‹ Œuvres de Victor Cousin (volume 3)Chapitre 49 sur 71 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Nous venons de voir, brièvement et sommairement, il est vrai , quels sont ceux qui se sont occupés des principes et de la vérité , et comment ils l'ont fait : cette revue rapide n'a pas laissé de nous faire reconnaître que , de tous les philosophes qui ont traité de principe et de cause , pas un n'est sorti de la classiûcation que nous avons établie dans la Physique, et que tous plus ou moins nettement l'ont entrevue. Les uns considèrent le principe sous le point de vue de la matière , soit qu'ils lui attribuent l'unité ou la plu< ralité , soit qu'ils le supposent corporel ou incorporel ; tels sont le grand et le petit de Platon , l'infini de l'école italique ; le feu , la terre , l'eau et l'air d'Eiupédocle ; l'infinité des homœoméries d' Anaxagoras. Tous ont évidemment touché cet ordre de causes , et de même ceux qui ont choisi l'air , le feu ou l'eau , on un élément plus dense que le feu et plus délié que l'air; car telle est la nature que quelques-uns ont donnée à l'élément premier. Ceux-là donc n'ont atteint que le principe de la matière, quelques autres le

nombres idéaux pairs sont le prodnitdela dyade indéfinie, comme les nombres mathématiques pairs sont le produit de la dyade déterminée ou du nombre limité. Brandis, Rhdn. Mus., t. II, p. 574.

(i) Se lis avec Alexandre d'Aphrodisée, avec Bekker et Trendelenburg et Brandis lui-même (deperdUts ÀriBlo-

principe do monvemeDt, eommeceoi, par exemple, qvi font an principe de l'amitié ou de la discorde, de l'iiilelligence ou de l'amour. Quant à b forme et à l'estenoe, nul n'en a traitéclairement, maiscenx qui l'ont fait le miem sont les partisans des idées. En effet, ils ne reg&rdenipas les idées et les principes des idées, comme la matière des choses sensibles , ni comme le principe d'où leur rient le mouvement (car ce seraient plutôt , selon eux , des causes d'immobilité et de repos); mais c'est l'essence que les idées fournissent à chaque chose , comme l'unité la fournit aux idées. Quant à la fin eo vue de laquelle se font les actes, les changements et les mouvements, ils mentionnent bien en quelque manière ce principe , mais ils ne le font pas dans cet esprit , ni dans le vrai sens de la chose ; car ceux qui mettent en avant l'intelligence et l'amitié, posent bien ces principes comme quelque chose de bon , mais non comme un but en vue duquel tout être est ou devient; ce sont plutôt des causes d'où leur vient le mouvement. Il en est de même de ceux qui prétendent que l'unité oo l'être est cette même nature (9) ; ils disent qn'elle est la cause de l'essence , mais ils ne disent pas qu'elle est la fin pour laquelle les choses sont et deriennent. De sorte qu'il leur arrive en quelque façon de parler à la fois et de ne pas parler du principe du bien ; car ils n'en parlent pas d'une manière spéciale , mais seulement par accident. Ainsi , que le nombre et la natnre des causes ait été déterminé par nous avec exactitude , c'est ce que semblent témoigner tous ces philosophes, dans l'impossibilité où ils sont d'indiquer aocnn autre principe. Outre cela , il est clair qu'il faut , dans la recherche des principes , ou les considérer tous comme nous l'avons fait , ou adopter les vues de quelques-uns de ces philosophes. Exposons d'abord les difficnltés que soulèvent les doctrines de nos devanciers et la question de la nature même des principes (s).

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