‹ Œuvres de Victor Cousin (volume 3)Chapitre 47 sur 71 · TRADUCTION DU · texte numérisé non relu

TRADUCTION DU

ires pythagoriciens disent qa*il y a dix principes , dont voici la liste :

Fini et infini ;

Impair et pair ;

Unité et pluralité ;

Droit et gauche ;

Mâle et femelle ;

Repos et mouvement ;

Droit et courbe ;

Lumière et ténèbres ;

Bien et mal ;

Carré et toute figure à côtés inégaux (i).- Âtcmaeon de Croione parait avoir professé une doctrine semblable : il la recul des pylhagoriciens ou ceux-ci la reçurent de lui ; car Fépoque où il florissail correspond à la vieillesse de Pytbagore ; et son système se rapproche de celui de ces philosophes. 11 dit que la plupart des choses humaines sont doubles , désignant par là leurs oppositions , mais , à la différence de ceuxci , sans les déterminer, et prenant au hasard le blanc et le noir, le doux et Famer, le bon et le mauvais , le petit et le grand. H s'exprima ainsi d'une manière indéterminée sur tout le reste , tandis que les pythagoriciens montrèrent quelles sont ces oppositions et combien il y en a. On peut donc tirer de ces deux systèmes que les contraires sont les principes des choses, et de Fun deux quel est le nombre et la nature de ces principes. Maintenant comment est-il possible de les ramener à ceux que nous avons posés , c'est ce qu'euxmêmes n'articulent pas clairement ; mais ils semblent les considérer sous le point de vue de la matière ; car ils disent que ces principes constituent le fonds dont se composent et sont formés les êtres. Nous en avons dit assez pour faire comprendre la pensée de ceux des anciens qui admettent la pluralité dans les éléments de la nature.

Il en est d'autres qui ont considéré le tout comme étant un être unique, mais ils diffèrent et par le mérite de Fexplication et par la manière de concevoir la nature de celte unité. Il n'est nullement de notre sujet , dans celte recherche des principes , de nous occuper d'eux ; car ils ne font pas comme quelques-uns des physiciens qui , ayant posé une subslance unique , engendrent Fêtre de celle unité considérée sous le point de vue de la matière ; ils procèdent autrement : les physiciens, en effet, ajoutent le mouvement pour engendrer l'univers ; ceux-ci prétendent que l'univers est immobile ; mais nous n'en dirons que ce qui se rapporte

(i) 'Extpùfttixti,

(3) Voyez notre dissertation sur Xénophnne, Nouveaux fragmenté philosophiques,

(3) Selon les pythagoriciens le fini, Finfini et Tunité n'ont pas une existence diflerente des sujets où ils se trouvent, tandis que les ioniens, lors même qu^ls admettent

PREMIER LIYMË

à notre sujet. L'ooité de Paroiéaîde pvtti vnir été une unité rationnelle, celle de Mélisse nue unité matérielle, et c'est pourquoi l'un la donne comine fioie , l'autre comme infinie. Xénophane (i) qui, le premier, parla d'unité ( car Parménide passe pour son disciple ), ne s'est pas expliqué d'une manière précise et parail étranger au point de vue de Fun et de l'autre de ses deux successeurs; mais ayant considéré Fensemble du monde , il dit que Funité est Dieu. Encore uœ fois , il faut négliger ces philosophes dans la recherche qui nous occupe, et deux surtout, dont les idées sont un peu trop grossières , Xénophane et Mélisse. Parménide parait avoir eu des vues plus profondes : persuadé que, hors de l'être, le non^lre n'est rien, il pense que Fêtre est nécessairement un , et qu'il n'y a rien autre chose que lui ; c'est un point sur lequel nous nous sommes expliqué plus clairement dans la physique; mais forcé de se mettre d'accord avec les faits, et , en admettant Funité par la raison , d'admeure aussi la pluralité par les sens , Parménide en revint à poser deux principes et deux causes , le cliaud et le froid, par exemple le feu et la terre; il rapporte Fuo de ces deux principes, le chaud à l'être, et l'autre au non-être.

Voici le résultat de ce que nous avons dit, et de tous les systèmes que nous avons parcourus jusqu'ici : chez les premiers de ces philosophes, un principe corporel ; car l'eau , le feu et les autres choses de cette nature sont des corps , principe unique selon les uns, multiple selon les autres, mais toujours considéré sous le point de vue de la matière ; chez quelques-uns , d'abord ce principe , et k côté de ce principe , celui du mouvement, unique dans certains systèmes, double dans d'autres. Ainsi , jusqu'à l'école italique exclusivement , les anciens philosophes ont parlé de toutes choses d'une manière vague, et n'ont mis en usage, aiusi que nous l'avons dit, que deux sortes de principes, dont l'un , celui du mouvement , est regardé tantôt comme unique et tantôt comme double. Quant aux pylhagoriciens, comme les précédents ils ont posé deux principes ; mais ils ont en outre introduit cette doctrine qui leur est propre, savoir : Que le fini, l'infini et Funité , ne sont pas des qualités distinctes des sujets où ils se trouvent , comme le feu , la terre et tout autre principe semblable sont distincts de leurs qualités , mais qu'ils constituent l'essence même des choses auxquelles on les attribue; de sorte que le nombre est l'essence de toutes choses (5). Ils se sont

que la terre et le feu sont infinis, distinguent le sujet même, le principe matériel, feti, air ou terre, et la qualité qu'ils y admettent, à savoir, Tinfinité ou iMmmeusité. Dans le système des pythagoriciens, il n'y a pas deux choses : le sujet et son attribut ; pour eux l'attribut des ioniens est le sujet lui-même : Oùz hepw, ovx Mpxi màç fù^ui

DE LÀ MÉTÂPHTSIQUE D ARISTOTE

«xpliquéft sur ces poinls de la manière que nous venons de dire, et de plus, ils ont commencé à s'occuper de Tessencedes choses et ont essayé de définir ; mais leur essai fut on peu trop grossier. Ils défirtissaient superficiellement , et le premier objet auquel avait Tair de convenir la définition donnée, ils le considéraient comme Tessence de la chose définie ; comme si Ton pensait, |>ar exemple, que le double est la même chose que le nombre deux , parce que c'est dans le nombre deux que se rencontre en premier lieu le caractère du double; mais deux on double ne sont pourtant pas la même chose, on sinon, Tunité sera multiple, ce qui arrive dans le système pythagoricien. Voilà ce qu'on peut tirer des premiers philosophes et de leurs snccesseurs.

Page 1