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idée siiople ce qu'elle a déjà fait sur Fensemble des idées antérieures, la décompose, eu fasse sortir plusieurs autres idées qu'elle considère isolément , absiractivement les unes des autres ; jusqu'à ce qu'enfin, de décomposition en décomposition , lalratraclion et Tanal^se arrivent à des idées tellement simples , qu'on ne suppose plus qu'elles soient décomposables. Plus une idée a de simplicité , plus elle a de généralité ; plus une idée est abstraite , plus elle a d'étendue. Nous débutons par le concret , et nous allons à l'absirait ; nous débutons par le déterminé et le particulier pour aller au simple et au général. La marche de rentendement est donc , comme je vous l'ai dit, tout à fait inverse de i^Wt que Locke lui impute. Je dois rendre cette justice à l'école de Locke , qu'elle n'a pas laissé subsister dans l'analyse de l'entendement une erreur aussi grave , et que déjà Gondillac avait restitué le véritable procédé de l'esprit humain.
Il n'en a pas été ainsi d'une autre opinion de Locke mêlée à celle-4à, savoir, que l'esprit est passif dans l'acquisition des idées simples , et actif dans celle des idées complexes (i). Sans doute l'esprit est plus actif; son activité est plus facile à saisir dans l'abstraction et la formation des idées générales (c'est là ce qu'il faut entendre par les idées complexes de Locke) ; mais il est actif aussi dans l'acquisition des idées particulières (idées simples de Locke) , car là encore il y a conscience , et la conscience suppose lattention , la volonté, l'activité. L'esprit est actif toutes les fois qu'il pense ; il ne pense pas toujours , comme Locke l'a très-bien vu (t) ; mais toutes les fois qu'il pense, et il pense assurément dans l'acquisition des idées particulières , il est actif. Locke avait trop diminué l'intervention de l'activité de l'àme ; loin de l'étendre, nous verrons que l'école de Locke l'a encore bien diminuée.
Toutes les idées sont obtenues , ou supposées obtenues: leur mécanisme a été décrit, constaté. Une reste plus qn à rechercher leurs caractères les plus généraux. Locke les divise en idées claires et distinctes et en idées obscures et confuses (3), en idées réelles et chimériques (4), en idées complètes et incomplètes (5), en idées vraies et en fausses (0). C'est dans ce dernier chapitre que se trouve cette remarque , depuis tant répétée , qu'à la rigueur toutes nos idées sont vraies , st que Terreur ne tombe pas sur l'idée considérée en elle-même; car, quand même vous avez l'idée d une chose qui n'existe pas, l'idée d'un centaure, d'une chimère , il n'est pas moins vrai que vous avez l'idée que vous avez ; seulement cette idée , que vous avez
(1) Liv. H, chap. 11, S 35; cbap. xii, S 3.
(2) i6/rf.,chap. i,§18-19.
(3} îbJd., chap. XXIX.
14) MM.,ch9i^.TX.
très-réellement, qui est incontestablement dans lentendement humain , manque d'un objet réellement existant dans la nature; mais- l'idée en elle-même n'est pas moins vraie. L>rreur tombe donc, non sur l'idée, mais sur cette affirmation qui y est quelquefois ajoutée , savoir , que celte idée a un objet réellement existant dans la nature. Vous n'êtes pas dans l'erreur, parce que vous avez l'idée d'un centaure ; mais vous êtes dans l'erreur lorsqu'à cette idée de centaure vous joignez cette affirmation , que l'objet d*une telle idée existe. Ce n'est pas l'idée prise en elle-même, c'est le jugement qui y est joint qui contient Terreur. L'école de Locke a développé et mis en lumière celte judi* cieuse observation.
Le second livre est terminé par un excellent chapitre sur l'association des idées (t). Non-seulement les idées sont claires ou obscures, distinctes ou confuses, réelles ou chimériques, complètes ou incomplètes, vraies ou fausses; elles ont encore cette propriété incontestable, qu'à l'occasion de Tune nous concevons l'autre, qu'elles se rappellent et s'attirent les unes les autres. Il y a des associations d'idées naturelles, nécessaires et raisonnables ; il y en a de fausses , d'arbitraires et de vicieuses. Locke a très-bien vu et vivement signalé le danger des dernières ; il a montré, par une multitude d'exemples, comment très-souvent, par cela seul que nous avons vu deux choses par hasard réunies, cette association purement accidentelle subsiste dans Timagination, et subjugue l'entendement. De là,, la source d'une foule d'erreurs, et non-seulement d'idées fausses, mais de sentiments faux, d'antipathies ou de sympathies arbitraires, d'aberrations qui souvent dégénèrent en folie. On trouve ici dans Locke les conseils les plus sages pour l'éducation de l'âme et pour celle de l'esprit , sur l'art de rompre de bonne heure les fausses liaisons d'idées, et de restituer à leur place les liaisons raisonnables qui sortent de la nature même des idées et de celle de l'esprit humain. Je ne regrette qu'une chose , c'est que Locke n'ait pas poussé plus loin Tanalyse , et qu'il ait encore laissé tant de vague et d'indécision sur cette importante matière. 11 ne devait pas lui suffire de constater qu'il y a des liaisons vraies, naturelles et raisonnables, et des liaisons fausses, accidentelles et déraisonnables , il fallait exposer en quoi consistent les liaisons vraies ; il fallait déterminer quelles sont les plus considérables, les plus habituelles de ces liaisons légitimes, et essayer de remonter jusqu'aux lois qui les gouvernent. Une théorie précise de ces lois eût été un immense service rendu à la philosophie, car les lois de l'association des idées reposent
(5) fiiv. Il, cbap. xxi.
(6) Tbid., chap. xxii.
(7) Ibîd., chap. xxxiii.