‹ Œuvres de Victor Cousin (volume 3)Chapitre 36 sur 71 · NO · texte numérisé non relu

NO

PMa Ljeeei quœ vtd/t tune tomnia rttit :

Nune ptores quœ ecuiem dicta piaeenl mtserU.

(Xenoph. Anabaïk. 7, 8) (1).

(En allemand, â45 pages petit in 4'', très-Bn.)

Cet ouvrage est en allemand ; et sans doute TAcadémie ne verra pas sans une satisfaction mêlée de reconnaissance des savants étrangers honorer ses concours ; mais elle apprendra avec peine qu'il nous a été impossible d'admettre que le mémoire inscrit sous le n^ 5 répondu à ses intentions et satisfit aux conditions de son programme. En effet, ce mémoire n'est pas autre chose qu'une traduction allemande de la Métaphysique d'Aristote. Il a pour titre : Arisloteles Kritik der Lehre von Uebersinnlichen, in neun Bûchem. Neuubersetzl mil krilischer Einleilung und erklarenden Anmerkungen , von A.L. F. in 5. ; c'est-à-dire : Métaphysique dAristole , en neuf livres ; Iraduelion nouvelle avec une introduction critique et des notes explicatives, par A. L. F, à S,

L'auteur ne regarde comme authentiques que neuf livres de la Métaphysique d'Aristote, qu'il place dans l'ordre suivant : lev*, leiv«, leiu*,le vi«, le vu®, leviii*, le IX®, le xu® et le xni*. Chaque livre n'est pas seulement ici divisé en chapitres comme dans les éditions ; mais chaque chapitre est divisé en paragraphes que l'auteur numérote pour offrir, dit-il dans sa préface , des points de repos au lecteur. Immédiatement à la suite de chaque chapitre , viennent des notes ( erklarenden Annurkungen) presque exclusivement philosophiques qui présentent les idées d'Aristote sous une forme plus simple ou dans un langage plus moderne. L'introduction (kriiische Einleilung) est le seul morceau qui se rapporte quelque peu à votre programme. Elle est divisée en trois chapitres; dans le premier, l'auteur prétend démontrer que toute la doctrine métaphysique d'Aristote est renfermée dans les neuf livres qu'il a traduits (Darlegung dass die hier in der Ueberselzung gegebenen neun Bûcher imgenauesten Zusammenhange slehen,unddas ganze abschliessen) . Le second contient l'examen et l'appréciation des cinq autres livres que l'auteur a cru devoir négliger ( Wiirdigung der fîinf ubrigen Bûcher). Enfin le troisième traite du rapport de la doctrine d'Aristote aux systèmes modernes de philosophie et de théologie ( VerhàUniss des Aristoleles %ur neuem Philosophie und Théologie), Là il est dit quelque chose du mérite relatif de la doctrine d'Aristote et de l'influence qu'elle pourrait encore avoir. Un court avant-propos essaye d'ajuster le travail de l'au-

(1) Sic.

leur sur le programme de TAcadémie ; mais cette prétention n'est pas soutenable , et l'ouvrage n"* 5 est simplement une traduction de la Métaphysique, avec des notes et une préface , traduction que l'auteor destine à ses compatriotes , et qn^il a cru pouvoir adresser aussi à l'Académie. Elle ne peut que le remercier d'une pareille communication; mais c'est évidemment au public allemand à juger et à récompenser son trayail.

No 2.

Ei nunc MeUigite.

(lis pages in-fol.)

Les mémoires dont nous venons de rendre coaiple ont tous ce commun caractère , qu'ils répondent seulement à la première partie du programme de TAca* demie. Ils font connaître la Métaphysique d'Aristote par des extraits plus ou moins complets , mais sincères et dégagés de tout esprit de système. Voici maintenant un mémoire d'un caractère tout opposé ; ce n'est plus l'exposition de la doctrine d'Aristote , c'est la critique de cette doctrine qui y joue le principal rôle , et cette critique systématique est tellement mêlée à l'exposition qu'elle la voile et l'obscurcit.

Encore si l'auteur s'était donné la peine d'exprimer d'abord avec clarté et précision ses propres idées , le problème philosophique dont il demande la solution à Aristole ; à cette lumière , on pourrait se recoonaitre au moins dans la critique dont il enveloppe son exposition ; mais il ne procède point ainsi ; il entre tout d'abord dans l'analyse de la Métaphysique sans avertir en quelque sorte des idées qu'il y va transporter, et il parcourt le premier livre , puis le second , et successivement tous les autres , choisissant ce qui laî convient , le présentant sous une forme qui n'est nullement celle d'Aristote , lui imposant un langage qui n'est pas le sien, et l'attaquant sur un terrain qu'il choisit et pour ainsi dire qu'il construit lui-même. On commence par éprouver une surprise extrême ; puis en avançant on s'aperçoit que l'auteur a un secret auquel tient toute cette énigme. Peu à peu il divulgue ce secret , mais ce n'est guère que vers le milieu de l'ouvrage qu'on entrevoit de quoi il s'agit.

Quel est donc ce secret , ce point de vue mystérieux qui offusque, sans pourtant se manifester jamais entièrement , l'exposition de la Métaphysique d'Aristote ? Quel est le système de l'auteur, le problème de la philosophie , selon lui ? Après une lecture très-attentive, je l'ai compris et je crois pouvoir le résumer ainsi.

L'idée d'être est une illusion. Il n'y a pas d'être à proprement parler, et par conséquent la science

DES SCIENCES MORALES ET POLITIQUES

d*Âmta(e, qui traite de Tétre, sa philosophie première, est une chimère. Tout est action ; Taction est une avec trois termes, cause, moyen, effet; termes distincts aux yeux de la pensée , mais en réalité indivisibles , et qui sont tous les trois également nécessaires pour rintégrité de Taciion. Otez un de ces termes, les autres ne sont plus que des conceptions sans réalité. L'idée d'être n'est elle-même qu'une abstraction de l'un de ces trois termes , pris isolément , et auquel , en le considérant à part , l'esprit donne une sorte de subslantialilé, tandis qu'en réalité il n'y a pas de substance. Tout est action , et Faction est triple et une tout ensemble. Ârisiote avait voulu déterminer toutes les conditions de l'être et ses différents points de vue ; à celte recherche Fauteur substitue celle des conditions de l'action et de ses différents termes. Les questions qu'élève successivement Arisiote pour accomplir la science de l'être , sont transformées dans les questions suivantes : Ija cause est-elle distincte de l'effet , et l'effet de la cause ? Peut-il y avoir cause et effet sans moyen , et quel est le véritable moyen? et diverses autres questions dans lesquelles l'auteur subdivise celles-là. C'est ainsi qu'abordant brusquement Aristote avant de nous avoir mis dans la contidence de ses propres idées , il va lui adressant des questions auxquelles Aristote ne peut pas répondre , et lui reprochant ensuite de ne pas comprendre le problème philosophique et de le résoudra de la manière la plus imparfaite.

On se doute bien que si l'auteur traite aussi systématiquement la première partie du programme tracé par l'Académie , il ne se fait pas faute d'en agir de même avec la seconde, l'histoire de la Mélaphysiqtie. Comme à la première partie de votre programme , analyse de la Métaphysique d' Aristote , il avait substitué cette question : Jusqu'à quel point Aristote est-il entré dans le problème de la philosophie tel que le conçoit l'auteur du mémoire? Ainsi il convertit la seconde partie du programme , l'histoire de l'influence de la Métaphysique d' Aristote , en cette autre question : Quel pas a-t-on fait depuis Aristote vers la solution du problème philosophique ? Et ici , l'auteur s'adresse beaucoup moins aux systèmes de philosophie qu'aux grands mouvements de l'humanité , à savoir , le christianisme , le mahométisme , le protestantisme, la révolution française.

Quant à la troisième partie de votre programme , la séparation de ce qu'il y a de faux et de vrai dans la Métaphysique d' Aristote , et la détermination de ce qui pourrait encore en être employé dans la philosophie moderne, cette troisième partie n^st pas traitée à pan dans le mémoire n<> 2 ; elle est dans tout et prtout ; elle domine , comme on l'a vu , et obscurcit tout le reste.

Nous ne sommes point tenu de juger ici le système

COl'SIN. — TOMB I.

de l'auteur ; si nous le faisions , il serait aisé de lui démontrer que ce système n^est au fond que Texagération de celui d'Aristote , qu'Aristote est précisément l'auteur de la réduction de l'essence à l'acte , y xai^ êyefiyeiavoùinay comme on le verra dans la suite de ce rapport ; que déjà même Aristote peut être accusé d'avoir outré ce principe ; qu'en effet , si Têtre et la substance ne se manifestent que par l'action , l'action n'en suppose pas moins on sujet qui la produise , et que , ce sujet fûi-il conçu comme la puissance productrice elle-même à l'état de permanence , la substance ne serait nullement détruite par cette opinion sur sa nature , et ne deviendrait pas pour cela une pure abstraction de l'esprit , mais qu'elle resterait ce qu'elle est, à savoir la réalité même qui, pour agir et se manifester , doit être , et qui est en tant qu'elle agit et se manifeste. Mais il ne peut être ici question d'examiner le système de l'auteur ; ce qui tombe plus particulièrement sous notre examen est sa méthode , la manière dont il aborde et traite le programme de l'Académie. Or nous croyons avoir suffisamment prouvé que cette méthode est inadmissible , et que, l'auteur eût-il raison contre Aristote, ce que nous ne voulons pas rechercher, une saine critique lui commandait de commencer par une analyse sincère et impartiale de la Métaphysique^ sauf à la soumettre ensuite à un examen plus ou moins sévère , et à en porter un jugement définitif, favorable ou défavorable, selon tel ou tel point de vue. Mais il est évident que le triomphe de ce point de vue, quel qu'il fût, devait être la conclusion de ce mémoire , et non pas une hypothèse générale qui , depuis la première ligne jusqu'à la dernière , planât sans cesse comme un nuage obscur sur l'exposition et sur l'histoire du livre qu'il s'agissait de faire connallreet de juger. D ailleurs, nous nous plaisons à reconnaître dans l'auteur de ce mémoire un esprit capable de spéculations élevées , une inflexibilité d'idées et de vues qui suppose de la force , et une ténacité à reproduire sans cesse les mêmes idées sous les mêmes formes , qui fait honneur au moins à l'énergie de ses convictions.

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