CHAPITRE IL
Ainsi la substance sensible est sujette au changement. Or si le changement a lieu entre des opposés ou des intermédiaires , non pas entre toute espèce d'opposés, car le son et le blanc sont aussi des opposés, mais entre des contraires ; il est nécessaire qu'il y ait, dans l'objet qui change , quelque chose qui subisse le changement du contraire en son contraire ; car ce ne sont pas les contraires qui changent. De plus, ce quelque chose subsiste après le changement, mais les contraires ne subsistent pas. 11 y a donc « outre les deux contraires, un troisième terme , la matière. Et s'il y a quatre esfièces de changements, d'essence, de qua-
n'admettent qu'un seul nombre, à savoir, le nombre mathématique , et se distinguent des platoniciens en ce qu'ils donnent à ce nombre une existence séparée des choses sensibles. Syrien et Pbilopon rapportent cette opinion à Xénocrate.
(4) Les pythagoriciens.
SOA
TRADUCTION DU LIVRE DOUZIÈME
lité , de quantité et de lîea , le changement d'essence qui est h génération et la corruption simple, le changement de quantité qui est Taugmentation et la diminution , le changement de qualité qui est Taltération, le changement de lieu qui est le mouvement , il s'ensuit que le changement doit se faire entre des contraires de même espèce. Or, pour changer d'un contraire à l'autre , il faut que la matière ait Tun et l'autre en puissance. L'être étant double, à savoir l'être en puissance et l'être en acte , tout changement doit se faire de l'un à l'autre , par exemple , du blanc en puissance au blanc en acte ; et de même de l'augmentation et de la diminution. De sorte que, non-seulemenl quelque chose peut venir du non-être , quant à l'accident, mais qu'aussi tout venant de l'être, c'est-à-dire de l'être en puissance, tout vient du non*être en acte. C'est là le principe primitif d'Ânaxagore , cette unité bien meilleure que sa confusion (i) , le mélange d'Empédocle (s) etd'Anaximandre (s) , et ce que dit Démocrite : toutes choses étaient en puissance, mais non pas en acte (i). Ces philosophes ont donc soupçonné notre opinion sur la matière.
Tout ce qui change a une matière , mais une matière différente ; et parmi les essences étemelles , toutes celles qui, soumises à la généraiion , le sont au mouvement , ont aussi une matière ; seulement , cette matière n'est pas engendrée, mais mobile.
On demandera de quel non-être vient la génération, car le non-être est triple (s). Si l'être en puissance [ le non-être en acte (s) ] est en effet quelque chose , c'est de là que vient la génération (7) ; et non pas de tout être en puissance, mais tel être en acte de tel être en puissance. Il ne suffit donc pas de dire que toutes choses existent ensemble , car elles diffèrent par la matière ; en effet, pourquoi s'est-il produit une infinité d'êtres et non un être unique ? L'esprit est un ; si la matière était une aussi , il n'a pu en sortir en acte que ce qui y était en puissance.
Ainsi il y a trois éléments et trois principes : deux qui sont les principes des contraires, à savoir, d'un côté la forme , de l'autre la privation ; le troisième principe est la matière.
(1) Anaxagore admettait avant Faclion d*un esprit ordonnateur, voû( xoff/cfjoratf, Texistence du chaos, -niyra ^v Ifiùv, et ce chaos est appelé ici unilé, expression qui parait à Aristote préférable à la première.
(2) Le fi-(y/uL d^Empédocle est la masse primitive en repos, dans laquelle les éléments sont confondus, c'est-àdire le 9foapoi, Sturz, p. 283.
(8) Ce philosophe admettait pour principe premier Pinflnl, dans le sein duquel ont lieu tous les changements. Àriiê. phyi., 1. 1, c. A.
(4) D'après la forme de cette phrase, il semblerait que Démeerite est le premier aoteur de la formule de la distinction du t6 iwàfiu et du t6 htfTfiU, S*il en était ainsi, il aurait trouvé la formule même du péripatétisme, et