‹ Œuvres de Victor Cousin (volume 3)Chapitre 55 sur 71 · CHAPITRE lU · texte numérisé non relu

CHAPITRE lU

De plus , ni la matière ni la forme ne tombent sons la génération ; j'entends la matière et la forme primitives. En effet, tout changement suppose un sujet, une cause et un but. La cause est ici le premier moteur, le sujet est la matière , le but esc la forme. Or on se perdrait dans l'infini , si l'on admettait que ce qui tombe sous la génération, ce n'est pas seulement l'airain cylindrique , mais la forme cylindrique et la matière de l'airain en elle-même : il faut donc s'arrêter. Ensuite toute essence vient d'une essence de même ordre. Car les choses naturelles ne sont pas seules des essences; il y a des essences qui viennent de l'art , d'autres de la nature , d'autres de la fortune, d'autres du hasard. Dans l'art, le principe producteur est différent do l'objet qu'il produit ; il lui est identique dans la nature; en effet, c'est l'homme qui engendre l'homme. Quant aux autres causes, elles sont des privations de ces deux-là.

Il y a trois sortes d'essences ; la matière, qui n'est quelque chose de déterminé que parce qu'elle tombe sous l'imagination ; car tout ce qui existe par juxtaposition , sans organisation , est matière et sujet ; I.1 nature, c'est-à-dire la forme même à laquelle tout changement aboutit , et la manière d'être propre à chaque chose; enfin, une troisième essence, compta sée des deux premières , l'individuel , comme Sœnite, Callias.

Dans certaines choses , la forme n'existe pas hors du composé, par exemple , la forme d'une maison , à moins qu'on ne considère cette forme comme la pensée de l'artiste. La maison sans matière , la santé et tout ce qui est pure conception de l'art, né tombe pas «00s la génération et hi corruption ; c'est d'une autre manière que tout cela est ou n'est pas. Mais si la forme existe hors du composé , c'est dans les choses naturelles. Ainsi Platon n'a pas eu tort de dire qu'il n^j a des idées que des choses naturelles , si même il y a des idées différentes de ces choses , par exemple de

Aristote aurait dû le dire plus expressément. Mais il est possible qu'il y ait eu seulement dans Démocrite le fond de la pensée, et non pas l'expression elle-même. En général, il ne serait pas étonnant que dans cette phrase oèAristoie veut montrer la ressemblance des principes de ces quatre philosophes avec les siens, il edt donné à l'exposition de leur système une forme qui semble les rapprocher de ses propres doctrines. Par exemple, t5 'Aya^oyrf/ïov l» n'e«t évidemment pas la formule d'Anaxagore.

(5) Ces trois formes du non-être sont : le faux, le néant, ce qui est en puissance.

(6) Ajouté pour la clarté.

(7) C€$i de là que tient la généraiion. Lacune remplie d'après Alex. d'AphrodIsëe : Ex hœutiqwgeneraîio mf.

DE LA MÉTAPHYSIQUE D ARISTOTE. 505

fea, de la chair, de la tète; ear tout ceb eat ma-l la matière étant le premier en soi qui renferme en tière , et le dernier degré d'individualisation de la puissance ces deux opposés , ces trois éléments sont

natièreest le plus haut degré de Texistence (i)

Les causes motrices sont antérieures aux choses qu'elles produisent ; mais la forme des choses est contemporaine des choses elles-mêmes : car, c'est quand an homme est sain que la santé existe , et la forme de la sphère d'airain existe avec cetie sphère.

Demandons-nous aussi si quelque chose subsiste eltérieurement. Pour quelques êtres , rien ne s'y oppose , par exemple , pour ï'àme ; non pas pour V^me tout entière , mais seulement pour l'inlelligence ; car pour l'àme entière , cela est impossible.

Ainsi il est évident que pour tout cela il n'est pas nécessaire d'admettre l'existence des idées ; car c'est un homme qui engendre un homme , tel individu qui pioduit tel individu. Il en est de même dans les arts ; par exemple « c'est la médecine qui est la raison de la santé.

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