FAIT DE CONSCIENCE
OU
DE LA SPONTANÉITÉ ET DE lA RÉFLEXION.
Les connaissaoces humaines peuvent se considérer, soit à leur origine et dans leurs caractères primitifs ; soit dans leur développement et dans leurs caractères actuels.
Or, je dis que toute connaissance primitive est spontanée, et toute connaissance développée réfléchie.
D'où il suit que toute connaissance primitive est positive, indistincte, obscure, et que toute connaissance développée est négative, distincte et claire.
D'où il suit encore qu'autre chose est le point de départ, autre chose est la base de la philosophie ; car si la philosophie ne veut point s'abjurer elle-même, elle doit partir de la réflexion pour partir de La lumière ; et si La philosophie veut porter sur quelque chose, elle doit se présupposer une base à elle-même dans un fait nécessahrement obscur, parce qu'il est antérieur à toute réflexion.
Quel est-il donc ce fait primitif, enseveli sous les ténèbres qui environnent le berceau de la pensée? Mais qu'est-ce d'abord que la réflexion, et que contient-elle?
La réflexion etô la pensée libre , suspendant le mouvement naturel qui la développe pour ainsi dire en ligne droite , et se repliant sur elle-même dans l'intérieur même de la pensée qu'elle aperçoit nettement, parce qu'elle la considère distinctement , c'est-à-dire divisée en deux parties, savoir : la pensée en tant qu'elle se replie sur elle-même et se contemple, et la pensée en tant qu'elle est contemplée.
La pensée qui contemple est le sujet de la réflexion ; la pensée contemplée en est l'objet.
Ainsi point de réflexion sans un sujet et un objet ; de là l'axiome : Point d'objet sans sujet, point de sujet sans objet.
Dans la réflexion , le sujet et l'objet sont distincts l'un de l'autre, parce qu'ils sont opposés l'un à l'autre.
Le sujet ne se distingue de l'objet qu'en se l'oppo-
sant, c'est-à-dire qu'en s'aflirmant et en se niant à la fois.
Le sujet s'affirme, se pose lui-même, et dit 4b ou MOI ; mais en même temps qu'il se pose , il s'oppose l'objet , lequel dans son opposition au sujet moi , est appelé Nor«-MOi. Le sujet ne se pose donc qu'en s'opposant quelque chose, et il ne s'oppose quelque chose qu'en se posant.
Le MOI se nie en affirmant le non-moi; il nie le NON-MOI en s'affirmant lui-même, et c'est à cette négation réciproque qu'est due la lumière qui éclaire l'acte réfléchi.
• Le MOI et le non -moi bous sont donnés simultanément et distinctement dans une opposition , dans une limitation réciproque.
Les deux termes de cette opposition sont deux phénomènes qui paraissent et qui s'éclipsent l'un avec l'autre et l'un par l'autre.
Phénomène, relatif, variable, contingent, fini, toutes expressions synonymes.
Or, en même temps que nous apercevons le phéno* mène, le relatif, le variable , le fini , nous concevons et ne pouvons pas ne pas concevoir son contraire, l'infini, l'immuable , l'éternel ; de là l'axiome : Point d'infini sans fini, point de fini sans infini.
L'infini par rapport au fini est l'être absolu , théâtre immobile de ce phénomène agité, de cette lutte du moi et du NON-MOI qu'on appelle la vie.
Le MOI c'est l'individualité , le non-moi c'est la multiplicité ou la pluralité, l'être c'est l'unité absolue.
L'infini, l'être par excellence, l'unité absolue, contient dans son sein le moi et le non-moi, la dualité primitive, et de son reflet lui communique l'unité qui la rend possible, unité de conscience qui devient l'unité de connaissance , laquelle devient l'unité de proposition.
Or, comme dans les développements les plus élevés