GneTlut Tri^ecU d. xxvi rebr. Jul. an- cio i3C xc
€ — Opuscula plura de Cartesio nec ego ncc amici potuerunt reperire, quamvis in iis pervestigandis nihil studii nobis reliqui fecerimus. Nam parvi hi libelli post tanti temporis decursum evanuerunt. Obierunt omnes, qui in his terris eo familiariter sunt usi , praeter Joannem de Ray , profcssorem amsterodamenscm philosophiae, ex quo tamen , quamvis et coram et litteris hoc nomine semel iterumque a me fuerit compellatus,
nihil expiscari potui. Cum semper fuerit mcnrosior , aetas grandis jam ipsum reddidit morosissimum. Nec pro sano quicquam roîhi videbatur respondere , cum de Cartesii vita controversiisque , quae his in terris agitatae sunt, sermones cum illo sererem. Interea nactus sum Mypaffov nummi argentei qui hic flatus est cum inscriptione hac : Benalus des Caries, naU Hag. Tur. 1596, ohiil in Suecia 1650. In aversa parte sunt sex versus belgici non inepti , in quibus dicitur mundi miraculum, eu jus acutissimum et perspicacissimumingeniumnaturaein mysteria perspexerit. lis impositus est sol , subjecta vero pars globi , quam ambiunt hsec^erba : lumen sœculi. Hune vobis milterem nisi omnem mittendi facultatem temporum atrocitas praecidisset. Ëum tamen a pictore describi jubebo, ubi vos jusseritîs. Nam nihil unquam a me frustra desiderabis , quo vobis meum vestris desideriis et voluntati serviendi studium probare potero. >
« Amsterdam , 8 février 1601.
c — J'avais reçu quelque temps auparavant celles (les lettres) que vous trouverez ici, et je les avais mises dans un paquet avec les deux derniers tomes de la Bibliothèque universelle et une empreinte d'une médaille de Descartes que M. Graevius m'avait remise. Je craignais de vous envoyer un si gros paquet par la poste , et , en attendant cette occasion , il s'est écoulé beaucoup de temps. Marquez-moi donc, monsieur, le nom du marchand qui m'a apporté votre lettre , et je lui donnerai ces deux tomes avec la médaille de Descaries. J'ai appris qu'on pouvait trouver à Alcmaer, qui est une ville de Nort-HoUande , diverses lettres et papiers concernant cet illustre philosophe , chez an gentilhomme qui a été de ses amis.
c J. Leglerc. »
« Amt terdam , !« mai 1681 .
c — Je voudrais bien contribuer quelque chose ou à la vie de Descaries , ou à l'augmentation de ses lettres ; mais il n'y a pas d'apparence. Celui qui avait offert , à la prière d'une personne de considéralion , de laisser fouiller dans un coffre où il y a quelques papiers de Descartes, et qui se nomme M. de Bergue , s'est choqué de ce que l'on a reçu à Paris ces coffres d'une manière très désobligeante, de sorte qu'il n'y a plus d'apparence de rien obtenir de lui. Cependant j'envoie à M. Hortmell l'empreinte de Descartes dont je vous avais parlé.
c J. Leclerc. a
{Sans date.)
< La dernière fois que j'allai à La Haye pour
voir M. de Beauvnl , j'y fis connaissance avec un médecin flamand qui fit autrefois beaucoup de bruit à
CORRESPONDANCE DE LEIBNITZ ET DE L'ABBÉ NICAÎSE
Paris sous le nom de Phelippeaox ; et comme je le crus propre à nous fournir des particularités sur la vie de M. Descartes, vu qu'il a été intime et familier de M. Fulchower, qui avait été disciple de M. Descartes, et quasi-domestique plusieurs années , je le priai de vouloir rappeler toutes ses idées là-dessus , et feuilleter tous ses papiers en faveur d'un homme de mérite qui travaille actuellement à la vie de ce grand philosophe (M. Baillet m'a écrit que c'est lui). 11 me répondit en homme qui est tout mystérieux ; mais il me promit quelque chose de plus positif touchant deux ou trois traités de M. Descartes , dont l'un est de Deo Socralis, m'assurant qu'il sait entre les mains de qui ils tombèrent après la mort de l'auteur. Le malade de M. Phelippeaux joignit ses offres aux siennes , à cause qu'il est connu des personnes en question, et parce qu'il est voisin de H. de Beauval et grand ami.
< Bayle. >
« HanoTer, Vl2 Juillet 1094.
c Je VOUS remercie (i) de vos communications , et de ce que vous me faites lire ce que vous écrivez à M. de Spanheim. Je suis fôché de la mort du R. P. Dom Placide. Je crois que M. l'abbé de la Trappe et le R. P. Dom Mabillon ont raison tous deux, et c'est l'ordinaire dans les disputes des habiles gens. Je voudrois bien savoir si M. l'abbé Berlhet (i), jésuite autrefois , que j'ai vu à Rome avec M. le cardinal de Bouillon , est encore en vie ; il nous promettoit des belles choses sur la musique , et il est capable d'en donner.
c Je vous fais souvenir de ma prière que je vous supplie de nouveau de favoriser auprès de M. l'abbé Boisot, s'il voudroit bien me faire part de quelques pièces curieuses, tirées du recueil des mémoires du cardinal de Granvelle. Ces miettes ne diminueroient pas son trésor, et seroient un ornement de mon code diplomatique. Cependant je le remercie bien humblement, aussi bien que M. Lantin , de la bonté qu'ils ont de se souvenir de moi. Ce dernier encore pourroit enrichir le public d'une inûnité de belles choses. J'ai souvent souhaité qu'il nous donnât ce qu'il a observé sur l'histoire des plaisirs. C'est une chose étrange que ce qui est le but de toutes les actions des hommes n'a été traité de personne, au moins avec quelque étendue. 1^ bon M. Justel (s) nous vouloit donner de beaux recueils des commodités de la vie ; mais ik se sont |)crdus parce qu'il a trop temporisé. C'est un des sept péchés mortels des sçavans hommes.
(t) Celle lellre fait partie da manuscrit de Paris. Les différences de leçons de ce manuscrit et de la Revue des deux Bourgognes sont insignifiantes.
c M. Eggeling, sçavant homme à Brème, et qui a donné des jolies choses sur quelques médailles et sur les figures d'un vase antique sous le titre de Mysleria Cereris el Bacchi , m'a envoyé dernièrement un discours de origine nominis Germanorum, Il a là-dessus un sentiment extraordinaire , s'imaginant que le nom des Germains n'est pas antérieur à la guerre cimbrique, et vient de ce que les Cimbres (je croy), parlant à Marins , demandèrent des terres pour eux et pour les Teutons , leurs frères , qu'ils appelaient fralres sive Germanos. Il y a bien de l'érudition dans son discours , mais peu de probabilité dans son opinion. Je lui ai mandé ma conjecture qui est 'assez naturelle, c'est que je crois que les Germains ne diffèrent des He^tniones ou Herminones que de la manière de prononcer (comme les Espagnols appellent Hermanos^ ceux que les Latins appellent Germanos , comme les Allemands appellent Hummers ceux que les Latins appellent Gammaros) ; et quoique , selon Tacite el Pline , les Herminones n'occupassent qu'une partie de la Germanie , néanmoins souvent une partie donne le nom au tout , comme vous appelez Allemands tous les habitants de la Germanie , quoique proprement il ne faille appeler Alletnannos que ceux qui sont habitants du pays du Haut-Rhin , sçavoir : les Suisses , les Suabes et leurs voisins. Je serois bien aise d'avoir vostre sentiment et celuy de vos amis sur ma conjecture.
< Je suis bien aise qu'on a commencé enfin à s'opposer au prétendu supplément de Pétrone , qui , à mon avis , est éloigné de toute apparence. Le style et l'intrigue n'a rien qui sente Pétrone ; si ce n'est peut-être la hardiesse de parler des débauches outrées. Et s'il falloit donner quelque ombre de vraisemblance au récit qu'on fait , il falloit nous nommer ce volontaire françois et ce marchand de Francfort , dont on parle, et donner le moyen de voir le manuscrit.
4 Que faille R. P. Noris? Je suis bien aise qu'un homme de ce sçavoir a l'applaudissement qu'il mérite. Je voudrois de tout mon cœur qu'il fût déjà cardinal. Je croy que les envieux , à force de lui vouloir faire du mal , ne serviront qu'à son avancemenl. Puisqu'il a tant estudié la chronologie et les époques , je voudrois qu'il pensât à une chose dont je vous parlerai à l'oreille. Je m'imagine que si le pape , à raison de quelque correction ou au moins de quelque supplément ou explication du calendrier grégorien (puisqu'on effet il y a de quoy , suivant Lèvera , qui en a écrit dans Rome même), retouchoit à cette matière et prenoit bien ses mesures auprès de l'empereur, et avec quelques princes de l'Empire , il y auroit moyen de le faire
(s) Professeur de mathématiques à Lyon , mort en 4692. (.•s) H. Justel, calviniste réfugié, né à Parisen 16:20, mort bibliothécaire du roi d'Angleterre Guillaume III en 1693.
FRAGMENTS PHILOSOPHIQUES
reoe?oir akitt dans l'Empire. Je vous prie de consulter là-deMut le R. P. Noris, en lai faisant mes recommendations ; mais il faudroit aller pian-piano, c Je sois avec zèle , monsieur, c Votre très humble et très obéissant serviteur, c Leibniz. >
f Quand j'aurai la réponse de M. de Spanbeim , je ne manqueray pas de la faire tenir. Je vous supplie aussi de mander à vostre correspondant à Paris, quand vous m'honorerez de vos lettres , qu'il les fasse donner à M. l^rosseau , nostre résident à Paris.
c Je vous demande pardon de ce que je me suis servi de la main d'autruy ; ma (i) lettre toute écrite estant gastée par rencontre , je n'ai point eu le loisir de la copier. >
« Hanovre, ce l/l l octobre 1604.
C Je n'ay point manqué (»), monsieur, d'envoyer votre lettre à Mons. de Spanheim. Si je reçois quel que chose de lui pour vous, je ne manqueray pas de le vous envoyer.
c Si vous parlez un jour au P. Noris du calendrier grégorien et de ceux qui ont cru qu1l y falloit reloucher, non pas pour le réformer, mais pour l'expliquer, n'allez point luy dire que je prétends donner quelque chose là -dessus , comme il semble que vous l'avez pris. Cela n'est nullement mon dessein ; et n'estant pas de votre parti , j'aurois fort mauvaise grâce de m'y ingérer. Mais je vous ay mandé seulement que, dans Rome même , on a cru que cela se pouvoit et que François Lèvera en a fait imprimer un livre à Rome, d'où il s'ensuit que la chose pourroit se faire sans donner aucune atteinte à l'autorité du pape , et pourroit estre ménagée en sorte avec l'entremise des puissances, qu'encor des protestants s'en pourroient accommoder.
€ Si on pouvoit avoir ce que M. Ouvrard (s) a fait imprimer autrefois sur ce sujet , j'en serois bien aise.
(i) Ces mou t ma leUre toute écriU i jusqu'à la fin manquent dans la Revue.
(t) Cette lettre manque dans le manuscnt de Paris. Je la donne telle qu'elle est dans la Jievue des deux Bourgognes.
(s) René Ouvrard, chanoine de S.-Gralien de Tours, mort en cette ville le 19 juillet 1694. Son Calendarium novum, perpeluum et irrevocabile est de 1082,
(4) Ouvrard , ancien maître de musique de la Sainle- Cbapelle, avait laissé une histoire manuscrite de la musique, depuis son origine , et une disserUtion qu'il avait soumise au jugement de l'abbé Nicaise sur le traité de Vossins : Depoematum cantu et viribus rhythmi.
Je m'étonne que feu M. le cardinal Slusio a rd)uté d'abord la pensée de M. Ouvrard. 11 faut qu'il ne se soit point souvenu de Lèvera. J'ai parié à feu M. Ouvrard, quand j'étois à Paris; il faudroit tâcher de conserver ses travaux sur la musique («). Je suis bien îkché aussi de la perte de M. l'abbé Berihet, qui avoit assurément d'excellentes choses sur la musique. Si vous avez quelqu'un auprès de M. le cardinal de Bouillon , la chose vaut bien la peine qu'on s'informe où ses écrits sont passés.
c Ne peut-on avoir des particularités de la mort de M. Arnaud (s), et si la grande collection des œuvres de plusieurs auteurs de son parti paroistra encor ? .
c 11 me semble que M. Lantin, outre son Histoire des plaisirs, veut encor nous donner quelques pensées importantes sur les nombres (s) : il en a sur toutes sortes de matières. Je vous supplie de lui faire mes baise-mains dans l'occasion, aussi bien qu'à M. l'abbé Boisot , à qui j'ay bien de l'obligation des libéralités qu'il offre de me faire. Je n'ay aucune des trois pièces dont il parle. Ainsi je serai ravi de les obtenir. La voye la plus seure serait peut-être de les envoyer à Bàle (qui n'est pas fort loin de la Franche-Comté) à M. Bemoidli (7), professeur de mathématiques qui est de mes amis. Car M. Bemoulli me feroit bien la faveur d'envoyer ce paquet à Leipsig avec les marchands de Bàle ou de Suisse qui vont à la foire de Leipsig.
c Puisque vous demandez à M. Spanheim des nouvelles de M. Morell (s), je vous en donnerai par avance. M le comte de Schwarbourg (9) ( vous savez que ces comtes vont presque au pair avec ceux de TEmpire), qui est un des plus curieux seigneurs de l'Allemagne et qui a amassé un cabinet très considérable, l'a attiré à lui , pour avoir le soin de son cabinet. 11 m'a écrit lui-même d'Amstat, qui est le lieu de la résidence de ce seigneur, de sorte que si vous*demandez quelque chose de lui, ou voulez lui demander quelque chose, vous n'avez qu'à m'adresser. 11 pense plus que jamais à son grand dessein de donner une collection des médailles antiques (10), et il a plus de 25,000 ectypes. On m'a dit qu'il fera imprimer en Allemagne une
(6) Antoine Arnauld, qu'on appelait de son temps le grand Arnauld , mort à Bruxelles , le 8 août 1694, à 85 ans.
(6) Il avait traduit en latin Pappus d'Alexandrie De Numéris et y avait ajouté des notes.
(7) Jacques Bernouilli, né à Bàle en 1654, professeur de mathématiques à runiversilé de cette ville en 1687, mort en 1705.
(s) André Morell ; né à Berne le 9 juin 1646, mort en
(9) Le comte de Schvyartzemburg-Amstadt.
(10) L'ouvrage publié depuis par Havercamp : Thésaurus Morellianus, sive famiUarum numismaia omnia, 3 infol. 1734,
CORRESPONDANCE DE LEIBNITZ ET DE L*ABBÉ NICAISE
tradvetion de la seiencê de$ médaiUeê du P. Joubert avec des remarques qui serviront à i*éclaircir.
c Je m'étonne qu'on fait tant de bruit en France sur la comédie (i) et qu'une profession que le souvenûn autorise par des gages donnés publiquement fait exclure des sacremens ceux qui en sont. N'estrce pas que tout le monde joue la comédie? Yoicy des vers que j*ay vus sur cette querelle :
Sévères direclears des hommes ^
S^Tcz-Toos qn^ao siècle ob nous sommes Un MoUère édifie autant qae vos leçons? Le vicieux bien raillé n^est pas sans pénitence.
n fa«t poar réformer b France
La comédie on les dragons (2) .
C La modération de M. Fabbé de la Trappe à Tégard de ses adversaires est très louable (s).
c Qui est ce M. de Court (4) dont vous parlez dans votre lettre à M. Spanbeim ?
c Vous dites un très beau mot sur la mort de M. Arnaud, que personne n'y perd plus que ceux qui y croyent gagner. Py perds, car je luy voulois envoyer à examiner la suite de mes pensées pbilosopbico-tbéologiques, comme j'avois fait il y a quelques années , quand nous avons échangé plusieurs lettres là-dessus, où des matières d'importance sont éclaircies.
c Outre la suite de mon Code diplomcUique, je pense à publier un recueil de quelques historiens medii <Bvi, non imprimés, où je joindrai un Ditmarus (s) plus entier et plus correct que celuy que nous avons , où manquent des feuilles entières et quantité d'endroits de conséquence. Il y aura aussi une ancienne chroniq. de Trêves et une de Brème, plus ancienne que celle de Docterus et une chronique d'un certain Martinus Mirotina (0) , et une caniinuatio chramci Slavorum Helmohi^ et d'autres pièces de cette nature, mais qui sont principalement pour l'histoire d'Allemagne,
c Je suis ravi d'apprendre par votre lettre que vous jouisses du beau séjour d'un lieu délicieux à la campagne (1) ; je vous y souhaite une parfaite santé et suis avec zèle, etc. >
Dans ces deux lettres de l'année 1694, il est question de plusieurs personnes et de plusieurs choses , sur lesquelles on peut tirer quelques éclaircissements nouveaux de la correspondance de Nicaise et de celle de Hnet,
(f) C'est en i694 que parut récrit de Boursault, sous te nom du P. Gaffaro , théatjn , en faveur des spectacles, et la réponse de Bossuet : Réfieœions sur la comédie.
(s) AUusioD aux dragonnades.
(s) Dans la discussion sur les Études monastiques.
(4) Probablement Tabbé de Court, né en Bresse, mort à Angers en 1732.
De toutes les lettres de Justel, nous ne donnerons ici que ce court fragment, qui confirme le récit de Baillet sur les obsèques faites à Descartes.
(Correspondance de Huet ).
« 29 Juin 1067.
c M. d'Alibert a fait faire un service magnifique à M. Descartes, à Sainte-Geneviève; mais on n'y a point fait d'oraison funèbre , l'Université s'y étant opposée en quelque façon. Tous les philosophes s'y trouvèrent, et on en choisit seize à qui on donna à dîner. MM. de Montmor, d'Ormesson et de Guedreville en étaient. On a recommencé à se rassembler chez M. de Montmor comme on faisait auparavant....
c JuSTEL. >
La correspondance de Nicaise contient une lettre de René Ouvrard , qui prouve qu'on avait répandu le bruit de la conversion de Leibnitzau catholicisme. On ne soupçonnait pas que la haute modération de Leibnitz prenait sa source dans une philosophie qui n'a jamais besoin d'abjurer ni le catholicisme ni le protestantisme.
« Tours, le 6 décembre 1093.
f Parmi les nouvelles de la république des lettres, celle du retoiur de M* Leibnitz à l'Église m'est bien agréable, et je souhaiterois que vos amis de Hollande et d'Angleterre l'imitassent en ce pomt, qui n'est pas un point de mathématique...
< R. OinnAan. >
Bayle était au premier rang des correspondants protestants de l'abbé Nicaise, dont la conversion était le plus désirée. Les fanatiques du concile de Dordrecht le persécutaient à Rotterdam. Il s'ennuyait de tontes ces tracasseries ; mais il n'y a pas de raison fondée de penser qu'il ait songé à revenir an catholicisme, comme M. l'abbé Boisot en exprimait l'espérance à l'abbé Nicaise. D'un autre côté , nous avons vu que Leibnitz , dans ses lettres de 4693 et 1694 , désirait vivement quelques pièces de hi riche correspondance de Granvelle que l'abbé Boisot possédait ; et Nicaise s'était empressé de communiquer le désir de Leibnitz
(s) Le DUmarm reêlUulus n'a paru qu^en 1707 dans le grand recueil publié par Leibnitz : Scriplores rerum Bruntmcarum.
(6) C'est la chronique des papes et des empereurs, par Martin le Polonais, insérée par Leibnitz dans le II' tome des Accestiones hUloricœ,
(7) Villey-sur-TilIe, à 5 lieues de Dijon. L'abbé Nicaise y est mort le ^ octobre 1701 , à 78 ans.
FRAGMENTS PHILOSOPHIQUES
h 8on ami de Besançon. Voici des extraits des réponses de ce dernier, avec trois lettres du médecin Bourdelot, qui se rapportent à raffaire de la prétendue conversion de Bayle. >
(Correspondance de Nicaise, t. HI, n« 32.)
«Bolsot , abbé de Saint- Vincent , à Besancon, le S décembre 1693
f Mons. de Leibnitz vous parle trop magnifiquement de mon pauvre petit trésor. Je fouilleray dedans Fun de ces jours et je verray ce qui pourra estre de sa convenance. Le mal est qu'il faut copier exactement, que peu de gens en sont capables et que je n'ay pas grand loisir...
< Je suis très fâché de la nouvelle persécution qu'on fait à Mons. Bayle. Plust à Dieu que mons. Polisson fût en vie ! Il trouveroit bien moyen de le retirer, et de luy establir un repos honnesle et asseuré en France. Ceux à qui vous en avez écrit, peuvent y contribuer. Un homme du mérite de M. Bayle est digne qu'on fasse des avances, et il doit se plaire fort peu dans un pays où il est exposé à tant de traverses »
(Ibidem, nMl.)
« Du même, à Beure, le 14 septembre 1604.
€ Je me réjouis beaucoup de tous les ouvrages
que vous me mandez qu'on imprime en Hollande. La plupart estant augmentez et enrichis de figures, comme vous écrivez qu'ils le seront , ne manqueront pas de débit. Le Codex Juris Genlium diplotnalicus devra estre le plus recherché de tous. Mons. de Leibnitz , qui a tant d'esprit , n'y mettra rien que d'excellent. Outre ce que je vous ay dit , je puys luy fournir plusieurs traitez de paix qu'on ne trouve point. Mais il faut sçavoir auparavant s'il ne les a pas déjà. Je pourray quelque jour vous en envoyer un petit mémoire. Lorsque Léonard imprima les derniers traitez de paix, je luy fis ofirir ceux que j'ay dans la simple veûe de luy faire plaisir. Mais son impression étoit trop avancée , ou il ne comprit pas que ce que je luy offrois estoit ce qu'il y auroit de plus curieux dans son recueil, et il se contenta de me remercier. Je seray ravy que Mons. Leibnitz profite de ce refus et qu'il soit le premier à faire imprimer ces anciens traitez.... I
(Ibid., t. H, no 94).
« A Parte, ce 25 norembre <60S.*
€ ..... Est-il vrai, comme m'en a asseuré M. Dupin, que M. Bayle ait esté interdit , qu'on luy ait osté sa chaire et qu'on l'ait condamné sans l'entendre? M. le chancelier m'a dit autrefois qu'on avoit tasché de l'attirer ici. S'il estoit homme à se détromper de sa
religion et à vouloir revenir parmy nous, je poorrois répondre qu'il trouveroit encor un party fort honorable. Vous pouvez luy en faire la proposition sur ma parole. On réimprime tous les ouvrages de controverse de M. Polisson. M. Dupin dit que, hors la diction, c'est poca cosa; ce que vous me mandez de Mons. Leibnitz en doit fort rehausser le prix.
C BOUEDELOT. >
(Ibid.)
« Da même, à Paris, 1696.
c Le dictionnaire critique de M. Bayle doit
être achevé d'imprimer suivant ce qu'il m'en a mandé lui-même il y a plus de six mois. Je le souhaite par bien des raisons, mais encore, parce que M. Leers m^a écrit qu'aussitôt après , il travailleroil à l'impression du Brantôme que je lui ai donné, qui sera tout autre que ce que nous avons d'imprimé jusqu'à présent. Je vous prie, quand vous écrirez à l'un et à l'autre, de les remercier de ma part de leur souvenir et de les assurer toujours de l'envie que j'ai de les servir, et principalement M. Bayle que je souhaite beaucoup de pouvoir attirer ici. Croyez- vous qu'il soit impossible d'en venir à bout? »
(Ibid., n« 95.)
« Da même 1 Vertalllei, le 15ianTlerl696.
c .... M. Bayle m'a envoyé l'apologie qu'il a faite contre le jugement de M. l'abbé Renaudot et quelques autres critiques. 11 a beaucoup d'ennemis en Hollande que Jurieu luy a suscités ,. à ce que m'ont appris des gens qui en reviennent. On a tasché de luy donner tous les dégousts imaginables, et l'on croioit que cela le détermineroit d'aller à Genève où ses amys ï'appeU loient ; mais c'est un philosophe qui se contente de peu et qui vit chez Leers et avec Leers de ce qu'il luy donne pour les ouvrages qu'il compose. >
A HanoTer, le lS/23 Juillet 1605.
< Monsieur,
c Voici (i) ce que j'ay reçu de M. de Spanheim. Ses cinq lettres jointes à l'édition nouvelle des Essais de M. Morel viennent de paroistre. On y voit régner cette merveilleuse érudition qui lui donne depuis longtemps le rang éclatant qu'il tient dans la république des lettres. Il touche quelques erreurs du P. Hardouin , mais d'une manière fort obligeante.
(i) Cette lettre appartient au manuscrit de Paris, et elle est tout entière de la main de Leibnitz,
CORRESPONDANCE DE LEIBNITZ ET DE L'ABBÉ NICAISE
Mont. Morel lui-même se plaint dans cette édition de son Speeimen (i) du peu de sincérité de ce père qui ayant reçu de luy des grands secours pour ses ouvrages, a manqué aux devoirs de la reconnoissance.
€ J'ay TU dernièrement le dessin d'une médaille qui est dans le cabinet M. de Wilde (s) à Amsterdam et qui parolt fort extraordinaire : elle est de Bonosus, empereur prétendu , et au revers il y a une femme tenant dans sa main un êtrlum au-dessus d'un globe, qui est dans Tair, avec ces mots : Germania perpétua. Je ne sçay si cette médaille est bien authentique ; il me ^semble que Bonosus avoit épousé une dame du sang royal des Gots. Si la médaille est bonne, on pourroit croire que Bonosus voulut honorer la patrie de sa femme.
c Un de mes amis me mande que Mons. Delaroque (s) aéra bientôt absous comme on espère , d'autant qu'il j a eu phitAt du mesentendu que de la malice dans son fait.
c J'ay reçu l'ÉU^e de feu M. l'abbé Bmsot et vous en remercie très-humblement. C'est une grande perte que la mort de cet illustre personnage. Je suis bien lasché de n'avoir pas appris de son vivant toutes les particularités que j'y trouve ; si nous savions les pen- •éet et les desseins des grands hommes pendant qu'ils tODt encore en vie , nous en profiterions mieux. On parie de moy dans cet éloge en des termes trop favorables pour que je m'y puisse reconnoistre. Je ne laisse pas d*étre bien obligé à lions, le président Boisot et à Fauteur de la pièce, qui doit estre luy-méme tl'un mérite bien distingué, puisqu'il étoitamy intime de Mons. l'abbé de SaintrYincent. Je juge que M. le président Bmsot n'auroit point permis qu'on eût parlé de la bonne volonté de son frère à mon égard, s'il n'avoit dessein de l'accomplir. Ainsi je vous supplie, monsieur, de luy marquer ma reconnoissance et de le faire souvenir de ce que je souhaite.
c L'action que M. l'abbé de la Trappe vient de faire en se dépouillant de l'autorité dont il usoit si bien , achève de confondre ses ennemis ; mais je ne sçay si cela accommode ses amis, et si la religion, qui a l'avantage de le posséder, ne souffre dans la perte d'un tel supérieur.
c Mons, Grœvius qui continue de donner des beaux
(i) Speehnm unwersœ rei nwnfnarim anHquœ, ëdit. de 1605.
(«) Ce Dommanqoedans lii Revue des deux Bourgognes, (5) Daniel Delaroque, protestant converti, composa en 1093 la préface d*un livre satirique où on reprochait à radministration de n*avoir pas su prévenir la famine qui désolait alors la France. L'ouvrage ftat saisi sons presse, rimprimear pendu , et Laroque enfermé au château de Saumnr, où il resta cinq ans. Il en sortit pour entrer dans les bureaux de Torcy, secréUIre d'État des affaires étrangères, et fàt secrétaire du conseil du dedans sous
COUSIN. — TOME n.
recueils des antiquités romaines (4), souhaiteroit de trouver Bossium et Alexandrum de Sistro.
€ L'Angleterre ou plutôt la république des lettres a perdu Mons. Dodwell qui étoit si profond dans l'histoire ecclésiastique. Mais rien n'égale la perte de l'incomparable Mons. Hugens. Il est très-sùr qu*on le doit nommer immédiatement après Galiléi et Descartes. Il estoit capable de nous donner encor de grandes lumières sur hi nature.
c On me mande qu'un livre intitulé Syslema mentis et rationis a esté défendu à Paris. Je ne sçay pas ce que c'est, non plus que ce qu'on doit attendre d'un autre livre intitulé Conjuration contre Deseartes. 11 faut que l'auteur du livre s'imagine que Descartes est devenu le souverain de l'empire de la philosophie , à peu près comme le dictateur César l'estoit de celuy de Rome.
c J'avois presque oublié de dire un mot de la belle invention de feu M. l'abbé Boisot de faire apprendre à écrire un jeune enfant dans l'espace d'une demiheure mieux qu'il n'auroit fait pendant six mois d'école. Voilà quelque chose de bien utile qu'il faudroit publier ; car je m'imagine que le secret ne sera pas perdu puisqu'il n'en a pu donner des essais sans le faire connoistre. S'il y a moyen d'en sçavoir quelque chose, je vous. supplie , monsieur, de m'en faire donner part.
c Je n^attends que Toccasion pour envoyer à Paris un exemplaire du Spécimen de Mons. Morel, avec les lettres de Mons. de Spanheim que celuy-cy vous destine.
< Le Thésaurus Brandeburgicus de Mons. Begerus (s), garde des médailles de S. A. R. de Brandebourg, avance fort.
c J'espère que le trésor incomparable des inscriptions anciennes de M. Gudius (s) paroistra aussi un jour. Je vous souhaite une parfaite santé et suis avec zèle,
c Monsieur, c Votre très himible et très obéissant serviteur,
f Leibniz, i
A la réception de cette lettre de Leibnitz , Nicaise s'empressa de demander à Baillet des renseignements
la régence, n mourut septuagénaire à Paris, en i731.
(i) Àntiquitatum Romanarum. 12 vol. in~fol.
(8) Mort à Berlin en 1705. L'électeur de Brandebourg en question est Frédéric-Guillaume I*% bisaïeul du grand Frédéric.
(s) L'ouvrage auquel Leibnitz fait ici allusion a été publié par Franc. Hersel sous ce titre : jinliquœ inscripliones, tum grœcœ^ tum latinœ, oUm a Marq, Gudio coUectœ, nuper a Joana Koolio digestœ, horlatu consilioque Grcmi, eum adnotationibus eorum (Leuwarden, 1731, in-fol.).
2ia
FRACMEIHTS PHILOSOPHIQUES.
sur les deux ouvrages relatifs à Descartes , que Leibnitz désirait connaître. Baiilet répond à Nicaise le 7 seplembre 1695.
« Le 7 septembre 1095.
c Vous me demandez des nouvelles de deux petits livrets cartésiens que je n'ay ni lus ni même vus ; le premier, qui est latin , m'est entièrement inconnu et à la plupart des amis à qui j'en ay parlé ; l'autre , qui a pour titre Conjuration contre M. Desearles^ n'est qu'une plaisanterie où l'on représente les qualités physiques de la philosophie d'Aristote et des péripatéticiens qui conspirent contre la vie de cet ennemi commun et qui se servent enfin du ministère de la chaleur pour l'assassiner. L'escrit est petit et n'a presque pas fait de bruit , soit qu'il n'ait pas assez de tour ni de sel, soit qu'il soit trop sérieux pour une pièce badine , soit que le public se lasse ou se dégoûte effectivement de ces sortes d'imaginations en un temps où les esprits fins , enjoués et délicats, deviennent plus rares que par le passé. c Baillet. i
VHl.
€ Monsieur (i),
c Je compte pour un malheur très-grand , qu'un ami est cause par son changement, que j'ay manqué si longtemps à mon devoir à vostre égard aussi bien qu'à l'égard de M. le président Boisot. Il alloit en Hollande et aux Pays-Bas espagnols, et me marquoit qu'il voit de Bruxelles à Paris ^^ avec un passe^port qu'il trouveroit moyen d'avoir. Cela me porta à lui confier un paquet pour vous, où estoient quelques exemplaires des anecdotes de la vie du pape Alexandre VI , de la maison de Borgia , père du £ameux Duca Valentino (s), que j'ay fait imprimer sur un manuscrit d'un homme de son temps, qui estoit dans des emplois considérables à Rome, mais Allemand d'origine , comme je crois vous avoir déjà marqué autres fois. J'y avois aussi mis une lettre pour M. le président Boisot et vous y avois supplié , monsieur, de faire tenir cette lettre à M. le président avec un des exemplaires. Hais comme je me
(«) Cette lettre est tout entière de la main de Leibnitz dans le manuscrit de Paris , mais elle n'est point datée. Feller , qui probablement a vu à Hanovre la minute de Leibnitz, en a tiré trois petits paragraphes qu'il a imprimés à la date de 1696, dans VOlium Hannoveranum , et que Dutens a réimprimés tome Y, p. 547. La date de 1696, que donne la Revue de Bourgogne, se démontre d'ailleurs et par le contenu de la lettre , et par celles auxquelles elle a donné lieu.
(i) La Revue de Bourgogne donne duc FaletUin,
(3) La Revue de Bourgogne donne mal à propos : qui est tout à l'empressement , etc.
(4) Le Thésaurus Morellianus.
tenois fort en repos sur le soin que cet ami prendroit , je viens d'apprendre bien tard qu'il a changé de desseio et de route. Mais je ne manquerai pas d'une autre occasion , et cependant j'ay voulu vous supplier, mon-< sieur, de faire tenir la cy-jointe à M. le président, où je marque les mêmes choses, et de contribuer à m'excuser et à plaider pour mon innocence.
c M. de Spanheim et M. Morel ne sont pas des plu» pressés à répondre. Et on doit excuser M. de Span* heim , qui est accablé par des soins publics et Htté^ raires, et M. Morel postpose tout (s) à l'empressement de pousser son grand ouvrage (i). Cependant j'ay eu une lettre de M. de Spanheim , il n'y a pas longtemps, avecun exemplaire du premier volumedesmi Julien (s). La plus grande partie de ses notes sera dans le second tome, qui est sur le point de paroistre. Cependant ces remarques bien amples et ridies en belles choses sur la première harangue de cet empereur, qu'il fit estant encore César, à l'honneur de Constance-Auguste, mises dans le premier tome , font déjà connoistre par avance qu'il y aura un merveilleux trésor d'érudition. La chronologie, la géographie, les médailles, l'anti-^ quité ecclésiastique et profane , la théologie mystique des anciens platoniciens se trouvent déjà bien éclaircies à l'occasion de quelques passages de Julien; mais je me promets surtout des choses bien importantes sur ce que ce prince a écrit contre les chrétiens , et que saint Cyrille y a répondu.
c On a publié aussi à Berlin l'ouvrage de M. B^er, où il y a des médailles choisies du trésor de l'électeur son maistre ; et j'en attends un exemplaire , aussi bien que d'un livre que M. Beckius, sçavant pasteur de la confession d'Ausbourg , à Ausbourg même , a fait sur un almanach turc, apporté de Hongrie , où il y a de beaux éclaircissements sur les époches , la chronologie et l'astronomie des Orientaux.
c II y a un homme sçavant en SUésie, nommé M. Aco-* luthus (e) , qui travaille depuis vingt ans à une vernon de l'Alcoran avec des notes. Il passe pour un des premiers hommes de ce temps en cette sorte d'érudition « et on en attend bien plus que du bonhomme le P. Haracci (7), qui a déjà donné le commencement
(5) Le Julien de Spanheim parut à Leipsick en 1096. L'ouvrage de Beger dont il est question plus bas. Thésaurus Brandeburgieus , parut aussi en 1696, et Leibnitz parlant de ces deux ouvrages comme venant de paraître, on voit que la date de cette lettre doit être à peu près la même que celle de ces deux écrits.
(6) Professeur de théologie de Breslau, né en 1654, mort en 1704.
(7) Religieux servite dont le Prodromus adrefutatUmem Àlcorani parut à Rome en 1694. Le texte arabe complet avec la version latine furent publiés en 1698 à Padoue, où le cardinal Grégoire Bari)arigo, Vénitien, évèque de celte ville, avait fondé une imprimerie orientale.
CORRESPONDANCE DE LEIBNITZ ET DE L*ABBÉ NICAISE
de son Alcoran , par Uassistanoe da cardinal Barbarigo, dont on ne 8çaaroit assez louer le zèle.
c J'ay poussé nn de mes amis à commencer nnff{o#êarium saxanicum, où, en éclaircissant les vieux mots saxons, il aura occasion de dire plusieurs belles choses.
f Les Anglois ont entrepris de donner un grand dictionnaire de leur langue , qu'ils prétendent devoir faire la nique à celui devostre Académie. J'ay écrit à un ami qui m'en a donné part, pour lui marquer qu'ils y doivent joindre aussi les termes techniques des sciences, arts et professions , et que , s'ils auront de la peine à égaler le véritable dictionnaire de l'Académie françoise , ils pourront surpasser celny qu'on y a joint sur ces sortes de termes et qui est sujet à bien des fautes. On m'a mandé depuis qu'en effet le dessein de messieurs les Anglois est aussi d'y joindre c^ termes. L'émulation est utile pour exciter les hommes à bien faire. Sans M. l'abbé Furetière on n'auroit point songé chez vous aux termes techniques. Peut-être que messieurs les Italiens suivront l'exemple de l'Académie françoise , et joindront aussi les termes des arts à leur Crusca ; car ces termes nous apprennent bien des réalités, au lieu que les dictionnaires ordinaires ne servent qu'à parler. Comme vous estes ami de plusieurs de messieurs de la Crusca, je vous supplie, monsieur, de leur donner aussi de l'émulation sur ce sujet.
t Je vous supplie, monsieur, de marquer àM. d'Avrandies que la vénération que j'ay pour son mérite éminent m'a fait remarquer avec plaisir que M. de Spanheim , dans un endroit de son Julien, luy donne comme de raison , prineipalvm erudilûmiê in Gallia, Si M. d'Avranches fait réimprimer un jour sa censure sur la philosophie cartésienne (t), je pourrois lui communiquer quelques choses curieuses pour l'augmenter, et entre autres , une remarque de feu M. Hugens , qui a découvert que le fondement de ce que M. Descartes a^nné sur l'arc-en-ciel au delà de Marc- Antoine de Dominis (i) a esté pris d'un endroit de l'incomparable Keplerus. Je suis bien obligé à ce prélat de son souvenir et je suis avec zèle, monsieur,
« Votre très humble et très obéissant serviteur, < Leibniz. »
(i) Le livre de Huet, intitulé : Cenèura philosophiœ eartesianœ est de 1689. Sylvain Régis en publia une réfutation en 1692, à laquelle Huet répliqua par ses Nouveaux mémoires pour servir à l' histoire du earUsianisme,
(i) Archevêque apostat de Spalatro, mort en 1624. Son livre De radOs visûs et lucis in vilris prespeclfms et iride parut à Venise en 1611. C'est la première explication qu*on ait donnée de l'arc-en-ciel.
(s) Celle lettre est tout entière de la main de Leibnitz dans notre manuscrit Elle est datée du 7 septembre 1696, et comme Leibnitz y rappelle que dans sa lettre précé* dente il a proposé à Huet de lui fournir quelques nouvelles notices sur la philosophie cartésienne,, ce qui se