TRENTE ET UNIÈME LEÇON
SOMBIAIRE.
L*idée absolue du bien est le seul contre-poids de Parbitraire. — Caractère obligatorre de Pidée absolue du bien. — Deux motift d*action : Pintérét ei le devoir. — La sociélé n*e8t pas régie par ridée de Tintérél individuel, mais par celle do la justice absolue. — Corrélation du devoir et du droii.
Nous sommes arrivés k la philosophie pratique, c'est-à-dire, à la philosophie appliquée à la vie humaine. De combien de parties se compose cette philosophie? Elle contient : l^ la métaphysique de la morale , dans laquelle il s'agit de déterminer scientifiquement sll y a ou s'il n'y a pas une idée spéciale de moralité, produisant l'idée du devoir et l'idée du droit ; ^ elle renferme la morale appliquée ou la morale spéciale, en d'autres termes , la division de nos devoirs et de nos droits. Devoirs de l'homme envers Dieu , devoirs de l'homme envers lui-même, devoirs de l'homme envers ses sembbbles, telle est la division ordinaire delà morale spéciale. Les devoirs de l'homme envers Dieu sont le principe de toute religion; Lesdevoirsde l'homme envers lui-même composent la morale individuelle , et consistent dans les rapports du moi avec la raison. Les devoirs de l'homme envers ses semblables constituent
le droit naturel. Lorsque ce droit est écrit dans les codes , il donoe naissance : i^ au droit civil , qui règle les rapports des particuliers entre eux ; ^ au droit politique , qui établit les rapports des citoyens et du pouvoir public ; 3® au droit criminel , qui se charge d'appliquer le principe de mérite et de démérite. Toute la philosophie pratique repose donc sur ridée de moralité. Si Ton admet cette idée comme pure et absolue, on obtiendra un droit écrit tout différent de celui qui s'appuierait sur la base de rinlérôt individuel. La question est de savoir si l'arbitraire doit être chassé du droit civil , du droit politique et du droit criminel. Or, sur quoi repose l'arbitraire ? Sur le droit du plus fort. Bannissons donc le droit du plus fort du sein de la philosophie pratique. Pour détruire l'arbitraire , il n'y a qu'un moyen , c'est de lui opposer quelque chose de fixe et d'immuable ; pour effacer le droit du plus fort , il faut lui substituer le droit de la justice. Si nous reconnaissons quelque chose d'absolu en morale, nous aurons le point d'appui qu'il nous faut pour détruire l'arbitraire et le prétendu droit de la force. De cet absolu découleront des devoirs et des droits ; deux choses qui ne peuvent se séparer , car vos droits sont les devoirs des autres et les droits des autres sont vos devoirs.
L'arbitraire repose sur la théorie qui ne reconnaît en morale que l'intérêt individuel ; nous devons donc démontrer que l'iniérêt individuel n'est pas le fondement de la morale. Sans doute il faut faire une lar^çe part à l'égoisme dans la conduite des hommes; mais l'égoisroe ne peut pas suffire à tout expliquer. Les partisans de la doctrine de l'intérêt nous disent : c Le besoin du bonheur n'abandonne jamais l'humanité; qu'on jette les yeux sur l'enfant au berceau : ses gestes, sou regard, ses pleurs , ses cris , tout annonce qu'il réclame le bien-être ; interrogez le jeune homme et le vieilhird : s'ils sont de bonne foi , ils vous répondront que leur bonheur est l'unique soin qui les occupe. > Admettons ce principe , et marchons d'un pas ferme dans la route de la dialectique ; si le bonheur est la fin de l'homme, les actions de la vie n''emprunteront leur qualité que de leur rapport avec cette fin ; si elles conduisent au bonheur , elles seront bonnes; si elles nous en éloignent , elles seront mauvaises. Qu'on me propose une action à faire : tout ce que je dois examiner, c'est uniquement si elle conduit au bonheur. Ayant été placé sur la terre pour être heureux , je serais bien insensé de négliger quelque moyen de le devenir. Ainsi, que l'on me conseille d'abandonner mon ami malheureux : si je cours quelque risque à lui rester fidèle, ou si je trouve quelque avantage à me séparer |le lui , je dois l'abandonner sur-lechamp. Nous accordons que ces conseiU de l'intérêt sont trop souvent suivis ; mais est-il sans exemple
COURS DE PHILOSOPHIE
qu'un ami soit resté fidèle à son ami dans le malheur; si l'on peut citer on seul fait de ce genre, il faudra donc reconnaître que l'homme obéit à un antre principe que son intérêt individuel. Mais ici nos adversaires nous attendent , et ils nous disent : Si vous songez k l'incertitude des choses humaines , si vous pensez que le poids du malheur peut vous accabler un jour, comme il accable aujourd'hui votre ami, vous ne l'abandonnerez pas, dans la crainte qu'il ne vous abandonne un jour. C'est ainsi que l'égoïsme ne se manque jamais à lui-même ; exilé du présent, il se réfugie dans l'avenir ; ce qui parait un sacrifice n'est qu'un heureux calcul ; mais ne peut-il pas se rencontrer des occasions où l'égoïsme n'ait d'asile ni dans le présent ni dans l'avenir? Qu'on m'impose l'alternative de trahir mes serments on de mourir pour ma patrie , et que j'accepte la mort , il n'y a plus là de calcul : les calculs ne sont que pour la vie. L'homme ne sacrific-t-il pas ici son intérêt individuel à quelque autre chose que je ne veux pas déterminer maintenant. On va répondre encore que le chrétien fait dans ce cas le sacriBce d'une vie passagère et mêlée de peine, pour gagner dans une autre vie un étemel bonheur. Mais n'y a-t-il pas eu des hommes qui , sans croire à une vie future, sont morts pour leur pays? Sans nier les récompenses à venir, il suffit de les mettre en oubli un seul moment, pour que le sacrifice de notre vie soit fait à un autre principe que celui de l'intérêt. Or nous disons que cet autre principe , c'est l'idée absolue du bien moral, d^ù dérivent le devoir et le droit. Je soutiens qu'une observation attentive ne pourra manquer de reconnaître cet élément moral absolu qui préside à la conduite humaine , au moins aussi souvent que l'intérêt individuel. Malgré les prétentions et les préjugés de la doctrine de l'intérêt, la vérité morale ne diffère en rien de la vérité mathématique. Nous ne sommes pas libres d'admettre ou de ne pas admettre une proposition arithmétique ou géométrique; nous ne pouvons pas davantage adopter ou rejeter à notre gré une proposition morale, celle-ci, par exemple : il ne faut pas trahir ses serments. Mais la vérité moraks a plus de pouvoir sur l'homme que la vérité nuithématique ; la première lui impose l'obligation , non-seulement de la reconnaître , mais encore de la mettre en action ; de même que nous ne pouvons pas ne pas reconnaître que deux et deux font quatre , bien que notre intérêt puisse s'y opposer , ainsi , nous ne pouvons pas rejeter cette vérité morale : 11 ne faut pas trahir ses serments ; des deux parts il y a un jugement de la raison. Si au juge* ment moral se joignent des sentiments , des émotions plus ou moins délicates , il ne s'ensuit pas pour cela que la morale repose sur ces sentiments, sur ces émotions. La vérité se légitime tonte seule, elle est sa base à elle-même ; en un mot, elle est absolue. U faut donc re-
DU VRAI, DU BEAU ET DU BIEN
cofinattredeux molifsdes aelionshumainesiletionheur individoel et le devoir, prineîpes qui sont presque toujours d'accord , niais qui se contrarient quelquefois. Si TOUS n'admettez pour mobile que le bonheur individuel, tous les actes , quels qu'ils soient, sont légitimes, pourvu qu'ils servent l'intérêt privé. L'homme qui a répandu le sang de son semblable , parce que celui-ci s'opposait à son bonheur, n'est pas coupable ; le mal que vous lui infligez n'est pas une peine , c'est une cruauté. Bien , mal , vertu , vice , crime , sont des expressions vides de sens; toutes nos institutions sont hypocrites, toutes nos lois sont absurdes ; le code pénal n'est qu^on tissu d'iniquités, puisqu'il ordonne de sacrifier l'intérêt individuel à l'intérêt général. Le pouvoir public ne doit frapper que dans son propre intérêt, et ne pas s'occuper de punir des actes qui ne portent ps contre lui. On ne comprend plus rien à la justice dislributive ; les peines qu'elle décerne sont comme des orages dont il faut savoir se garder ; et Fontenelle , en voyant conduire un homme au supplice , peut dire froidement et tans aucune indignation morale : Voilà un homme qui a mal calculé. Si un logicien rigoureux faisait sortir toutes les conséquences du principe de l'intérêt , on CD serait effrayé ; vous ne verriez dans la société qu'une troupe d'individus qui , dévoués uniquement à la satisfaction de leur égoîsme , devraient se détester et se déchirer : l'état de nature serait l'état de guerre. De ce droit naturel passez au droit civil, au droit politique et ao droit pénal , vous les trouverez en proie à l'arbitraire, vous n'y verrez de règle que la force. 11 serait carieux de mettre , d'après ce système , un citoyen devant un législateur , un accusé devant un juge , et d'entendre k» discours qu'ils s'adresseraient : on invoquerait de part et d'autre l'intérêt individuel ; mais le l^islateur et le juge ne pourraient parler que de leur force , et ne reprocher au sujet et à l'accusé que de la faiblesse. U n'y aurait pas là d'autre rapport que celui qui existe entre des vainqueurs et des vaincus» Or nous en appelons à la conscience de tout homme : esl^e ainsi que l'on comprend un tribunal et une assemblée de législateurs ? N'cxiste-t-il pas des principes de moralité qui dominent les lois écrites et les arrêts? Les lois et les arrêts ne sont-ils que des blessures faites à un trop faible combattant? Sans doute il y a de l'égoisme dans la vie ; mais n'y a-t-il que de l'égoîsme ? ne peut-on pas citer des exemples de désintéressement? Si l'on en trouve un seul, notrecause est gagnée ; car je ne prétends pas prouver qu'il y ait plus de bons que de mécbanU, plus de désintéressement que d'intérêt ; il me suffît de poser scientifiquement un moti£ rationnel différent de l'intérêt privé. Je reconnais deux buts dans la vie : l'intérêt et le devoir ; deux tendances de rfaumaaité, l'une au bonheur , l'autre à l'accomplissement des préceptes de la raison. Dès que nousrecon-
naissons un élément absolu , une vérité éternelle qui n'est pas constituée par la raison , mais qui s'impose à la raison, nous avons trouvé cette règle fixe qui peut s'opposer à l'arbitraire. L'absolu se légitime par luimême : si l'on me demande pourquoi il y a des devoirs, je répondrai parce qu'il y a des devoirs. 11 n'y a point de raison à donner de la raison. Il est vrai en soi qu'il ne faut pas trahir ses serments , quel que soit le résultat de cette fidélité. Notre morale est donc une morale absolue qui n'est soumise à aucune variation , qui ne dépend ni des lieux, ni des temps, ni des circonstances. Chose remarquable , moi qui ne suis qu'un individu, qu'un phénomène passager , je conçois quelque chose d'universel et d'éternel ; mais ce n'est pas assez d'avoir reconnu la vérité, il faut la mettre en pratique. Ainsi, par exemple , j'ai le devoir de dire la vérité , et vous avez le droit d'exiger que je la dise , de même que vos devoirs fondent mes droits. Nous n'avons de droits les uns sur les autres que parce que nous avons des devoirs : c'est dans cette corrélation que réside la paix de la société.
TRENTE-DEUKIÈME LEÇON.
SO]aHA.lRË.
S'il f a de la vérilé absolue en général, il peut y avoir de la vérilé absolue eo morale. ^Position des questloos relatives à IMdée dii bien. — De la vérilé spéculative et de la lérité pratique. — De roblig.itioo morale. — DéAnition de* Pacte moral et de l*acte immoral. — Le devoir suppose la liberté (1).
Nous avons dit que la théorie de l'idée du bien compose la philosophie pratique , nous avons fait voir Tenchalnement de tous les principes que comprend la morale générale, nous nous sommes efforcés de démontrer que les conséquences politiques , admises aiijour^ d'hui par tout le monde , appartiennent à un autre principe que k doctrine de l'intérêt. Je sais que cette doctrine est la plus répandue, et je me mets en opposition avec la plupart des philosophes de nos jours; mais j'ai la ferme conviction que l'homme n'est pas renfermé tout entier dans ses appétits, que sa destination n'est pas remplie quand il a poursuivi son bienêtre. Si je descends dans ma conscience , je trouve , au milieu des changements et des vicissitudes auxquelles je suis sujet , un point fixe et immobile , des vérités immuables, en un mol, de l'absolu. La morale ne me
(1; Voyci FAAGaeiifs niiosovm^vts^prûgramme de iai7.
œURS DE PHILOSOPHIE.
semble pas l'ouvrage de mon caprice , un prodail de mon imagination , elle a des bases que je ne puis ébranler. Delà TuDiversalité du droilnaturel, du droit civil , du droit politique et criminel , qui sont comme les rameaux de celte tige unique que j'appelle Tidée du bien et du mal moral.
Pour vériOer ces principes avec impartialité , écartons un instant l'intérêt patriotique qui s'y atlacbe, oublions notre qualité de citoyens, tenons-nous-en à notre rôle de philosophes. Afin de ne tourner aucune difficulté , signalons toutes les objections qu'il est possible d'élever contre cette théorie, et passons en revue tous les systèmes de morale qui lui ont été contraires. Mais , avant de nous livrer à cet examen , il nous importe d'insister sur les principes que nous avons posés.
Exisle-t-il ou n'existe-t-il pas de vérité? Telle était la première de toutes les questions à résoudre , et dont nous avons présenté la solution. Établir que tout n'est pas apparence ou phénomène, que le philosophe n'a rempli que la moindre partie de sa tâche quand il a enregistré les faits qui lui apparaissent dans le monde intérieur et dans le monde physique , qu'il existe un autre monde au sein duquel réside l'immuable et l'éternel, telle est la tâche que nous avons entreprise , et peut-être accomplie.
Nous avons recherché ce qu'est la vérité absolue , non plus dans l'intelligence développée, mais dans l'intelligence à ses premiers débuts; comment, et sous quelles formes apparaît pour la première fois à notre esprit cette vérité, qui est aujourd'hui pour nous universelle et absolue; quel est d'abord son caractère.
Après avoir indiqué Tétat actuel de l'idée absolue et son état primitif, nous avons montré comment elle a fait route de l'un à l'autre.
Nous appliquerons la théorie du vrai â la morale , comme nous l'avons appliquée à la théorie des beauxarts. La vérité est une , et si elle prend le nom de vérité mathématique quand elle s'applique au nombre et à la grandeur , elle prend celui de vérité morale quand elle s'applique aux actions de l'humanité. Je démontrerai qu'en morale comme en mathématiques il y a des vérités qui sont évidentes d'elles mêmes, universelles et absolues ; je chercherai ce que la vérité morale a d'abord été pour l'intelligence , et comment elle a passé de l'état primitif -à l'étal actuel. J'appliquerai donc à la vérité morale les mêmes épreuves qu'à la vérité absolue , c'est-à-dire que j'examinerai aussi la nature , l'origine et la génération de la vérité morale.
La vérité morale n'est autre que la vérité absolue engagée dans les actions humaines ; cette vérité, comme nous l'avons dit mille fois, apparaît à la raison humaine,
mais elle n'est pas constHuée par la raison; cette simple remarque suffit pour faire écrouler l'édifiée bâti par les philosophes écossais et par les philosophes allemands. L'école écossaise pose des principes constitutifs de l'esprit humain , et l'école allemande pose des formes subjectives de l'entendement : de ces deux systèmes il est difficile de faire ressortir une vérité extérieure et objective. Au-dessus de la nature physique, comme au-dessus de la nature humaine , phinent des vérités absolues qui se reflètent dans l'un et l'autre monde , mais qui existent par elles-mêmes. L'intelligence conçoit l'unité, l'espace , le temps , le vrai , le faux, le bien et le mal ; mais ce ne sont pas là de pares fonctions de l'esprit ou des lois constitutives de l'intelligence, ou enfin des formes de l'entendement ; s^il en était ainsi , ces vérités n'existeraient pas en dehors de l'esprit humain ; et cependant , que l'on suppose toutes les intelligences anéanties , la vérité subsistera encore. Ija connaissance est un rapport dont l'un des termes est l'intelligence et l'autre la vérité ; ainsi , la vérité est indépendante de Thomme d'une part , et de l'autre l'homme ne peut pas éviter de l'apercevoir. Ce n'est pas moi qui fais la vérité; dès que je l'aperçois je ne puis pas n'y pas croire. Si c'est ce dernier fait qu'on veut désigner par loi constitutive de l'esprit, je ne m'y oppose pas ; pourvu qu'il soit bien entendu que c'est l'acte de connaître qui fait partie de notre constitution et non pas la vérité. Si l'homme n'était qu'une intelligence , il n'y aurait pour lui que des vérités spéculatives ; mais il est aussi un être actif et volontaire ; les vérités deviennent donc morales et pratiques : le vrai devient le bien. Ainsi, par exemple : // ne foui pas trahir ses êermefiU, voilà une vérité spéculative en tant qu'elle apparaît à la raison , et une vérité morale en tant qu'elle se rapporte à l'action. Vous pouvez trahir vos serments , mais vous n'en êtes pas moins obligé de croire à cette maxime , et vous comprenez qu'on pourrait en exiger de vous l'accomplissement , qu'on pourrait vous contraindreà faire sortir cette vérité du monde idéal, pour la faire passer dans le monde réel. Tels sont les résultats de la vérité morale : i^ nécessité d'y croire ; 2° nécessité de la pratiquer. Cette dernière nécessité est ce qu'on appelle l'obligation morale. L'obligation morale possède tons les caractères de la vérité, dont elle est un résultat; elle est universelle et absolue , elle pèse sur tous les hommes , aucun ne peut s'y soustraire ; de l'obligation ainsi imposée à tous naissent les droits et les devoirs sociaux. La vérité morale est obligatoire : ce n'est pas moi qui l'ai faite ; ce n'est pas moi non plus qui pose l'obligation ; je la découvre ; mais , puisqu'elle^ pèse sur tons, je ne suis pas seul obligé : vous l'êtes tous autant que moi. Si je suis obligé à respecter mes sermenu, si vous avez le droit de me contraindre à les accomplir , vous êtes
DU VRAI, DU BEAU ET DU BIEN
obhfés aa néuie devoir, et j*ai le même droit sur voua. Droit et devoir sont deux tennea corrélatifs, dont Tun ne peut exister aana l'autre.
Étant conatatée non-seulement la nécessité de croire aax vérités morales , mais encore l'obligation de les réaliser par des actes , nous devons nous demander ce qoe c'est qu'un acte en généra). C'est un moyen bon Ott mauvais , selon qu'il se rapporte à la fin qu'on se propose. Tout acte qui a pour but de réaliser la vérité morale, esl un acte bon; tout acte fait sans aucun dessein de cette nature, qui n'est qu'un produit de notre sympathie, ou une conséquence de notre organisation phylique, est on acte indifférent dont la morale ne s'occupe pas. Tout acte qui a pour but d'enfreindre la vérité ffiorale, est un acte mauvais, quand bien même cet acte eût couvert son auteur de gloire, quand bien même il edl sauvé l'univers. Ainsi , de même que les actes rapportés à la sensibilité sont utiles , nuisibles ou seulement inutiles, de même, rapportés à la fin obligatoire de Thomme, ils sont moraux, immoraux ou indifférents.
S'il y a des vérités morales obligatoires, il faut qu'il y ait dans Tbomme une faculté d'exécution , une liberté d'agir comme il lui plait. Le devoir suppose le pouvoir; l'homme serait un monstre s'il n'était pas libre : car il serait obligé d'une part à l'accomplisse- ■cnt d'une loi, et de l'autre il n'aurait pas le pouvoir de l'accomplir librement. On peut donc , suivant les règles de la plus sévère lexique , raisonner de cette manière : L'homme a des obligations dont il est libre. La raison n'est jamaîi contraire aux faits : si nous observons ce qui se passe en nous, il nous sera impossible de ne pas reconnaître la liberté : la liberté c'est le ■01 lui-même. La sensibilité et la raison se développent en moi sans mon concours ; par elle je ne vis que d'une vie commune ; par la liberté je me pose comme individu. 1^ liberté est donc la personnalité humaine. C'est au développement de cette vérité que nous conlacrerons la dernière partie delà morale.
En résume, voici les points sur lesquels nous proposons d'insister : puisqu'il existe une vérité absolue, indépendante de la nature physique et de la nature humaine, et que je ne puis ni la détruire , ni la modifier, ni me soustraire à son aperception, le bien moral peut aussi être absolu, et en effet le bien moral n'est autre chose que la vérité absolue , qui de notre intelligence passe dans nos actions, qui s'impose à Tagent après s'être imposé au penseur, qui est à la fois nécessaire et obligatoire. L'obligation est absolue comme la vérité d'où elle dérive. De l'obligation imposée à tous les hommes naissent les devoirs et les droits réciproques. L'acte est un moyen : il est moral quand il a pour but de réaliser la vérité, immoral quand il a pour but de la violer, indifférent lorsqu'il est accompli sans aucune pensée relative è la vérité morale.
L'obligation suppose la liberté. La liberté est donc une vérité de raison comme une réalité d'observation.
TRENTE-TROISIÈME LEÇON