‹ Œuvres de Victor Cousin (volume 2)Chapitre 88 sur 141 · COUSIN · texte numérisé non relu

COUSIN

faudroit condamner en même temps plusieurs sainte de votre Église et b plupart des théologiens mystiques qui ont eu approbation. La question ou difficulté est délicate, quoique peu utile pour l'instruction du peuple. Je ne trouve rien que de bon dans ce livre , ayant ici l'édition faite à Amsterdam : et je m'étonne que l'état du christianisme soit si déplorable que l'on n'ose étaler la vérité toute simple comme l'on a fait par le passé. 11 semble que vous vous rangiez du nombre de ceux qui condamnent M. de Cambray ; j'en suis surpris ; car les raisons que vous alléguez ne disent rien qui mérite ou appuie une telle condamnation , mais seulement que vous vous laissez entraîner par le courant et augmentez le nombre du côté des gagnants.

fl Dites-moi , s'il vous plaît, puisque l'amour du prochain doit être sans intérêt, voire contre l'intérêt et la raison , en ce que nous devons aimer nos ennemis et ceux qui nous haïssent, si c'est mal fait de dire que l'amour de Dieu doit être sans intérêt... C'est Dieu même qui embrase l'àme pour le pouvoir aimer. Et à proprement parler, nul ne sauroit aimer Dieu avant sa régénération et en se soumettant entièrement à sa sainte volonté par une entière abnégation de soimême, ce qui bannit tout intérêt. La décision de Rome ne pourra empêcher l'amour divin dans l'àme fidèle et ne sauroit l'allumer dans un cœur non régénéré. Ainsi quel parti le pape prenne , il ne fera pas grand mal ni grand bien. Comment pouvez-vous dire qu'on devroit condamner M. de Cambray par la seule raison de ce qu'il enseigne en d'autres termes que la coutume ? Il faut donc toujours acquiescer et suivre l'erreur populaire? Est-ce que M. de Cambray parle autrement qu'un Taulère, Kempis, sainte Thérèse , saint François de Sales et une infinité de lumières de votre Église t Et dans le fond quelle hérésie ont ses paroles? Il n'enseigne rien de nouveau, mais nous dépeint l'amour divin dans des termes plus relevés. Ainsi je ne vois pas qu'on ait grande obligation à M. de Meaux d'avoir suscité une querelle inutile et trop scandaleuse. Est-il possible qu'il soit embrasé de l'amour divin dont il fait le savant et le docteur , tandis qu'il déchire son prochain par des écrits aigres , sans légitime sujet? Pour moi , je crois que si M. de Cambray n'avoit pas été précepteur du duc de Bourgogne , ( au lieu de ) M. de Meaux, qui croyait Têtre comme auprès du père, le livre de M. de Cambray auroit été orthodoxe. La gazette m'apprend que l'on accuse une certaine dame Guyon et qu'elle a inspiré ces sentiments à M. de Cambray. Cependant je n'ai jamais entendu parler de cette femme tandis que j'étois à Paris et voudrois bien savoir son histoire. Toutes ces disputes ne font pas de bons chrétiens : il vaudroit mieux les assoupir qu'en venir à une discussion.

c MOBELL. »

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