‹ Œuvres de Victor Cousin (volume 3)Chapitre 48 sur 71 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Après ces différentes philosophies , parut la philosophie de Platon , qui suivit en beaucoup de points ses devanciers , mais qui eut aussi ses points de doctrine particuliers , et alla plus loin que l'école italique. Dès sa jeunesse , Platon se familiarisa dans le commerce de Gratyle avec les opinions d'Heraclite , que toutes les choses sensibles sont dans un perpétuel écoulement, et qu'il n'y a pas de science de ces choses ; et dans la suite , il garda ces opinions. D'une autre part, Socrate s'étant occupé de morale , et non plus d'un système de physique , et ayant d'ailleurs cherché dans la 'morale ce qu'il y a d'universel , et porté le premier son aiientien sur les définitions , Platon qui le suivit et le continua fut amené à penser que les définitions devaient porter snr un ordre d'êtres à part et nullement sur les objets sensibles ; car comment une définition commune s'appliqaerait-elle aux choses sensibles, livrées à un perpétuel changement? Or, ces autres êtres, il les appela idées, et dit que les choses sensibles existent en dehors des idées et sont nommées d'après elles ; car il pensait que toutes les choses d'une même classe

Tfiv nfirtiyopwfUimv: ailleurs, l.XII, Aristote emploie /«î} XM/}(9Tà9 au lieu de oOx Ircpov, édit. Br., p. 279. Ainsi les choses ont fait place aux conceplioos mathématiques, et tes termes s'évanouissent dans leurs rapports. Cours de philosophie de 1820.

(i) Ainsi trois hommes, trois triangles appartenant k la même classe ont la même nature, «umâhv/mc, et le même nom, i/i6w/iK; et cette identité de nom leur vient de leur participation commune à l'idée d'homme ou de triangle, ÔM^w/Buc roU «r^eacv. Bekker et Brandis avec deux MSS. seulement, retranchent h/iéwfta donné par tous les autres IISS. Je me suis décidé contre ce retranchement par les raisons suivantes : 4* «waiw/ntiv appelle naturellement ô/Acbvuytta; a» on ne voit plus ce qui régirait t«« «î^wt;

tiennent leur nom commun des idées, en vertu de leur participation avec elles (i). Du reste, le mot de parUeipalùm est le seul changement qu'il apporta; les pythagoriciens, en effet, disent que les êtres sont à l'imîution des nombres , Platon en participation avec les idées. Comment se fait maintenant cette participation on cette imitation des idées ? C'est ce que celui-ci et ceux-là ont également négligé de rechercher. De plus, outre les choses sensibles et les idées , il reconnaît des êtres intermédiaires qui sont les choses mathématiques, différentes des choses sensibles en ce qu'elles sont éternelles et immuables , et des idées en ce qu'elles admettent un grand nombre de semblables, tandis que toute idée en elle-même a son existence à part (t). Voyant dans les idées les raisons des choses, il pensa que leurs éléments étaient les éléments de tous les êtres. Les principes dans ce système sont donc, sous le point de vue de la matière , le grand et le petit , et sous celui de l'essence, l'unité; et en tant que formées de ces principes et participant de l'unité , les idées sont les nombres. Ainsi , en avançant que l'unité est l'essence des êtres et que rien autre chose que Citte essence n'a le titre d'unité, Platon se rapprocha des pythagoriciens, et il dit comme eux que les nombres sont les causes des choses et de leur essence; mais faire une dualité de cet iniini qu'ils regardaient comme un , et composer l'infini du grand et du petit , voilà ce qui lui est propre ; avec cette prétention que les nombres existent en dehors des choses sensibles , tandis que les pythagoriciens disent que les nombres sont les choses mêmes , et ne donnent pas aux choses mathématiques un rang intermédiaire. Cette existence que Platon attribue à l'unité et au nombre en dehors des choses, à la différence des pythagoriciens, ainsi que l'introduction des idées, est due à ses recherches logiques (car les premiers philosophes étaient étrangers à la dialectique ) ; et il fut conduit à faire une dyade de cette autre nature différente de l'unité, parce que les nombres , à l'exception des nombres primordiaux (s), s'engendrent aisément de cette dyade, comme d'une sorte de matière. Cependant , les choses se pas-

3« cette leçon est celle d'Alexandre d'Aphrodisée. Nous nons référons à M. Trendelenbiirg dans son excellent écrit, Platoniê de numerit el ideis doclrina ex ArUlolele iUuslrala, Lips 1836.

(2) Ainsi il y a bien des cercles et bien des triangles ; mais il n'y a qu'une seole idée de cercle et de triangle.

(3) Alexandre d'Aphrodisée entend par nombres primordiaux (ic/>6to() les nombres impairs. M. Trendelenburg, dans la dissertation déjà citée, entend les nombres idéaux (fi ^lorcxoc) ; et il apporte plusieurs exemples de ce ce sens de np^roi. Brandis propose de concilier ainsi ces deux explications, lies nombres dont il s'agit sont bien les nombres idéaux, mais les nombres idéaux impairs. En effet, dans le système qu'Aristote attribue ici à Platon, les

TRADUCTION DU PRIME» LIVRE

tenl tntremeiit , et ceh est coniraire à la raison. Dans ce système , on fait avec la matière un grand nombre d'êtres , et Tidée n'engendre qu'une seule fois; mais an vrai , d'une seule matière on ne fait qu'une seule table , tandis que celui qui apporte l'idée , tout en étant an lui-même , en fait un grand nombre. Il en est de même du mâle à l'égard de la femelle ; la femelle est fécondée par un seul accouplement, tandis que le mâle en féconde plusieurs : or, cela est l'image de ce qui a lieu pour les principes dont nous parlons. C'est ainsi que Platon s'est prononcé sur ce qui fait l'objet de nos recherches : il est clair , d'après ce que nous avons dit , qu'il ne met en usage que deux principes , celui de Tcssence et celui de la matière ; car les idées sont pour les choses les causes de leur essence, comme l'unité l'est pour les idées. Et quelle est la matière ou le sujet auquel s'appliquent les idées dans les choses sensibles et l'unité dans les idées (i) ? C'est celte dyade, composée du grand et du petit : de plus, il attribua à l'un de ces deux éléments la cause du bien , à l'autre la cause du mal , de la manière que l'ont fait dans leurs recherches quelques-uns des philosophes précédents, comme Empédocle et Ânaxagoras.

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