‹ Œuvres de Victor Cousin (volume 2)Chapitre 80 sur 141 · LETTRE · texte numérisé non relu

LETTRE

POUR M. L'ABBiS mCAISE.

« A Hanover, ce 5 de Juin 1692 (1).

« Le beau présent de vos Sirènes (t) m'avait déjà mis au nombre de ceux qui vous sont redevables eu

la copie de Lyon. — (s) Cette dissertation avait paru en ia9l, in-4«.

CORRESPONDANCE DE LEIBNITZ ET DE LABBÉ NICAISE

leur particulier ; mais Thonneur que voua m'avez fait, monsieur , de m'écrire une lettre des plus obligeantea et dea piua instructives, augmente extrêmement le degré d'obligation que je vous ay et me rend un peu confus , lorsque je pense que j'auray de la peine à m'acquitter de mon devoir , à cause de la stérilité de ces pays en matière des belles-lettres.

c Je communiquay à monseigneur le duc de Wolfenbutel (i) vostre sçavante dissertation des Sirènes et il m'en >sçut bon gré ; car ce prince aime et connoit ces beautés. Si vous voulez faire savoir quelque chose à M. Spanheim , j'en seray bien aise , afin que ce soit au moins par là que je puisse estre utile en quelque façon. Vous m'avez réjoui en m'apprenant que M. Tabbé Nazari (%) (que j'ay eu Thonneur de connoistre à Rome) se charge de donner au public les belles remarques de M. Auzout (5) sur Vitruve et sur Frontin. On m'avoit dit que M. Auzout avoit laissé ces papiers à M. le prince Borghèse , qui Testimoit et qui sera ravi de contribuer à la publication. Vous sçaurez mieux , monsieur, ce qui en est, et où seront devenus les livres de M. Auzout, parmy lesquels il y en avoit beaucoup qu'il n'est pas aisé de trouver ; il avoit fait mille remarques curieuses, qui n'avoient aucun rapport à Vitruve ni à Frontin, qu'il faudroit aussi tâcher de conserver.

c J'ay bien de l'obligation à M. le président Cousin(4), qui ne dédaigne pas de mettre quelques-unes de mes productions dans son Journal des SçavanU , dont les rapports qu'on y fait des livres de toutes sortes de matières sont extrêmement solides et judicieux. J'exeepteroîs pourtant l'endroit où il parle trop avantageusement de ce qu'il y a de moy joint à l'exceÛent ouvrage de M. Polisson , si je ne savois qu'on le doit prendre pour l'efiect de l'honesteté dont on use envers les étrangers. Je considère aussi qu'on auroit grand tort de s'attribuer les honneurs qu'on reçoit lorsqu'on se trouve en compagnie d'un grand personnage. Ainsi, je me fais justice et je comprends fort bien que l'honneur dû à M. Polisson a rejailli en quelque façon sur moy.

c J'honore (5) infiniment monseigneur l'évéque d*Avranches , et je vous supplie , monsieur, de le luy témoigner quand l'occasion s'en présentera. Un de mes amis de Brème m'ayant envoyé le livre de M. Swe-

(1) Antoine Ulrich, duc de Brunswick-Wolfenbuttel , mort en 1714.

(s) La Revue des deux Bourgognes contient beauconp de petites leçons légèrement diflfërentes de celles de noire manuscrit. Je noterai seulement les moins insignifiantes. Ici • par exemple , la Revue des deux Bourgognes donne : Mons. Tabbé Marani que foi connu à Rome.

(3) Un des premiers membres de TAcadémie des scien • ces de Paris , mort en 1691 .

(4) Louis Cousin , président à la cour des monnaies de

COtJSlN. — TOME II.

ling (g) (qui y est professeur) contre la censure de cet illustre prélat , pour en avoir mon sentiment , je répondis que la meilleure réponse que messieurs les cartésiens pourroient faire , seroit de profiter des avis de M. d'Avranches , de se défaire de l'esprit de secte tou-* jours contraire à l'avancement des sciences, de joindre à la lecture des excellents ouvrages de M. Descartes, celle de quelques autres grands hommes anciens et modernes , de ne pas mépriser l'antiquité où M. Descartes a puisé une bonne partie de ses meilleures pensées ; de ne se pas attacher à un babil inutile des petits corps ,, dont la texture est encore en effect et le plus souvent une qualité occulte à nous , de s'attacher aux expériences et démonstrations , au lieu de ces raisonnements généraux , qui ne servent qu'à couvrir la fainéantise et à parler des choses qu'on ne sçait pas ; de tâcher de faire quelques pas en avant et de ne pas se contenter d'estre des simples paraphrastes de leur maistre; de ne pas négliger ou mépriser l'anatomie, l'astronomie , l'histoire , les langues , la critique , faute d'en savoir l'importance et le prix ; de ne se pas imaginer qu'on sçait tout ce qu'il faut ni tout ce qu'on peut espérer, enfin d'estre modestes et studieux , pour ne se pas attirer ce beau mot à'ignoranlia inflat. J'adjoutay que je ne sçay comment et par quelle étoile , dont l'influence est ennemie à toutes sortes de sectes, messieurs les cartésiens n'ont presque rien fait de nouveau , et que presque toutes les découvertes ont esté faites par des gens qui ne le sont point. Je ne connois que les petits tuyaux de M. Rehaut, qui méritent le nom d'une découverte d'un cartésien. 11 semble que ceux qui s'attachent à un seul maistre abaissent leur esprit par cette manière d'esclavage et ne conçoivent presque rien qu'après luy. Je suis sûr que si M. Descartes avoit vécu , il nous auroit donné une infinité de choses importantes ; ce qui fait voir ou que c'estoit plutost son génie que sa méthode qui lui faisoit faire des découvertes , ou bien qu'il n'a pas publié sa méthode. En effet , je me souviens d'avoir lu dans une de ses lettres qu'il a voulu seulement écrire un discours de sa méthode et en donner des échantillons , mais que son intention n'a pas esté de la publier. Ainsi , messieurs les cartésiens, qui croyent d'avoir la méthode de leur maistre, se trompent bien fort. Cependant je m'imagine que cette méthode n'estoit pas aussi par- Paris , chargé de la direction du JoumaX des Savanls , depuis le 19 novembre 1687 jusqu'à la fin de 1701; mort le 26 février 1707, membre de l'Académie française.

(5) Ce paragraphe sur Descartes se retrouve , mais fort abrégé, dans une lettre imprimée de Leibnitz, datée du 19 d'avril 1692, et qu'on voit au tome V de l'édition de Dutens, page 73.

(a) Outens donne également Sweling. La Remie des deux Bourgognes : Siceling.

FRAGMENTS PHILOSOPHIQUES

faite qu'il estoil bien aise de faire eroire aux gens. Je * le juge par sa Géométrie ; c'estoit son fort , sans doute ; cependant nous sçayons aujourd'liuy qu'il s'en faut infiniment qu'elle aille aussi loin qu'elle devroit et qu'il disoit. Les plus importants problèmes ont besoin d'une nouvelle façon d'analyse (i) toute différente de la sienne , dont j'ay donné moy-méme des échantillons. Il semble que M. Descartes n'avoit pas assez pénétré les importantes découvertes de Kepler sur l'astronomie, que la suite des temps a vérifiées. Son homme est extrêmement différent de l'homme véritable, comme M. Stenon (t) et tant d'autres ont montré. La connoi»sance qu'il avoit des sels et de la chymie , étoit bien maigre , et cela est cause que ce qu'il en dit , aussi bien que des minéraux , est fort médiocre et peu solide. La métaphysique de cet auteur, quoiqu'elle ait quelques beaux traits , est mêlée de grands paralogismes , et a des endroits bien foibles. J'ay découvert la source de ses erreurs sur les règles du mouvement ; et quoique j'estime extrêmement sa physique, ce n'est pas que je la tienne véritable (excepté quelques matières particulières) , mais parce que je la considère comme un admirable modèle et échantillon de ce qu'on pourroit et devroit bastir maintenant sur des principes plus solides que les expériences nous ont fournis depuis. En un mot , j'estime infiniment M. Descartes ; mais bien souvent il ne m'est pas permis de le suivre. J'ai fait autrefois des remarques sur la première et seconde partie de ses Principes (i) ; ces parties comprennent en abrégé sa philosophie générale , où j'ai été le plus souvent obligé de m'écarter de luy. Les parties suivantes viennent au détail de la nature , qu'il n'est pas encore si aisé d'éclaircir ; c'est pourquoi je n'y ai pas encore touché. Mais je ne sçais comment j'ay esté emporté insensiblement h vous entretenir si longtemps sur cette matière.

c Je n'ay pas encore vu l'écrit de M. l'abbé de la Trappe sur les études monastiques (a) ; cependant je ne crois pas que son dessein puisse être de blâmer le père Mabillon et tant d'autres excellents hommes nourris dans les monastères , à qui la religion et les sciences ont tant d'obligation. Il est indubitable que les monastères ont esté autrefois comme des écoles d'où sont

(1) Lecaleal différentiel.

(«) Célèbre anatomiste danois , mort en 1687.

(5) Cet important travail de Leibnitz auquel il fait plusieurs fois allusion dans ces lettres et ailleurs, vient enfin d'être retrouvé à la bibliothèque de Uanover. Il est intitulé ; ÀnimadverHoneê ad CarleHi Principia, Leibnitz y suit pied à pied Touvrage de Descaries, article par article, jusqu'à la fin de la seconde partie. En général , il n'y a point de développement; ce sont des remarques assez brèves, et le tout est un peu sec. Néanmoins on y trouve de très-belles choses.

(4) l^ traité de la SainUtéet des Devoirs de la vie mo-

sortis d'excellents évêques et autres hommes insignes. Celuy de la nouvelle Corfoie , qui est proche d'ici , a vu sortir de son sein les apostres du Mord. Sans les monastères, presque tous les manuscrits des anciens seroient perdus , et les sciences avec eux. Je considère les sciences comme un puissant instrument pour exalter la gloire de Dieu. Cependant je reconnois qu'il y a bien de la différence entre ceux qu'on appelle moines aujourd'hui et entre les solitaires ou anachorètes, qui font profession de renoncer à tout ce qui n'est pas absolument nécessaire ou par pénitence comme ce dom Muce (s) de la Trappe ou par une force d'esprit extraordinaire. 11 est bon qu'il y ait toutes sortes d'estats dans l'Église ; cette variété est belle et utile. Il est bon que M. l'abbé de la Trappe nous ressuscite les grands exemples des solitaires dont il semble qu'on commeoçoit à manquer ; mais il ne serait nullement bon que tous les autres qu'on appelle moines leur ressemblassent. Mais c'est aussi ce qu'on n'a pas sujet de craindre, non plus que le trop grand nombre des moines sçavants ; le vulgaire de ces messieurs n'est que trop porté à la fainéantise. Ainsi j'estime que M. l'abbé de la Trappe et le révérend père dom Mabillon ont raison tous deux de les exhorter tant à U solide dévotion qu'à la véritable science. Aussi semble-t-il que la science fournit des aliments solides à la dévotion , sans hiqoelle les méditatifs sont sujets à tomber dans des visions et à prendre des fausses idées. Quand les solitaires manqueroient de science et de lumières, l'exemple de M. l'abbé de la Trappe fait voir qu'il est bon que leur directeur en aye.

€ Je vous supplie, monsieur, de témoigner àM. l'abbé Baudrand (s) combien je m'estime honoré de son souvenir. Les églises cathédrales de la haute Saxe , qui subsistent en quelque façon , sont Mersebourg , Nanmbourg et Meissen , dont les évêques estoient suffragants de l'archevêque de MagddMurg. Dans k basse Saxe, outre Magdebourg , il y a des suffragants de Mayence , comme Hildesheim et Halberstadt, et, de plus, Brème (archevêché autrefois) dont les suffragants sont Yerde et Lubec. Le premier est dans le cercle de Westphalie, le second dans celuy de la basse Saxe. De tous ceux que je viens de nommer, il n'y a que les chanoines de

nasUque, par l'abbé de Rancé , réformateur de la Trappe, parut en i683. Mabillon y répondit en \&9i par son Traité des éludes monasliques. L'abbé de la Trappe répliqua en 1692, et la même année Mabillon publia set Réflexions sur cette réplique.

(5) La Revue des deux Bourgognes donne : ce dom Maur de la Trappe.

(6) Géographe mort en i700. Leibnitz revient sur la matière ici traitée dans une lettre à M. Pinson de i097, lettre imprimée pour la première fois dans l'Offum HaHOveranum, et qui se trouve dans Dutens, ton. IV, part, n, p. 272.

CORRESPONDANCE DE LEIBNITZ ET DE LÂBBÉ NICÂISE

Hildesheim qui soieot de la communioD romaine ; tou8 les autres 8ont protestants , excepté qu'il y a quelques chanoines catholiques romains à Lubec. Dans ces églises, il y a prœposilus , decauw , cuslos , scholasiicus , eafUor, et puis les autres capitulaires ; enfin , après eux , ceux qu'on appelle domiceUares, qui sont sur les rangs pour entrer dans le chapitre quand il y aura des places vacantes. I^ur nombre est différent dans des églises différentes , et je ne le sçay pas précisément , excepté Verde. Je n'ay point encore parlé des évèchés du cercle de Westphalie, comme Padeborne, Osna* broc , Munster et Blinden, dont Padeborne et Munster sont entièrement catholiques romains. Les chanoines d'Osnabruc et de Mînden sont partagés selon Testât où ils se trouvèrent Tan 1624. Padeborne et Mînden sont suffiragants de Mayence , les autres de Cologne. Monseigneur le duc Emest-Âuguste de Brunswick- Lunebourg , résident à Hanover, est évêque (et non pas administrateur) d'Osnabruc. Il n'y a ni évoque ni administrateur de Meissen. Christian, administrateur de Mersebourg, grand-oncle du présent électeur de Saxe, est mort vers la fin de Tannée passée , et son fils atné a succédé, qui s'appelle aussi Christian. Maurice-Guillaume , fils et successeur de Maurice ( qui estoit aussi grand-oncle du présent électeur), est administrateur de Naumbourg; Tévéque de Hildesheim est lodocus Edmund de Brabec ; de Padeborne , Herman Wemer de Wolf-Mettemich ; Tévéque de Munster, Frédéric Christian de Plettenberg. Magdebourg , Brème ,yerde , Halberstadt et Minden sont devenus des principautés séculières. L'évèque de Lubec est Auguste-Frédéric , frère du duc de Holstein-Gottorp.

c Je joins ici une petite remarque d'analyse. Elle fait voir combien l'analyse cartésienne est bornée. Je vous supplie, monsieur, de la faire donnera M. le président Cousin , avec des compliments de ma part : il jugera si elle pourroit être insérée un jour dans le Journal des SçûvafUs, J'avois encore envoyé à M. Pelisson une règle générale de la composition des mouvements suivant les lois de ma Dynamique; elle est comprise et expliquée en peu de mots , afin de pouvoir estre mise dans le journal , si on le trouve bon. J'y ai joint encore ane conjecture étymologique sur l'origine du mot blaion , dont je vous fais juge aussi bien que M. le président, si elle pourroit paroistre dans le journal. Je vous supplie de faire donner la cy-jointe à M. Toinard , et je suis avec zèle ,

< Monsieur, c Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

c Leibniz, i

Cette lettre de 1692 est la plus ancienne des dixhuit qui sont dans notre manuscrit et dans celui de Lyon. Mais il doit manquer ici une lettre précédem-

ment écrite par Leibnitz à Nicaise sur Descartes « probablement à l'occasion du livre de Huet , Censura philosophim eariesianœ; car je trouve dans notre manuscrit une lettre de Huet à Nicaise , datée de i 691 , dans laquelle Tévéque d'Avranches remercie son ami de Dijon de lui avoir envoyé l'extrait d'une lettre que Leibnitz lui avait adressée sur le cartésianisme. La date de cette lettre de Huet est certaine , et elle établit démonstrativement qu'il nous en manque une de Leibnitz. Et ce qui est singulier, c'est que, dans la collection des lettres de Huet, on ne trouve pas non plus celle de Nicaise , qui devrait être antérieure à la réponse de Huet. Voici cette réponse : nous la tirons du tome I®'', n^ 58 de la correspondance de Nicaise.

« Aunay, le 19 juillet 1691.

€ ... Je vous dis cela pour m'excuser d'avoir été si longtemps sans vous remercier très humblement de la peine que vous vous êtes donnée de me copier cet extrait de la lettre de M. Leibniz , qui me regarde. Je suis très aise que cet excellent homme pense à moi , et qu'il entre dans mes sentiments sur le sujet du cartésianisme. M. Hugens m'en écrit à peu près aux mêmes termes. J'apprends en même temps que mon petit ouvrage est attaqué en bien des lieux. Ce n'est pas une mauvaise marque , mais Tinterrupiion du commerce me prive du plaisir de voir tous ces libelles ; car, hormis l'écrit de M. Régis et une thèse disputée à Leyde contre moi , je n'ai rien vu du tout, pas même le Journal des Sçavanls, M. Foucaud m'envoie votre lettre en partant pour Paris. Je vous suis très obligé , monsieur, de m'avoir appris le nom du second qui se joint à moi dans la querelle que j'ai sur le cartésianisme. Si vous apprenez les succès de son ouvrage , vous me ferez plaisir de m'en instruire. ..

€ L'abbé Huet, évêque d' A va anches. »

Voici maintenant la lettre de Hugens dont parle Huet , lettre que nous avons retrouvée dans la correspondance de ce dernier.

«AU Haye, 18 avril 1691.

€ Il n'y a que peu de jours que j'ai reçu la lettre dont il vous a plu m'honorer quoiqu'écrite du 15 du mois passé. En la lisant, je me suis reproché de m'étre laissé prévenir et de ne vous avoir pas fait mes remerclments lorsque j'ai reçu le présent de votre Censura philosophiœ eariesianœ, que M. Cuper a eu soin de me faire tenir de votre part. Je vous prie de croire que je n'ai pas laissé de ressentir, comme je dois , la grâce que vous m'avez toujours faite de me communiquer vos excellente.s productions auxquelles je ne puis comparer les miennes nec numéro née pon-

FRAGMENTS PHILOSOPHIQUES

dire. Vous avez vu, monsieur, dans met deux derniers petiu Traités , que je n'épargne non plus que vous M. Descartes , lorsque je trouve ses sentiments peu véridiques. Que si , en essayant d'en substituer quelques antres à leur place, je n'ai pas tout à fait mal réussi selon votre jugement, j'ai sans doute de quoi être satisfait de mon travail. Vos Quœsliones Alnetanœ m'ont été prêtées par M. de Beauval, auteur de YHis- (oire des ouvrages des sçavants, où j'ai admiré votre érudition infinie et la manière agréable de votre dialogue. Quant à la matière, elle est d'une discussion très difficile , et il n'est pas permis de la traiter en toute liberté; autrement je crois qu'on pourroit mettre entièrement d'accord la raison et la foi. Je n'ai pu avoir votre livre que pour deux jours et je serai fort aise de le posséder en propre, si cela se peut. Je ne vois pas encore quand l'interruption du commerce pourra finir ; mais j'espère indiquer sous peu une voie h M. Delahire par laquelle il me puisse faire tenir quelques traités de l'Académie des sciences , qu'on a imprimés l'année dernière ; de sorte que si vous avez la bonté, monsieur, de lui envoyer un exemplaire pour moi de ce livre et de ceux que vous pouvez encore avoir publiés , et qui ne sont pas passés en ces quartiers, vous m'obligerez extrêmement ; et je pourrai du moins me promettre de les recevoir et de les réunir aux autres.

c Je suis avec beaucoup de respect , etc.,

C HCGENS DE ZCLICUEM. f

Mais les savants de Hollande ne pensaient pas tous comme Hugens de la Censura philosophiœ carlesianœ, si on en juge par un passage d'une lettre de Jean de Witt. — T. IV de la correspondance de Nicaîse.

« Dordrectat,27 octobre 16S9.

c ... Le livre de M. Huet contre la philosophie de Descartes est imprimé dans ces pays-ci. Je n'ai pas encore eu le loisir de le lire, mais à ce que j'entends des habiles gens d'ici, ce grand homme ne se ressemble pas là dedans ; mais peutrêtre que l'inclination qu'on a dans nos pays pour cette philosophie y contribue... € JoHAN DE Witt. i

En général on se doute bien que tous les correspondants de Huet font chorus avec lui contre Descartes. Je trouve dans ses papiers la lettre suivante, sans date , de Menjot , médecin qui n'était pas alors sans réputation, et occupait une charge de médecin du roi.

c Je vous suis infiniment obligé , monseigneur, de m'avoir mis au nombre de ceux que vous avez gratifiés de votre excellent livre contre M. Descartes. Vous avez

détruit son système d'une manière nouvelle , et cela non-seulement par des raisons invincibles , mais de plus en y découvrant plusieurs contradictions et de fausses positions de principes.

c Hippocrate met entre les marques infaillibles du délire de croire apercevoir des objets qui ne s'offirent point à nos sens , ou de ne pas remarquer ceux qui s'y présentent : Quicunque, dit-il , parle aliqud carports dolentes dolorem non senUunl, ii mente œgrotanl, M. Descartes exige d'abord que son catéchumène commence par devenir fou, en doutant, par exemple, qu'il souffre de la douleur lorsqu'on le pique vivement. Ainsi on peut dire, sans ofienser cet auteur, que les petites maisons servent de vestibule à sa philosophie qui fait tant de bruit dans le monde.

c L'âme étant réduite, selon le bon plaisir de M. Descartes , à une ignorance absolue , jusqu'à ne pas savoir si elle et si Dieu même existent , ne peut en cet état penser qu'à un rien , c'est-à-dire franchement qu'il lui est impossible de penser faute de matière, de même que l'œil en l'absence des objets visibles demeure nécessairement dans l'inaction; et pourtant il est impertinent de vouloir que l'âme plongée dans un si profond néant se dise néanmoins intérieurement à elle-même : Je pense, donc je suis, et qu'elle soit pleinement persuadée de ce raisonnement.

c Les cartésiens, qui ont le don de hardiesse pourdeviner tout ce qu'il leur platt, prétendent que Dieu, après avoir créé la matière étendue , l'a divisée en une infinité de petits corps cubiques qu'il a fait ensuite tourner chacun sur leur centre, et que par leur mutuel frottement se sont formés les trois fameux éléments qui composent l'univers. La difficulté est de faire pirouetter des cubes entassés ensemble sans qu'il y ait d'espace vide entre eux , ni même , selon les hypothèses du cartésianisme, sans qu'il s'y trouve encore aucune matière subtile dans laquelle ils puissent nager.

c Les abstractions métaphysiques employées par M. Descartes, pour prouver l'existence de Dieu, sont si guindées et si embrouillées , qu'elles seroient capables de prouver le contraire si les lumières naturelles de l'esprit humain ne s'y opposoient pas ; et cela d'autant plus que cet homme , fumeus supra mensuram humanœ superbiœ , ose avancer fièrement ces prétendues preuves , comme étant les seules capables d'établir la Divinité, et qu'il ne fait nul cas des arguments produits jusqu'à ce jour par les plus savants théologiens et par les philosophes les phut éclakés. Cela posé , les athées n'ont commencé d'avoir tort qu'au siècle de M. Descartes , auquel il a fait parottre d'autres nouvelles raisons qui disputent l'évidence aux démonstrations mathématiques. C'est pourquoi il prouve magistralement que tout homme aujourd'hui mériteroit de passer pour impie , lorsqu'il auroit la témérité d'en-

CORRESPONDANCE DE LEIBNITZ ET DE L'ABBÉ NICAISE

treprendre de suivre el d'enseigner une autre route que celle qu'il a proposée pour persuader Texistence de Dieu.

c Ce saint philosophe , après avoir rendu à la reli* gion un si notable service , tombe pourtant dans de nouveaux accès en dogmatisant que Tàme ne remue pas les corps qu'elle habite , mais que Dieu en est le moteur unique et immédiat , lors même qu'il s'agit de l'exécution des volontés les plus criminelles de l'être pensant. D'ailleurs y eut-il jamais de paradoxes plus absurdes que d'affirmer que notre &me ne connolt tant de diverses mutations qui arrivent incessamment à nos corps, que par une espèce de révélation, ou, si vous voulez , par un avertissement secret de la part de Dieu ; et enfin que nous avons une connaissance plus distincte de nos âmes qui sont invisibles et spirituelles, que de nos corps qui sont palpables et matériels? Certes , si M. Descartes et ses sectateurs sont doués d'une clairvoyance si pénétrante et si extraordinaire , il faut de nécessité qu'ils soient d'une trempe sans comparaison plus noble que celle de l'esprit des autres hommes. Ne seroient-ils point descendus des préadamites , et non de k race d'Adam, comme le reste du genre humain?

c Vous réfutez admirablement, monseigneur, le siège |«^tendu de l'&me dans le conarian (i), et quand on accorderoit à M. Descartes cette vision chimérique , il seroit du moins obligé de la loger non dans toutes les parties de cette glandule pinéale du cerveau, mais seulement dans son point central et indivisible , autrement Tàme se trouveroit être une substance étendue. N'est-ce pas une chicane de mauvaise foi que d'admettre un milieu entre le fini et l'infini, savoir l'indéfini, comme si le nombre des grains de sable d'une horloge que nous ne saurions définir, ne kiissoit pas d'être fini?

c Vous dites avec beaucoup de vérité, monseigneur, que Descartes a pour ainsi dire pris l'écume des philosophes anciens et modernes ; mais ce qu'il y a de plus étonnant , lui qui traite Aristote du haut en bas , il lui a pris les deux plus insoutenables opinions de sa physique , l'une que la matière est divisible à l'infini, et l'autre que le lien du corps naturel n'est pas l'espace qu'il occupe , mais la superficie concave du corps dont il est environné; de manière qu'un ver engendré dans un fromage de Hollande et porté d'Amsterdam à Batavia , fait environ six mille lieues de chemin sans changer de lieu.

c C'est dommage que la mort ait empêché M. Descartes de composer selon ses principes le corps entier de médecine qu'il méditoit ; il auroit bien donné à rire au public ; si ce n'est plutôt un grand bonheur qu'un

(I) La glande pinëade.

tel ouvrage n'ait pas paru , car il aurait coûté la vie à bien des malades.

c Au reste , monseigneur , la république des lettres vous est fort redevable d'avoir abattu cette idole philosophique que l'influence de quelques constellations malignes fait adorer dans certaines ^les ; ou pour ne point chercher si loin la cause d'une telle fascination , des gens sensés estiment que la cabale des jansénistes a adopté la philosophie cartésienne dans la seule vue de contrecarrer les jésuites , qui ne la peuvent soufirir, de manière qu'elle n'a pris racine que par l'exemple et par le crédit de MM. de Port-Royal. Il faut pourtant donner cette gloire à feu M. Pascal , que ses grands engagements avec les disciples de Jansenius ne l'ont pas empêché de s'en moquer ouvertement et de la qualifier du nom de roman de la nature,

c M. l'abbé Tallement ne m'a remis que depuis peu de jours votre précieux présent, et il m'a fallu du temps pour le lire attentivement et par deux fois. Ayez donc la bonté , monseigneur , d'excuser le retard que j'ai mis à vous en remercier , aussi bien que les fautes contenues dans ma lettre faite à la hÀte. Je suis, etc.

€ Menjot, I

Entendons maintenant deux membres de l'Académie française , célèbres à des titres bien différents :

« Paru, ce 21 août 1691.

c ... Je n'ai pu encore lire le livre de M. Régis : et ainsi je ne puis vous en dire mon avis. Je suis bien aise de ce que vous me dites, qu'il ne vous a point fait de mal. Cependant les cartésiens en parlent comme d'un livre excellent , ce qui fait que je vous conseille d'y répondre par une lettre à quelqu'un de vos amis. . . .

c Ménage, i

« VerMlItes, 31 nul 16QL

c ... L'entreprise, selon moi, est la plus grande que vous ayez jamais faite ; car d'attaquer les païens , les juifs , les infidèles , c'est bien moins au temps où nous sommes que de s'en prendre aux cartésiens. On n'a point d'esprit et on est du vieux temps si on n'est pas de leur nombre. Pour moi , monsieur , j'avoue que je vous suis obligé d'avoir donné un si grand secours à ma prévention ou à mon ignorance. Ce n'est pas que je n'admire en plusieurs choses l'esprit de M. Descartes, mais je ne veux pas l'adorer ; et c'est assez pour être excommunié de toute la secte. En tous cas , je me tiendrai dans sa modestie, lorsqu'elle est la plus grande ou du moins la plus apparente ; et je dirai seulement : Cela pourroil être , sans dire comme ses partisans : Cela est ainsi , et ne pourrait être autrement. Je suis d'ailleurs trop serviteur de mademoiselle de Scudery^

FRAGMENTS PHILOSOPHIQUES

comme vous savez , pour croire jamais que mon chien et mon chat , qui me flattent et me caressent et en qui je trouve plus de reconnoissance qu'en la plupart des hommes, n'aient pas plus de sentiment et de connoissance que mon carrosse , qui ne m'a jamais rien dit , quelque soin que j'aye pris de le faire hien traiter. Je me prépare de voir avec un fort grand plaisir comment vous en userez avec ces messieurs dans la suite de votre ouvrage; je n'en ai encore lu que la préface, qui m'a paru d'un tour et d'une latinité admirable, et quelques pages ensuite sur l'argument je pense, donc je $uie.

c Beaucoup d'affaires qui me sont survenues ont interrompu cette lecture délicieuse pour moi, que je m'en vais reprendre. Je ne doute point, monsieur , que vous n'ayez remarqué en quelques endroits, vous qui n'ignorez rien et qui n'oubliez pas, que cet excellent homme (soit qu'en effet il ne fût pas fort versé dans la lecture des anciens , ou qu'il affectât toujours la gloire d'être inventeur ) nous a donné souvent pour des pensées tontes nouvelles, celles qui sont presque usées dans Diogène Laërce , dans Plutarque et dans quelques-uns des Pères de l'Église. Je serais fort trompé si son je pense , donc je suis , n'était pris mot pour mot d'un traité qu'on attribue à Augustin et que les savants ne croient pas être de lui , ce me semble.

€ PéLISSOX FONTANIER. I

Renouons maintenant le fil de la correspondance de Nicaise. A peine a-t-il reçu de Leîbnitz la lettre du 5 juin 1692 , il s'empresse d'en donner avis à Huet par la lettre suivante qui est fort précieuse en ce qu'elle nous apprend que tout en critiquant Descartes, Leibnitz lui rendait une entière justice.

« VllUy-tur-Tille, 28 Juillet 16S1

c Je reçus d'Hanovre, deux jours avant mon départ de Paris une belle et grande lettre de M. de Leibnitz où il y a des compliments très particuliers pour votre grandeur et une critique abr^ée très exacte et très recherchée des ouvrages de M. Descartes. On la jugea digne d'être mise dans le recueil des Sçavants : mais j'ai cru, monseigneur, qu'il falloit auparavant vous en faire part. Tout ce qui vient de M. Leibnitz fait honneur à la république des lettres , et mérite de vous être communiqué. Je me souviens que dans les mémoires que je reçus dé Rome , de lui et de M. Auzout d'heureuse mémoire, et que je donnai à M. Bailiet

(I) Cette deuiième lettre ainsi que les soivantes de Tanoëe 1696 manquent dans le manuscrit de Paris. Nous les reproduisons telles qu'elles sont dans la Revue de Bourgogne, qui nous représente le manuscrit de l.yon.

(s) Il s'agit de Fouvrage dont il a été question dans la

pour servir à la Vie de Descartes , qu'il a donnée au public avec tant d'anachronismes ; je me souviens , dis-je , que cet écrit de M. Leibnitz étoit rempli de particularités très exactes, et qu'entre autres choses il y donnoit des marques d'une très grande modestie, témoignant que , quoiqu'il ne fût pas du sentiment de M. Descartes, il ne laissoit pas d'être fort obligé à ceux qui nous donneroient la vie d'un si excellent personnage ; il en parle dans le corps de cette lettre avec la même modestie. 11 me mande avoir envoyé un exemplaire de sa Dynamique à M . Pélisson, ainsi qu'un extrait du même ouvrage pour être inséré dans le Journal des Sçavants si on le trouve bon. Je ne sais si M. Pélisson l'aura envoyée pour cet effet à M. le président Cousin ; mais il ne m'en a rien dit lorsque je lui ai communiqué cette lettre de M. Leibnitz avant mon départ de Paris. . .

c NiCAISB. >

« Han^ver, 9/12 janvier 1698 (I).

c Monsieur,

€ Vous avez fait trop d'honneur à mes bagatelles de les monstrer à Mons. d'Auranches , et moy même je leur en ay trop fait en les adressant à vous. Quelq. personne qui m'est inconnue a répondu à ce que j'avois allégué pour prouver que l'essence des corps ne con siste pas entièrement dans l'étendue, et j'y ai répliqué dernièrement. Mons. le président Cousin ayant eu la bonté d'insérer ma répliq. dans son janvier présent, cela servira de réponse en même temps à des objections d'une personne de considération , qu'on m'avoit envoyées.

c J'avois fait quelques remarques sur la 1>^ el la 2« partie des Principes de M. Descartes, qui comprennent la partie générale de sa philosophie , et je les ay envoyées en Hollande (s) pour être vues avant l'impression par des habiles gens , tant cartésiens qu'autres , pour profiter de leurs avis. La distance des lieux et la difficulté des temps m'a empêché de les envoyer en France où j'aurois voulu les soumettre au jugement incomparable de Mons. d'Auranches , à qui je vous supplie de rendre témoignage de ma vénération et des grâces très humbles de ma part de la bonté qu'il a eue de se souvenir de moy.

1 Mons. de Spanheim (s) a reçu votre lettre, il y a longtemps , comme il m'a marqué dans sa réponse. Je lui avois offert de vous envoyer celle qu'il m'adret-

lettre précédente. Voyez la correspondance de Leibnitz et de Huygens, publiée d'après les papiers de ce dernier, par M. Uylenbroek, Hag. comit. i8S4, t. I«^

(3) Ezéchiel Spanheim , numismate, cl Tun des plus illustres philologues du xvii* siècle, mort ambassadeur de Prusse à Londres, le 7 novembre 1710, à 81 ans.

CORRESPONDANCE DE LEIBNITZ ET DE L*ÂBBÉ NICAISE

soîi pour vous, mais il tous aura peut-être écrit par une autre yoye. Il juge que le R. P. Hardouin (i) s'est fort mépris daos son explication de la médaille de Césarée. Cependant, il y a une chose à Fégard de laquelle il n'est pas d'accord avec Mons. Vaillant. C'est touchant l'explication de M, que M. Vaillant explique mégalé, et M. Spanbeim aimeruit mieux d'expliquer par mélropoîis. Il croit qu'effectivement cette Césarée a été la métropole de la Palestine païenne sous Néron et auparavant, quoyq. cela ne se trouve marqué précisément que dans des médailles grecques sous Élagabale. Car souvent cette qualité, inconnue d'ailleurs, se prouve par les médailles. Il croit que mégalé n'est pas une épithète convenable ny d'usage qu'à l'égard des villes qui l'avoient comme en nom propre, que la qualité de colonia prima n'est pas contraire à celle de la métropole, comme M. Vaillant le paroist croire, puisque Nicomédie et autres villes preuoieot en même temps la qualité de prêté.

c Comment ! Mons. d'Auranches a encore légué sa bibliothèq. aux jésuites? C'est un océan où je vois que bien des rivières se rendent. S'ils avoient toujours des Frontons-le-Duc (s) , des Sirmonds (s) el des Henschénius (*) , il n'en seroit que mieux. Mais il arrive quelquefois qu'il y a des gens entêtés de la $oUpùté (5) et nourris dans des maximes opposées à la franchise; alors ils y gardent les trésors comme le dragon les pommes des Hespérides.

I Quant à Mons. Ménage , c'estoit un bon mot que eeluy d'un amy qui vous mandoit que les jésuites avoient le privilège de recevoir des institutions (tf). Cependant quelq. bon que soit ce mot , il a esté injustement ap^ pliqué à Mons. Ménage , dont l'érudition et l'esprit n'est point emprunté. C'estoit sans doute un homme d'une érudition profonde ; et quoy qu'il ayt souvent

(1) Jean Haedodin, jésuite, d'une érudition prodigieuse, mais paradoxale. On voit qu'il s'agissait d'un point controversé entre lui et un autre numismate de premier ordre, Jean For- Vaillant , mort à 75 ans, le 23 octobre 1706.

(S) Fronton-le-Duc, éditeur de saint Jean-Cbrysostome , de saint Paulin, de saint Jean-Damascène, de VHiêloire ecclési€u(ique de Nicéphore Galiste et de la BibUolheca velerum palrum, mort à Paris en 16^.

(S) Jacques Sirmond, mort à Paris le 7 oct. 165i, à 93 ans.

*(4) Godefroi Henschénius , principal collaborateur de la grande collection dite des Bollandiileê , mort à Anvers le t2 septembre i68i , dans sa 83* année.

(5) Allusion au pamphlet qui parut à Venise, 1645, sous ce titre : iA»eH ComeL Europai Monarekia solipsordm. Ce dernier mot (soit <pst) désignait les Jésuites.

(s) Ménage avait l^é sa bibliothèque aui Jésuites. — Mort le 23 Juillet 1693.

(7) Dictionnaire Étymologique, ou Origines de la lanfpte franfoite. — Paris, i650, ia-4*.

(8) Probablement Edward Bernard , qui venait de rési-

manqué dans ses Origineê (1) , faute de sçavoir les langues du Nord , il a dit pourtant bien des choses excellentes , et j'en attends la nouvelle édition avec impatience , car je ne méprise rien, pas même les découvertes de grammaire.

€ Il n'y a point de doute que , si une préface ou quelque autre chose manque à cet ouvrage posthume, Mons. d'Auranches le pourroit suppléer admirable* ment. Mais il n'y a point d'apparence que ses affaires présentes luy permettent d'y songer, luy , dis-je, qui pourroit faire tant d'autres choses incomparablement plus importantes.

c Mons. Bernard (s), dispensé maintenant de la profession , a repris en main son Josèphe.

c Mons. Dodweli a donné Lection. Qxoniemeê (9), où l'on dit qu'il y a des choses très belles que d'autres ont passé chez les anciens sans les remarquer.

c Mons. Marcus Meibomius , qui a publié Veteree Muêieoê (to), nous promet depuis longtemps une nouvelle édition du Nouveau Testament.

€ Il seroit à souhai^r que Mons. Toinard (ti) nous voulût donner des Harmonies et les joindre à ses remarques sur les Hérodiades ; vous obligerez le public, monsieur, si vous le pressez sur cela.

c Je voy par le livre de M. Pellisson que M. l'abbé Boisot(f s)ad'excellentsmémoiresvenusdu feu cardinal de Granvelle. 11 seroit à souhaiter qu on en peut obtenir quelq. catalogue en abrégé.

€ Je suis avec zèle,

c Monsieur, < Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

I Lf.ib.niz, I

c P. 5. Je vous supplie, monsieur, de témoigner

gner sa place de professeur d'astronomie à Oxford, et dont Huet rend ce témoignage : Eduardus Bernardus, Anglus, quempauci hâc œtate œquiparabant eruditiom's taude, modestiâ verô penè ntUli.

(9) Ce sont les Prmleetioneê Camdemanœ, Oiford, 169i. Leibnita, qui ne connaissait, comme on voit, To^vrage que par oui-dire, cite inexactement ce titre. Henri' Dodwel, professeur à Oxford, démissionnaire par refus de serment après la révolution de i 688, est éditeur de Velleius Patcrculus, de Xénophon, de Denis d*Halicamasse , de Strabon, de Tite-Live, etc., etc.

(10) Àntiquœ musicœ auclores vu , grœcè et lot., cum notis. Amsterd., Elzev. 1652, 2 vol. in-4*.

(11) Nie. Toinard, antiquaire Orléanais, mort k Paris le 5 janvier 1706.

(Il) J. -B. Boisot, frère d'on premier président au parlement de Franche -Comté, ami de Pelisson et fort connu de la reine Christine. Ce fut lui qui sauva de Tépicier les 80 volumes in-fol. de cette inestimable collection , et qui, après avoir passé dix ^ips à les décbiffer et à les mettre en ordre , fut surpris par la mort avant d'avoir donné la vie du Cardinal.

FRAGMENTS PHILOSOPHIQUES

dans roccasion à Mons. Lantin (i) que je Thonore infiniment. »

« Hanover, ce 15/25 may 1693.

€ Yoicy , monsieur, une lettre de Mons. Spanheim que j'ay attendue depuis plus d'un mois , suivant la promesse qu'il m'en avoit faite , mais dont Texécution avoitété différée par ses distractions. 11 témoigne d'estre estrangement surpris de la hardiesse avec laquelle le R. P. Hardouin (i) semble révoquer les ouvrages de Josèphe. Quand il estoit ici, il me marquoit bien des choses qu'il trouvoit encor à dire à la dernière lettre de ce Père , quoiqu'il ne soit pas pour cela d'accord en tout point avec M. Vaillant (s) ; mais je ne doute point qu'il ne vous en dise quelq. chose luy même.

t Tout le monde est convaincu maintenant de la fourberie de Jacques Aymar (4) , depuis la déclaration que M. le Prince en fait faire dans le Journal des Sçavanlê; mais, sans cela, j'en ai toujours esté persuadé. Nous avons des semblables devins à baguette dans le pays de nos mines , qui se mêlent de découvrir les veines sousterraines des métaux par leurs baguettes sympathétiques. La pluspart des auteurs en parlent comme d'une chose seure ; mais nous avons reconnu par plusieurs expériences que tout cela n'est rien , et quand on leur bandoit les yeux , leur baguette ne marquoit pas les veines connues , quoiq. grandes. Je m'étonne fort que messieurs les cartésiens , ou au moins quelques-uns entre eux ont donné là dedans. Car qu'y a-t-il de commun entre leur philosophie et ces prétendues sympathies? Us devroient s'assurer du fait, avant que d'en chercher la raison.

c Je n'ay encore lu que l'abrégé de la vie de Descartes fait par M. Baillet (5) , l'ouvrage entier n'estant pas encor venu à nous. On ne doit pas bl&mer M. Raillet du soin d'embellir la matière et de tout tourner à l'avantage de son héros; cependant j'y ay fait plusieurs remarques où je crois que le fait en est un peu autrement que M. Baillet l'a trouvé dans les lettres de Mons. Descartes, auxquelles on ne se doit point fier au préjudice d'un tiers; car M. Descartes avoit la coustume de défigurer d'une estrange façon ceux qui luy faisoient ombrage.

(1) J.-B. Lantin , conseiller au parlement de Bourgogne, correspondant de Saumaise, de Huet, de Ménage, etc., mathématicien, naturaliste, auteur de poésies grecques, latines, italiennes, restées maauscrites.

(t) Uominum paradoxolaloê , comme le qualifie son épitaphe par Jacob Vemet, de Genève. On sait qu'il ne douuit pas seulement de Tauthenticité de Josèphe, mais de celle de VÉnéide,ei des odes d'Horace.

(5) Voir les notes de la lettre 1 , ainsi que pour Toinard, Spanheim , Bernard et Boisol,qui seront nommés plus bas.

c J'attends avec impatience ce que leR. P. Pezron (s) nous donnera sur les Prophètes, et je crois fort probable ce qu'il doit avoir avancé de l'irruption des Scythes dans U Palestine. Hérodote et autres Grecs parlent de l'irruption des Scythes , des Cimmériens , des Trêves et autres peuples septentrionaux , dans l'Asie Mineure et dans la Syrie , où apparemment la Palestine n'aura pas esté épargnée.

c II y a un homme fort sçavant dans la langue ébraiq . , qui s'attache à faire voir, par des explications fondées sur la propriété de la langue , que nous n'avons pas toujours le véritable sens de l'Écriture , et que nous avons quelq. fois cherché le merveilleux et l'extraordinaire : par exemple , lorsqu'il dit que la femme de Loth estant retournée pour sauver quelque chose de l'incendie, fut couverte de feu et de bitume; car aie signifie non-seulement sel , mais encore bitume ; et l'hébreu n'est pas moins équivoque , ou peut-être plus. Ainsi, estant couverte de ces matières, on peut dire qu'elle estoit devenue comme une statue de bitume. Il dit aussi des choses curieuses de columna ignis et nubis, et depinnaculo tempU,demaledictione Canaam^ et de quantité de passages semblables.

c II sera bon de conforter le R. P. Noris (1) à ne point abandonner Rome ; car, dans le poste où il est , il peut obliger les sçavans et rendre service au public, tant par les ouvrages qu'il pourra faire , encore plus enrichis qu'auparavant de ce qu'il pourra tirer des trésors du Vatican , que par les communications dont il pourra favoriser les autres. 11 seroit bon d'avoir par son moyen le catalogue des Mss. de la reine Christine qui ont été mis dans le Vatican.

( Je crois toujours que M. l'abbé de la Trappe, aussi bien que le R. P. Dom MabiUon ont raison tous deux , et plus qu'ils ne pensent, et qu'ainsi ils pourront finir leur dispute quand ils voudront.

c Je croyois d'avoir satisfait à la demande deM. l'abbé Baudrand. Les églises cathédrales de la Haute Saxe ont été ou sont : Meissen , Mersbourg, Naumbourg , Brandebourg, Havelberg , Camin ; de la Basse Saxe : Brème, Blagdebourg, Hildesheim, HalbersUt, Lubec, Suerin et Razebourg. Tout ces éveschés sont entre les mains des protestans , excepté Hildesheim et Brème , Magdebourg, Halberstat et Camin. Scheverin et Razebourg ne portent plus le nom d'éveschés, estant

(4) Voir le Bolleau de M. de S.-Surin, IV, 389 et 619.

(5) Adrien Baillet, bibliothécaire de l'avocat général Lamoignon, mort le ai janvier 1706, à 57 ans.

(6) Essai d*un commentaire littéral et historique sur les prophètes , i693, in-4*. Le P. Pezron, auteur de cet ouvrage, était religieux deClteaui et Tun des plus grands chronologistes du xvii* siècle. — Mort le 10 octobre 1706, à 67 ans.

(7) Beligieux augustin dès lors bibliothécaire du Vatican , depuis cardinal , mort à 73 ans, le 23 février 1704.

CORRESPONDANCE DE LEIBNITZ ET DE L*ABBÉ N1C4ISE

devenus des principautés particulières. Mais les chanoines des églises cathédrales ne laissent pas de subsister. Pour Meissen , Mersbourg et Naumbourg aussi bien que Lubec, ils ont encore des évesques ou administrateurs. Brandebourg et Uavelberg ne sont plus rien que des villes. Je ne sçay pas s'il y a encor de chanoines. Je ne parle pas d'Osnabruc, Padebom, Munster, Yerde , Hinden , car ils sont du cercle de AVestphalie. Minden est entièremont sécularisé et devenu principauté appartenant à Télecteur de Brandebourg , comme Magdebourg, Halberstat et Camin; et Yerde est aussi une principauté qui apparlient à la Suède comme Brème. Les ducs de Mecklembourg s'appellent princes de Suerin et Rescebourg. Je parle encor moins du reste des éveschés du cercle de Westpbalie , comme de Liège , Utrecht et Cambray. J'ay oublié de dire qu'Osnabruc est encor un évesché dont Tévesq. est maintenant Électeur de Bronsvic. H y a des protestans aussi bien que des catholiques parmy les chanoines des églises cathédrales d'Osnabruc , Minde et Lubec ; et dans la dernière le nombre des protestans prévaut.

c Je viens de publier un tome de mon recueil intitulé Codex jmis gentium diphmalicui. 11 y a des actes publics de toute sorte, la pluspart non imprimés encore. Ce premier tome finit à Tan 1500, ou environ; le second tome sera pour le siècle supérieur ; le troisième pour le nostre , si Dieu me donne la grâce de Fachever. Tay vu le catalogue des traités que M. Léonard (i) donne au public ; mais j'en ai plusieurs de la France même qu'il n'a pas. Comme je ne prends que des pièces choisies de toute part , sans m'altacher ni aux traités ni à quelq. nation particulière , mon ouvrage ne fera point de tort à Mons. Léonard , ny le sien au mien, comme je m'imagine. Je vous dis cecy , monsieur, tant pour implorer vostre laveur et celle de vos amis , si qnelq. chose se présente sans trop prendre de peine à le chercher, que pour vous supplier à réitérer vos instances auprès de M. le prieur Boisot , qui a tant de trésors dont seront remplis les papiers du cardinal de Granvelle. Je ne luy demande que quelques miettes qui ne lui feront point de tort et qui me serviront.

c J'adresse celle-ci toute ouverte à Mons. Toinard , espérant que ce sera avec vostre permission pour ne pas écrire deui fois les mêmes choses.

€ Dans une des pièces de mon recueil , je trouve des pièces entre la France et la Castille , où le roi de France

(i) Frédéric Léonard, imprimeur à Paris.

(s) En i688, un officier français prétendit avoir trouvé à Belgrade un manuscrit complet de Pétrone. Nodot le publia en i694, à Paris, avec une lettre à Charpentier. L'authenticité de cette troiivaille est aujourd'hui généralement rejetée.

(3) Jean Petit de Salisbury, en latin Joannes SarUbe-

promet d'assister le Castillan conlrà regem BelKmariniL J'ay remarqué dans quelq. chroniques Mss. que c'estoit unroy desMaures, etcomme jecroy d'Afriq. Maisjetiens que M. Baudrand nous en pourroit dire davantage.

c Je m'étonne que les nouveaux supplémens de Pétrone ont pu trouver des approbateurs (i). Qui est ce M. Nodotius qui les a publiés ? Il devoit nous indiquer ce seigneur d'Allemagne qui lui a donné le premier avis de Pétrone. Les sçavans hommes ont remarqué autres fois qu'il y avoit dans Sarisberiensis (i) des lambeaux d'un Pétrone plus entier que le nostre. Mais je n'ay pas envie de les chercher.

€ Mons. Bernard a repris son Josèphe. Il sera surpris quand il apprendra la prétention du P. Hardouin qui fait le procès à son auteur , mais je m'imagine qu'il n'en sera guère allarmé.

c M. Oudin , autres fois le Père Oudin (a) , est maintenant à Hambourg ; si tous les prosélytes des protestans estoient semblables à luy , vous auriez sujet de les regretter.

I Yoicy un distique sur rélectrice de Brandebourg :

ElectorU erat conjnx, nnnc filia facU et. Sara (S) , preoor, fias, at aoror atqoe parent.

€ Je suis avec zèle, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur ,

c Leibniz, i

€ P, S. Je vous supplie, monsieur, de faire mes très humblesrecommendations à Mons. l'évesq.d'Avranche, si l'occasion s'en présente. Pour moins charger le paquet, je me suis ravisé , et j'ay envoyé par avance laleUredeM9t%ê.deSpanheim. >

« nanover, ce 29/9iepteinbre lOOS.

( Je n'ay point manqué, monsieur , d'envoyer votre lettre à M. de Spanheim , et comme elle est belle et instructive, c'est à dire comme elle vient de vous, je vous remercie très humblement de m'en avoir voulu accorder la lecture.

c Ce Mons. Bourdelot , qui m'a favorisé à votre recommendation auprès de M. le chancelier et de messieurs les conseillers d'Estat au sujet de mon code diplomatiq. , est-ce un parent de l'illustre Bour-

rientis , le plus savant homme du xii* siècle. On trouve dans ses écrits nombre de fragments des anciens , perdus depuis.

(4) Prémontré défroqué , savant bibliographe , mort en 1717. Le témoignage que lui rend ici Leibnitz confirme le jugement de Lenglet Dufresnoy.

(6) Sara était à la fois la sœur et Tépouse d'Abraham.

FRAGMENTS PHILOSOPHIQUES

ddoi (t) , à fSuneiix par Tesdine de la reine de Suède et du public 9 ou quelqu'autre habile homme du même Bom, qui marche sar les traces du premier? Quel qu'il puisse estre, je luy ay bien de Tobligation, et TOUS supplie, monsieur, de luy témoigner dans Foccasion.

c Vous m'ayez réjouit aussi en me faisant espérer du secou» du costé de Mons. Tabbé Boisot. Cest un grand trésor que le sien , et des petites libéralités à regard de celuy qui les fera, seront très grandes pour moy. Ce qui n'est presque point regardé d'un grand, peut faire la fortune d'un pauvre.

I M. de Spanheim désireroit toutes les pièces entre les Pères Noris , Hardouin , filM. Toinard et Vaillant, aussi bien que les dernières pièces du P. Hardouin. Il n'a pas même l'appendix De spoUis Syro-Maeedanum » qui a donné occasion à la consécration de la médaille de Césarée. J'ai écrit à Paris pour cela , mais on doute qu'il soit aisé d'y réussir.

c M. Baiilet (s) est assurément un très sçavant homme. Je m'imagine que ce qu'il aura £t des honneurs dus à la Sainte-Vierge sera raisonnable , et qu'il se sera souvenu qu'il y a incomparablement moins de mal à ne penser à elle que peu , à luy attribuer ce que Dieu s'est réservé. Le meilleur est de se renfermer là-dessus dans les bornes de la primitive église. Le luxe et le typhe du siècle n'y régnoient pas encore , et n'avoient point encore donné atteinte à la simplicité apostoliq. Le cardinal Bellarmin réduit tout le pouvoir des saints à une simple intercession ; cela estant , on ne devroit dire que cela , sans se servir des termes qui donnent plus à penser qu'ils devroient.

c Je m'étonne que vos Sirène$ ne sont pas encore arrivées en Hollande. On les aura arrestées , pour les punir de leurs charmes qui arrestent les gens. Si je puis servir dans le commerce littéraire , je vous prie , monsieur , de me donner des ordres. Mons. Brosseau , notre résident, m'envoye des lettres de temps en temps , et quelques fois il trouve occauon pour des petits paquets.

c Si l'occasion se présente, faites mes baisemains, monsieur, à l'illustre M. Lantin.

c Le discours de fide veterum insUrwnetUorum, s'il a esté fait par un habile homme, sera fort de conséquence.

< Un sçavani théologien protestant a revu le texte hébreu (s), avec ses points et accents, avec le plus grand soin du monde. Si quelque libraire en vouloit faire la dépense , il souhaiteroit de le faire graver plus

(0 Médecin de la reine Christine, mort le 9 février 1689. Il s'agit probablement ici de son nevea , médecin de la duchesse de Bourgogne, mort en 1708.

(3) Adrien Baiilet, surnommé ^ D^ntc^i^ur de $amU Son traité de la dévotion à la sainte Vierge parât en 1694. |

tost qu*imprimer, la gravure pouvmt estre plus corecte.

€ Comme la guerre avec les Turcs nous a apporté quantité de beaux mss. de l'alcoran , plusieurs sçavans hommes s'attachent à les nous donner, au moins par parties ; nous en verrons le succès.

c Vous savez sans doute , monsieur , que M. Guperus a reçu de l'Asie des belles îoscriptîoiis grecques (i).

c Pour les livres de M. Junius dé PielMtA veta-wm qui paroistront bientost très augmentés , il y aura une seconde partie qui traitera de anUquorum artificum operibui. U me semble que vous avez contribué à cette édition.

€ J'espère que l'illustre évêq. d'Avrandies contribuera à enrichir le pubtic ; il le peut sans aucun préjudice de sa charge, et sans faire tort à l'Église ; car il entend mervalleusement le secret de fanre sarrir l'érudition profane à la sacrée; après Grotins et Bo<^rt , il y a peu de gens qui , l'ayent bien sçu , ei je ne sçay s'il y en a aujourd'hui qui le sçaehent comme luy.

c V<^;dius, sçavant théologien protestant, adonné un discours sçavant à l'égard de Georges , prince d'Anhalt , qui est un de ceux qui ont le plus contribué à la réforme d'Allemagne. Ce prnice estoit cadet et chanoine , d'une vie sans reproche et d'une érudition peu commune , et a dit bien des bonnes choses à la louange de l'Église de Fnmce , dont les théologiens luy paroiss^t plus portés à aimer la vérité et à la produire que quelques autres qui ont l'esprit et les maint liées. Un théologien de Hambourg a même donné quelq. discours de la Fratice discrète en meàière de religion.

I J'esp^ , comme Dijon nous donne la vie de M. Saumaise (s) , qu'il nous donnera aussi les précienx restes de ce grand honmie.

€ On m'a annoncé que M. Lantin a fait des découvertes sur les nombres , et je ne doute pcnnt qu'il n'ait plusieurs méditations de conséquence qu'il £sHit conserver.

c Mons. Hugens, en m'envoyant quelq. chose pour estre inséré dans les actes de Leipzic , me fait l'honneur de me dire dans sa lettre, et même dans le mémoire qui doit être imprimé, qu'il a commencé à gouster mon nouveau calcul (s) , et reconnoist même que sans luy on auroit bien de la peine à arriver à certaines recherches profondes. Ahsq. eo, inquil,vixest ut ad ista admitteremwr. C'est en user avec beaucoup

(s) Il semble quMl y a ici quelque lacune. (4) Gisbert Cuper était né en iMA et il mourut en 17i6. (s) Allosion à la vie latine de Saumaise, alors préparée par Philibert de la Marc.

(6) Le calcul infinitésimal.

CORRESPONDANCE DE LEIBNITZ ET DE L'ABBÉ NICAISE

de sineèriié , turtcmt pour un mathématicien qui est allé si loin luy même , et qui eat un des plus grands dont nous ayions mémoire,

€ Je suis avec zèle, monsieur ,

c Votre très humble et très obéissant serviteur,

c Leibniz. >

f P. 5. Votre illustre Huet avoit autrefois un ms. «strologiq. de Vettius Velleus; je trouve que Camerarins (i) en a publié quelques fragments à Nuremberg , 1552 , sous le titre Aslrologica.

i J'avois coustnme de dire à mes amis ionitas $aniiaiumet <mma êanilas, sans avoir sceu que M. Ménage s'en servoît aussi , comme j'ai appris par le Menagiana. Gela me donne occasion , monsieur , de m'informer de vostre santé, qui sera bonne comme je Fespère et souhaite, i

On trouve dans la correspondance de Huet , une lettre de Nicaise datée du 16 février 1693 , qui a Tair de se rapporter à la fois à celle de Leibnitz du 12 janvier et à celle du 25 mai ; car il y est question de Jacques Aymar, dont Leibnitz ne parle pourtant que dans sa lettre du mois de mai.

« Dijon , le 16 février 1093.

< Je ne sais si M. Toinard vous aura fait part d'une lettre de M. Leibnitz qu'il me renvoya tout ouverte et sans enveloppe. J'ai cru que dans cette incertitude je devais le faire moi-même et vous dire qu'il me mande que j'ai fait trop d'honneur à ses bagatelles de vous les avoir montrées , et qu'il s'en est trop fait à lui-même en vous les adressant. M. le président Cousin n'a point encore parlé de la critique de ce galant homme sur les ouvrages de M. Descartes, comme il m'avait promis de le faire dans le Journal de$ Savante du mois de novembre dernier. Il attendait Tarrivée de Jacques Aymar (s), ce nouveau prophète, qui, comme un autre Moyse, commande aux corpuscules avec sa baguette et les met en mouvement. Dieu sait si les cartésiens ne donneront pas dans cette jonglerie. Je m'assure que M. le président les désabusera par cette excellente critique de M. de Leibnitz , et je lui manderai par le prochain courrier le jugement que porte sur cet Aymar un homme honnête de Genève, H. Ghouet , conseiller d'État et secrétaire de la république , qui , bien que cartésien , me mande que ce Jacques Aymar est un franc fripon , et qu'il ne serait peut-être pas fort difficile de le lui faire confesser dans

(i) Joacbim Camerarius, Pud des rédacteurs de la fameuse confession de foi d*Aug8l>ourg et Tun des plus grands philologues du x? i* siècle.

(s) Ce paysan dauphinois vint échouer chez le prince

une prison. Tout ce qu'il a de singulier , ajoute-t-il , c'est la facilité qu'il a de mettre son sang en mouvement quand il veut , et par ce moyen exciter chez lui des sueurs abondantes, et augmenter à volonté les pulsations de son pouls; quoi qu'il en soit, je tiens tout cela pour des fourberies. . .

c Nicaise. i

Il faut remarquer que, dans cette lettre du mois de mai 1693, comme dans celle de 1692, Leibnitz dit positivement qu'il avait rassemblé des notes sur la vie de Descartes; et très-probablement ces notes avaient été remises à Baillet par Nicaise ; car c'était pour Baillet que Nicaise demandait à tous ses correspondants des documents sur la vie de Descartes. En effet, nous trouvons dans notre collection une lettre de Baillet qui prie Nicaise de recueillir de tous cétés des documents qui puissent servir à son ouvrage, surtout auprès des savants hollandais parfaitement placés pour recueillir de pareik renseignements. En conséqu^ce Nicaise s'adressa à Graevius, à Leclerc et à Bayle. On ne sera pas fâché de trouver ici les réponses de ces trois savants hommes, réponses dont le sujet est toujours celui des lettres précédentes, à savoir , Descartes et sa philosophie.

Leitre de BaiUet à Nicaiêe ($an$ date).

c Monsieur,

c Ayant appris de M. l'abbé Legrand que vous vîtes hier chez moi , et qui veut bien prendre la peine de vous rendre ma lettre en mains propres, que l'on songe à donner une vie accomplie de M. Descartes et une histoire du cartésianisme , j'ai pris la liberté de l'adresser à vous comme à l'agent général de la république des lettres , pour lui faciliter les moyens d'obtenir les secours nécessaires pour un si grand et si beau dessein. La plupart de ces secours qui consistent en écrits et en livres, se trouvent à Utrecht où la mémoire de M. Descartes est en bénédiction. J'ai donc cru , monsieur, que vous auriez la bonté d'en écrire à l'obligeant M. Graevius, vostre amy, pour le prier de vouloir bien faire faire un paquet des pièces ci-après nommées ; on aura soin de payer exactement le prix de toutes choses et des voitures. Il suffira de l'envoyer par les voies ordinaires et publiques , en le priant de ne point joindre des libelles de contrebande aux livres françois, qui fussent capables de faire arrester le paquet.

de €k>ndé où il fut convaincu de n'être qu'un fourbe adroit. Il prétendait faire trouver des trésors, découvrir des voleurs, etc., par le moyen de la baguette divinatoire.

FRAGMENTS PHILOSOPHIQUES

Lisd des livres pour Vlrechu

c 1. UOraison funèbre de M. Renery, faite par M. iEmilius, à Utrecht, en 1639 ;

c â.La Narration historique de l'université d'Utrecht. où il est parlé de Taffaire de MM. Regius et Voétius.

c 5. La Réponse de M. Descartes à la publication du 1 5 juillet i 645;

c 4. La Réponse de M. 'Descartes aux thèses de ' Voétius ;

c 5. Toutes les pièces qui concernent les trois procès que M. Descartes a eus à Utrecht , à Groningue et à Leide.

c 6. Querela de falsis Yoêtiorum et Dematii crimînibus. Vrisladi , in-4*», 1616 ;

c 7. Joannis Tepelii historia philosophiae cartesianae. Novimbergaî, in-i2, 1674;

f 8. Abrah. Heidani consideratio ad res quasdam nuper gestas in academia Leidensi. Hamburgi , in 8"^, 1676;

c 9. Christ. Wittichii consensus sacrsescripturœcum virtute philosophise cartesianae. Neomagi, in-8®, 1659.

c Je vous serai , monsieur, infiniment redevable de la peine que vous voudrez bien vous donner en cette occasion. La considération du mérite particulier de M. Tabbé Legrand vous fera sans doute agir en cette occasion avec votre affection ordinaire pour le bien public des lettres... >

LeUres de Grœvius à Nicaise.

i. firaerius TraJecU d. vu Juq. cio i9Q lxxxix.

f — Quos libelles qusmsad vitam Cartesii mémorise prodendam, pauci possunt reperiri. Trestamen parati vobis-sunt, oratio iEmylii in funere Reinerii, Tepelii historia philosophiae Cartesianae et Heidani consideratio. Responsio Cartesii ad thèses Yoetii habetur in ejus epistolis. Reliqui fuerunt libelli parvi, qui tune prodierunt, sed nunc dissipati, ut soient hujus generis scripta, nusquam estant. Hos très libres quos dixi mittam cis paucos dies ad Vroessemii amicos Roterodamum quibus accèdent disscrtationes de Vries collegae mei de vita Cartesii... i

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