‹ Œuvres de Victor Cousin (volume 3)Chapitre 39 sur 71 · L'ACADÉMIE · texte numérisé non relu

L'ACADÉMIE

reprochent à Platon d'avoir réalisé des abstractions , de pures conceptions de l'entendement. Mais il sérail de savoir si cette accusation est bien fondée. De ce que l'idée pkilonicienne soit aussi une conception de la raison humaine , il ne s'ensuit pas qu'elle ne paisse être autre chose encore , qu'elle ne puisse exister aossî en dehors de la raison humaine et dans les choses , par exemple , à l'état de loi , de caractère essentiel. Rien n'existe qui n'ait sa loi plus générale qae soi-même. Il n'y a point d'individu qui ne se rapporte à un genre , point de phénomène ni d'accident qui ne tiennent k un plan. Et il faut bien qu'il y ait réellement dans la nature des genres , des classes , un plan , si tout a été fait cum pondère et meneurd ; sans quoi nos idées de genres, de classes et de plan ne seraient que des chimères , et la science humaine une illusion régulière. Si on prétend qu'il y a des individus et point de genres , des choses liées ensemble et pas de plan , par exemple , des individus humains plus ou moins différents , et pas de type humain , et mille autres choses de cette sorte ; à la bonne heure ; mais en ce cas, il n'y a plus rien de général dans le monde , si ce n'est dans l'entendement humain ; c'est-à-dire en d'autres termes que le monde et la nature sont dépourvus d'ordre et de raison , et qu'il n'y a de raison que dans la tête de lliomme : résultat mille fois plus embarrassant que la théorie platonicienne , dont tout le secret tant cherché , et selon nous bien simple , est l'unité de l'existence universelle, par conséquent l'harmonie de l'esprit humain et de la nature , des conceptions de l'un et du plan de l'autre , et le double caractère de l'idée , prise au sens de Platon , comme conception générale dans le sojet pensant , et comme loi ou forme générale dans l'objet externe. Nier ce double caractère de l'idée , c'est déshériter les choses , en apparence au profit de l'esprit humain , qui en réalité se trouve par là condamné à des conceptions vides et à un dogmatisme subjectif, lequel contient et produit tôt ou tard le scepticisme universel. Si la raison humaine est la mesure «nique de la vérité des choses , c'en est fait et de la vérité et de la raison elle-même. On nous pardonnera cette intervention rapide dans une illustre polémique non encore terminée, et qui doit sa naissance à la Méiaphytique d' Aristote.

La seconde partie du mémoire n* i aboutit à la dernière question de votre programme : Qu'a-t-il été conservé de la Métaphysique d 'Aristote? et que pourrait-on en prendre à l'usage de la philosophie de notre temps? Nous regrettons d'être obligé de vous dire que ce dernier chapitre est court , superficiel , et que l'auteur, retenu par l'excessive circonspection de l'école critique , ou épuisé par ses efforts antérieurs , s'est arrêté à la fin de la carrière, avant d'avoir atteint le but. Il parait croire qu'il a passé assez peu de chose

DES SCIENCES MORALES ET POLITIQUES

de b Méiafkffnqne d'Aritlole dans la méUphysique moderne; et il ne voit |>as trop quels emprunts la pbiiosopbie de notre siècle pourrait faire à la philosophie péripatéticienne. Nous ne repoussons aucune opinion , et celle-Ui pas plus qu'aucune autre , mais ious avions lé droit de demander à Tauteur qu'il la Dt sortir d'une discussion forte et approfondie.

La tiroiaième partie de ce mémoire sur l'histoire et l'iafloence de la Méiaphynqa€ d'Aristote, est malheureosemeni plus faible encore et forme moins une partie ÎDiégranie de ce mémoire , qu'un appendice où sont ranemUées quelques recherches d*érudition. Je dis d'éraditioB, car Tauteur s'est entièrement mépris sur le sens da programme de TAcadémie. Il a cru que TAcadémie demandait l'histoire matérielle de laJIf^l^ fhifsiqiM, la manière dont elle avait été mise au jour, et les travaux dont elle a été l'objet; tandis que vous demandiez surtout l'histoire philosophique de la Métaphysique , les idées qu'elle a mises en circulation , et la manière dont ces idées ont fait leur route à travers les siècles dans les divers systèmes qui les ont recueillies. C'est là la véritable histoire d'un livre , sa vraie destinée. Notre auteur s'est tellement arrêté à l'histoire matérielle de l'ouvrage d'Aristote qu'il ne lui a presque plus resté de place pour nous parler de sa fortune morale. Les recherches auxquelles il s'est livré sur Tauthenticilé de la Métaphysi^e, et la discussion de Ious les problèmes de ce genre, devaient se trouver en tète du mémoire et précéder l'exposition. En effet, selon qu'on arrive à telle ou telle conclusion sur l'auihenticité de certains livres et sur celle de l'ordre actuel de la MHaphysiqve, on peut prendre plus ou moins de libertés dans l'exposition. La petite dissertalion de notre auteur à ce sujet, sans être très-profonde, est fort judicieuse; mais elle n'est point à sa place. 11 en faut dire autant de cette autre discussion : Quel est le caractère de h Méiafhynque , et à quelle classe des écrits d'Aristote appartient-elle? A celle des écrits ésoiériques ou acroamatiques , ou bien à celle des écrits exotériques? Sur ce point comme sur le précédent, l'auteur suit l'opinion de Ritter, et il ne pouvait prendre un meilleur guide. Il dit ensuite quelques mots sur les divers commentateurs anciens d'Aristote. Puis il effleure la question si bien traitée par M. Jourdain, de la manière dont la Méiafhyêifue est parvenue à b connaissance de TEurope au moyen âge; et il lui reste à peine quelques pages pour exposer l'inf uence qu'elle a exereée sur les grands systèmes philosophiques. Il y avait là pourtant les plus bellea questions d'histoire et de philosephie. C'était une admirable recherche à instituer que la part d'Aristote dansl'éeleclisme alexandrin , et quelle est la valeur de la concilialion alors entreprise entre la Méiûphytiqueé^Anttaîe ei celle de Platon. L'auteur se contente de dire que

les Alexandrins ou dénaturèrent entièrement les écrits authentiques d'Aristote , ou s'en dédommagèrent en lui attribuant des écrits apocryphes. De pareilles assertions sont peu dignes d'un homme aussi instruit. Il faut l'avouer, le reste est à peu près du même genre. On ne trouve absolument rien sur le mélange de la philosophie péripatéticienne avec la théologie chrétienne entre les mains de saint Thomas, d'Albert le Grand, et des autres docteurs célèbres de la scolastique. II y a bien quelques mots sur le péripatétisme de Leibnitz; mais en somme cette dernière partie est très-inférieure à la seconde et surtout à la première.

Nous avons besoin de demander pardon à TAcadémie d'une aussi longue analyse ; mais le mémoire qui en est le sujet la réchimait , et elle était nécessaire peutêtre pour en faire comprendre les qualités et les débuts. En les balançant , on ne peut s'empêcher de reconnaître que l'ouvrage dont nous venons de rendre compte répond en très -grande partie au vœu de l'Académie. Publié , il ajouterait à la connaissance de la Méiapkysiquê d'Aristote , même auprès des plus savanu, et la répandrait dans le public. A défaut de profondeur, il se distingue par une critique judicieuse et une grande clarté , et à phis d'un titre il serait digne de vos suffrages et ne déshonorerait point votre couronne. Et cependant le concours que vous avez ouvert est assez riche pour vous présenter encore deux mémoires bien supérieurs à celui-là , et que nous ne craignons pas de vous signaler comme des ouvrages du mérite le plus élevé. Nous vonlims parier des mémoires inscrits sous les n*' 5 et 9.

Ces deux mémoires ont au même degré le mérite de répondre parfaitement au programme de l'Académie. Les trois parties de ce programme y sont traitées dans leur ordre et avec l'étendue convenable. Tous les deux supposent une étude sérieuse du texte grec , et l'érudition y est au service d'une critique solide. Tous les deux témoignent de vastes connaissances dans l'histoire de la philosophie, et le talent spéculatif s'y maintient à la hauteur des questions que soulevait inévitablement la matière , et des grands maîtres dont il fallait apprécier les différentes solutions. Votre rapporteur, après une étude sérieuse de ces deux mémoi res, n'y trouve aucun vice essentiel à leur reprocher, et il propose hardiment Fun ou l'autre aux suffrages de l'Académie. Incontestablement ^ ils sont supérieurs à tous les autres mémoires , et même an mémoire précédent , d'ailleurs digne d'éloges ; mais nous hésitons à choisir entre eux deux, et ce choix nous a paru si délicat et si difficile que pour absoudre ou notre incer^ litude ou notre préférence , notis vous demandons la permission de soumettre devant vous l'un et l'autre mémoire à un examen détaillé et approfondi.

Commençons par le a" S.

RAPPORT A L'ACADÉMIE

THEOPOKASTUS.

(250 pages petit in -4«, serrées.)

La première partie de votre programme est assurément la plus importante. Il est évident qu'il faut d'abord connatlre à fond ce dont on veut faire Thistoire et apprécier la valeur. C'est aussi la première partie de votre programme que Tauteur du n° 5 a traitée avec le plus d'étendue.

Vous aviez demandé aux concurrents de déterminer le véritable plan de la Métaphysique d'Aristote , et de donner une analyse solide et complète de cet ouvrage. Là se trouvaient engagés les problèmes les plus épineux , et qui ont exercé les efforts des critiques les plus babiles , depuis notre compatriote Samuel Petit jusquà nos contemporains Brandis et Tilze. Votre rapporteur déclare ici qu'après avoir lu tout ce qui a été écrit sur ce sujet tant controversé, il n'a rien trouvé qui le satisfasse autant que le travail du n^ 5, aucune dissertation plus complète , où les difficultés de la question soient plus franchement abordées , plus mûrement pesées, et la discussion conduite avec autant de force et de profondeur.

La réponse à la première partie de votre programme est divisée dans ce mémoire en trois chapitres. Dans le premier, après avoir discuté et réduit à leur valeur exacte les deux passages célèbres de Strabon et de Plutarque , sur l'époque où auraient été connus pour la première fol» les ouvrages d' Aristote , et en particulier la Métaphysique^ l'auteur, arrivant à ce dernier ouvrage , examine une à une les hypothèses les plus célèbres et les plus plausibles sur les écrits primitifs qui ont pu servir à sa composition. En effet , l'opinion la plus accréditée est que la Métaphysique est un tout factice , composé , longtemps après la mort d' Aristote, de pièces et de morceaux plus ou moins bien cousus ensemble. L'effort de la critique a été jusqu'ici de montrer le désordre réel de ce tout mal uni , de le démembrer, et de retrouver dans le catalogue des écrits d' Aristote, que donne Diogène de Laêrte et l'anonyme publié par Ménage, ses diverses parties, comme ouvrages distincts , portant des titres particuliers , et ayant eu une existence indépendante , avant qu'Andronicus se fût avisé , à cause de l'analogie des matières, de les mettre ensemble sous le titre unique de Métaphysique, titre qui n'en est pas un , et dont l'authenticité ne mérite pas même d'ètce disculée. On a retrouvé dans les deux catalogues ci-dessus men-

tionnés des écrits dont les sujets et les titres répondent exactement à tel livre, ou à telle portion de livre de ce tout incohérent qu'on appelle la Métaphysique, Notre auteur reprend dans le plus grand détail ees diverses hypothèses : il les met en lumière, les fortifie^ les développe, et la Métaphysique d'Arîsiote sort tool en lambeaux de cette discussion. Ainsi, l'auteur démontre de nouveau que les trois derniers livres , le douzième, le treizième et le quatorzième, forment un ouvrage à part , que si le douzième livre se lie fort bien aux onze premiers, les deux derniers n'y tiennent point, et, au lieu de les achever et de les clore, reprennent précisément des matières déjà traitées dans les livres précédents , par exemple , ki réfutation de la théorie des nombres et des idées qui se trouve et doit se trouver dans le premier livre , réfutation qui est le point de départ nécessaire d'Aristote, et qui est tout à fait déplacée à la fin de l'ouvrage. Ces trois livres détachés de tous les autres, avec un changement d'ordre qui fait du premier le dernier, et place le douzième après le quatorzième, forment un tout complet et bien lié, et il est de la plus grande vraisemblance que c'est là l'ouvrage particulier d^Aristote cité dans les catalogues sous le titre de mpi ftXoffOfutç , en trois livres , lesquels roulaient sur les idées et le bien , irep} rev^aûw xeû irsfii iJécw, Cette hypothèse appartient à Samuel Petit (i). Notre auteur la reprend en détail , la développe , et , selon nous , la met hors de toute contestation. Nous regardons ce point comme acquis à la critique.

Quant au second livre de ki Métaphysiques^ déjà dans l'antiquité Jean Philopon révoquait en doute son authenticité , et l'attribuait à Pasicrates de Rhodes , frère d'Ëudème et disciple d' Aristote ; et cinq manuscrits coUationnés par Bekker le donnent à Pasiclès, pure variante pour Pasicrates. L'auteur soutient que ce second livre n'était pas autre chose que l'introduction des trois livres ^epl ft}iO(T0ftai. Cette hypothèse qui lui est propre est présentée avec art ; ouis elle nous laisse encore beaucoup d'incertitude.

Viennent ensuite l'examen et presque toujours la confirmation d'autres hypothèses , qui détachent les autres livres de la Métaphysique, et en font des ouvrages isolés. Nous ne citerons que les plus vraisemblables de ces hypothèses. Le cinquième livre , dont la place était déjà contestée dans l'antiquité , semble bien avoir été le traité particulier : irepî rCiu ^oaaXàç keyofjUvmf ; et le dixième , l'écrit que cite Diogène de Laêrte : xspt fMvAikq , OU celui irspi èuavxim.

On conçoit combien l'examen détaillé de ces différentes hypothèses fait entrer profondément dans la

(i) MiseeUanea, Ub. iv, 9: De Metapfaysicoram librarum

Aristotelisordine, p. 34.

DES SCIElNCES MORALES ET POLITIQUES.

nitime de la Méêaphyii^e d'kmtole.

Leur premier ré$ulut semble être rimpoenbililé absolue de découvrir aucune unité de plan dans Tarraegement aciuel des quatorze livres. Â ce résultat désespérant , que semble si bien établir son premier chapitre, Tauteur, dans le second , oppose un résultat absolument contraire, un argument de fait, une preuve directe d^une unité de plan dans la Métaphytique telle qu'elle est aujourd'hui , en donnant de celte Métaphysique une analyse suffisamment étendue de laquelle sort la démonstration intrinsèque de Tunité et de rharmonîe qui y règne. Ce chapitre est l'analyse la plus sinek^ , la plus complète et la plus méthodique que nous connaissions de la Méiaphysigue d'Aristote.

L'auteur commence par établir la division qu'il adopte de la Méiaphyêique. Selon lui , elle se divise en trois parties :

La première est une introduction qui comprend les trois premiers livres. Aristote y donne la détinition de la philosophie première , et établit qu'elle est la science des principes.

La seconde partie est nn examen détaillé des principes de l'être en général. C'est ce que les modernes appelleraient une ontologie. Elle s'étend depuis le iv« jusqu'au t* livre inclusivement.

De là il passe à l'exposition du premier principe. Après avoir examiné dans l'ontologie les principes des substances sensibles et périssables, il s'élève à la substance absolue, étemelle, immuable et immatérielle, principe et cause de l'existence de toutes choses : cette substance est Dieu. Cette dernière partie de la Métaphysique est une théologie, comme Aristote l'appelle lui-même: elle comprend lesquatre derniers h' vres.

Sans doute nous ne pouvons pas songer à donner ici un résumé du résumé del'auteur . Cependant, le sujet est si grand, si nouveau, si difficile; le livre d'Aristote, par ion antiquité, sa célébrité et sa longue influence, inspire tant d'intérêt, et noire auteur l'a si profondément et si netiement analysé , qu'on nous pardonnera peut^tre de présenter ici le plus brièvement possible la substance de ce morceau.

Aristote, quelque spéculatif que soit le résultat dernier auquel il aspire , ne s^y élève pourtant pas par b seule voie de la spéculation ; c'est sur la base solide de l'expérience qu'il fonde la recherche de la vérité Ainsi au lieu de développer à priori b nature de l'objet qu'il a l'intention de traiter, il interroge d'abord les opinions reçues, les notions communes (x6yoi è^repucoli^ wMû ewouu) que chacun trouve dans son esprit. C'est de là qu'il tire une première déinition de son objet. La question ainsi établie , il passe aux solutions que ses devanciers en ont données; car il ne lui parait pas vraisemblable que de pareils hommes se soient trompés à tous égards. Au contraire, ils doivent avoir raison

COUSIN. — TOJIK I.

sur un point et même sur plusieurs. Mais il ne se contente pas de rapporter historiquement les opinions des philosophes qui l'ont précédé : il discute ces opinions, les tourne et retourne de tous côtés , et en exprime ainsi ce qui s'y trouve de vrai et de justi*. Enfin il aborde l'objet lui-même , qui présente aussi beaucoup de cêtés différents. Aristote les compare l'un à l'autre et signale leurs contradictions , comme il a fait de celles des philosophes. Ainsi commencer par le sens commun , interroger l'histoire , appliquer à la question une dialectique sévère qui la décompose dans tous ses éléments, et en expose toutes les difficultés , telle est la marche générale d'Aristote. il débute par Texpérience , mais il ne s'y arrête point , et de Texpérience il s'élève à la spécuhUon.

Nous venons d'indiquer la marche même et les divisions de l'introduction de la Métaphysique, introduction qui comprend les trois premiers livres de cet ouvrage. Dans le premier, Aristote examine les opinions reçues et les systèmes des philosophes ; dans le second, et surtout dans le troisième , il propose les difficultés qui se rencontrent dans le sujet.

Suit, dans le mémoire que nous examinons, une analyse à la fois substantielle et suffisamment déuillée de chacun de ces trois livres ; nous n'avons que les plus grands éloges à donner à l'exactitude, à la netteté et à la solidité de cette analyse. Nous n'y relèverons qu'un seul mot. Selon l'auteur, le sujet et le titre du livre premier est de la Sagesse. Et sans doute dans les premières pages de ce premier livre, où Aristote constate lés données du sens commun , il était raisonnable de traduire (jo^/a par la sagesse, car la sagesse est la notion commune de la philosophie ; mais comme Aristote ne veut pas se borner à cette notion commune, mais arriver à la détermination précise et au titre véritable de l'objet qu'il traite, et que ce titre définitif doit être celui du livre entier, nous pensons, comme nous l'avons déjà fait voir dans l'examen an mémoire précédent , que ce titre doit être non de la Sagesse, nkais de la Philosophie.

L'introduction établit, livre i^*", par le sens commun et par l'histoire , que la philosophie est la science des principes; livre ii*, que les principes contiennent toute vérité, que la vérité est Tessence même des choses, et que, par conséquent, les priAcipes sont les véritables existences; enfin, livre m% quelles sont les difficultés qu'on rencontre si on veut parvenir à leur connaissance. Cette introduction achevée , Aristote entre en matière dès le iv« livre , et après avoir épuisé toutes les notions que fournissait l'expérience, il constitue spéculativement la science des principes, c'est-à-dire la science de la vérité, c'est-à-dire encore celle de la vériuble existence. Ia science de l'être est la science qu'il cherche.

RAPPORT A L'ACADÉMIE

L'auteur divise encore en trois parties Tontologie d'Aristole.

Première partie. Le premier point que devait établir Arîstote est la démonstration du fondement et du principe de l'ontologie. Ce fondement est cette vérité , que toutes les véritables existences appartiennent à la même science ; et le principe de cette science est le principe de contradiction, principe le plus élevé qui soit, duquel dépendent tous les raisonnements, toutes les preuves, et qu'aucune preuve, aucun raisonnement ne peut atteindre. C'est là le sujet du livre iv*. Mais comme, avant de s'engager dans l'ontologie , il faut posséder des données ou définitions ontologiques suffisantes et avoir bien fixé la signification des termes qu'on emploie , de là dans le livre v* une exposition des données et des termes essentiels de l'ontologie.

La deuxième partie de l'ontologie aborde directement l'objet de cette science et développe les différentes espèces d'êtres. 1^ Aristote établit que l'être purement accidentel ne saurait être l'objet d'une science , livre vi* ; 2** il considère l'être sous le point de vue de toutes les catégories , surtout sous le point de vue de la catégorie de la substance, livres vu* et vni*; Z^ il examine Têtre en tant qu'il existe, en puissance ou actuellement, oùffix xarà éùvofjuvji imt' ive^ky^ livre IX*.

Telle est la seconde partie de l'ontologie. Elle en forme en quelque sorte le corps; mais tout ce qui a été dit jusqu'ici de l'être , se rapporte à l'être fini , à la substance sensible : or la pluralité des êtres finis n'épuise pas la véritable existence. Non-seulement toutes les véritables existences appartiennent à la même science, comme il a été démontré dans le livre v*, et par conséquent la science de l'être est une; mais son objet , l'être en tant qu'être , doit être un également. Celte unité de l'être est le sujet de la troisième partie de l'ontologie, du x* livre. Ici commence la théologie ; car Têtre unique qui seul possède la vraie existence, c*est Dieu. La théologie forme la dernière partie de la Métaphysique, et comprend les quatre derniers livres.

Le point auquelêont arrivées les recherches d'Anstote est donc la nature de l'être absolu , du principe unique et premier, de la cause unique et première, c'est-à-dire de Dieu. Mais avant d'entrer dans cette recherche difficile et de pénétrer en quelque sorte dans le sanctuaire de Têtre , il faut faire ici une station et récapituler les résultats obtenus ; car le rapprochement de tous ces résultats est déjà un progrès , le point de départ et la garantie de progrès nouveaux. Tel est le but du XI* livre, qui peut être regardé comme une introducti<m à la théologie. Ce livre revient sur l'objet fondamental de la philosopliie ; il montre de nouveau que la vérité ne se trouve pas dans les phénomènes

sensibles , mais dans le monde intellectiid. Il tiaiie du changement et dn mouvement par rapport m premier principe.

Viennent ensuite les xu* , xiii* et jjn* lÎTra, mais dans l'ordre renversé que Fauteur a cherché à établir, à savoir : le xui*, le xiv* et le xii*. Etes effet le xii* livre semble bien le point colminaiu de toute la Méiaphysi^^ • et on ne voit pas trop ce qu'après ce xii* livre Aristote pouvait avoir à dire encore , car ce livre achève la théol<^e. Ce changement est le seul que notre auteur introduise dus l'ordre actuel des livres de la Métaphysique, et il est certain qn'il donne aux trois derniers une liaisoB nouvelle qui complète l'harmonie dn tout.

Après la petite introduction que forme le xi* livre, Aristote, dans les xiii* et xiv* livres qui se suivent iusépsrablemenl, aborde la substance immatérielle, inuBoible et étemelle, et comme son opinion à ce sujet est pour lui de la plus haute importance , il lui semble nécessaire de la dépendre d'avance contre les opioions les plus accréditées de son temps , celles des pythagoriciens et celles des platoniciens. Ces deux livres sooi donc consacrés à l'examen et à la réfutation de ces opinions. Il reprend ce qu'il en a dit dans lepreisier livre, quelquefois même dans les mêmes termes; mais le point de vue sous lequel il les considère ici est tout autrement spécial. 11 s'efforce de pronrer contre les pythagoriciens , que les êtres mathématiques, les nombres dans lesquels l'école pythagoricienne place la vraie existence , ne la constituent pas, puisque eux-mêmes n'existent point indépendamment des êtres sensibles ; et il essaye aussi de prouver contre Platon, que les idées n'ont pas plus d'existence indépendante que les nombres ; que ni les nombres ni les idées oe sont le premier principe des choses, et que, par conséquent, la snbsunce immuable et éternelle ne peut pas s'y rencontrer.

Cette démonstration préalable, qui était tout à fait nécessaire, achevée dans les xiii* et xiv* livres, Aristote traite expressément dans un dernier livre , le xu« des éditions , de la nature de la sobstance immuable.

Ici , le talent de notre auteur semble avoirsuccoobé sous le poids des idées accumulées dans ce dernier livre. Son analyse , ordinairement si pénétrante et si nette , est émoussée et confuse ; le passage d'une idée à l'antre n'est pas marqué avec assez de précision, et l'ensemble nous a paru manquer de lumière. Cependant c'est là le morceau capital de la Métaphytiqfi* d'Aristote. Elle est tout entière dans ce livre; cest sur ce livre que devait porter le plus grand effort de la critique. Selon nous , Fauteur y a été moins hettrcui que dans les livres précédenU , et nous ne craign*»» pas de lui indiquer celte partie de son expositiw

DES SCIENCES MORALES ET POLITIQUES

comme an travail à revoir; car toute la fortane irAristote est là , et on ne peut pas trop s'appliquer à dégager et à éclaircir les idées originales et profondes qo'Âristote résume fortement , mais ne développe pas. Nous nous garderons bien d'entreprendre ici la tâche que notre auteur saura bien un jour accomplir luimême , et nous nous contentons de détacher quelquesunes des propositions les plus importantes de ce dernier livre.

Les principes sont à la fois universels et particuliers : toutes les choses ont les mêmes principes , et chaque espèce de choses a ses principes à part. Ceci est un Irait distînclif de la philosophie d'Aristote. Les idées de Platon sont exclusivement générales ; les principes d'Âristote renferment à la fois la généralité et la particularité.

La puissance pure , la simple virtualité n'est qu'une abstraction. Tout ce qui n'est pas en acte n'est pas , el l'être absolu est un acte éternel : de là , le mouveaient perpétuel et l'éternité do monde.

l/être absolu est ^ la fois immobile et principe du mouvement.

Le premier principe moteur, étant immobile en même temps qu'il est actif , n'est pas susceptible de changement. 11 existe donc nécessairement , et comme sa nécessité repose dans sa nature même, il est le bien.

Le bien est à la fois l'objet et la fin du désir , l'objet et la fin de la pensée, et pour parler la langue d'Âristote, il est le désirable et rintelligible , rd o^péxroy tuti rà yêifTCU,

L'intelligible ne peut être pour l'intelligence un objet étranger. C'est en pensant , et en se pensant elle-même, qu'elle devient pour elle-même intelligible , de sorte que l'intelligible et l'intelligence sont identiques.

Ce n'est pas la virtualité de la pensée , mais sa manifestation active qui fait sa beauté el son caractère divin. De là cette formule d'Aristote : La vraie pensée est la pensée de la pensée, iarw if ydif<r/( yc^céai jfâijcnç, La pensée, ou pour me servir d'une expression française qui correspond parfaitement à viifvtç , et exprime , non pas seulement la virtualité du principe pensant, mais son action même, en même temps que la substantialité de cette action , le penser est ce qu'il y a de plus excellent : il est le souverain bien. Voilà pourquoi veiller, sentir et penser sont les plus grandes joatssances. L'espoir et le souvenir ne sont des jouissances que par leur rapport à celles-là.

L*univers contient-il le souverain bien comme un être séparé et indépendant , ou comme son bien propre , son ordre et son harmonie? ou le contient-il des deux manières à la fois? Le bien d'une armée est à la fois son ordre et son général. Ce dernier est même par

excellence le bien de Tarmée ; car il n*existe pas en vertu de l'ordre : l'ordre, au contraire, est son ouvrage.

Tout dans l'univers , poissons , oiseaux , plantes , est plein d'harmonie et se rapporte à une fin et à une existence unique.

11 n'y a qu'on seul principe , et Arislote termine par ce vers d'Homère , qui lui suffit pour exprimer sa pensée en face du polythéisme :

Plusieurs maUres ne valent rien : il n'en faut qu'un.

Reportons maintenant nos regards en amère, et voyons où nous sommes parvenus à la suite de notre auteur. Nous sommes arrivés à une contradiction absolue. Le premier chapitre a démembré toute hi Méiaphysique d'Aristote, l'a mise en pièces et l'a couvaincoe d'être un composé de parties différentes, dont les titres même se retrouvent pour la plupart dans les deux catalogues anciens que nous possédons des ouvrages d'Aristote ; et voilà que le second chapitre vient de nous montrer dans cette même Métaphysique on ordre admirable, le plus solide enchaînement. Un troisième chapitre va lever cette contradiction , et de la manière la plus simple do monde. Oui, Aristote, avant de composer sa Métaphysique, avait fait et poblié beaucoup de traités particuliers sur cette m^e matière ; de là les différents ouvrages des catalogues ; el plus tard Aristote a entrepris de recueillir tous ces écrits en un grand corps où toutes ses idées fussent liées ensemble et ramenées à l'unité ; il se sera donc servi de ces écrits antérieurs, tout en les remaniant pour les combiner et les assortir à son bot. Supposez maintenant que ce remaniement , cette composition n'ait pas été parfaitement achevée par Aristote, qu'il ne l'ait pas publiée lui-même, et qu'elle n'ait été publiée qu'assez longtemps après lui, lorsque les divers écrits particuliers qui lui avaient servi de matériaux étaient encore en circulation, et vous aurez l'idée la plus cUire de ce qui s'est passé relativement à la Métaphysique d'Aristote. Elle forme un tout où règne une grande unité, et celte unité renversera toujours toutes les hypothèses qui tendent à nous la faire considérer comme un ouvrage de marqueterie composé par Andronicus de Rhodes. Et puis , si Andronicus de Rhodes avait pu composer , même avec des morceaux d'Aristote, l'ouvrage dont on vient de lire une bien imparfaite analyse, Andronicus n'aurait pas été seulement un critique habile , ce serait un homme do plus bean génie , puisqu'il aurait créé l'ensemble de la Métaphysique, c'est-à-dire h Métaphysique elle-même; car elle est tout entière dans cet ensemble ; c'est cet ensemble qui nous en manifeste la méthode, la marche,

RAPPORT A LAGADÉHIE

L'auteur divise encore en trois parties Tontologie d'Arîstole.

Première partie. Le premier point que devait établir Aristote est la démonstration du fondement et du principe de i ontologie. Ce fondement est cette vérité , que toutes les véritables existences appartiennent à la même science ; et le principe de cette science est le principe de contradiction, principe le plus élevé qui soit, duquel dépendent tous les raisonnements, toutes les preuves, et qu'aucune preuve, aucun raisonnement ne peut atteindre. C'est là le sujet du livre iv*. Mais comme, avant de s'engager dans l'ontologie , il faut posséder des données ou définitions ontologiques suffisantes et avoir bien fixé la signification des termes qu'on emploie , de là dans le livre v® une exposition des données et des termes essentiels de l'ontologie.

La deuxième partie de l'ontologie aborde directement l'objet de cette science et développe les différentes espèces d'êtres. 1^ Aristote établit qne l'être purement accidentel ne saurait être l'objet d'une science , livre vi* ; 2® il considère l'être sous le point de vue de toutes les catégories , surtout sous le point de vue de la catégorie de la substance, livres vu* et viii*; 3^ il examine l'être en tant qu'il existe , en puissance ou actuellement, cùalx tcarà <fùvctfuy y tutr* èvsf^ies»^ livre IX*.

Telle est la seconde partie de l'ontologie. Elle en forme en quelque sorte le corps; mais tout ce qui a été dit jusqu'ici de l'être , se rapporte à l'être fini , à la substance sensible : or la pluralité des êtres finis n'épuise pas la véritable existence. Non-seulement toutes les véritables existences appartiennent à la même science, comme il a été démontré dans le livre v*, et par conséquent la science de l'être est une; mais son objet , l'être en tant qu'être , doit être un également. Celte unité de l'être est le sujet de la troisième partie de l'ontologie, du x* livre. Ici commence la ibéologie ; car l'être unique qui seul possède la vraie existence, c'est Dieu. La théologie forme la dernière partie de la Métaphysique, et comprend les quatre derniers livres.

Le point auquelsont arrivées les recherchesd'Aiistote est donc la nature de l'être absolu, du principe unique et premier, de la cause unique et première, c'estrà-dire de Dieu. Mais avant d'entrer dans celte recherche difficile et de pénétrer en quelque sorte dans le sanctuaire de l'être , il faut faire ici une station et récapituler les résultats obtenus ; car le rapprochement de tous ces résultats est déjà un progrès , le point de départ et la garantie de progrès nouveaux. Tel est le but du XI* livre, qui peut être regardé comme .une introduction à la théologie* Ce livre revient sur l'objet fondamental de la philosophie ; il montre de nouveau que la vérité ne se trouve pas dans les phénomènes

sensibles , mais dans le monde întellectoel. Il traite du changement et du mouvement par rapport an premier principe.

Viennent ensuite les xu« , xiii* et xiv* livres, mats dans l'ordre renversé que l'auteur a cherché à établir , à savoir : le xiii*, le xiv* et le xii*. Et en effet le xii* livre semble bien le point colminant de toute la Mélaphynque • et on ne voit pas trop ce qu'après ce xii® livre Aristote pouvait avoir à dire encore , car ce livre achève la théologie. Ce changement est le seul que notre auteur introduise dans l'ordre actuel des livres de la Métaphysique , et il est certain qu'il donne aux trois derniers une liaison nouvelle qui complète l'harmonie du tout.

Après la petite introduction que forme le xi* livre, Aristote, dans les xiii*et xiv* livres qui se suivent inséparablement, aborde la substance immatérielle, immitahie et étemelle, et comme son opinion à ce sujet est pour lui de la plus haute importance , il lui semble nécessaire de la défendre d'avance contre les opinions les plus accréditées de son temps , celles des pythagoriciens et celles des platoniciens. Ces deux livres sont donc consacrés à l'examen et à la réfutation de ces opinions. Il reprend ce qu'il en a dit dans le premier livre, quelquefois même dans les mêmes termes; mais le point de vue sons lequel il les considère ici est tout autrement spécial, il s'efforce de prouver contre les pythagoriciens , que les êtres mathématiques, les nombres dans lesquels l'école pythagoricienne place la vraie existence , ne la constituent pas, puisque eux-mêmes n'existent point indépendamment des êtres sensibles ; et il essaye aussi de prouver contre Platon , que les idées n'ont pas plus d'existence indépendante que les nombres ; que ni les nombres ni les idées ne sont le premier principe des choses, et que, par conséquent , la substance immuable et éternelle ne peut pas s'y rencontrer.

Cette démonstration préalable, qui était tout à fait nécessaire , achevée dans les xiii* et xiv* lîyres , Aristote traite expressément dans un dernier livre , le xu® des éditions , de la nature de la substance immuable.

Ici, le talent de notre auteur semble avoir suecombé sous le poids des idées accumulées dans ce dernier livre. Son analyse , ordinairement si pénétrante et si nette, est émoussée et confuse; le passage d'une idée à l'autre n'est pas marqué avec assez de précision, et l'ensemble nous a paru manquer de lumière. Cependant c'est là le morceau capital de la Métaphysique d'Aristote. Elle est tout entière dans ce livre; c'est sur ce livre que devait porter le plus grand effort de la critique. Selon nous , l'auteur y a été moins heureux que dans les livres précédents , et nous ne craignons pas de lui indiquer cette partie de son exposition

DES SCIENCES MORALES ET POLITIQUES

comme un travtîl à revoir; car toiHè la forlane d'Arislote est là , et on ne peut pas trop s'appliquer à dégager et à éclaîrcir les idées originales et profondes qa'Aristote résume fortement, mais ne développe pas. Noos nous garderons bien d'entreprendre ici la tâche que notre auteur saura bien un jour accomplir luimême , et nous nous contentons de détacher quelquesunes des propositions les plus importantes de ce dernier livre.

Les principes sont à la fois universels et particuliers : toutes les choses ont les mêmes principes , et chaque espèce de choses a ses principes à part. Ceci est un trait dislinctif de la philosophie d'Aristote. l^s idées de Platon sont exclusivement générales ; les principes d'Àristote renferment à la fois la généralité et la particularité.

La puissance pure , la simple virtualité n'est qu'une abstraction. Tout ce qui n'est pas en acte n'est pas , et l'être absolu est un acte éternel : de là , le mouvement perpétuel et l'éternité do monde.

L'être absolu est à la fois immobile et principe du mouvement.

Le premier principe moteur, étant immobile en même temps qu'il est actif , n'est pas susceptible de changement. Il existe donc nécessairement , et comme sa nécessité repose dans sa nature même, il est le bien.

Le bien est à la fois l'objet et la fin du désir , l'objet et la fin de la pensée, et pour parler la langue d'Ârîstote, il est le désirable et rintelligible , rà o*pé%Tw xoCk rb

L'intelligible ne peut être pour l'intelligence un objet étranger. C'est en pensant , et en se pensant elle-même, qu'elle devient pour elle-même intelligible , de sorte que l'intelligible et l'intelligence sont identiques.

Ce n'est pas la virtualité de la pensée , mais sa manifestation active qui fait sa beauté et son caractère divin. De là celte formule d'Aristotc : La vraie pensée est la pensée de la pensée, itmif ^ vov^'f vc^céoi ^atq, Lsi pensée, ou pour me servir d'une expression française qui correspond parfaitement à mivtt; , et exprime , non pas seulement la virtualité du principe pensant, mais son action même, en même temps que la substanlialité de cette action , le ftmer est ce qu'il y a de plus excellent : il est le souverain bien. Voilà pourquoi veiller, sentir et penser sont les plus grandes jouissances. L'espoir et le souvenir ne soûl des jouissances que par leur rapport à celles-là.

L'univers contient-41 le souverain bien comme un être séparé et indépendant, ou comme son bien propre , son ordre et son harmonie ? ou le contient-il des deux manières à la fois? Le bien d'une armée est à la fois son ordre et son général. Ce dernier est même par

excellence le bien de l'armée ; car il n^existe pas en vertu de l'ordre : l'ordre, au contraire, est son ouvrage.

Tout dans l'univers , poissons , oiseaux « plantes , est plein d'harmonie et se rapporte à une fin et à une existence unique.

11 n'y a qu'un seul principe , et Aristote termine par ce vers d'Homère , qui lui suffît pour exprimer sa pensée en face du polythéisme :

PlM$iewr9 maUres ne vdUnl rien : il n'en /atcl qu'un.

Reportons maintenant nos regards en amère , et voyons où nous sommes parvenus à la suite de notre auteur. Nous sommes arrivés à une contradiction absolue. Le premier chapitre a démembré toute la Métaphysique d'Aristote, l'a mise en pièces et l'a convaincue d'être un composé de parties différentes, dont les titres même se retrouvent pour la plupart dans les deux catalogues anciens que nous possédons des ouvrages d'Aristote ; et voilà que le second chapitre vient de nous montrer dans celte même Métaphysique un ordre admirable, le plus solide enchaînement. Un troisième chapitre va lever cette contradiction , et de la manière la plus simple du monde. Oui , Aristote , avant de composer sa Métaphysique, avait fait et publié beaucoup de traités particuliers sur cette même nsatière ; de là les différents ouvrages des catalogues ; et plus tard Aristote a entrepris de recueillir tous ces écrits en un grand corps où toutes ses idées fussent liées ensemble et ramenées à l'unité ; il se sera donc servi de ces écrits antérieurs, tout en les remaniant pour les combiner et les assortir à son but. Supposez maintenant que ce remaniement , cette composition n'ait pas été parfaitement achevée par Aristote, qu'il ne l'ait pas publiée lui-même, et qu'elle n'ait été publiée qu'assez longtemps après lui, lorsque les divers écrits particuliers qui loi avaient servi de matériaux étaient encore en circulation, et vous aurez l'idée la plus claire de ce qui s'est passé relativement à la Métaphf^ique d'Aristote. Elle forme un tout où règne une grande unité, et cette unité renversera toujours toutes les hypothèses qui tendent à nous la faire considérer comme un ouvrage de marqueterie composé par Ândronicus de Rhodes. Et puis , si Andronicus de Rhodes avait pu composer , même avec des morceaux d'Aristote , l'ouvrage dont on vient de lire une bien imparfaite analyse, Andronicus n'aurait pas été seulement un critique habile , ce serait un homme du plus beau génie , puisqu'il aurait créé l'ensemble de la Métaphysique, c'est-à-dire h Métaphysique elle-même; car elle est tout entière dans cet ensemble ; c'est cet ensemble qui nous en manifeste la méthode, la marche,

RAPPORT A L ACAMÈMIE

les procédés. Un pareil ouvrage philoaophiqoe ne peut appartenir qn'an grand philosophe ; et comme ce n'est ni Lycurguc ni Pisislratc qui ont fait V Iliade avec des rapsodies d'Homère , de même , ce n*est point Andronicns qui a composé Tlliade de la philosophie , même avec des morceaux d'Arislote. D'un autre côté, dans cette Iliade comme dans TautreJ! y a des irrégularités, des répétitions , des dissonances , parce que ni l'une ni Taulre n'a été achevée ni publiée par leur auteur. Enfin , comme les différentes parties de la Métaphysique avaient été , avant leur collection et composition définitive, des morceaux distincts et indépendants, et que ces différents morceaux avec leurs titres spéciaux sont encore mentionnés dans le catalogue de l'anonyme et dans celui de Diogène de Laërte , il est assez naturel que bien des critiques aient contesté l'aii^henticité du tout , et n'aient admis que celle de ces pièces détachées. Telle est la manière très-simple et très-ingénieuse dont l'auteur résout la contradiction qu'il avait lui-môme établie pour faire pénétrer plus profondément le lecteur dans la difficulté du sujet. Sans doute, cette solution n'est pas une démonstration ; ce n'est qu'une induction, et il ne faut pas oublier qu'en histoire les inductions n'ont qu'une valeur approximative. A défaut d'une certitude absolue , celle-ci a du moins le caractère de la plus grande vraisembkince , et on ne peut pas hi mettre en lumière plus habilement que ne le fait l'auteur. Il entreprend de prouver par l'analyse de plusieurs grands ouvrages d'Arislote , que ces ouvrages ont été composés de la môme manière que la Métaphysique. La Morale à Nicomaque parait bien un corps dont les divers membres auront d'abord existé séparément. H en est de même de la Physique, dont l'auteur donne une analyse très-remarquable. Pour rOrganon, la chose est évidente de soi. Et l'auteur est tellement plein de cette idée , il en est venu à se familiariser tellement avec ki manière de composer d'Arislote , qu'il entreprend de retrouver et de restituer Télaboralion successive de la Métaphysique, Il lui donne pour fondement et pour noyau le traité en trois livres rspl fiXocG^iaç ; puis il nous montre Aristote augmentant successivement cette première base d'un certain nombre de traites particuliers , et toujours ainsi jusqu'à la rédaction dernière et définitive de la wp^rti ftXsffofla^ notre Métaphysique, Il compte quatre rédactions successives de cet ouvrage. Mais il lui suffît qu'on en admette deux, et dans cette limite nous sommes très-portés à partager son avis et à regarder le traité TsplfiXoffCfiaç comme hhsiw première de notre Métaphysique, et celle-ci comme le développement de ce premier traité sur un plan beaucoup plus vaste, qu'Aristote aura rempli à Taide de tous ses écrits particuliers composés et publiés entre les deux poinU extrêmes de sa carrière.

Telle est la conclusion de la première partie du mémoire n^ 5. Nous nous plaisons k répéter , et l'Académie pensera sans doute avec nous , qu'il est impossible de mieux traiter là première question posée dans le programme. S'il pouvait rester quelque ineertitode sur quelques-uns des résultats auxquels l'autetir est arrivé , il ne peut y en avoir aucune sur le talent qu'il déploie pour y parvenir , et le seul embarras qu'il nous laisse est de décider si c'est k son érudition et à sa critique des détails, ou à sa forte intelligence que nous devons donner la préférence.

Le plus grand éloge que nous puissions faire de la seconde partie de ce mémoire sur l'histoire de la M^physique d*Aristoteet l'influence qu'elle a exercée, est de ne pas la trouver trop au-dessous de la première. Nous ne pouvions craindre de trouver ici, comme dans le mémoire précédent , une histoire presque matérielle des commentaires et des imitations qni ont été faîtes de la Métaphysique d'Aristote. L'auteur est trop philosophe pour ne pas considérer l'histoire de la Métaphysique dans celle des idées qui la représentent. C'est donc cette histoire des idées d'Aristote qti'il s'est attaché à reproduire ; c'est leur influence ou avouée et consentie, ou ignorée môme de ceux qui réprouvaient , qu'il retrace avec une grande précision , mais avec une concision qui dégénère quelquefois en sécheresse.

L'auteur part de ce principe , qui est la clef de l'histoire delà philosophie, que les principes d'aucun grand système ne se perdent dans l'histoire; que c'est parleur vérité qu'ils se sont accrédités dans le monde, qu'ils s'y maintiennent et y prolongent leur influence. Lui aussi admire et partage cette grande pensée de Leibnitz: c JVi I trouvé que la plupart des systèmes ont raison dans f une grande partie de ce qu'ils avancent, et tort seulec ment dans ce qu'ils nient, i Ainsi les systèmes ne périssent pas tout entiers; ils se décomposent et enrichissent de leurs dépouilles les systèmes qui les suivent. Quel est donc celui des principes de la Métaphysique d'Aristote qu'on peut en regarder comme le principe positif, et qui, à ce titre , doit avoir résisté à l'action du temps , traversé les siècles et exereé la plus grande influence sur tous les systèmes qui ont suivi? Pour bien saisir ce principe, qu'on pourrait appeler le principe d'Arislote , il faut le comprendre dans son contraste avec le principe de Platon.

Si Platon recueille et résume en les élevant tous les systèmes antérieurs de la philosophie grecque , Aristote développe et perfectionne Platon. Le génie de Platon est plus inventif ; il y a en lui une richesse in. comparable ; et sous l'inspiration de l'enthousiasme , il produit et sème toutes les grandes vérités. Après lui , il s'agissait de coordonner tous ces résultats et de les réduii-e en svstème; c'a été la tâche d'Aristote.

DES SCIENCES MORALES ET POLITIQUES

I Dam8 son enthousiasme , Platon , dît l'auteur , avait c trop oublié les choses particulières en se promec nant dans le ciel des idées. » L'idée , selon Platon , est la satistance générale des choses, ce qui existe vériiahlement , le c /?&<; cV Le monde intellectuel des idées est le seul Téritable , et les choses particulières n'ont qu'une existence passagère et phénoménale. IJi est en même temps la limite du système de Platon e( la part d'erreur qui s'y trouve. L'idée platonicienne n'existe qu'en puissance, comme Aristote s'exprime; elle n'est réelle , elle ne passe à l'acte que dans la particularité. La particularité n'est pas hors du genre , mais elle est elle^néme le genre en acte , et l'idée ou Tuniversalité se retrouve dans son opposé même, qu'elle élève jusqu'à elle, en même temps que celui-ci lui communique la réalité et la vie.

C'est ce principe de la particularité opposé à celui de l'universalité de l'idée platonicienne , qui est le principe suprême de la Métaphysique d'Aristote , et dont il faut reconnaître et suivre l'influence dans l'histoire entière de la philosophie. Il n'est plus ici question d'éditions et de commentaires d'Aristote , mais de sa pensée qui , une fois mise dans le monde , y a fait sa route elle-même , a pénétré et vivifié tant d'esprits qui ne savaient pas même que la pensée qu'ils développaient appartenait à Aristoie ; et c'est là la vraie influence. L'influence avouée et connue ne produit guère que l'imitation , et celle-ci une reproduction stérile ; mais l'influence ignorée inspire ; elle fait édore la diversité dans la ressemblance , et des systèmes qui ont une famille dans l'histoire , mais avec des traits et une physionomie qui leur est propre.

Notre auteur parcourt donc l'histoire de la philosophie depuis Aristote jusqu'à nos jours, et à l'aide du principe qui lui représente Aristote , il recherche et découvre dans tous les systèmes l'élément aristotélicien. Mais , il faut le dire , cette revue est un peu trop rapide , et l'élément aristotélicien est plutôt indiqué que fortement saisi , dégagé et mis en lumière , comme pourtant il aurait fallu le faire, dans des systèmes très-difficiles à comprendre , et que l'auteur se contente de toucher en quelque sorte de sa formule péripatéticienne comme d'une baguette magique pour en faire jaillir l'élément caché du péripatétisme. Pour les lecteurs profondément versés dans l'histoire de la philosophie, celte analyse substantielle et rapide suffirait peut-être, et la manière de l'auteur, toujours précise, serait assez claire. Mais si on peut le défendre du reproche d'obscurité, il lui reste celui d*une roideur et d'une sécheresse qui tiennent sans doute à la brièveté de cette seconde partie. Nous retrouverons le même caractère dans la troisième , consacrée à l'appréciation de la Métaphyiique d'Aristote.

Cette partie du programme de l'Académie appelait les tentatives et les spéculations hardies; car pour juger Aristote et déterminer ce qu'il y a de faux dans la Métaphyêique , et ce que la philosophie de notre siècle doit en rejeter et en prendre , il faut s'élever à une hauteur où l'on court risque de rencontrer bien des nuages. C'est là la pariie aventureuse du programme, une arène ouverte aux conceptions personnelles et arbitraires; et voilà pourquoi vous aviez sagement séparé cette dernière partie des deux auti-es où il s'agissait de recherches toutes positives. Celle-ci était le champ naturel de l'esprit de système ; et nous ne pouvons trop rappeler à l'Académie quel vol il fallait prendre pour dominer Aristote et le mettre en rapport avec notre temps. Vous ne serez donc pas surpris que l'auteur du mémoire n* 5 ne se soit pas fait faute d'empninter ses jugements à un système.

Après avoir montré que la Métaphysique a exercé la plus grande influence sur les doctrines qui l'ont suivie , il devait nécessairement admettre que cette influence peut être encore trèfr-puissante, et il proclame qu'il attend beaucoup de l'étude approfondie d'Aristote pour la philosophie de notre siècle. Selon lui , il y a dans le livre delà Métaphysique un certain nombre de vérités fondamentales qui ne peuvent pas périr et qui subsistent encore aujourd'hui. Il en énumère cinq qu'il trouve dans l'ouvrage grec, mais qu'il développe à sa manière , et qu'il élève à des formules sous lesquelles , en effet, les idées du philosophe de Stagyre s'applique • raient aux questions qui agitent la philosophie contemporaine. Mais ici votre rapporteur est dans un grand embarras; car s'il se contente de transcrire les propositions aristotéliques auxquelles est attribuée une si vaste portée , sans les développements de l'auteur , il court le risque d'être parfaitement inintelligible ; et pourtant les limites de ce travail lui interdisent d'entrer dans ces développements. C'est ici surtout qu'il a besoin de compter à la fois sur l'intelligence et sur la patience de l'Académie.

Voici les cinq points que l'auteur recommande à la philosophie du xtx® siècle :

i^ Absurdité du dualisme : absurdité de partir de principes opposés , par exemple , de l'unité seule ou de la seule pluralité ; nécessité d'un terme ou principe intermédiaire qui réunisse les deux opposés , fasse disparaître leur opposition apparente et développe leur identité intérieure (livre xn).

Mais les opposés ne sont tels que parce qu'ils sont limités et finis , car c'est évidemment en se limitant qu'ils s'opposent l'un à l'autre. Le terme ou principe intermédiaire qui doit résoudre leur opiKwition doit donc être sans limites lui-même : il doit être infini.

Mais il ne |ieut y avoir de principe infini que la pensée, l^ matière ou l'existence extérieure étant limitée,

RAPPORT A L^ACADÉIflE

l'un des opposés y exclut Tauire nécessairement. 11 est <lonc impossible de trouver dans la matière le terme ou principe intermédiaire que nous chercbons. La pensée seule a cette universalité, cette infinité où la coexistence des opposés ne nuit point à la simplicité, c La pensée, « dit Fauteur , est cet être admirable qui comprend et c développe tous les opposés , toutes les déterminations t et les réalités , sans sortir de son unité inépuisable ; I elle leur donne une existence distincte, elle les t distingue clairement sans rien perdre de son unité I intérieure, i Voilà comment il faut entendre Aristote , lorsqu'il prétend que le terme intermédiaire entre les deux opposés doit être pris comme premier prin cipe ; car cette proposition vient immédiatement après Je développement de son principe fondamental , que la vraie pensée est la pensée de la pensée.

3^ Cependant Âristote dit dans le livre m* : i II c n'existe pas de moyen terme entre deux opposés ; I une chose est ceci , ou elle ne Test pas ; elle ne I saurait avoir en même temps les deux attributs c opposés. > Mais cette proposition ne s'applique qu'aux choses finies , et elle a besoin d'être expliquée par celte autre phrase du même livre : i En puissance, € la même chose peut réunir les deux opposés, mais f non pas en acte ; de sorte que l'un des opposés peut I naître de l'autre , parce que celui-ci le contient vir- « tuellement. i D'où il suit, selon l'auteur, que la première maxime d'Aristote , l'absurdité du dualisme et de plusieurs principes opposés , n'est point en contradiction avec cette seconde maxime , qu'il n'y a pas de moyen terme entre deux opposés , laquelle semble favoriser le dualisme et la pluralité des principes, parce que ces deux maximes se rapportent à des objets différents. La seconde ne se rapporte qu'aux phénomènes, la première à la substantialité des choses. L'opposition des principes est la loi du monde fini ; l'harmonie des contraires est la loi de la pensée. La contradiction n'est donc qu'apparente , et sous cette contradiction apparente sont deux directions également utiles et également fécondes.

Z^ Le troisième point est l'identité de l'unité et de l'essence (livre m). < Un homme est, et il est un , dit « Aristote , sont deux propositions identiques. > Si l'unité c'est l'être , la pluralité n'existerait donc pas. Mais il implique que l'unité , la vraie unité , soit en principe autre chose que la pensée elle-même. Dans ce cas, l'explication de la pluralité est donnée ; car dès que l'unité n'est plus une simple abstraaion , dès qu'à titre de pensée elle n'existe qu'en acte , et que l'acte implique plusieurs termes , il en résulte une pluralité qui vient de l'unité même et qui y retourne sans cesse , comme à son principe et au principe de l'être.

A* L'auteur explique encore et résout par la pensée Topposition de la forme et de la matière , de la virtua-

lité et de l'acte , de Tuniversaltté et de la parlicularilc. Gomme la matière sans forme ne serait qu'une abstraction , de même la virtualité ne serait qu'une simple possibilité , si l'acte ne la réalisait. De même encore l'universel ne se réalise que dans le particulier. Les formes substantielles d'Aristote sont les idées de Platon. En effet, Aristote dit positivement que la forme substantielle d'une chose est l'unité de son espèce. L'unité de l'espèce ne périt point avec les individus , mais se reproduit dans tous. L'individu est l'universel en acte. Les deux opposés ne s'excluent donc pas , et leur coexistence est la réalité de l'un et de l'autre. C'est dans le mémoire loi-même qu'il faut voir comment l'auteur explique la coexistence de ces deux opposés dans l'unité de la pensée.

5® Vient ensuite l'explication du premier principe considéré comme la pensée de la pensée. Ce point , précédemment exposé, est le triomphe de la MHaphtf^ siquê d'Aristote, le dernier terme et l'unité des quatre principes ci-dessus mentionnés. Pour montrer la fécondité de ce principe suprême, l'auteur en varie les formes de différentes manières et rappelle toutes celles que lui a données Aristote. c La vérité et l'être , dit Aristote dans le n« livre, répondent Tun à l'autre ; i et ailleurs dans le xii* livre : t Dieu est l'acte éternel de la pensée, i Là est déjà l'idée chrétienne de la création par le verbe ou la pensée , et la base future de la philosophie moderne dans le eogUo , ergo $hm : penser, c'est être.

Tels sont les cinq points dans lesquels notre auteur renferme la part de vérité qui se trouve dans la M^aphysique d'Aristote. Nous n'avons pu que les indiquer, et peut-être par notre brièveté , au lieu de les mettre en lumière , les avons-nous compromis en ne les entoit* rant pas des explications dont ils auraient grand besoin. Nous renvoyons à l'auteur une partie de ce reproche. En supposant qu'il n'ait pas quelquefois fait violence à la pensée d'Aristote , en la transformant comme il l'a fait, il est certain qu'il n'a pas mis dans cette transformation cet art heureux qui conduit aisément le lecteur de ce qu'il sait à ce qu'il ne sait pas , et d'une forme de la pensée à une forme différente et plus élevée, par une suite d'intermédiaires bien choisis et par une gradation habilement ménagée. Entre les idées d'Aristote et celles qu'expose l'auteur , il y a peut-être des différences essentielles; mais incontestablement, entre les formules d'Aristote et les siennes , la différence est immense , et pour être sauvée , elle demandait un an infini. Au lieu d'élever les idées et les fuHrmules d'Aristote à ses idées et à ses formules , il impose ses idées et ses formules à Aristote. il n'éclaire pas l'antique monument , il l'offusque en quelque sorte de l'ombre d'un système étranger.

Quel est donc ce système qui sert à l'auteur de me-

DES SCIENCES MORÂUS ET POLITIQUES

sare el de règle de critique? Il ^ te dévoiler da^ii* lage dans rindicaiion de la part d'erreur que renferme k ses jeux la Méîofhytique, Cette part d'erreur est surtout dans la méthode.

Sans doute Fauteur n'aecuse point Ârîstote de n'avoir eu qu'uoe méthode empirique ; lui-même rappelle les beaux passages du premier livre oè la sensation est convaincue de ne pouvoir donner que le fait sans sa cause ni sa raison. Biais il lui reproche de s'adresser trop à l'expérience pour découvrir la vérité et les prin* cipes. C'est là , selon lui, que réside la part d'erreur qu'il s'applique à signaler. Il soutient que l'expérience ne peut servir à reconnaître les principes « et il ne lui laisse d'autre droit que celui d'un simple contrôle sur les résoluts de noe spéculations. Nous ne pouvons admettre cette critique sans explication , et nous n'bé sitons pas k protester contre ce procès fait en quelques mots à la méthode expérimentale.

L'auteur entend-il seulement par expérience , l'expérience sensible, l'empirisme? Dans ce cas il aurait raison ; mais ce ne serait pas contre Aristote qui part de l'expérience sensible (ifixeipia), mais ne s'y arrête pas , et ne s'en sert que comme d'un point de départ nécessaire.

Maintenant n'y a*t*il pas une autre expérience que celle des sens ? Au-<les8us des sens , il y a en nous un entendement , une raison , une intelligence qui , à l'occasion des impressions sensibles , des besoins et des affections qu'elles excitent, entrent en exercice, et nous découvrent ce que les sens ne peuvent atteindre, tantôt des vérités d'un ordre vulgaire , tantôt des vérités de l'ordre le plus élevé, les vérités les plus générales, par exemple, les principes sur lesquels roule toute la Métafhysiquê d'Âristote. Aristote le dit positivement : il admet une intuition immédiate des premiers principes (liv. m). Il ne s'agit plus ici des sens. C'est la raison qui nousrévèlespontanémentles principes. Maiscette raison et son action féconde, qui nous donne nos vraies connaissances, ne la connaissons-nous pas aussi? Et comment la connaissons-nous ? N'est-ce pas par la conscience et par la réflexion ? Or la conscience et la réflex ion ne conslituent-elles pas une expérience tout aussi réelle que celle des sens? Cette expérience tout intérieure n'est-elle pas i® certaine, 2® régulière, Z^ féconde en grands résultats? L*autenr dira-t-il que les connaissances que nous devons à cette expérience intérieure , à la conscience et à la réflexion , en contractent un caractère personnel et subjectif? Mais nous répondrons que ce côté personnel et subjectif n'est que Tenveloppe et non le fond de la conscience ; que son vrai fond , c'est la raison et rintelligence qui y arrivent à la connaissance d'ellesmêmes? Est-ce l'auteur qui niera qu'il y ait dans la pensée humaine un fond étemel qui se manifeste par son côté subjectif lui-même , comme la puissance se

manifeste par l'acte, et l'universel par le particulier? Est-ce l'auteur qui prétendra que hi raisoD , par cela seul qu'elle se manifeste et agit en nous , et que no«s en avons conscience , n'est plus la raison , c'est-è-dire l'essence même des choses , si , comme il l'a tant répété, l'essence des choses est dans la pensée? Laissons les mots à l'école et ne nous payons pas de formules vaines. Tout ce que nous savons sur quoi que ce soit , sur l'essence et sur la pensée , nous ne le savons que parce que nous pensons. Tout aboutit à notre pensée dans son caractère personnel et impersonnel tout ensemble, et c'est là qu'est le ferme fondement de nos conceptions les plus sublimes , comme des notions les plus humbles. Étudier en nous ce développement intérieur de l'intelligence , et constater ses lois , sans y mettre du nôtre le moins possible , c'est puiser la v^ité à m source la plus immédiate et la plus sàre.

Celte expérience rationnelle , combinée avec l'expérience sensible, fournit an philosophe tous les matériaux de la science.

A l'expérience nous rapportons encore Tinvestigation attentive des notions communes, généralement répandues , attestées dans les langues des hommes , manifestées par leurs actions , et qui composent ce qu'on appelle le sens commun , c'est-à-dire l'expérience universelle de nos semblables. Chacun de nos semblables est nous-même. L'artisan et le pâtre sont des hommes aussi ; la nature humaine tout entière , l'esprit humain tout entier sont en eux: la raison, la pensée s'y manifestent , et en s'y manifestant avee ordre et selon les lois qui leur sont propres, manifestent et la nature et les lois de l'essence des choses. Étudier nos semblables, c'est nous étudier nous-mêmes, et rexpérience du sens commun est toujours le contrôle nécessaire , et quelquefois même la lumière et le guide de notre expérience intérieure.

A côté de l'expérience du sens commun est l'expérience du génie. L'humanité, en agissant , en parlant, manifeste un système qu'elle ignore elle-même ; mais quelques hommes qui ont plus de loisir et de réflexion, cherchent ce système , et les essais qu'ils ont faits pour le découvrir , transmis d'âge en âge , forment une seconde expérience plus précieuse encore que la première ; celte expérience s'appelle l'histoire de la philosophie.

Ces quatre grandes espèces d'expériences composent une méthode expérimentale dont toutes les parties se soutiennent et s'éclairent Tune l'autre. Cette méthode est pour nous la vraie. Aristote l'a soupçonnée avec ses quatre éléments , et il l'a pratiquée sur quelques points avec une rectitude et une profondeur admirables. Mais il est certain que nulle pari il ne traite spécialement de la méthode , et qu'il n'en a pas de parfaitement arrêtée. C'est la philosophie moderne qui a commencé à

RAPPORT A LACADÉMIE

s'occuper de la roétliode en etle-méme , et c^est à la méthode expérimentale qu'elle doit aes progrès. Nous ne pouvons donc approuver Tauleur du mémoire que nous examinons de Tavoir traitée aussi légèrement et de lui avoir fait une aussi petite part dans Tétude de la philosophie.

Ce procès fait k Texpérience trahit Técole à laquelle appartient Taiiteur. Déjà , malgré la pureté générale du style , nous avions rencontré plus d'un tour, plus d'une expression qui sentaient une plume étrangère; mais la direction philosophique qui se montre dans cette troisième partie est une preuve plus significative encore que le mémoire n^ 5 nous est venu d'au delà du Rhin. L'auteur lui-même nous apprend qu'il appartient à la dernière philosophie allemande, à cette grande école que notre illustre confrère M. Schelling a créée , et dont une branche féconde , devenue ellemême une école originale, reconnaît pour chef M. Hegel. L'auteur parait un disciple fervent de ce dernier philosophe. Ce n'est pas nous qui l'en blâmerons; mais nous eussions désiré que , tout en demeurant fidèle au système de son célèbre maître , il en eût épuré la langue , et l'eût élevée à celte simplicité, à cette universalité qui seule peut réfléchir, sans les fausser, les systèmes de tous les pays et de tous les temps. Il y a trop ici le langage d'une école particulière , et ce défaut , qui déjà se faisait sentir dans la seconde partie, est souvent choquant dans la troisième, et forme à nos yeux le côté faible d'un ouvrage dont le mérite est d'ailleurs incontestable.

ARiSTOTR, Métaphysique, Ht. zii.

(285 pages in-foIlo.)

Le mémoire inscrit sous le n<* 9 a des ressemblances frappantes avec celui qui précède ; et en même temps il en dififère essentiellement par la manière et le caractère général. Il lui ressemble par la même solidité de critique , rétendue des connaissances historiques et à peu près le même point de vue philosophique. L'auteur est familier avec Férudilion et la philosophie allemande , mais à la charte et à l'élégance du langage , on reconnaît partout la trace d'une intelligence française.

L'Académie doit être maintenant assez familière avec les problèmes que soulève son programme , pour qu'il soit moins nécessaire à votre rapporteur d'insister sur les solutions que le n^» 9 en a données. Il sufiira de les caractériser, et l'exposition nette et facile de l'auteur se prête mieux à une analyse rapide que la

composition laborieuse et la profondeur on peu embarrassée du n^ 6.

Ainsi que le mémoire précédent , le mémoire n^ 9 divise en trois chapitres la réponse à la première partie du programme qui demandait aux concurrents la détermination du plan de la Métaphysique, et une analyse étendue de cet ouvrage.

Le premier chapitre traite de ranthentieilé de la Méiaphyêique et des problèmes qui se rattachent à celui-là. Le deuxième est un long extrait des quatorze livres de la Métaphysique dans leur ordre actuel. \je troisième reprend en sous-œuvre la Métaphysique, l'examine et la résume dans ses éléments essentiels.

Le premier chapitre, avons-nous dit , est une revue critique de toutes les difficultés relatives à l'authenticité de kl Métaphysique. Nous nous bornerons à indiquer les résultats auxquels l'auteur s'est arrêté.

io Quant à l'histoire des ouvrages d'Arisloie en général , il adopte l'opinion qui concilie les passages de Slrabon et de Plutarque et celui d'Athénée en supposant que , dans les passages des deux premiers écrivains, il s'agit des manuscrits mêmes d'Aristoie, manuscrits qui auront passé de Théophraste à Nélée , et successivement à Tyrannion et à Andronicus , ce qui n'empêche nullement que Théophraste n'en ait laissé prendre des copies aux péripatéticiens de son temps, lesquels ceruinement connaissaient les écrits d'Arisloie ; et c'est probablement des copies de ces manuscrits que Nélée aura vendues à Ptolémée pour la bibliothèque d'Alexandrie , oii les écrits d'Aristoie se trouvaient bien avant l'édition d'Andronicus.

2<^ Quant à la Métaphysique en particulier, l'auteur suit l'opinion d'Asclépius de Tralles, qu'Arislote avait en effet composé cet ouvrage , mais qu'à sa mort , ne l'ayant pas entièrement achevé, il avait laissé à Eudème le soin de le terminer et de le publier. Ëudème étant mort sans avoir pu remplir cette tâche , l'ouvrage resta avec d'assez nombreuses lacunes; ceux qui vinrent ensuite remplirent ces lacunes comme ils purent , à l'aide des autres écrits d'Aristote.

Z^ Si l'on retrouve dans les deux catalogues eonnns des écrits d'Aristote , la plupart des livres de la Métaphysique, comme traités particuliers et avec des titres spéciaux , il n'en faut pas conclure que la Métaphysique n'a été qu'une collection de ces écrits faits après coup par Andronicus ; il faudrait bien plutôt supposer que l'ouvrage entier avait été composé par Arîstote lui-même, et qu'après lui, on l'aura démembré en un certain nombre de morceaux , auxquels on aura donné des titres particuliers. Cette hypoihèse , que l'auteur présente d'ailleurs avec réserve , est gratuite et trèspeu vraisembUble ; car un grand ouvrage comme hi Métaphysique d'Aristote , s'il eût été une fois connu dans sa totalité , eût inspiré trop de respea pour être

DES SCIENCES MORALES ET POLITIQUES

aimi mis en pièces et dénaturé. Toat s'explique dans rhypolhèse du n<> 5, savoir : qu'Âristote aura d*abord publié plusieurs traités particuliers sur ces matières , et qu'ensuite il les aura rassemblés lui-môme en un corps d'ouvrage ; mais que ce corps d'ouvrage ayant paru assez tard, et plusieurs siècles après la mort d'Arislote « les écrits séparés qui avaient précédé sa composition « avaient continué d'avoir leur cours , et étaient restés dans les bibliothèques, où les auteurs compilés par Diogènede Laërte les avaient vus, avant l'édition d'Andronicus.

40 L'ordre des livres de la Métaphysique, tel qu'il est aujourd'hui, est encore le plus satisfaisant, mais il ne faut pas chercher dans l'ouvrage une grande unité, c Quelques livres , dit l'auteur, se rattachent à

< peine à l'ensemble. Dans les autres on est arrêté à « chaque pas par des épisodes historiques et dialecc tiques, par de longues et confuses réfutations, par

< des redites continuelles. Le sujet semble sans cesse

< recommencer; lesquestions se reproduisent presque I au hasard , et les plus importantes sont souvent le c plus brièvement énoncées et résolues en passant, c En un mot, il y a absence complète de proportion

< et de systématisation, 1 Cette opinion se rapporte au récit d'Asclépius , sur lequel l'auteur s'appuie ; mais elle est en parfaite contradiction avec l'opinion du n*' 5 , qui nous a fait voir dans la Métaphysique un ordre admirable. Nous inclinons à penser que l'un et l'autre ont un peu exagéré, l'un l'unité, l'autre le désordre de la Métaphysique,

50 Voici les seuls changements que propose l'auteur : faire suivre le premier et le troisième livre; démembrer le second , l'A iAdcrrov, en trois fragments dont le dernier se rapporte à la Physique , et les deux autres doivent être incorporés au quatrième livre. Le dixième livre interrompt , il est vrai , la marche de l'ouvrage, mais on ne sait quelle autre place lui assigner. Le douzième livre est véritablement le dernier; le treizième et le quatorzième forment un appendice.

Le deuxième chapitre de la première partie de ce mémoire est une analyse de la Métaphysique, livre par livre, et presque chapitre par chapitre. Celte analyse est souvent une véritable traduction. De nombreuses citations au bas des pages témoignent du soin que l'auteur y a mis. Nous préférons ce travail k celui du n* 1 , mais il nous parait au-dessous des extraits substantiels du n* 5. Eai tout le n® 5 a dans cette première partie une supériorité incontestable sur le mémoire que nous examinons pour l'abondance des idées, la profondeur de la discussion et l'originalité des résultats.

Le dernier chapitre de cette première partie réduit k un certain nombre de points fondamentaux toute la Métaphysique d'Aristote. Ce morceau est celui sur

COUSIN

TOKE I.

lequel l'auteur a réuni tous les efforts de son érudition et de sa critique historique et philosophique. Nonseulement il essaye d'y dégager les idées fondamentales d'Aristote du sein des immenses détails que contient l'analyse précédente ; mais , afin de mieux mettre dans leur jour ces idées , il les juge , prématurément pcutélre , et anticipe un peu sur sa réponse à la troisième partie du programme.

Ainsi que le mémoire n® 5 , il s'attache à bien faire ressortir le principe et le caractère du système de Platon qui est le point de départ de celui d'Aristote. A l'aide de ses propres recherches et de l'excellent écrit de M. Trendelenburg (1) , il explique parfaitement la théorie des idées. Comme le n^ 5 et le n<» 1 , il n'hésite point à reconnaître aux idées platoniciennes un tout autre caractère que le caractère psychologique et logique des idées générales de la philosophie moderne ; il leur attribue Ui réalité : et c'est là en effet la vraie pensée de Platon. Loin de la combattre , comme le fait le n^ 4 , notre auteur lui reconnaît un grand fond de vérité ; seulement, comme le n<> 5 , il reproche à Platon de s'être arrêté au genre et d'y avoir concentré la réalité sans s'inquiéter des choses particulières. La gloire d'Aristote est d'avoir rétabli l'importance de la particularité en opposition au genre , qui domine trop exclusivement dans Platon. Le genre sans l'espèce n'est qu'une abstraction impuissante , et l'idée platonicienne ne peut avoir de réalité que dans les choses particulières où se trouve , selon Arislote , la véritable existence. L'auteur s'efforce de prouver que la matière dans la métaphysique péripatéticienne joue à peu près le même rôle que l'idée dans la doctrine de Platon. Or k matière n'est rien que par les déterminations que la forme lui impose , comme la forme n'existe pas séparée de la matière. La forme péripatéticienne , c'est précisément l'élément d'individualité dans les choses. Dans ki logique, c'est l'élément de k différence ; et comme dans le monde extérieur, c'est la forme qui fait la réalité , de même dans la li^que, c'est la différence et non pas le genre qui caractérise essentiellement le défini. L'essence est donc dans la différence, dans l'individualité. La matière n'est qu'une simple possibilité d'être ; la forme est ce qui réalise cette possibilité , et lui donne l'actualité : la forme est une énergie, êvéfyesa; c'est l'élément actif.

Si maintenant , au lieu de la forme et de la matière dans tel ou tel objet , on s'élève à la matière première et universelle et à la forme première et universelle , on trouve entre l'une et l'autre le même rapport. La forme est toujours l'acte opposé à \sl simple puissance ;

(1) PUUonis de ideis et numerisdoctrinaexÀristotete iUmstraia, Upsîae, 1826.

SI

RAPPORT A L^AGAI^HIE

elle esi toujours ce qu'il y a de plut excelteot ; el quand ou passe de Tontologie à la théologie , Fétre absolu y devient le premier moteur, à la fois immobile et mooyanttout. Cette activité absolue est eu même temps Tobjet dernier de loui désir , la fin de toutes choses , c'est-à-dire le bien.

Elle est aussi le dernier terme de la pensée» Tintelligible ; mais cet intelligible est lui-même intelligence, rinlelligence absolue qui, en se comprenant elle-même , se distingue sans se diviser en un sujet intelligent et un objet intelligible , d'où cette haute formule, qui est la dernière conclusion de la Mêlaphysique d'Aristote : Le premier principe , ou Dieu , est la pensée éternelle , pensée dont le caractère essentiel est d'être la pensée de la pensée (liv. un Ëd, Brand.,pag. 255) : Oôtgj^ ^'ixei aùrifavTiiç y i«y«f riv arayrci aùàua; et au même lieu : £<7r<v Ij v^ffiç ycajascoç

C'est dans le mémoire nf^ 9 qu'il faut chercher la preuve de l'exactitude de ce résumé. L'auteur le tire d'une masse de citations rapprochées, combinées, et discutées avec soin. Peutrêlre y a-t-il dans ce chapitre trop de détails qui eussent été utilement rejetés dans les notes à la fin du mémoire, ainsi que l'auteur l'a fait pour l'explication approfondie de la célèbre formule d'Aristote : rd r/ yy ayat , et de quelques autres locutions du même genre que celle-là. La série de transformations par lesquelles passe le principe aristotélique de h forme , dégagée de tout cet entourage , eût été plus facile à suivre , et le chapitre entier eût gagné en force et en lumière. Pour être compris , il ne faut pas tout dire : il faut savoir choisir parmi ses pensées « el dans une exposition philosophique plus que partout ailleurs : Quidqitidnon adjuvai, obsktt Nous aurions aimé aussi que l'auteur s'en tint davantage à la langue d'Aristote et n'y mêlât pas quelquefois celle de la dernière philosophie allemande ; car c'est alors pour le lecteur français deux difficultés au lieu d'une.

On voil combien ce mémoire a de ressemblance avec le mémoire précédent. Cependant sous cette ressemblance se cache une profonde différence. L'auteur du mémoire précédent semble penser qu'en donnant à la philosophie d'Aristote une interprétation nouvelle, on y peut trouver la vérité tout entière. Telle n'est pas l'opinion de notre auteur. Il ne croit pas qu'Aristote ait absolument raison contre Platon , et que tout soit fini quand on a substitué l'individu au genre , l'acte à la puissance ; car il reste à déterminer leur rapport , et si le genre est absorbé dans l'individu et la puissance dans l'acte, au lieu de l'abstraction de l'idée platonicienne , on a une abstraction en sens opposé ; il reste des formes qu'on peut , si l'on veut , appeler substantielles, mais qui manquent de véritable substantialité. Nous laisserons ici parler Fauteur pour donner

me idée de m manière avec ses qualités et ses défauts.

Page 166. c Platon avait considéré l'être sons le point de vue de la généralité ; c'est son défaut , mais aussi sa grandeur; car le général, c^eat le rapport , et c'est sur le rapport que se fonde la proportion, la mesure, l'harmonie. Le monde de Platon , ce monde mathématique , est donc aussi le monde de la beauté ; la pensée y remonte avec amour tons les degrés de l'échelle des idées , josqn^à l'unité suprême qui en est la mesure commune, c Aristote, en fondant le général sur Tindividoel , lui a été sa haute valeur. L'être demeure isolé dans sa particularité , t^ koB' inaarw. Il n'y a plus dans la nature que division ; plus de mesure, d'harmonie ; Dieu sans providenee ; la vie bumaioe sans idéal à poursuivre ; toute beauté et toute poésie ont disparu. C'est le moment de la prose. Mais dans la vraie science doivent se réconcUier la prose et la poésie...

c L'entéléchie d'Aristote est supérieure à l'idée, puisqu'elle est réelle et vivante. Elle lui est supérieure comme l'acte au possible ; mais le rapport intime de la puissance à l'acte , du non-être à l'être, du négatif au positif, ce rapport n'y est pas encore saisi et ramené à son origine, c Aristote n'a donc point résolu celte profonde objection des Mégariques {Met. a, 5, p. i77) : La puissance n'est pas distincte de Pacte , car elle ne se manifeste que dans l'acte.

c II fallait répondre en reconnaissant la coincidenoe dans l'absolu de l'actuel et du possible. L'absolu , c'est la force qui se développe sans cesse et passe éternellement de la puissance à l'acte. C'est là que se trouve la véritable énergie , la vraie puissance , la cause. Aristote ne s'est pas élevé à cette notion. L'absolu est pour lui l'acte pur ; hi substance en soi disparaît derrière son actualité. Ce n'est plus le vtSk; qui se pense ; c'est la pensée , ^n^iq\ ce n'est plus l'être vivant , c'est la vie. > Nous n'avons pas à nous prononcer sur le point de vue que notre auteur élève ici au-dessus du point de vue aristotélique. Il nous suffit de constater qu'il ne croit pas la philosophie terminée avec Aristote , quand même on lui donnerait une tournure nouvelle ; k^ de là , ses conclusions sur le système d'Aristote pourraient passer pour sévères ; du moins , il nous est impossible de souscrire à l'accusation du Dieu sans providence, si souvent intentée à Aristote , et que notre auteur a renouvelée. H dit quelque part que le premier principe est plutôt , dans le système aristotélique , la fin des choses que la puissance qui les produit ; que le bien y est plutôt l'objet du mouvement de toutes choses que la cause bieniaisante de ce mouvement. Mais il

DES SCIENCES MORALES ET POLITIQUES

n'aurait pas dû oublier que ce premier principe , qui est la fin et le bien de$ choses, a été établi U'abord comme le premier moteur, le premier principe de tout mouvement qu*il imprime sans le subir. De plus ce premier principe n^est-il pas intelligent au8si bien qu'intelligible? Ne se pense-tril pas lui-même , c'est-àdire, n'at-il pas conscience? Ce dernier point est manifeste. < Si le premier principe, dit Aristote c liv. xii,chap. 9, éd. Brand., p. 254), ne pense pas, c il n'est plus ce qu'il y a de plus excellent et de I plus auguste ; il n'est guère qu'un sommeil éternel. I ETrf yàp fofêèu voeï^ r/ iv «"jf rà ffe/uvôv , iXA' eX€t I ôffTip àv €1 b *x$€ù*fav, > Et il y a une foule de passages de ce genre. Ainsi le Dieu d'Aristote a la puissance motrice; il est le bien , il est la fin , et il pense; nous demandons ce qui lui manque pour être providentiel. Sans doute il ne crée pas ; mais si la création ackève Tidée de la providence , il peut y avoir encore providence sans création. Platon lui-même n'a ni connu ni soupçonné la création. Peut-on l'accuser d'avoir ignoré la providence ? Le Dieu d^Aristote n'est pas le Dieu des chrétiens; c'est un Dieu qui opérant sur une matière coexistante , il est vrai , mais dont toute l'existence, est Tabsence même de toute détermination, lui communique la forme , le mouvement et l'ordre avec intelligence , c'est-à-dire avec conscience. C'est donc bien plus que l'âme du monde, c'est toute la providence à laquelle l'esprit humain pouvait s'élever sous le règne du paganisme. Et en repoussant cette accusation , nous ne voulons pas justifier seulement Aristote ; nous entendons justifier la philosophie ellemême dont lous les grands représeutanU ont admis et proclamé la divine providence , tout aussi bien que les religions, mais, comme les religions , dans la mesure de leur temps et selon le degré de lumière et de civilisation auquel l'humanité éuit parvenue.

Passons maintenant à la seconde partie de ce mémoire qui contient l'histoire de la îdélaphynque d'Aristote.

Ce morceau est sans contredit le meilleur de tout l'ouvrage, et il suffirait pour placer ce Mémoire à un rang irès-élevé. L'auteur y fait passer la pensée aristotélique et les points de vue essentiels qui la constituentà travers lous les systèmes depuis Aristote jusqu^à nos jours ; il eo soit les dégradations et les perfectionnements , négligeant les détails stériles et s'attachant toujours au fond des choses , avec une sagacité philosophique et une étendue d'érudilion heureusement combinées. Ce u'est point ici comme dans le n'* 5 où la profondeur philosophique dégénère quelquefois en sécheresse , ni comme dans le n® 1 où une instruction variée s'élève rarement à l'esprit philosophique. Comme le n^ 1 , notre mémoire possède les détails les plus minutieux de ce qu'on pourrait appeler l'histoire externe de

l'ariilolélisme ; et d'an autre côté, l'histoire interne de cette doctrine y occupe toujours le premier phin , aussi bien que dans le mémoire n« 5. Les idées et les faits y sont fondus harmonieusement, et l'ensemble est à la fois animé et lumineux.

Malheureusement il est très-difficile de présenter une analyse de vues historiques, dont le plus grand mérite est dans leur enchaînement, et nous craindrions de gâter cette belle partie de notre mémoire par un extrait sans couleur et sans vie. Nous nous contenterons de signaler les points suivants , comme les plus importants et les mieux travaillés :

i^ Dans l'antiquité, l'examen du néoplatonisme, la détermination des éléments péripatéticiens qu'il renferme, du perfectionnement qu'il leur doit, et de celui qu'il leur a ajouté en les rattachant à la doctrine platonicienne dans une combinaison qui est un progrès considérable , et où l'unité , qui est le principe suprême de Platon , contient la différence qui est le principe suprême d'Aristote ;

S^ Dans le moyen âge l'exposition du nominalisme et du réalisme et de la portée des querelles de cette époque sur le principe de Vindividualùm ( de frmeipio individwuioms)^ c^est-à-dire sur la manière d'expliquer le rapport du général an particulier dans la réalité où ces deux élémenu s'unissent ;

3^ Dans k philosophie moderne , la proscription de l'élément péripatéticien par l'école cartésienne qui finit par absorber l'indiridualité , la différence et toute particularité dans l'unité d'une substance sans action ; et restitution finale de la pensée d'Aristote par Leibnitz qui la développe et la perfectionne. Nous croyons devoir donner ici presque tout le morceau sur le péripatélisme perfectionné de Leibnitz , comme un de ceux qui marquent le mieux la direction philosophique de l'auteur.

Page 249. t Toute sidMtsnce , dit leibnitz (édition

< Dutens , tome II, page 52), est essentiellement ac-

< tive : toute substance est une cause , et tout f^iéno-

< mène un effet; la cause produit elle-même ses phénomènes; elle est donc sans cesse en acte, et se produit sans cesse au dehors. C'est une force, et son existence même est dans son développement. Ainsi est ramenée dans l'être l'actualilé et la réalité aristotélique. Leibnitz a si bien senti le progrès historique qui vient s'achever dans cette haute notion , qu'il croit la retrouver tout entière et formellement exprimée dans l'cntéléchie ; partout il donne ce nom à sa force ou monade. (/6td., pages 20, 54, 87, 196, 268.) Mais combien l'idée de VêvrsTJxtM est dépassée, ou plutôt combien elle est agrandie, élargie, élevée à une haute puissance ! Nous avons dit comment l'alexandrinisme avait conçu l'absolu , comme le point où se réconcilient l'actuel et le possible...

RAPPORT A L'ACADÉMIE

Maie Tèlre du néoplalonisme développe sa puinance par une émanation [lerpéluelle et involontaire. Le christianisme , la religion de l'esprit et de la moralité, devait mettre au monde la véritable idée de Taciion : il ne suffit plus de Témanation ; il faut que Télre soit la cause et la cause active de son développement , il faut qu'il y aspire et qu'il y tende ; qu'il se sorte lui-même du repos et de Tindifférence , que sa virtualité devienne vertu , son action énergie. Telle est la pensée qui doit arriver, dans le monde moderne , à la conscience de l'humanité. Cette pensée , elle flotte presque égarée à travers la dialectique du moyen âge ; mais mûrissant en secret dans l'intimité de l'âme chrétienne, grandissant même, comme nous l'avons montré , dans le champ épineux de la scolastique, nous la voyons qui perce et surmonte l'empirisme de Campanella ; elle s'épanouit dans Leibnitz. Ce qui manquait encore avant lui , c'était le moment de la tendance , de Veffbrt, intermédiaire entre la puissance et l'acte : il est hautement exprimé dans l'entéléchie leibnitzienne. f ViêaelivaaclumquemdamHveiyreXexeiav eantinel, atque inter faevJitaUm agendi aclionemque ipsam média est, et eoncUum involtil; atque ila fer se ipsam in operationem /«rtttr(OEuvres de L., tom. Il , part. l'«, pag. 20). E'vrekéXeta ij t^éStj/ , id est nisus quidam seu vis agendi primitiva,,, (Ibid., p. i96}... >

c La conception de la force comme principe personnel , voilà ce qui n'appartient qu'à Leibnitz. De cette notion dérive immédiatement celle de la hiérarchie des êtres et de l'harmonie du monde , et c'est ici qu'apparaît clairement le vice de la conception aristotélique de l'être comme identique avec la simple forme. Arislote ne trouve pas l'intermédiaire entre la multitude indéânie des formes individuelles , et l'absolue unité du tvDç. Au contraire , ici , par cela seul que la force se développe perpétuellement sans arriver jamais à sa réalisation complète , il peut y avoir des forces plus ou moins développées, et le monde s'échelonne par une gradation insensible , du point le plus infime de l'existence , jusqu'à la force infinie où l'acte et la puissance trouvent leur union absolue et qui embrasse lunivers dans son action providentielle. Les êtres ne diffèrent donc les uns des autres que par le degré de leur réalisation , comme l'avait compris Aristote, et leur mouvement est dans le perpétuel passage à l'acte; mais ce mouvement, et c'est ce qu'Aristote n'avait pas vu , ils le produisent par leur activité propre : le monde n'est plus seulement un acte éternel ; sa vie est dans l'action et dans la produaion spontanée, c La théorie de l'identité de la pensée et de l'être

suit le même progrès ; elle s*organise dans Tidée de la force et se développe avec elle. A mesure que l'être s'élève dans Féchelle , il passe de la sensation à la perception , de la perception à la pensée , de la pensée à la conscience , et c'est alors qu'il se reconnaît absolu , et tire de soi les lois absolues de l'intelligence ; car l'intelligence est innée à elle-même {nihil est in intelleclu quod non fuerit in sensu nisi ipse intelleclus). Ainsi les lois de la pensée coïncident sans cesse avec celles de l'existence; le platonisme coïncide ici avec l'aristotélisme {Nouveaux Essais sur l'entendement humain ^ ch. i, p. 27) dans un plus large système.

< Ce qui s'opposait à la matière dans les philosophies antiques, c'était la forme , le A^<, la pensée, et enfin , dans la formule péripatéticienne, raciael. Or, maintenant que la puissance est réconciliée avec l'acte dans la simplicité féconde de la force , que devient la matière ? C'est la force au point de vue de la limitation ; par suite c'est le passif, Vobjet que l'activité aspire à embrasser dans sa sphère d'action. Mais ce n'est le passif et le possible qu'à un point de vue relatif, et en vertu d'une opposition relative; dans la réalité c'est encore la force qui s'oppose à la force. (Œuvres, t. II, p. 268. Maine de Biran , art. Leibnitz). »

L'auteur termine cette histoire de la métaphysique périptéticienne par un coup d'œil sur la philosophie allemande depuis Kant jusqu'à nos jours , pour essayer d'y découvrir quelque trace de l'influence de la pensée d'Arislote ; mais ce dernier morceau n'est qu'une esquisse où rien n'est assez développé pour qu'on puisse y trouver quelque instruction ; et l'auteur eût mieux fait peut-être de la retrancher.

11 est temps d'arriver à la dernière partie de ce mémoire , et de faire connaître la réponse qu'il renferme à la question imposée aux concurrents comme le terme de leur travail : quelle est la part de l'erreur et la part de la vérité dans la Métaphysique d' Aristote ; quelles sont les idées qui en subsistent encore aujourd'hui et qui pourraient entrer utilement dans la philosophie de notre siècle? L'auteur pense que tout son travail a été une réponse progressivement développée à cette question, etqu'il ne lui reste plusqu'à résumer cette réponse, à la réduire à son expression la plus simple et la plus claire.

Il est bien entendu qu'il ne s'agit point ici des détails, mais des principes, des éléments constitutifs de la Métaphysique , de son esprit , de sa substance.

L'auteur proclame d'abord la partie historique de la Métaphysique commeFun des plus beaux titres de gloire d' Aristote. Aristote a fondé l'hisloire de la philosophie : il recherche partout ce qui est vrai , et signale aussi l'erreur sans indulgence, mais presque toujours sans

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hijostioe. Qaant à la critique du plalooitme, tout eu admirant la pénétratioD et la force qu'Aristote y a déployées , notre auteur reconnaît qu*il a laissé dans Tombre un c6té de la question , mais ce n'est point infidélité hisiorique; c'est que c dans la pensée même « d'Aristote , il est resté de Tombre sur le point de c vue de la généralité « sur la région de l'idéal où c s'élail élevé Platon. »

Pour Aristote , l'idée de Platon « le général , Tuniversel , ne sont que des abstractions , des formes vides, sans réalité; toute réalité réside dans le particulier, et le général ne se réalise qu'en s'individualisant. La matière ne se détermine que dans la forme et par la forme, et toute forme est individuelle , car toute forme est active. Rien n'est qui ne soit en acte ; et l'acte dans sa plus haute conception , c'est Tacte de la pensée. Dans ce cas, tout se réduit à l'acte en soi. De peur de l'abstraction de la généralité, Aristote, pour sauver la réalité, l'individualité, la différence, s'est renfermé dans l'activité seule ; mais il n'a pas vu que dans cette activité pure, la réalité elle-même périt, et que si l'être sans acte qui le réalise est une abstraction , Tacte luimême sans un fonds substantiel , est aussi une abstraction , et qu'il n'y a de réalité que dans la relation de l'être et de l'acte , de l'acte comme manifestation perpétuelle de l'être , et de l'être comme base étemelle de l'acte.

< 11 n'est pas vrai, » dit Fauteur du mémoire n^ 9, que nous laisserons encore parler lui-même , de peur de lui servir d'interprète infidèle sur un point où l'erreur la plus légère en apparence , la moindre nuance mal saisie , l'adoption de telle ou telle formule peuvent avoir les plus graves conséquences , et changer tout Faspect d'un système ; < il n'est pas vrai que Fétre soit « tout entier dans la simplicité de l'acte pur; car ce c ne serait plus que cet acte même , et non pas une f réalité actuelle ; Facte n'est qu'un moment de l'être, c la forme qui l'enveloppe et le limite , le fini où se « manifeste sans cesse son infinité. Tout véritable être f est donc concret, c'est-à-dire qu'il contient le posc sible sous l'acte, et que bien loin d'être une déterc mination pure , une forme immobile , il se détermine c sans cesse soi-même. C'est le mouvement de la € vie.

€ Ainsi le réel est donc à la fois fini et infini. Tout c ce qui n'est que l'un ou l'autre n'est qu'abstrait... c L'être en rapport avec lui-même , c'est l'esprit. Par 4 cela seul qu'il est conçu comme une unité réelle , c comme ce qui se développe soi-même , Fesprit a ses c moments nécessaires dont le rapport constitue sa c loi. Ces moments sont les formes de la pensée , for- « mes générales et abstraites, si on les considère I chacune en soi, mais qui ont dans Fesprit leur c réalité et leur vie , formes possibles , mais en même

temps actuettes, qui expriment son évolution progressive. Elles ne sont plus vides , séparées de l'être et séparées entre elles : elles forment un organisme harmonique. Telle est la véritable logique : ce n'est pas une juxtaposition d'abstractions , mais un tout vivant... L'être d' Aristote, conçu comme simple d'une manière absolue ne peut sortir de soi , car il est tout entier dans sa manifestation, la pensée pure; il y reste concentré , pour ainsi dire, comme en un point mathématique. C'est une identité immédiate où il n'y a point de place pour la différence ; d'où il suit qu'il y manque le moment de la personnalité. La personne , c'est l'être qui se pose par opposition à tout ce qui n'est pas en soi , en se reconnaissant comme identique dans la variété de son développement. Au contraire, l'être absolu d' Aristote, le yoS«, se saisit immédiatement et ne se développe pas , d'où il suit qu'il n'y a point de providence... Réciproquement, en partant de l'autre extrémité de Féchelle , l'être relatif n'a point de but absolu ; il n'y a plus d'idéal , ni du bien ni du beau. Dieu , le tvv^, cependant, est le bien suprême du monde , et le monde y aspire comme à sa fin : mais dans Aristote» cette tendance n'est qu'une tendance fatale ; car cette fin , c'est la forme universelle elle-même qui enveloppe toute la nature (wtpifx^ ri)v cAiyv fùotv). Ce n'est pas là une aspiration spontanée , et Fidée de la moralité y manque complètement : il manque Fidée du libre mouvement de l'agent vers l'absolu.

< Telle est la double conséquence de la théorie péripatéticienne du vwq ; puisque le rapport du fini à l'infini n'y était pas exprimé, le lien devait être rompu entre le monde et Dieu...

c L'aristotélisme n'est pas un monument ruiné d'un monde fini , dont on doive faire rentrer quelques débris dans la construction de la philosophie Moderne, il faut qu'il y entre tout entier, comme aussi le platonisme ; mais tous deux transfigurés et réconciliés ,... et élevés à une vie nouvelle dans un système supérieur...

c Quel doit être ce système ? Quelle est la philosophie à laquelle appartient l'avenir ? Nous ne croyons pas être obligé de donner une réponse formelle et complète sur un pareil problème. Le grand mouvement scientifique de notre temps n'est point achevé, et nous ne nous hasarderons pas à lui mai^ quersa fin. Seulement, en nous renfermant dans le cadre qui nous était tracé , nous sommes arrivé, porté par l'histoire, aux résultaU que nous venons de développer et qui se résument ainsi :

< i^ La vraie méthode est dans le retour de l'esprit sur soi-même , où il se saisit à la fois dans sa puissance et dans son développement, comme cause active et force absolue ;

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