‹ Œuvres de Victor Cousin (volume 2)Chapitre 99 sur 141 · LE 14 AOUT 1S · texte numérisé non relu

LE 14 AOUT 1S

Messieurs ,

Pardonnez-moi de vous retenir un moment encore sur le bord de ce tombeau ; mais la section de philosophie , qu'une plus étroite confraternité d'études unissait à celui que nous pleurons tous, a souhaité que sa douleur fût particulièrement marquée dans le deuil commun de l'Académie ; et c'est en son nom que je vous demande la permission d'ajouter quelques mots aux touchantes paroles que vous venez d'entendre.

Votre section de philosophie n'a pas été épargnée dans les pertes cruelles que vous avez faites en si peu de temps. Vous avez vu disparaître du milieu de vous presque à la fois les plus éclatantes lumières de l'Académie , et ces grands publidstes dont les noms demeureront à jamais dans l'histoire de la liberté et de la législation en France, et les hommes qui avaient su trouver une gloire diflérente , mais égale , dans l'au-

stère étude de l'esprit humain. Quand Sieyes allait rejoindre Mirabeau, quand Rœderer allait retrouver et attendre ses immortels compagnons de l'assemblée constituante et du conseil d'État de l'empire, M. de Tracy était enlevé à la philosophie, et voilà qu'aujourd'hui nous venons rendre les honneurs suprêmes à M. Laromiguière. Ainsi s'en vont peu à peu et tombent, pour ainsi dire , les uns sur les autres , les glorieux restes de la forte génération de 1789. 0 mes confrères I et vous tous , vous surtout , jeunes gens , qui assistez à cette triste cérémonie , conservons pieusement ces nobles mémoires , et inclinons-nous avec respect devant les cercueils de ceux qui nous ont fait tout ce que nous sommes.

M. de Tracy et M. Laromiguière se succèdent dans la science comme ils se suivent dans la mort et dans nos regrets. Tous deux appartiennent à la même famille philosophique , et chacun pourtant a ses traits particu-

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