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(106 pages.)
Le n® 8 est à peu près le n"" 6 dans de plus grandes dimensions et avec plus de mérite.
DES SCIENCES MORALES ET POLITIQUES
Ce mémoire ne comprend guère que Fanalyse de \» Métaphysique ^ c'est-à-dire la première partie du programme. La seconde partie est à peine effleurée dans quelques indications historiques très-superficielles et pleines d'erreurs ; la troisième manque entièrement. Mais la première partie est traitée avec assez de soin. Les personnes qui ne pourraient pas lire la Métaphysique dans le texte , prendraient une idée assez jusle, quoique un peu superficielle, du contenu des différents liTres dont elle se compose , par les extraits que Fauteur en a donnés. Nous n'oserions pas assurer que ces extraits ont été faits sur le texte grec , et la trace de la traduction latine de Bessarion s'y rencontre habituellement ; mais à défaut d'érudition , ils trahissent un esprit exercé à réfléchir.
L'auteur commence par déclarer que deux motifs puissants Font déterminé à reconnaître comme écrit authentique d'Âristote , la Métaphysique telle qu'elle existe aujourd'hui et dans l'ordre suivi dans la presque totalité des éditions. Il tire le premier motif de ce que personne, dit-il, n'a fixé ni même indiqué aucune époque où les prétendues additions aient pu avoir lieu; le second est puisé dans l'ouvrage lui-même , dans le genre d'écrire |)articulier à Aristote.
Le premier de ces motifs tombe de lui-même , les adversaires de l'authenticité de certaines parties et de l'ordre actuel de la Métaphysique ayant tous fixé , d'après les deux passages célèbres de Strabon et de Plutarque , l'époque d'Àndronicus de Rhodes comme
de les développer et de les résoudre , de les représenter ensuite dans un résumé plus ou moins court , plus ou moins frappant. Aristote commence toujours par poser la question ; puis il examine et discute les opinions émises sur cette question par ceux qui l'ont précédé; après cet examen critique» il établit des principes, divise, défmit, et de déductions en déductions , arrive au but qu'il se propose, exprime son opinion, résume, avec cet esprit d'analyse qui lui est particulier , tout ce qu'il a dit , et en présente un tableau où Ton peut aisément saisir l'ensemble , et juger que toutes les parties sont entre elles dans la plus parfaite harmonie. • Nous inclinons à cette opinion , sans aller toutefois jusqu'à soutenir avec l'auteur que i le livre de la Métaphysique 4 est parvenu jusqu'à nous tel qu'il a été écrit par f Aristote. >
Selon l'auteur , les deux premiers livres de la Métaphysique contiennent plus particulièrement ce que nous appellerions la préface de l'ouvrage. Les suivants, jusqu'au septième , formeraient une espèce de discours . préliminaire , et les autres , jusqu'à la fin , traiteraient le sujet même de là Métt^physique , c'est-à-dire la recherche des principes des choses, la science des causes , la philosophie première. Suivent des extraits de chaque livre , et ces extraits faits avec intelligence fournissent à l'auteur une occasion fréquente de revenir sur la liaison des différents livres entre eux et sur Tordonnance de l'ensemble. Voici comment, à la fin de
celle où la Métaphysique d'Aristote fut pour la pre- ^ son analyse, ilrésume l'idée qu'il se fait du but qu'Arismière fois publiée. Ce serait Andronicus qui aurait totes'était proposé dans la ilfe^aj>/iy#»^0, du caractère
réparé les lacunes des manuscrits, déterminé Tordre des parties, et donné enfin l'édition sur laquelle Alexandre d'Apbrodisée a établi son commentaire. On peut contester l'autorité du récit de Strabon et de Plutarque ; plusieurs critiques (i) Tont fait avec plus ou moins de succès , et votre rapporteur n'est pas éloigné de se joindre à eux dans une certaine mesure. Mais de quelque manière que l'on entende les deux passages en question , ils n'en subsistent pas moins , et le sens général qu'on y a attaché , l'usage qu'on en a fait , réfutent suffisamment le premier argument de notre auteur.
Le second est beaucoup plus solide. L'auteur soutient qu'on trouve dans toutes les parties de là Métaphysique i un style parloutégaleroentsentencieux et serré, les roéc mes formes de langage, une méthode toujours sévère t qui exclut tout écart d'imagination. > On y reconnaît comme dans ton» les autres ouvrages d'Aristote c la t même marche , la même forme de discussion crili- I que , la même manière d'exposer les questions ,
(1) Brandis, Rheinisches Musœum, 1827, t. I, p. 236- 254, 2Se-286. Kopp, ibid., i829, tome 111, pages 93-i04. Avant eux Schneider, édition de Vffisloire des animaux ^
de cet ouvrage et de la manière dont il est composé.
f Des philosophes avaient recherché s'il y a un c principe des choses ; s'il n'y en a qu'un, ou, s'il y en c a plusieurs , quel il est , quelle est sa nature , ses i qualités, etc. Aristote, qui voulait embrasser le f cercle entier des connaissances humaines , n'avait c admis pour base des recherches auxquelles il c se livrait que les sens et l'observation ; ici il crut f devoir appliquer ses notions de physique aux choses c qui s'élèvent au-dessus des connaissances naturelc les , ou qui s'étendent au delà ; et cela , non dans c un traité disposé avec art , d'après une méthode f tout à fait rationnelle , ni d'après des principes litléc raires tels que lui-même les avait établis ailleurs , c et auxquels nous nous soumettons dans nos traités < sur difiiérentes sciences ; sa Métaphysique n'est , f à mon avis , que l'analyse de ses leçons , ce que c nous appellerions les cahiers d'un professeur c obligé d'enseigner de vive voix une science nonc velle pour ses auditeurs , une science difficile , abs-
tome I, epimel. Il, 111 ; et avant Schneider, un Français anonyme (dom Liroo), dans les Aménités de la Critiqué, Paris, i7l7, Journal des Savants, iuin 1717.
RAPPORT À L ACADÉMIE
€ (raile. Un preiuier dcveloppcmenl ne pouvait suffire c pour en faire saisir ni les parties ni Tensemble : do f là, dans plusieurs livres de la Mélaphyêiqw, la c répétition de ce qui précède , comme point de • rappel des principes posés et de leurs consé- « quences déjà tirées. On trouve dans cet écrit une i diction pure , mais qui a quelque chose de sec et € d'austère , et tout h la fois de serré et de nerveux , « un ton magistral et dogmatique, mais pourtant sage € et judicieux. Gel écrit a besoin d'être étudié pour
< être compris , et même encore , après une étude
< suivie , il n'est pas sans quelque obscurité , que i Texplication verbale du maître dissipait facilement :
< en Tabsence de ces explications , le sens profond , « qui souvent n'est qu'indiqué, est très-difficile à t saisir. 11 ne faut donc pas s'étonner de ce que la € discussion très-étendue et particulière à laquelle il c avait promis de se livrer sur les systèmes récents f des philosophes les plus accrédités alors , sur les
< idées, les nombres et les raisonnements mathéma-
< tiques, discussion que l'on trouve dans les deux c derniers livres , comme appendice à l'ouvrage enc tier, contienne des répétitions des livres pré- « ccdenls , des redites étranges pour ceux qui n'en f ont pas saisi le but. Le maître, après avoir inculqué, f autant qu'il était en lui, à ses disciples , ses principes 1 et leurs conséquences , et développé les raisons de « ses différentes conclusions , s'est trouvé forcé, par i la nature même de la discussion , d'en représenter
< une grande partie dans un tableau raccourci , et c même sans un ordre rigoureusement exact ; de rap-
< peler aux disciples qui fréquentaient son école tous « les préceptes répandus dans son livre , et les princ cipaux motifs sur lesquels il avait appuyé son sy»-
< tème. Nous avons d'anciens traités de philosophie
< scolastiqne écrits suivant cette méthode, traités
< qui n'étaient que des cahiers de professeurs , et qui c aujourd'hui présentent beaucoup de difficultés fiour « être bien saisis, bien entendus ; et c'est parce qu'on « Ironve dans la plupart des écrits d'Aristote , et par- A ticuliérement dans celui dont il s'agit ici, une
< théorie neuve présentée avec un style très-concis « dans une réunion de cahiers auxquels manquent les 1 leçons de vive voix du professeur, que ces mêmes « écrits ont été expliqués par une nuée de commen- « tateurs , lesquels travaillant presque tous , chacun 4 isolément sur tel ou tel ouvrage , n'en ont pas tou-
< jours saisi le vrai sens ; et à tel point , que l'ouvrage
< lui-même et son texte grec présentent moins de
< difficultés et sont pins clairs que les explications de
< la plupart des commentateurs. »
Sans adopter ni rejeter ces conclusions , nous exprimons le regret que Tauteur de celte analyse n'ait pas eu le temps de traiter avec le même soin les deux
autres parties du programme de l'Académie ; mm lui-même reconnaît qu'il est resté en dehors des conditions de votre concours.
EpM. ad JUxandr, (U pages in-folio.)
L'auteur du ifi 4 s'est encore bien moins conformé à votre programme. Son écrit est un essai de traduction de kl Métaphysique , essai sur lequel il sollicite l'opinion et les avis de l'Académie.
Bien que votre rapporteur ne se croie point obligé de sortir do cercle assez vaste des travaux que vous lui avez imposés , à savoir l'examen et la comparaison des mémoires admissibles au concours , toutefois l'importance du sujet , et le sentiment de la mission générale de l'Académie de favoriser les saines méthodes, de détourner du faux et de ramener sans cesse an vrai en tout genre , nous ont engagé à vous exposer brièvement et à soumettre à l'auteur les motifs qni noas font considérer les procédés qu'il a choisis comme absolument contraires à toute bonne critique et incables de le conduire à son but , la propagation de la connaissance exacte de la Métaphysique d'Aristote.
L'auteur semble éublir en principe que dans chaque ouvrage d'Aristote , les idées essentielles sont c noyées c pour ainsi dire dans une immense superflnité d'épic sodés , de citations , d'explications et d'exemples. > Il est inutile de relever une assertion aussi étrange et aussi contraire aux faits. On peut disputer et on dispute encore sur la place relative de certaines parties des ouvrages d'Aristote , et surtout de la Métaphysique; mais dans chaque partie , dans chaque livre , dans chaque morceau , ce qui frappe est précisément Topposé des défauts que notre auteur impute à Aristoie, c'est-à-dire une sobriété de paroles , une concision austère qui résume plus qu'elle ne développe , et qui ressemblerait à de la sécheresse sans une certaine virilité et force intérieure qui commande et soutient Tatlenlion. C'est pourtant sur ce principe , de l'immense superfluité d'épisodes , de citations , d'explications et d'exemples , dans les ouvrages philosophiques d'Aristote , que l'auteur a bâti un système d'interprétation qui consisterait à reproduire seulement dans le texte ce qu'il considère comme la pensée essentielle du Siagyrite et à rejeter dans des notes ce qu'il regarde .comme épisodique , d'abord dans des notes au bas des pages ce qui se rapporte plus direclemeut à la pensée fondamentale renfermée dans le texte , et puis dans des noies à la fin de l'ouvrage , ce qui s'y rapporte
DES SCIENCES MORALES ET POLITIQUES
beaucoup plus indireclement. Tel est le plan d'après lequel Fauteur se propose de donner au public tout VOrganum et d'abord ici la Métaphysique ou plutôt le i«r liyre de la Métaphy$iqw ; car nous nous sommes assuré que son travail ne va pas au delà de ce 1er livre , et même qu'il ne le comprend pas en entier. Que TAcadémie se figure donc une suite de proposilioos numérotées, au nombre de quarante-trois, chacune sans aucun développement, c'est-à-dire sans preuves : voilà à quoi l'auteur réduit le premier livre (le la Mélaphyiique d'Aristote. On dirait une suite d'àphorismes plus ou moins liés entre eux. Au bas des pages, et rapportées à quelques-uns de ces aphorismes, iraulres propositions destinées à éclaircir et à appuyer celles du texte ; enfin dans des notes plus étendues , des morceaux explicatifs, par exemple, tout ce qui , dans Aristote, se rapporte à l'histoire de la philosophie. C'est à l'aide de ce système , que l'auteur espère faire connaître à la jeunesse studieuse , comme il s'exprime, un philosophe qu'il considère comme le plus vaste et le plus profond génie de l'antiquité. Mais , en vérité , il fait bien peu d'honneur à Aristote en prenant avec lui de pareilles libertés. Puisque Aristote a cru devoir exposer ses idées d'une certaine façon , n'est-il pas étrange que , pour faire connaître ces idées , on leur impose une forme qui , fût-elle meilleure , n'est pas celle qu' Aristote a préférée ? Assurément il serait fort loisible à l'auteur d'extraire des ouvrages d'Aristote les pensées qu'il jugerait les plus essentielles , de les présenter ainsi séparées de celles qui lui paraîtraient moins importantes , et de communiquer au public un pareil travail , dans le genre de celui que Deleyre a entrepris sur Bacon. Ces sortes d'ouvrages ont l'avantage de répandre parmi les gens du monde des idées qu'ils n'auraient pas été chercJier dans des écrits dont la longueur et U gravité les auraient rebutés. Sur les grands sujets , il est bon qu'il y ait des livres de toute sorte et de toutes formes à l'usage de tous les esprits ; et un extrait Inen fait de la Métaphysique sumïx son mérite et son utilité ; mais en principe , donner un pareil extrait comme une traduction véritable , et c'est la prétention bien déclarée de l'auteur, Toilà ce que nous ne pouvons admettre ; et nous pensons que , quand un travail semblable aurait été fait , il resterait encore à entreprendre une véritable traduction d'Aristote. Traduire , c'est reproduire un auteur , non pas tel que nous aurions voulu qu'il fût , soit pour notre goût particulier, soit pour celui de notre siècle , mais rigoureusement tel qu'il a été dans son pays et dans son siècle , sous ses formes réelles , telles que l'histoire nous les a conservées. Et plus un auteur est grand , plus il faut le traiter ainsi , d'abord par respect pour la vérité , mais aussi pr respect pour le génie qui vaut bien la lH!ine d*étre représenté an naturel , par respect même
pour notre siècle auquel il faut bien supposer assez d'imagination et d'intelligence pour comprendre et apprécier les hommes et les œuvres des antres siècles. Telles sont les idées presque partout admises aujour d'hui en fait de traduction , et arranger Aristote ou Platon ou Homère à la française , paraîtrait fort peu digne du xix* siècle et de la France. Nous engageons donc l'auteur à choisir nettement entre ces deux entreprises , ou des extraits systématiques d'Aristote à ses risques et périls, sous sa responsabilité philosophique ; ou une traduction sincère dans laquelle il reproduirait, non pas seulement les pensées essentielles , mais toutes les pensées d'Aristote ; une traduction une et non pas divisée en trois parties , texte , notes immédiates , notes explicatives. S'il se décidait pour ce dernier travail , pour une traduction véritable , nous l'engagerions à s'abstenir d'expressions exclusivement modernes, qui dénaturent tout à fait le caractère de l'antiquité. Par exemple , dans l'exposition du système d'Empédocle , il parait décidé à traduire les mots qui y désignent les deux principes du monde , ftXix et y^xoç , Vamitié et b discorde, par les expressions ù^atlraction et de répulsion , comme si ces dernières formules n'appartenaient point à Newton , et comme si on avait le droit de les lui ravir pour en faire honneur , ainsi que de l'immense progrès qu'elles expriment , à aucun philosophe de l'antiquité , encore bien moins à un philosophe poète et d'une époque poétique comme Eropédocle.
Nous nous arrêterons ici. Nous nous sommes borné à examiner le système de l'auteur, et non l'exécution de ce système. Si nous l'eussions fait , nous eussions trouvé la confirmation de la plupart de nos observations générales. Plus d'une fois l'auteur prouve, par son exemple , combien il est périlleux d'oser faire dans un écrivain tel qu' Aristote la séparation de ce ce qu'il faut garder dans le texte ou rejeter dans des notes , comme moins important ou comme superflu. Pour nous , bien des choses rejetées dans les notes finales , nous paraissent tout aussi importantes que celles qui sont main-, tenues dans le texte ; et dans les notes comme dans le texte, nous aurions pu signaler à l'auteur bien des erreurs de traduction qu'il faut sans doute imputer au système qu'il a suivi et que nous l'engageons à sacrifier à l'amour de la vérité et à l'admiration sincère qu'il professe pour Aristote. Nous nous flattons que ces observations , qu'il a lui-même sollicitées , lui seront un trmoignage de l'intérêt que son essai de traduction a inspiré à l'Académie.
RAPPORT A L'ACADÉMIE