du désir. Désir , modification passive du moi ; liberté , force propre de l'homme.

La liberté regarde la vertu, comme le désir regarde le bonheur : sphère du bonheur, sphère de la vertu.

Principe du mérite et du démérite.

Non-seulement nous aspirons sans cesse au bonheur, comme êtres sensibles, mais quand nous avons bien fait, nous jugeons, comme êtres intelligents et moraux, que nous sommes dignes du bonheur. — Principe

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nécessaire du mérite et da démérite , origine et fondement de toutes nos idées de châtiment et de récompense; principe sans cesse confondu ou avec le désir du bonheur ou avec la loi morale.

Voilà pourquoi la question du souverain bien n'a pas encore été résolue. On a cherché à une question complexe une solution unique, parce qu'on n'avait point les deux principes capables de la r^oudre complètement.

Solution épicurienne : Satisfaction du désir du bonheur.

Solution stoique : Accomplissement de la loi morale.

La véritable solution est dans l'harmonie de la vertu et du bonheur mérité par elle ; car les deux éléments de la dualité ne sont pas égaux. Le bonheur est la conséquence ; la vertu est le principe. Elle n'est pas le bien unique , mais elle est toujours le bien suprême.

Question du bien et du mal moral et physique.

La somme du bien moral l'emporte incontestablement sur celle du mal, car la société subsiste ; mais de grands philosophes , Kant , par exemple , ont pensé que la somme du mal physique l'emporte sur celle du bien , surtout dans la destinée de l'homme d'honneur.

En effet, la vertu n'existe qu'à ce titre que les passions seront combattues et surmontées.

Quand la sympathie nous entraîne à soulager un infortuné , cette action a quelque chose de délicieux , car loin d'être le sacrifice d'une passion , elle est l'ouvrage d'une passion. Beau moral. Mais nous n'avons pas toujours une passion naturelle au service de la loi morale ; presque toujours il faut sacrifier nos affections naturelles. Combat moral. Tristesse de l'homme. Sublime moral.

Mais quand le mal physique serait encore plus considérable, et quand il faudrait continuellement se déchirer les entrailles, il faudrait continuellement obéir à la loi morale ; car la loi morale est indépendante de la sensibilité.

De même, en présence de la vertu malheureuse, le principe du mérite et du démérite prononce encore que le bonheur est dû à la vertu.

Situation morale de l'homme sur la terre.

PRmiTnp.

La question du primitif moral est la même qu'en métaphysique , et elle a la même solution.

11 faut aussi y distinguer le primitif logique du primitif psychologique.

Principes contingents.

Les principes contingents instinctifs n'ont pas de

primitif logique, comme certains principes contingents de la métaphysique , tels que la croyance naturelle h la stabilité des -lois de la nature. Les principes contingents intéressés ont un primitif logique dans la succession des faits individuels et déterminés dont ils sont Itl somme.

Tous les principes contingents ont un primitif psychologique dans un fait individuel et déterminé , savoir une modification passive du moi.

Principes nécessaires.

Point de primitif logique. — Primitif psychologique dans un fait individuel complexe.

Description du fait complexe individuel. Une partie éminemment individuelle, empirique; une autre partie absolue ; l'une relative au moi , l'autre à la personne morale.

Élimination de la partie empirique ou du moi. Dégagement de la partie absolue ou de la personne morale.

Abstraction immédiate qui dégage l'absolu du variable, distincte de l'abstraction comparative qui engendre le principe général contingent.

L'absolu ne regarde point le moi , l'individu, quoiqu'il apparaisse dans l'individu , dans le moi. Aussitôt que l'absolu moral a été dégagé du variable passionné, il apparaît sous un type universel et pur , embrassant tous les temps, tous les lieux, tous les êtres, le possible comme le réel.

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