‹ Œuvres de Victor Cousin (volume 2)Chapitre 51 sur 141 · SUR LE VRAI SENS DU COGITO, ERGO SUM · texte numérisé non relu

SUR LE VRAI SENS DU COGITO, ERGO SUM

sérëre, plus on moins profond de Tesprit humain et de ses facultés. Il appartenait au plus grand philosophe du dernier siècle de marquer le caractère de la philosophie moderne dans le titre même de sa propre philosophie. Le système de Kant est appelé une mtique. Les deux autres écoles européennes « Técole de Locke et Técole de Reid , toutes deux fort au-dessous de récole de Kant , et par Finfériorité du génie de leurs chefs et par Finfériorité des doctrines , toutes deux bien différentes entre elles et par les principes et par les conséquences , se lieqt à celle de Kant , et tiennent Fune à Fautre par Fesprit de critique et d'analyse qui les recommande.

Mais autant ces trois grandes écoles se rapprochent par Fesprit général qui les anime, autant elles différent par leurs principes positifs ; et la raison de cette différence est le point de vue particulier sous lequel chacune d'elles a considéré la philosophie. Toutes les questions philosophiques pouvant se réduire à trois grandes questions : pour Fobjet, à la question de Fabsolu et de la réalité des existences; pour le sujet, à celles de Factuel et du primitif, la faiblesse de Fesprit humain , qui se trouve dans les esprits les plus forts , ne permit point à Locke , à Reid et à Kant de porter également leur attention sur ces trois questions, et la dirigea sur une seule; or, Locke, Reid et Kant prirent tous trois une question différente ; de sorte que , par une faulité assez étrange , chacune des trois grandes questions qui partagent la métaphysique devint Fobjet spécial et la possession exclusive de chacune des trois grandes écoles du xvui* siècle ; Fécole de Locke aspire à Forigine des connaissances; Fécole écossaise recherche plutôt les caractères actuels que présentent les connaissances humaines dans Fintelligence développée ; et Fécole de Kant s'occupe surtout

de la légitimité du passage du sujet à Fobjet. Je ne veux pomt dire que chacune de ces trois écoles n'ait agité qu'un seul problème ; je veux dire que chacune d'elles s'est occupée plus spécialement d'un"problème particulier , et que c'est la manière dont elle a résolu ce problème qui la caractérise éminemment. Tout le monde convient que Locke a méconnu plusieurs des caractères actuels des connaissances humaines; Reid ne dissimule point que la question de leur origine lui importe assez peu ; et Kant se contente d'indiquer en général la source de la connaissance humaine sans rechercher Forigine spéciale de chacun des principes intellectuels, des célèbres catégories qu'il établit et dont il mesure la portée. Or , il me semble qu'en suivant cette division parallèle des questions et des écoles philosophiques , on envisagerait l'histoire de la philosophie sous un aspect nouveau ; dans les trois grandes écoles modernes on pourrait étudier et approfondir les trois grandes questions philosophiques ; chacune de ces trois écoles, bornée et incomplète en elle-même , s'étendrait et s'agrandirait par le voisinage des deux autres ; opposées , elles nous révéleraient leurs imperfections relatives ; rapprochées , elles se communiqueraient ce qui manque à chacune d'elles. Ce serait une étude intéressante et instructive de pénétrer les vices des écoles modernes en les mettant aux prises l'une avec Fautre , et de recueillir leurs divers mérites dans le centre d'un vaste éclectisme qui les contiendrait et les compléterait toutes les trois. La philosophie écossaise nous démontrerait les vices de la philosophie de Locke; Locke servirait à interroger Reid sur des questions qu'il a trop négligées ; et l'examen du système de Kant nous introduirait dans les profondeurs d'un problème qui a échappé aux deux autres écoles.

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