‹ Œuvres de Victor Cousin (volume 3)Chapitre 50 sur 71 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Tous ceux qui ont prétendu que l'univers est un , et qui , dominés par le point de vue de la matière , ont voulu qu'il y ait une seule et même natnre, et nue nature corporelle et étendue , ceux-là, sans contredit, se trompent de plusieurs manières; car ainsi, ils posent seulement les éléments des corps et non ceux des choses incorporelles, quoiqu'il existe de telles

UlU librU) TA 8k h toc( «f ^e^c, et non pas tàc iï iicX toc( tti,^ que Brandis donne dans son édition.

(2) Le Bien.

(3) Cette phrase ainsi entendue prolonge évidemment l'introduction de la Méiaphyiique au deU du premier livre.

ehoMê. Pais, qiioi<|u'ik entreprennent de dire les eautes de la génération et de la corrnpiîon , ei d'expliquer la formation des cbeeei , ils suppriment le principe dtt mouvement. Ajoutez qu'ils ne font pas un prineipe de Fessence et de la forme ; et aussi , qu'ils donnent sans difficulté aux corps simples, à l'exception de la tm^re , un principe quelconque, sans avoir examiné comment ces corps peuvent naître les uns des autres ; je parle du feu , de la terre , de l'eau et de Tatr , lesquels naissent en effet les uns des autres , soit par réunion, soit par séparation. Or cette distinction importe beaucoup pour la question de l'antériorité et de la postériorité des éléments. D'un côté , le plus élémentaire de tous semblerait être celui d'où naissent primitivenoent tous les autres par voie de réunion ; et ce caractère appartiendrait à celui des corps dont les parties seraient les plus petites et les plus déliées. C'est pourquoi tous ceux qui posent comme principe le feu , se prononceraient de la manière la plus conforme à cette vue . Tel est aussi le caractère que tous les aniress'accordentàassigneràrélémentdescorps Aussi, nul philosophe d'une époque plus récente , qui admet on seul élément, n'a-t-il jugé convenable de choisir la terre, sans doute à cause de la grandeur de ses parties , tandis que chacun des trois autres éléments a eu son partisan : les uns se déclarent pour le feu , les autres po«ir l'eau , les antres pour Tair ; et pourtant pourquoi n'admettent»ils pas aussi bien la terre, comme font la plupart des hommes qui disent que tout est terre? Utésiode Ini-dnéme dit que la terre est le premier des corps ; tellement ancienne et populaire se trouve èlre cette opinion. Dans ce point de vue , ni ceux qui adoptent, àPexclusion du feu, un des éléments déjà nommés , ni ceux qui prennent un élément plus dense que Pair et plus délié que l'eau n'auraient raison ; mais ù ce qui est postérieur dans Tordre de formation est antérieur dans l'ordre de la nature , et que , dans l'ordre de formation , le composé soit postérieur , Teau sera tout au contraire antérieure à l'air et la terre à l'eau. Nousnoos bornerons à cette observation sur ceux qui admettent un principe unique tel que nous l'avons énoncé. 11 y en aurait autant à dire de ceux qui admettent plusieurs principes pareils , comme Empédoclequi dit qu'il y a quatre corps, matière des choses; car sa doctrine donne lieu d*abord aux mêmes critiques , puis à quelques observations particulières. Nous voyons en effet ces éléments naître les uns des autres , de sorte que le feu et la terre ne demeurent jamais le même corps : nous nous sommes expliqué à ce sujet dans h Physique. Quant à la cause qui fait mouvoir les choses , et à la queslion de savoir si elle est une on double , on doit penser qu'Empédocle ne s'est prononcé ni tont à fait convenablement , ni d'une manière tout à fait déraisonnable. En somme, quand on admet

cous». — TOME I.

DE LA MÉTAPHYSIQUE D*ARISTOTE. 497

tfon système', on est forcé de rejeter tout changeaient, car le froid ne viendra pas du chaud ni le chaud dn froid ; car quel serait le sujet qui éprouverait ces modifications contraires, et queue serait la nature uniqde qui deviendrait feu et eau? C'est ce qu'il ne dit pas. Pour Anaxagoras , si on pense qu'il reconnaît deux éléments, on le pense d'après des raisons qu'il n'a pas lui-même clairement articulées, mais auxquelles il aurait été obligé de se rendre , si on les lui eût pi^ sentées. En effet , s'il est absurde de dire qu*à l'origine tout était mêlé , pour plusieurs motifs , et entre autres parce qu'il faut que les éléments du m^nge aient existé d'abord séparés , et parce qu'il n'est pas dans la nature des choses qu'on élément , quel qu'il soit , se mêle avec tout autre , quel qu'il soit ; de plus , parce que les qualités et les attributs seraient séiparés de leur substance; car ce qui peut être mêlé peut être séparé ; cependant quand on vient à approfondir et à développer ce qu'il vent dire, on lui trouvera peutêtre un sens peu commun ; car lorsque rien n'était séparé , il est clair qu'on ne pouvait rien affirmer de vrai de cette substance mixte , et par exemple, qu'elle n'était ni blanche ni nmre , ni d'aicnne antre coalenr; mais elle était de nécessité sans couleur ; antrement , elle aurait eu quelqu'une des couleurs que nous poovons citer ; elle était de même sans saveur , et poor la même raison elle ne possédait aucun attribut de ce genre ; car elle ne pouvait avoir ni qualité ni quantité ni détermination quelconque; autrement quelqu'une des formes spéciales s'y serait rencontrée, et cela est impoestUe lorsqne tout est mêlé ; car , ponr cela, il y aurait déjà séparation , et Anaxagoras dit que tout est mêlé , excepté Tinlelligence , qui seule est pure et sans mélange. 11 faut donc qu'il reconnaisse ponr principes l'unité d'abord; car c'est bien là ce qui est simple et sans mélange, et d*un antre cêté quelque chose, ainsi que nous désignons l'indéfini avant qu'il soit défini et participe d'aucune forme. Ce n'est s'exprimer ni justement, ni clairement; mais an fond il a voulu dire qnelqâe chose qui se rapproche davanUge des doctrines qui ont suivi et de la réalité (i). Tous ces philosophes ne sont familiers qu'avec ce qui regarde la génération , la corruption et le mouvement, car ils s'occupent à peu près et exclusivement de cet ordre de choses , des principes et des cavses qui s'y rapportent. Mais ceux qui étendent leurs recherches à tous les êlres , et qui admettent d'un côté des êtres sensibles , de l'autre des êtres qui ne tombent pas sons les sens , ceux-là ont dû naturellement faire l'étude de l'une et de l'autre de ces deux classes d'êtres; et c'est pourquoi il faut s'arrêter davantage sur ces

(i) Je sois Brandis qui lit roT« faivoftivoiç ^ mais je conviens que Bekker a tronvé dans la plupart des manuscrits TW« »Cv yi, les opinions reçues an]onrd*hni.

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TRADUCTION DU PREMIER LIVRE

phAosophet ponr savoir ce qu'ils diieat de bon on de nuiuTaiê qoî poisse éclairer dos recherches. Ceux qu'on appelle pythagoridem font joner anx principes et aax éléaftents un rôle bien plus étrange qoe les physiciens ; la raison en est qu'ils ne les ont pas emprontés aax choses sensibles. Les êtres mathématiques sont sans mouvement , à Texception de ceux dont s'occupe l'astronomie (i) ; et cependant les pythagoriciens ne dissertent et ne font de système que sur la physique. Ils engendrent le ciel , ils observent ce qui arrive dans tontes ses parties , dans leurs rapports , dans leurs mouvements, et ils épuisent à cela leurs causes et leurs principes , comme s'ils convenaient avec les physiciens que l'être est tout ce qui est sensible , et tout ce qu'embrasse «ce qu'on appelle le ciel. Or les causes et les principes -qn'ils reconnaissent sont bons pour s'élever, comme nous l'avons dit , 4 ce qu'il y a de supérieur dans les êtres («) , et conviennent pins à cet objet qu'à l'explication des choses naturelles. Puis , comment pourra-t-il y avoir du mouvement , si on ne suppose ^'autres sujets que le fini et l'infini , le pair et l'impair? Ils ne le disent nullement; ou comment est-il possible que sans mouvement ni changement , il y ait génération et eorraption , et toutes les révolutions des corps eélesses? Ensuite, en supposant qu'on leur accorde on qu'il soit démontré qne de leurs principes on tire l'étendue, comment alors même rendront-ils compte de la légèreté et de la pesanteur? car d'après leurs principes et leur prétention même, ils ne traitent pas moins des corps sensiblesque des corps mathématiques. Aussi n'ont-ils rien dit de bon sur le feu , la terre et les autres choses semblables , et cela , parce qu'ils n'ont rien dit, je pense, qui convienne proprement aux choses sensibles. De plus , comment faut-il entendre que le nombre et les modifications du nombre sont la cause des êtres qui existent et qui naissent dans le monde , depuis l'origine jusqu'à présent , tandis que, d'autre part, il n*y a aucun autre nombre hors celui dont le monde est formé? En effet , lorsque pour eux, l'opinion et l'à-propos sont dans une certaine partie du ciel , et un peu plus haut ou un peu plus bas l'injustice et la séparation ou le mélange, attendu , selon eux, que chacune de ces choses est un nombre, et lorsque déjà dans ce même espace se trouvent rassemblées une multitude de grandeurs , parce que ces gran-

(i) Selon Âristote (l.Xn), les sphères célestes sont animées et tiennent d'eUes-roémes leur mouvement.

(2) Tk àvoniptt râv $9tw. En effet, les vérités mathématiques sont des rapports nécessaires, supérieurs à leurs termes.

(3) L'argament du Irùisième homme, qn'Aristote ne fait ici qu'indiquer, comme suffisamment connu, était, à ce qu'il parait, un argument célèbre contre la doctrioe des idées. On le produisait sous diverses formes qu'Alexandre d'.XphrodIséc nous a conservées : i* Quand nous disons

denrs sont atuchées chacune à un lien; le nombre qu'il faut regarder comme éunt chacune de ces choses, est-il le même que celui qni est dans le eîel , ou «n autre outre celui-là? Platon dit que c'est un autre nombre ; et pourtant lui aussi pense qne les choses sensibles et les causes de ces choses sont des nombres; mais pour lui les nombres qui sont causes , sont intelligibles , et les autres sont des nombres sensîbies.

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