TOME I
trouve une polémique jusqu'ici inconnue de ce môme Olympiodore, en faveur de l'immortaUlé de l'âme contre Straton le physicien. Le peu de moralistes que renferme la liste des successeurs immédiats d'Aristote ne sont que des rhéteurs sensualisies (la). Voilà où, un siècle après la mort d'Aristote, son école était arrivée. Trois siècles avant l'ère chrétienne, les deux écoles péripatéticienne et platonicienne , abaissées et dégénérées , sont remplacées sur la scène de la philosophie grecque par deux autres écoles qui héritent de leur importance, les continuent en les présentant sous d'autres formes , et reprennent en sous-œuvre la querelle du péripatétisme et du platonisme. Je veux parler de l'épicurisme et du stoïcisme. Mais ici se présente un phénomène qu'il importe de vous signaler : ici commence, messieurs, le démembrement de la philosophie grecque. D'abord , l'école ionienne et l'école pythagoricienne s'étaient particulièrement occupées du monde extérieur, et la philosophie n'avait guère été qu'une philosophie de la nature. Socrate la ramène à l'étude de la nature humaine ; Aristote et Platon , en restant fidèles â l'esprit de Socrate , en partant de la nature humaine , arrivent bientôt à un système complet qui renferme avec la nature humaine , la nature entière : Dieu et le monde. Aristote et Platon ont donné à la philosophie toutes ses parties ; ils l'ont constituée. Mais après eux , à la suite des débats de leurs écoles , le génie systématique découragé s'affaiblit, quitte les hauteurs , pour ainsi dire , descend dans la plaine , et aux vastes questions de la métaphysique succèdent les recherches intéressantes , mais bornées de la philosophie morale. Le caractère commun du stoïcisme et de l'épicurisme , est de réduire presque entièrement ki
(6) Plulsirq, ^advers. Cotot.n Straton, le coryphée du lycée^ Tâv céAloiy tcc^iircTiiTixdiv xoj9Uf c^9t«ctos, combat Platon aur le mouvement, sur rintelligeiice, sur Pâme , et prétend que le monde est un pur mécanisme, Jv Çwov tcvac fticC, »
(7) Slohée, Ectog. Phys., p. 580. Tôirov ^è iitai rà/trriÇv itOLorlifut TOv mpux^oi xffi leO «c^iixo/iivou.
(8) Th h taU npà^ivi ntftfov.Simpiic. FJ^s. AHst,, p. 187.
(9) Sext. Empir., advers. MatAem., VU, 13.
(10; Cicéron., De Finib.^ V. 5. Perpauca de moribus. Il faut pourtant avouer quMI y a daoa Panliquiié deux passages qui semblent en opposition avec lea précédents : Tao est un passage de Simplie. sur la Fhysique d^Arîstote, pag. 339 ; Tautre un passage de Plutarque ( De Solertid animal, ) , oh Straton aurait maintenu que la sensibilité sans Pesprit ne voit pas, n^ntend pas, etc., et quec*est Pesprit qui perçoit, et non pas le sens.
(Il) No 1839. ^ La bibliothèque royale de Munich posséda aussi ce fragment contre Straton, séparé du commentaire dont il fait partie dans le manuscritde Paris. Voyez Catalog, codd, Bibt, reg, Bavar,^ 1. 1, p. 638.
(13) Cicéron, /^/d. Lycon \ Hu^us diseipulus, oraihnê locuples, rébus ipsls jejunior, — Arisloo : Gravitas in eo non fuit. — Hieronime : Summum bonum vacuilatem dd/arlf...'Critolau8 : Summum bonum ponit perfeetionem vilœrectè fiuentis srcundum naturam.
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COURS DE LWSTOIRE
philosophie à la morale. Suivons-les donc sur cet élroit terrain ; et là , ce semble , il nous sera plus facile de discerner les principes et les conséquences , le vrai caractère de Fuii et de laulre système. Commençons par Tépicurisme.
- L^épicurisme se propose de conduire Thomme à sa fin morale. Or , ce qui peut cacher à Thomme sa véritable fin, ce sont ses illusions, ses préjugés, ses erreurs, son ignorance. Cette ignorance est de deux sortes : c'est rignorance des lois du monde extérieur au sein duquel Thommc passe sa vie ; ignorance qui peut conduire à des superstitions absurdes , et troubler Tàme du délire des fausses craintes et des fausses espérances. De là la nécessité de la physique comme moyen de morale. L'autre ignorance qui peut détourner Thomme de sa véritable fin est celle de sa propre nature , de tes facultés , de leur puissance et de leurs limites. Il faut donc , et avant tout , une connaissance exacte de la raison humaine. De là ces prolégomènes de la philosophie épicurienne, appelée caitom^utf, c'est-à-dire recueil de règles sur la raison humaine et sur son emploi. Voici quelle est la théorie de la raison humaine selon Épicure. Les corps dont se compose Tunivers sont eux-mêmes composés d'atomes, lesquels sont dans une perpétuelle émission de quelques-unes de leurs parties , ànà^^oai. Ces atomes , en contact avec les sens , produisent la sensation , «xvO^mc. Je vous dis , messieurs, les mots grecs ; car Thistoire du langage pliilosophique n'est pas une partie sans importance de rhistoire des idées. Une sensation peut être, conçue , ou par rapport à son objet , ou par rapport à celui qui réprouve. Par rapport à celui qui réprouve, elle est effective, agréable ou désagréable; elle engendre les sentiments, les passions primitives , rèe le&Oni , base de la morale. Nous y reviendrons tout à Theure. Â la sensation est attachée inséparablement la connaissance de Tobjet qui Texcite, et voilà pourquoi Êpicure a marqué la relation intime de ces deux phénomènes , en leur donnant deux noms analogues. Il a appelé inaCvBrioii le second phénomène attaché au premier ; c'est la sensation par rapport à son objet, la sensation représentative , Tidée de sensation , Tidée sensible des modernes. Or toute sensation est toujours vraie en tant que sensation ; elle ne peut être ni prouvée ni contredite , â^oyoç ; elle est évidente par elle-même, haf/^U' C'est des sensations, des idées sensibles que nous tirons toutes nos idées générales ; et nous les en tirons , parce que les sensations en contiennent les germes , et les renferment comme par anticipation. De là les npolfiiftiç, les anticipations d'Êpicure sur lesquelles on dispute encore. Il en résulte les idées générales , tfo^ai : ces idées générales ,
(1) McydfcÀwy iiMw xai MpoiitOfiàpf^iv, Sext. Empif.
qui appartiennent à rhoimne même , et qui tonl l'oavrage de la raison , sont seules sojetles à l'erreur. L'erreur n'est pas dans la sensation , ni daiM l'idée de sensation , mais dans les généralisations que nous en tirons. Bien entendu que ces idées générales sont purement collectives, et dérivent bien oo mal des idées sensibles , il n'y a pas didées nécessaires el absolues ; il n'y a que des idées contingentes et relatives. Telle est la canonique d'Épicure , sa théorie de la raison humaine.
Sa physique est la physique atomistique. Quand on néglige les différences de détail pour ne s'attacher qu'au fond , on trouve que la physique d'Épicnre est celle de Démocrite renouvelée dans ses principes , et nécessairement aussi dans ses conséquences.
Si le monde n'est qu'un composé d'atomes qui possèdent en eux-mêmes le mouvement et les lois de toutes leurs combinaisons possibles, il suit que le monde se suffit à lui-même et s'explique par luî-mème, qu'il n'est besoin ni d'un premier moteur , ni d'une intelligence première; ainsi point de Providence. Épicure n'admet pas de Dieu, mais il admet des dieux. Et quels sont cesdieux ? Ce ne sont pas de purs espriu; car il n'y a pas d'esprit dans la doctrine atomistique : ce ne sont pas non plus des corps; car oà sont les corps que l'on peut appeler dieux ? Dans cet embarras, Épicure , forcé pourtant de reconnaître le fait incontestable que le genre humain croit à l'existence des dieux , s'adresse à une vieille théorie de Démocrite ; il en appelle aux songes , aux rêves. Comme dans les rêves il y a des images qui agissent sur nous , et déterminent en nous des sensations agréables ou pénibles, sans venir cependant des corps extérieurs, de même les dieux sont des images , semblables à celles de nos songes, mais plus grandes (i), ayant la forme humaine, images qui ne sont pas précisément des corps et qui ne sont pas non plus dépourvues de matérialité ; qui sont ce que vous voudrez , mais enfin qu'il faut bien admettre, puisque l'espèce humaine croit à des dieux et que l'universalité du sentiment religieux est an fait dont il faut bien donner la cause ; et on la trouve non dans un dieu spirituel qui ne peut pas être, non dans des dieux corporels que personne n'a vus , mais dans des fantômes qui produisent sur l'àme humaine , telle qu'elle est faite , une impression incontestable , analogue à celles que nous recevons dans le rêve. Tels sont les dieux fort équivoques d'Épicure. Et vous penses bien que l'àme , dans un pareil système , n'est qu'un corps, y xl^uXij adfiut èativ (s) ; cela est positif. Et quel est ce corps ? Un corps composé d'atomes nécessairement. Et de quels atomes? Des plus fins, des plus délicats, d'atomes ronds , de feu , d'abr , de lumière.
(2j Diog. L., X, 63.
DE LA PHILOSOPHIE