‹ Œuvres de Victor Cousin (volume 3)Chapitre 34 sur 71 · PAR M. T. COUSIN · texte numérisé non relu

PAR M. T. COUSIN

LU dans les SÉAXCES DD 4 ET DU 11 AVRIL ISS'S.

Sujet du prix de philosophie mis au concours en 1833 : Examen critique de Touvrage d'Aristote intilalé la Métaphysique.

i* Faire connaître cet ouvrage par une analyse étendue et en déterminer le plan.

^ En faire Thistoire, en signaler rînflnence sur les systèmes ultérieurs dans l'antiquité et les temps modernes.

3*» Rechercher et discuter la part d'erreur et la part de vérité qui s'y trouvent , quelles sont les idées qui en subsistent encore aujourd'hui , et celles qui pourraient entrer utilement dans la philosophie de notre siècle.

Les concurrents doivent avoir remis leurs mémoires avant le i*' janvier 1835.

Messieurs, Depuis Descartes , la philosophie d'Aristole , après avoir règne si longiemi»s dans les écoles françaises , ;

semblait avoir succombé avec la scolastiqne. Le XVII* siècle lui enleva les esprits d'élite , qui peu à peu entraînent la foule; et lorsqu'au xviii* siècle une philosophie qui se prétendait issue d'Arislote, remplaça le cartésianisme, l'enthousiasme qu'elle excita , au lieu de remonter jusqu'à l'auteur supposé de cette philosophie et de le ramener sur la scène , n'avait fait au contraire , en inspirant le dédain du passé , qu'augmenter et en quelque sorte consacrer l'indifférence générale pour un système déclaré inintelligible , et aussi vain dans son genre que celui de Platon dans le sien. Le nom d'Aristote n'appar(ena>i plus qu'à l'histoire naturelle.

Et voilà cependant qn'au xn* siècle, une classe de l'Institut de France , une académie nouvelle et bien connue pour être dévouée à l'esprit nouveau , choisit pour le premier sujet de prix qu'elle propose en philosophie , l'examen de la Méiaphytiqw d'Aristote.

RAPPORT A L ACADÉMIE

Un pareil choix était uire sorte d^évéoemenl philotophique.

Et on pouvait ne pas être sans inquiétude sur les suites de ce concours. D'une part , le peu de temps , rinterralle d'une seule année, accordé aux concurrents; de Tautre, la nouveauté de la question, qui devait, ce semble, les trouver sans préparation; le peu de secours que fournissaient tous les travaux antérieurs, et Taccablante abondance de matériaux inutiles, la diversité et la profondeur des connaissances qu'imposait votre programme ; ici une grande familiarité avec la langue grecque , pour déchiffrer un vieux monument sur lequel n'a pas encore passé la critique moderne ; là une grande habitude de l'histoire de la philosophie , pour retrouver et suivre , non pas à la surface , mais dans le fond même des doctrines, l'influence de la pensée d'Aristote ; en6n une intelligence philosophique capable de comprendre celte pensée , de se mesurer en quelque sorte avec elle et d'y marquer la limite de l'erreur et celle de la vérité : toutes ces difBcullés réunies menaçaient votre concours de résultats peu satisfaisants.

Voici maintenant la réponse des faits à ces craintes qui ne vous avaient point arrêtés.

Dans le délai prescrit neuf mémoires ont été envoyés au concours. Parmi ces mémoires, il y en a deux qui viennent de l'étranger. Un très-petit nombre excepté, tous témoignent d'un long travail, et plusieurs sont des ouvrages étendus et de l'ordre le plus distingué , où le talent philosophique le dispute à l'érudition et à la. critique.

Ceci prouve , messieurs , que les sujets spéciaux et bien déterminés , si difficiles qu'ils soient d'ailleurs , sont un attrait pour le travail consciencieux. Ceci prouve encore qu'il s'est fait en France un grave changement dans les esprits ; que l'histoire de la phi* losophie est enfin incorporée à la philosophie ellemême, et que cette alliance intime, les fécondant l'une et l'autre , a ramené le goût des grands problèmes , et fait naître celui de l'élude des grandes époques et des grands monuments de l'esprit humain. Quels fruits portera cette direclion nouvelle? Le temps seul peut répondre à cette question ; mais , en attendant , c'est un fait incontestable que celte direclion existe. Votre concours la supposait ; il la signale et il l'accrottra.

Apprécier un pareil concours , étudier , classer et juger définilivement un aussi grand nombre de mémoires parmi lesqucFs il en est quatre ou cinq qui formeraient chacun un volume de 400 ou 500 pages in-S^*, n'était pas l'affaire d'un moment; et votre section de philosophie, en me chargeant de l'honneur de la représenter auprès de vous, m'a imposé une tâche longue et pénible. J'aurais voulu l'abréger pour l'Académie ; mais je devais une analyse étendue à des ou-

vrages aussi remarquables. Je vous la devais aussi , messieurs. Il fallait à tout prix vous mettre à même de porter un jugement en parfaite connaissance de cause , dans une affaire où vous avez la responsabilité du vote ; et votre rapporteur a dû moins redouter de fatiguer votre patience que de ne point éclairer assez votre religion.

Dans le rapport détaillé que je viens vous présenter, vous reconnaîtrez , j'espère , que je me suis efforcé d'analyser avec impartialité chaque mémoire , et que je me suis attaché surtout à bien caractériser la manière propre et le talent de chaque auteur. En effet , ce sont moins les doctrines que les talents qui sont ici au concours. Votre rapporteur a pu se porter juge de la solidité et de l'étendue des recherches , de la profondeur des discussions , de l'excellence des méthodes ; mais sur le fond même des doctrines , il a cru devoir se tenir dans une certaine réserve. Sans doute, il lui aurait semblé trop pusillanime , peu digne de sa bonne conscience et de la confiance que vous voulez bien placer en lui , de se faire scrupnle d'intervenir quelquefois dans une matière qu'il a dû Ini-méme étudier sérieusement. Mais dans les cas assez rares où il n'a pu retenir son opinion personnelle, il est bien entendu que la section de philosophie ne prend pas la responsabilité des opinions de son rapporteur , et qu'elle ne répond que de ses conclusions sur le mérite relatif des mémoires.

J'entre maintenant en matière, et vais vous |>résenter l'analyse plus ou moins détaillée des neuf mémoires qui vous ont été adressés , k peu près dans l'ordre de leur importance.

(24 pages.)

Quis Uget htee ?

Pims.

Ce petit écrit est une esquisse à laquelle nous ne nous arrêterons pas. Des trois parties du programme tracé par l'Académie, la première, l'analyse de la Métaphysique, visiblement faite sur la traduction latine de Bessarion , qui y est souvent citée , et sur les argn* ments placés en tête de l'édition de Duval , est assurément bien faible ; mais les deux autres sont tout à fait nulles. Une pareille ébauche n'aurait pas dû être envoyée à l'Académie.

No 8.

Mundlextera Indagare, née inieretthominit, née capit hunuuue eoHjectwn& menti*.

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