IX
Hanover, 7 septembre 1676.
c Je ne sçay, monsieur, par quel accident ma lettre pour M. Morel avec la vostre a esté rendue si tard ; car je l'avois adressée à l'ordinaire à un ami de la cour de Volfenbutel (a). Néanmoins cela fait un bon effect ; car il s'est d'autant plus hasté de vous répondre , comme vous voyez , monsieur, par la cy-jointe , que je me presse de vous envoyer.
c Vous aurez reçu cependant ma précédente où entre autres je vous avois prié de me conserver les bontés de M. le président Boisot, pour mon code diplomatique, préférablement à des libraires, qui ne travaillent que pour le gain.
c M. Begerus , qui garde le cabinet des médailles et antiques de l'électeur de Brandebourg , a publié son Thésaurus Brandeburgicus, Gomme quelques-unes des plus belles gemmes antiques gravées sont passées dans le cabinet de l'électeur de celuy de M. Rabener, son conseiller en Pomeranie , M. Beger, je ne sçay par quelle jalousie , a dit dans sa préface qu'il en faisoit mention à la prière de M. Rabener, comme si cela ne lui estoit dû ; ce qui estant désobligeant, j'ay eu soin de faire rendre justice au mérite de M. Rabener dans les actes des sçavants de Leipsick. M. Rabener a eu les gemmes par leg du duc de Croy ou Arschot qui estoit gouverneur de Pomeranie; Je ne comprends pas pourquoi les sçavants sont si portés à se faire de ces petites malices; ils ne devroient avoir que des pensées grandes et généreuses et dignes de l'honneur des lettres.
c Je ne sçay, monsieur, si Paris n'aura pas bientôt l'honneur de vous revoir ; ee seroit pour le bien de la république des lettres , où , sans parler de vos pro* près productions , vous faites si bien la charge de grand instigateur à l'égard des autres. Vous sçavez que c'est une chaîne dans quelques pays.
c Je crois encore de vous avoir prié dans ma précédente de faire mes recommandations à M. l'évéque d'Avranches , et de le prier de se faire informer si on
trouve dans la lettre ci-dessus, sans date, il s'ensuit que cette lettre est certainement celle à laquelle Leibnitz fait ici allusion, et que par conséquent elle est antérieure an 7 septembre 1096. D'un autre côté, Leibnitz rappelle ici , conmie ayant été précédemment adressés par lui à Nicaise, des vers sur le cardinal de Noris et des questions sur les archives de l'église de Coutance, deux .choses qui se trouvent seulement dans une lettre que la Revue des deux Bourgognes date du 34 septembre 1696. Ou cette date,du 24 septembre a été mal lue , ou, ce qui est beaucoup plus probable, il y a ici quelques erreurs de mémoire de la part de Leibnitz.
(4) La Revue des deux Bourgognes donne : à un ami delacour.Hs*estd'atUanlplushdiédevousrépondre,etc.
FRAGMENTS PHILOSOPHIQUES
ne trouve pa» dans Farchive de Téglise de Coutances quelque chose qui serre à connoistre le détail de la négociation d'un évèque de Coutances qui fut un des ambassadeurs du concile de Bàle aux Bohémiens. J'y avois adjouté que, lorsqu'un jour il feroit réimprimer la censure de la philosophie cartésienne , je pourrois fournir quelques nouvelles notices.
c J'avois presque oublié les vers d'un de mes amis sur l'élévation du cardinal Noris , que je vous envoyois en même temps. Je répète tout cela afin d'apprendre si vous aviez reçu ma lettre , comme j'espère.
c On a imprimé en Hollande des lettres de feu M. Gudius (i); mais on n'a pas choisi les meilleures, et je voudrois qu'on eût commencé par quelque chose de plus digne de cet homme excellent.
c IL Thomas Smith , Anglois , un des plus sçavants et connu par ses Miseellanea , et par ce qu'il a donné de Testât de l'Église grecque (s) , vient de publier Catalogum celebris bibliolhecœ coltoniana (a) , dont il m'a envoyé un exemplaire. Il dit des fort bonnes choses sur la vie du fondateur (a) quiestoit un Peireskius d'Angleterre , par les secours qu'il donnoit aux sçavants. On ne voit presque plus des gens de cette espèce.
c Je voudrois avoir connoissance à Paris de quelque sçavant d'une curiosité bien étendue, qui voulût me donner part des nouveautés littéraires , et je tàcherois de lui rendre la pareille , et si sa bonté pouvoit aller jusqu'à me faire envoyer des livres , je le rembourserois ponctuellement et promptement, et je donnerois même des ordres pour y assurer l'argent par avance, et on le serviroit réciproquement ; car je pense à prendre des mesures pour faire venir un peu régulièrement des livres de France par les Pays-Bas : il seroit bon pour cela que ce fût une personne au-dessus des petites vues intéressées. Je ne sçais si vostre bonté nous pourroit procurer la connoissance d'une personne de cette espèce , et si je n'abuse de cette bonté en vous faisant ces prières. Je suis Hkché de ne rien avoir de Mons. de Spanheim. Je mettray des ordres afin que M. Morel reçoive plus promptement une autre fois ce que vous lui destinerez , et suis avec zèle ,
i Monsieur,
< Votre très humble et très obéissant serviteur,
c Leibniz. >
(i) Marquardi Gadii et doctorum vivorum aliorum ad eum epistolœ. Utrecht, 1696, in^i".
(ft) Histoire de TÊglise grecque, d'abord eu latin , pui» en anglais, 1680.
(s) 1696; in-folio.
(4) Robert Cotion , né en 1570, mort en 1631.
(5) Cette lettre manque dans notre manuscrit. Je la
« Hanover, ce 14/2 i septembre 1696.
c (s) Vous aurez receu la mienne avec l'y jointe pour M. le président Boisot, pendant <que la vostre m^est venue; je n'ay pas manqué, monsieur, d'envoyer à M. Morel ce que vous luy avez destiné. Il m'a parlé, à son retour de Hollande , il y a long-temps.
c Les hbrairesqui réimpriment le Recueil de Léonard m'ont donné avis de leur dessein et m'ont demandé communication de telles pièces. Mais Us m'ont fait sçavoir en même temps qu'ils voulaient prendre les traités contenus dans mon Cod$ diplotMUique , pour les disperser par leur ouvrage. Je leur ay témoigné que je ne l'approuvois pas , mais que je consentirois qu'ils fissent de mon ouvrage ( avec ce que je leur donnerois encor) un tome à part pour ne point déranger et mettre en capilotade , ou dans là foule parmi toutes sortes de pièces , ce que j'aurois choisi exprès pour le tirer hors du pair ; en qnoy j'avois eu l'approbation des habiles gens ; que de cette manière aussi mon ouvrage subsisteroit en son entier et pourroit être continué , au lieu que , si j'accordois ce qu'ils demandoient, j'abandonnerois mon dessein commencé contre la promesse faite au public et renouvelée auprès des princes et ministres qui m'ont encor favorisé depuis peu. Mais, comme il semble qu'ils s'opiniatrent à rencontre et qu'ils ont plus d'égard à quelque gain qu'à la manière d'agir la plus conforme à l'honnesteté , il faut les laisser faire, et ma continuation se fera en son temps (s) ; car je seray obligé d'attendre maintenant que leur recueil ait paru afin qu'ils ne puissent point piller d'abord. Ce n'est que fort tard que j'ay appris que M. Chrystin s'en mêle , mais je m'imagine qu'il n'aura point de part k ces procédures irréguHères. Cependant je vous laisse juger, monsieur, si ces gens méritent trop qu'on les favorise , et j'espère que vous aurez la bonté de me conserver préférablement les Hbéraliiésde M. le président Boisot et d'autres amis, mais surtout la vôtre. Je trouve plaisant qu'ils n'ont pas même les concordats de France, que j'ay avec des remarques manuscrites considérables.
< J'estime que le Phèdre de feu M. Gudius paroistra bientôt, avec des fables de cet auteur qui n'ont encor jamais été publiées (i) ; et j'ay oui dire que M. Grœvius adjoutera la vie de M. Gudius, son ancien ami.
reproduis Ici d'après la Revue des deux Bourgognêi.
(6) Elle ne parut qu'en 1700, sous le titre de MatUisêa Codicis juris genlium diplomalid,
(?) Les notes de Gudius sur Phèdre ne furent publiées qu'en 1698, à Amsterdam, avec quatre fables inédiles, copiées sur un manuscrit de Dijon, communiqaé par l'abbé Nicaise. Gudius éuit mort en 1689.
CORRESPONDANCE DE LEIBNITZ ET DE L*ABBÉ NICAISE