KIM DU COLRS DE L HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE
COURS
DE PHILOSOPHIE
SUR
LE POiNDEMENT DES IDEES ABSOLUES
DU VRAI, DU BEAU ET DU BIEN
PRÉFACE DE L'ÉDITEUR
Ed1826,H. CoQSin, forcé au silence par un pouvoir soupçonneux , publia pour la première fois des fragments de son enseignement de 4815 à 181^, et principalement de cette dernière année. Le public accueillit avec empressement ces restes d*une parole qui ayait retenti arec tant d*éclat. Les hautes intelligences philosophiques comprirent bien le sens de ces pages si remplies et si concentrées ; elles saisirent le lien qui les rattachait les unes aux autres, comme les feuillets d*un même livre. Mais il n'en fut pas ainsi de tous les lecteurs , et principalement des jeunes adeptes de la philosophie. La présente publication est destinée à leur fournir le guide qui leur manquait, et à leur donner celte prodigalité d*exp1ications et celte surabondance de lumière, dont la jeunesse a tant besoin.
Le cours professéà la faculté des lettres en 1848, par M. Cousin, résumait son enseignement antérieur, et posait de la manière la plus large et la plus nette la théorie dogmatique du professeur. M. Cousin en donna le programme dans les Frag- HENTS philosophiques; mais ce programme ne pouvait être parfaitement intelligible que pour ceux qui en avaient entendu le développement de la bouche même du maître. Le cours de 4818 avait éié rédigé par les élèves de Técole normale
COUSIN, — TOME I
qui faisaient partie de Faudiloire de la faculté. Ces rédactions avaient été remises au professeur, et elles dormaient dans ses cartons. Ce sont ces rédactions que j'ai demandées à H. Cousin : quelque défiance qu*il eut de ces papiers délaissés et condamnés par lui à Toubli, il a bien voulu me les remettre et abandonner à ma discrétion le soin de les revoir et de les publier.
Appuyé sur les travaux d'élèves intelligents, et sur mes propres souvenirs , j'espère n'avoir pas dénaturé le fond de la pensée du professeur de 4818 ; mais il n'en est pas de même de la forme, et le public s^attend bien à ne pas la retrouver ici. Parmi les rédactions qui m'ont été remises, il n'en est qu'un petit nombre qui aient été prises à l'aide d'un procédé sténographique, et encore le sténographe laisse-t-il beaucoup de lacunes , et nous prévient-il qu'entraîné comme l'auditoire par le charme de Timprovisalion du professeur, il a quelquefois négligé d'écrire pour écouter. Quant aux autres rédactions , faites sur des notes prises avec rapidité, mais avec trop de lenteur encore pour suivre la parole, elles n'ont pu reproduire la justesse de l'expression, la pureté et la grandeur des images, l'harmonie de la période, et, ce qui manque à toute rédaction , l'accent de la voix , le feu du regard , la majesté
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du geste, en un mot, Faction oratoire, ce véhicule de la pensée, si puissant surtout chez un orateur comme M. Cousin, cet accompagnement indispensable de la parole qui saisit Tauditeur par tous les sens , et lui fait pour ainsi dire entrer par tous les pores rintelligcnce de renseignement. Mais si mutilées que soient ces esquisses, elles sont pourtant ce qu'il nous reste de plus complet sur renseignementdogmatiquedeM.Cousiu, et c'est pourquoi nous les donnons au public.
Le cours de 1818 a essayé de résoudre la question la plus importante et en même temps la plus difficile de toute la philosophie , celle qui, même pour quelques-uns , est la seule queslion philosophique, ou la philosophie tout entière : Y a-t-il des idées qui ne soient ni la connaissance des corps , ni la connaissance de nous-mêmes ; et quel est le fondement de ces idées?
L'homme ne peut douter de sa pensée, il se contredirait par son doute même; puisqu'il ne peut poser un doute sans poser par cela même une pensée. Au delà de cette pensée , existe-t-il quelque chose, et les choses sont-elles en ellesmêmes ce qu'elles nous paraissent? J'ai la pensée des corps ; mais elle me vient dans le rêve comme dans l'état de veille : les corps sont-ils plus réels dans ce second état que dans le premier? S*il y a des corps , sont-ils comme ils m'apparaissent? Je touche une étendue continue ^y a-i-il dans la nature une véritable continuité? Toutes ces questions sont épineuses et peut-être insolubles; mais par bonheur il arrive que l'esprit humain se salisfait assez facilement sur l'existence de la nature physique, et tranche la question ou ne songe pas à la poser. J'ai aussi l'idée de moi-même , c'està-dire de quelque chose d'invisible et d'intangible qui est toujours le même, et qui me suggère dans le langage le mot je. Je m'apparais tantôt comme une intelligence, tantôt comme une sensibilité, surtout comme une volonté; mais qu'y a-t-il au fond de tout cela? Comment ces trois facultés ne détruisent-elles pas l^unité du uoi ; quel est le lien de cette trinité non moins mystérieuse qu'une trinité plus haute et plus sainte? Ces problèmes ne sont pas moins redoutables que les premiers, et pourtant l'esprit hu main se contente encore assez facilement sur ce sujet. Aussi vrai que f existe, dit le peuple; aussi vrai que le soleil m* éclaire, ajoute-t-iï. Il a donc la certitude de son existence et celle de l'existence des corps, et ce qu'il demande, c'est qu'on lui ramène toute chose à une évidence aussi immédiate, et aussi pleinement satisfaisante pour lui que celle de l'existence des corps et de rcxisteuce
du MOI. Et cependant, après l'idëe des corpi, après ridée de moi-même, tout n'est pas finîdaB< l'iulelligence humaine. Nous avons la pensée è choses qui ne se touchent ni ne se voient , et qn nous ne pouvons confondre avec noos-méiaes. J'ai l'idée d'un espace sans limite, d*on tesp éternel, d'une justice et d'un devoir universels, d'un type de beauté que les arts eux-mêmes m réalisent jamais , d*une cause qui n'a ni (x>iiijii»cement ni fin : qu*est-ce en dehors de ma pensée que l'espace , le temps , la justice , Fidéal et Diei? Le public nous demande que nous Ini rendimB tout cela aussi clair que les corps etqne son existence , car, à tort ou à raison , il ne conteste]» sur ces deux points. Beaucoup de philosophes oot voulu satisfaire le public et aussi se salisiàm eux-mêmes. Il se sont dit : Puisque chacun reconnaît l'existence de soi-même et Texislence des corps , et qu'on n'élève sur ces deux points avenue difficulté, il n'y a qu'on moyen de donner une explication satisfaisante de tout le reste : c'est de le ramener soit à la matière, soit à nousmêmes. Les uns ont donc fait ce discours jq public : c Vous trouvez claire Texist^ice de corps, et je suis de votre avis. Eh bien , il u'eiisie rien que des corps ; toute idée a un objet sensible, toute pensée vient de la matière; le temps. Tespace , la justice, l'idéal « Dieu, tout cda cest de la matière plus ou moins généralisée •; et, eotrainés par leur système, ils ont ajouté : c L'es« prit lui-même n'est que matière ; le moi c'est l'expression de l'unité du corps. > Les autres ont pris la parole à leur tour et ont dit : c Vous êtes sûrs de votre existence , et nous sommes sûn aussi de la nôtre , il ne s*agit donc , pour nous contenter suffisamment, que de tout ramener à nous-mêmes , de tout considérer comme des faces du MOI humain. Ainsi vous parlez d'espace et de temps; mais ce n'est là qu'une pensée, voos les créez en y pensant. Les idées de justice, àt beauté et de cause sont claires comme pures idées, et deviennent obscures dès qu'on en veut faire des existences extérieures; i puis, cédant comme les premiers à Tentralnement de leur doctrioe, ils ont ajouté : c L'idée des corps n*est aussi qu'une idée, car, à vrai dire, qu'est-ce que peot être un corps en lui-même? Il n*existe donc ries au monde que la pensée, i
C'est ainsi que la philosophie, séduite par l'évidence de l'existence du moi et de celle de h nature, n'a voulu rien reconnaître en dehors de ces deux sphères, et même, suivant son goût do moment, a brisé le moi contre la nature on h nature contre le moi. Il faut en convenir, nous
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lous reposons avec une sécurité profonde sur Inexistence des corps et sur celle de notre pensée, et quand nous Tenons à nous interroger sur la réalité extérieure du temps, de l'espace, de Tidéal, de la justice, delà substance, de la cause, il semble qu'un point d'appui nous manque ; nous nous sentons comme suspendus dans le vide ou sur l'abime. Notre imagination s'évertue pour se représenter ces choses, et nous savons pourtant bien que nous ne devons pas chercher à nous les représenter, qu'elles ne sont pas susceptibles de représentation, qu'enfin les représenter c'est les détruire. Mais engagés que nous sommes dans les voies sensibles, nous arrivons en présence de ces objets, comme Bacon reprochait aux alchimistes d'aborder les recherches métaphysiques, les yeux obscurcis par la fumée et les mains noircies par la suie des fourneaux. Ou bien , si nous nous sommes faits métaphysiciens , si nous avons dressé notre pensée à se replier sur elle-même, elle se prend pour la seule réalité possible : elle nie orgueilleusement tout ce qui n'est pas elle-même ; éblouie de sa propre clarté , elle tient en vain ses yeux ouverts sur le reste du monde.
Dans le cours que nous publions , M. Cousin s'occupe d'abord de reconstituer le moi devant la nature, et la nature devant le moi, et de réédifier ainsi deux éléments que les écoles du XVIII* siècle avaient absorbés l'un dans l'autre. Mais de courts préliminaires lui suffisent pour achever cette tâche, et il se consacre ensuite tout entier à la construction de ce monde distinct du MOI et de la nature plus difficile à élever que les deux autres, qui a été nié à la fois et par ceux qui épargnaient la nature et par ceux qui respectaient le MOI. Le professeur commence par constater les idées qui ne tirent point leur origine du inonde physique ni du moi humain, ou, en d'autres termes, qui ne sont produites ni par la sensation ni par la réflexion ; il les distingue par les deux caractères d'universalité et d'immuabîlité qui leur sont propres ; il oppose le premier à l'individualité du moi, et le second à la perpétuelle variation de la nature ; il donne à ces idées le nom d'idées absoluei, parce qu'elles sont indépendantes de la nature et du moi; il prend la liste qui en a été dressée par l'illustre Kant , et il la réduit à deux idées fondamentales : i^ celle de cause, qui embrasse les idées de phénomène, accident, qualité, multiple, particulier, individuel, relatif, possible, probable, contingent, divers et fini ; ^"^ celle de substance, qui comprend Tètre, l'unité, l'absolu, l'éternel, l'universel, le
semblable et l'infini. Et, en effet, qu'y a-t-il dans la nature au delà du phénomène qui change, qui passe, qui agit sur un autre phénomène, et qui constitue ainsi l'action et la réaction des causes ; et au delà de la substance, de l'être immuable, inaltérable, qui est le soutien du phénomène, et qui n'en partage pas les fluctuations? L'univers peut se définir : quelque chose qui change et quelque chose qui ne change fcu; mais ce quelque chose qui ne change pas échappe à nos moyens d'observation ; notre raison elle-même nous en fait bien concevoir l'existence, mais non pas la nature. L'être infini, dit M. Cousin, ne se manifeste à potre esprit que par les idées du vrai, du beau et du bien, qui sont immuables comme lui, mais plus facilement abordables à notre humaine raison. Cette théorie pouvant être soupçonnée de mysticisme, le professeur confronte sa doctrine avec les diverses théories mystiques qui apparaissent dans l'histoire de la philosophie ; il montre que le mysticisme consiste, soit à diviniser le phénomène ou la cause matérielle, soit à vouloir contempler la substance ou Têtre infini face à face, et il lui est facile de prouver que sa philosophie, qui dépouille les causes extérieures de toute personnalité, et qui ne prétend pas faire sortir l'Éternel des formes qui l'enveloppent, ne peut être accusée de mysticisme.
Voilà donc les idées absolues réduites à l'idée de cause ou de phénomène d'une part, et de l'autre à l'idée de substance sous la triple forme du vrai , du beau et du bien. L'auteur distingue le vrai absolu d'avec l'être absolu : la vérité absolue se compose des axiomes qui président à toutes les sciences , axiomes accessibles à notre raison, mais auxquels nous avons besoin de concevoir une base ou un point d'appui, et l'auteur place ce point d'appui en Dieu lui-même, que la religion nous représente d'ailleurs comme source de toute vérité. 11 s'attache à constater et à démontrer l'existence de la vérité absolue. La nécessité où nous sommes d'admettre cette vérité est ce qui l'a perdue aux yeux de certains philosophes, lorsque c'est plutôt ce qui devait fa sauver. Ils ont cru que cette nécessité marquait la vérité d'un caractère subjectif et la métamorphosait en une sorte de production du moi humain. M. Cousin leur fait cette concession, qui est immense ; mais il remarque que la croyance nécessaire est une croyance réfléchie : en effet, l'esprit ne s'aperçoit de la contrainte que lui impose la vérité que quand il réfléchit sur luimême, et fait en quelque sorte cflbrt pour s'affranchir des liens de cette vérité. Or tout état
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réfléchi suppose un ëtat antérieur irréfléchi , où le MOI n*est pas revenu sur lui-même, ne s^est pas aperçu lui-même en apercevant la vérité, et a obtenu ainsi ce que M. Cousin appelle une apercepûan pure, libre de toute empreinte de sub jectivité. La vérité s*iropose à la raison, et ce n'est pas la raison qui fait la vérité. Les principes absolus oDt élé attaqués encore par une autre voie : on les a décomposés en plusieurs idées simples, dont on a prétendu ramener Torigine à la sensation ou à la réflexion. Le professeur suit ces nouveaux adversaires sur le terrain où ils se placent, et s'enfonce avec eux et plus loin qu'eux dans Tanalyse des principes attaqués; il veut bien accorder que le principe de causalité est précédé, dans Vesprit humain, de l'idée de cause ; mais il soutient qu'il y a une grande diS^érence entre la notion de cause individuelle, volontaire, libre, mais contingente et finie, telle que par la conscience nous saisissons la cause en nous , et le principe de causalité qui nous met en possession de la cause extérieure, nécessaire et infinie. Quant au principe de substance, il nie qu'aucune des idées qui entrent dans ce principe lui soit d'un seul moment antérieure : l'idée de substance et ridée de phénomène sont corrélatives : Tune ne germe pas sans l'autre, car, séparées, elles seraient incompréhensibles. Ce principe se présente donc à l'esprit tout formé, armé de toutes pièces, comme la Minerve sortie du front de Jupiter; et, en conséquence, il est impossible de le résoudre en aucune idée préalable de réflexion ou de sensation. La fausse doctrine sur lorigine des principes est ramenée par M. Cousin à la théorie inexacte qui regarde le jugement comme le résultat postérieur du concours de deux idées acquises d'abord une à une* Le professeur montre que les idées nous viennent simultanément et en corrélation les unes avec les autres, et qu'ainsi le jugement se trouve au début des opérations intellectuelles.
Après avoir considéré la vérité absolue en ellemême, M. Cousin la considère dans les ouvrages de la nature et de l'homme, c'est-à-dire sous la forme du beau. Il s'applique à prouver que Tidée du beau est une idée absolue, originale, spéciale, et non pas une idée collective, générale, comparative. Il est conduit ainsi à distinguer le beau idéal du beau naturel, el à indiquer comment l'esprit dégage le premier des enveloppes du second; il démontre que le jugement relatif à la beauté se place entre la sensation qui le précède el le sentiment qui le suit. Quand il a rattaché le sentiment du beau au jugement de la beauté,
il oppose ce sentimeiit à tous les antres pliéao* mènes sensibles avec lesquels en a voulu le confondre , il le suit et le fait reconnaître dans le phénomène complexe de l'imagination, qui se compose aussi de l'intuition des sras et de la raison. U remarque que l'objet qui laisse en harmonie l'intuition sensible et la raison garde le nom de beau proprement dit, et que celai qui trouble l'accord de ces deux bcultés en se laissant embrasser par l'une et en échappante l'autre, prend le nom de sublime. Il trace les limites entre le goût et le génie, ces deux faces diverses de l'imagination ; il s'attache enfin à faire reconnaître que les difiiérents genres de beauté manifestés, soit dans les objets physiques, soit dans les sentiments et les actions, soit dans les idées, doivent s'identifier en un seul et même type de beauté morale ou intellectuelle; que l'expression plus ou moins fidèle de cette beauté extérieure décide de la classificalion des arts, et assure le premier rang à la poésie, et que ce type idéal, indépendant de la nature et de l'esprit, s'appuie comme la vérité absolue sur l'Être infini caché' au fond de toute chose.
Le professeur arrive alors à la yérilé absolue considérée dans les actions , ou à l'idée du bien moral; il enseigne que s'il n'y a aucune science sans principes absolus, il n'y a pas de science morale sans vérité absolue en morale La discos* siou de l'idée du bien n'est pas, dit-il, une spéculation sans résultat, une méditation purement contemplative. La solution qu'on lui donne influe sur la conduite de la vie privée et sur le gouvernement des États. Si l'on conteste l'exil tence d'une vérité morale absolue, le principe de nos actions ne peut être fourni que par la sensibilité. L'égoïsme conduit le monde, et il le fait arriver à l'état de guerre ou à la tyrannie. Le seul contre-poids contre l'arbitraire et le despotisme,'c'est la justice immuable et éternelle, c'està-dire ridée absolue du bien. La vérité absolue, considérée en elle-même, oblige notre raison; considérée dans les actions, elle oblige notre liberté, c'est-à-dire qu'elle demande à être réalisée pratiquement; c'est là ce qu'on appelle l'obligation morale. Ainsi l'idée du devoir dérive de l'idée du bien , et non l'idée du bien de l'idée du devoir. La vérité morale s'imposant à la liberté, il en résulte pour celle-ci deux obligations : jo n'obéir qu'à la vérité absolue ou à la raison qui la révèle; 2* obéir à toutes les prescriptions de la raison. De là toute la série des devoir de l'homme et tous les genres de droits, depuis le droit privé jusqu'au droit politique. La ^'<^"**
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morale demandant à être réalisée par Faction , k société humaine est donc prédestinée, nécessaire, inéritable; elle est donnée djm'on. La société n^est pas faite pour le gouvernement, c^est le gouvernement qui est fait pour la société. La mission de celui-ci est de maintenir TaccompUssement de la vérité morale. Une des faces de cette vérité nous présente le principe de mérite et de démérite, c'est-à-dire une liaison nécessaire entre la vertu et le bonheur, entre le crime et le malheur : le rôle du gouvernement est encore de réaliser ce principe dans la mesure des forces et des lumières humaines. La vérité morale absolue ne peut être attribuée à notre éducation , car la question serait reculée et non résolue ; elle n*est pas non plus la volonté divine, à moins qu*on ne lasse équation ici entre volonté et justice, et alors ridée de justice redevient primordiale et n*est plus dérivée; elle n*est pas davantage Tidée des peines et des récompenses à venir, car ce n*est pas le châtiment et la rémunération qui décident du bien et du mal , c'est le bien et le mal qui font récompenser ou punir. Enfin la loi morale absolue se distingue, non-seulement de la sensibilité physique , mais encore des jouissances les plus intimes et les plus délicieuses de la sensibilité morale. Dans la plupart des cas, d'ailleurs, cette dernière présuppose Tidée du bien et du mal. Si la loi ne vient pas de la sensibilité, elle ne vient pas davantage de la liberté : le uoi ne peut se faire la loi à lui-même. Il faut donc joindre à la sensibilité et à la liberté une troisième faculté, la raison, qui met l'homme en communication avec la vérité absolue, et qui, comme nous l'avons déjà dit, ne iubjeetive pas la vérité, parce qu*elle se divise en deux points de vue : Taperception pure et la conception nécessaire. L'obligation morale étant le caractère absolu de la vérité morale présuppose la liberté, qui est donnée ainsi à priori, comme la société, mais qui ne nous est pas moins attestée à posteriori par la conscience. La vérité morale absolue est trouvée : elle a le
même fondement que la vérité en général, et que ridéal; elle est une manifestation de l'être parfait et infini : la science morale est donc possible. Tels sont les développements auxquels M. Cousin s'est livré dans le Cours dont nous offrons aujourd'hui une esquisse. Cette théorie est curieuse à étudier, même pour ceux qui ne seraient pas disposés à la recevoir ; les uns en admireront la profondeur, les autres au moins la hardiesse. Dans ce vaste édifice tout se tient et se lie avec harmonie : la connaissance du uoi humain est sauvée des attaques de l'école sensualiste; la connaissance des corps est délivrée des entraves que lui opposent les écoles idéalistes. Au-dessus de ces deux mondes contingents et variables du moi et de la nature physique, est replacé le monde des idées absolues. L'esprit humain retrouve dans cette doctrine ces axiomes immuables qui forment les principes de toutes les sciences, sans lesquels rien ne vaudrait la peine d'être étudié; il reconnaît cet idéal qui est en même temps la vie et l'explication des beaux-arts; enfin, il ressaisit ce bien moral absolu qui est la seule digue contre le règne de la violence, et qui place la paix sur cette terre et l'espérance dans le ciel. Puis, si sa curiosité l'entraîne, s'il se demande qu'est-ce que la vérité en elle-même, qu'est-ce que l'idéal en dehors de notre esprit et de la nature, que serait-ce que le bien moral si les hommes et le monde étaient détruits, cette doctrine lui fait entrevoir un être substantiel, éternel et infini, qui est le fond mystérieux du vrai, du beau et du bien, et qui ne se manifeste à l'homme et dans la nature que sous ces trois formes. Les idées absolues nous viennent donc de l'être absolu. Soit qu'on descende de Dieu à l'homme, soit qu'on remonte de l'homme à Dieu, on les retrouve sur son chemin; elles sont le messager, le médiateur céleste ; elles sont la plus haute et la plus claire manifestation de Dieu; elles sont aussi le plus saint des hymnes que l'homme puisse adresser à la Divinité.
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