‹ Œuvres de Victor Cousin (volume 2)Chapitre 64 sur 141 · DE TENNEMANN · texte numérisé non relu

DE TENNEMANN

(!*' SEPTEMVai 1819.)

La philosophie n'a aujourd'hui que l'une de ces trois choses à faire :

Ou abdiquer, renoncer à l'indépendance, rentrer sous l'ancienne autorité , revenir au moyen âge ;

Ou continuer à s'agiter dans le cercle de systèmes usés , qui se détniisent réciproquement ;

Ou enfin dégager ce qu'il y a de vrai dans chacun de ces systèmes , et en composer une philosophie supérieure à tous les systèmes , qui les gouverne tous en les dombant tous , qui ne soit plus telle ou telle philosophie, mais la philosophie elle-même, dans son essence et dans son unité.

Le premier parti est impossible. D'abord , la philosophie n'est qu'un effet , et non pas une cause. L'indépendance et pour ainsi dire la sécularisation de la pensée viennent du progrès général de l'esprit d'indépendance et de la sécularisation de toutes choses, état, science, art, industrie. Ainsi posée, la question est aisément résolue. Quel vent pourrait aujourd'hui déraciner cet arbre qui a poussé au milieu des orages , et qui a grandi , arrosé du sang et des larmes de tant de générations?

La civilisation moderne ne peut reculer, ni par conséquent la philosophie qui la représente. Là est la

vanité de l'école théocratîque. La théocratie est le berceau légitime des sociétés naissantes , mais elle n<a les accompagne point dans le progrès de leur développement, progrès nécessaire qui dérive de la nature des choses ; et comme la nature des choses ne peut pas être séparée des desseins de la Providence , il suit que toute lutte contre la nature des choses est dirigée contre la Providence ellennême, et qu'ainsi l'entrer prise d'arrêter k civilisation et d'éteindre la philosophie est une gageure contre Dieu lui-même , que tout l'esprit du monde ne saurait gagner. Et puis, quel esl le fondement de l'altière polémique de la théocratie coAtre la philosophie? Tout le monde le sait aujour.d'hui : Un paralogisme. C'est avec la raison qu'ils attaquent la raison , invoquant ainsi l'autorité même qu'ils combattent et qu'ils entreprennent de convaincre d'impuissance. Un peu de rigueur et de conséquence a conduit l'école théocratique à réprouver non plus tel on tel système philosophique , mais l'esprit commun de tous les systèmes , à savoir la libre réflexion , c'est4r dire la philosophie elle-même. Plus de rigueur et de conséquence encore la pouss^ait au scepticisme absolu, ou la ramènerait à la philosophie. Sans doute , après les grands mouvements qui , dans ces derniers temps ,

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