‹ Œuvres de Victor Cousin (volume 3)Chapitre 60 sur 71 · CHAPITRE YHI · texte numérisé non relu

CHAPITRE YHI

Si cette essence est une , ou s'il y en a plusieurs , el con^en « c'est ce qu'il ne faut pas ignorer, et l'on doit se rappeler aussi les opinions des autres philosophes , afin de savoir qu'aucun d'eux , sur la question du nombre des premiers êtres, n'a rien dit de satisfaisant. La théorie des idées ne fournit sur ce sujet aucune considération qui s'y applique directement. Car les partisans des idées disent que les idées sont des nombres, et ils parlent des nombres tantôt comme s'il y en avait une infinité , tantôt comme s'il n'y en avait que dix. Pourquoi précisément ces dix nombres , c'est ce dont ils n'apportent aucflne démonstration. Quant à nous , nous allons traiter ce sujet d'après ce qui a été déjàéubli.

Nous avons reconnu que le principe des choses , le premier être est immuable en essence et ne peut être mû par accident, et qu'il produit le premier mouvement étemel et un. Biais comme il est nécessaire que ce qui est mû le soit par quelque chose, que le premier moteur soit immuable en soi, que le mouvement éternel soit produit par un moteur éternel et un mouvement unique par un moteur unique; comme en même temps

(t) Ajouté pour la clarté.

(3) A moins de paraphraser le passage suivant, il est très-difficile de le traduire avec clarté. Nous expliquerons les endroits les plus obscurs d'après Alexandre d'Aphrodisée, Simplicius et Pbilopon. Alexandre et Philopon se bornent, poar le système d*Eadoxe, à renvoyer à d'antres commentaires. Simplicius est plus complet; il est vrai qoe noos n'avons pas ce qu'il a écrit sur la Métaphysique ; mais en développant le septième chapitre du second livre

nous voyons qu'outre le premier mouvement de l'univers que noos avons démontré venir de l'être premier et immuable , il existe dans les planètes d'autres mouvements étemels (car tout corps circulaire est étemel et incapable de repos , ce qui a été démontré dans la Physique) , il faut que chacun de ces mouvements soit prodoit par une essence immuable en soi et éternelle. En effet , la nature des astres étant une certaine essence éternelle , et ce qui meut étant éternel aussi et antérieur h ce qui est mû , il est nécessaire que ce qui est antérieur à une essence soit aussi une essence, il est donc évident qu'autant il y a de planètes, autant il doit y avoir d'essences , éternelles de leur nature el chacune immobile en soi , et dépourvues d'étendue pour les raisons exprimées plus haut. Ainsi ces essences existent certainement ; l'une est la première , l'autre la seconde, dans un ordre correspondant au mouvement des astres entre eux , et il nous faut maintenant examiner quel est le nombre de ces mouvements , d'après celle des sciences mathématiques qui se rapproche le plus de la philosophie , à savoir l'astronomie. Cette science en effet a pour objet de ses recherches une essence sensible , mais éternelle ; et les autres sciences n'ont pour objet aucune essence , témoin la science des nombres et la géométrie. Or, que les mouvements soient plus nombreux que les choses mues , c'est ce qui est évident, même pour ceux qui n'ont pas approfondi ces matières. Car chacun des astres mobiles a plusieurs mouvements. Quel est donc le nombre de ces mouvements? Nous rappellerons ici, pour éclairer ce sujet, les opinions de quelques mathématiciens , afin que l'on puisse se faire une certaine idée déterminée du nombre dont il s'agit. Du reste , nous ferons nous-méme les recherches convenables , et nous nous adresserons aussi à nos devanciers ; et si les hommes versés dans ces études présentent des opinions contraires aux nôtres , on devra tenir compte des deux opinions et s'en rapporter à la mieux prouvée (i) . Eudoxe plaçait le mouvement du soleil et celui de la lune chacun dans trois sphères , dont la première était celle des étoiles fixes , la seconde suivait le cercle qui passe par le milieu du zodiaque , la troisième celui qui est incliné dans la latitude des signes célestes. L'axe de la troisième sphère de la lune avait plus d inclinaison que celui de la troisième sphère du soleil (s). Il plaçait le mouvement des planètes, pour chacune,

de Cœlo, il cite et commente le passage qui nous occupe. Saint Thomas se réfère entièrement à Simplicius, et le cite à plusieurs reprises. Quant aux historiens de l'astronomie, Bailli et Delamhre, ils ne nous ont été d'aucun secours. Le premier semble avoir abrégé fort rapidement Simplicius ou plutôt saint Thomas; le second mentionne à peine Eudoxe et Cal lippe.

(3) Les commentateurs dont nous nous servons expliquent ainsi ce passage : Chaque planète avait un ciel à

thamjctkm du livre DOUZifiafE

dans qaatre spbères , dont Isi première et b seconde élaieot les mêmes que celles de la loue et du soleil ; car la splière des étoiles fixes euiralae tous les coqps en mouvement , et celle qui est placée immédiatement au-dessous et qui se meut en soivani le cercle qui fiasse par le milieu du zodiaque , est également commuue i tous; la troisième sphère de chaque astre avait aes p61es dans le cercle qui passe par le milieu du zodiaque; la quatrième se mouvait dans un cercle dont Taxe esi incliné au cercle du milieu de la troisième

part composé de sphères concentriques, dont les mouvements, se modiflant i'nu Tantre, formaient les mouvements de la planète. Le soleil et la lune avaient chacun trois sphères; la première était celle des étoiles fixes ; elle tournait d*orienl en occident en vingt-quatre heures et rendait raison du moavenient diurne. On n*avait pas encore découvert , dit saint Thomas, le mouvement d'occident en orient, qui est propre à ces étoiles. La deuxième sphère passait par le milieu du zodiaque; c'est le moavemenl longitudinal du noleil, par lequel il tourne autour du pôle de récliptiqoe en 365 jours 1/4, suivant le calcul d'Eudoxe. •EnAn la troisième sphère tournait sur son axe, perpendiculaire à un cercle incliné à rëcliptique; elle écartait par conséquent le soleil de son mouvement longitudinal, en Temportantdans la latitude du zodiaque; et, en effet, le soleil dévie de la route longitudinale, et s'éloigne plus ou moins des p61es de Técliptique, ce qui produit les saisons. Enfin cette déviation est pins prononcée dans la lune que dans le soleit, ce qu'Aristote exprime en disant que Taxe de la troisième sphère de la lune est perpendiculaire à un cercle incliné à récliptique sous un plus grand angle ; ou, plus simplement, que Taxe de la troisième sphère de la lune a plus d'inclinaison que celui delà troisième sphère du soleil.

(i ) Suivant saint Thomas, la troisième sphère ayant ses pôles au milieu du zodiaque, aurait donné aux planètes trop de latitude; la quatrième sphère est destinée à corriger l'influence de la troisième; et c'est pour cela que son axe est incliné an cercle du milieu, c'est-à-dire au plus grand cercle de la troisième sphère. Pour comprendre celte expression du plus grand cercle, il faut se figurer la sphère divisée en cercles non concentriques, et alors en effet le cercle du milieu sera le plus grand cercle. Mais dans quel sens faut-il faire la division? Est-ce parallèlement ou perpendiculairement à l'axe de la troisième sphère? C'est ce que saint Thomas ne dit pas.

(2) TA ik i^Acou xai r& 9tHnii JOo itpocBtriai dwt, Devons-nous entendre par là que Callippe ajoutait deux sphères au soleil et deux à la lune, ou seulement deux sphères pour le soleil et la lune, c'est-à-dire une à chacun? Alexandre d'Aphrodisée est pour ce dernier sentiment : c Quod dicit Arisloteles (soli aotem atque liinae dnas inc super sphaeras addendas esse censebat) , perinde est ac t si diceret, utrique singulas : nam cum Ëudoxus soli et « lune sphaeras sex esse dixisset, Gallippus vero octo, c baud dobie illis singulas adjiciebat. > Simplicius pense de même qu'Alexandre d'Aphrodisée : c Soli autem et c lunae putavit duas sphaeras esse apponendas... ut sint c bis quatuor. > Saint Thomas adopte cette opinion en la rapportant à Simplicius. Mais Philopon pense différemment: t Gallippus autem soli duas alias adjiciebat, et luna; c duas alias, ut uterque quinque haberct. > 11 semblerait que Philopon insiste à dessein sur cette phrase pour

sphère (1). Les pôles de la Inmième sphère variaiefti pour chaque pbiièie , maia ils étaient les flsèaiea pour Vénus et pour Mercure.

Callippe établîaaait de la même manière qu'Eudoxe les positions des astres , c'ealrà-dire Tordre de leurs diataucea respectives ; et quant au nonsbre des sphères, il s'accordait avec ce mathématicien pour Jupiter ei pour Saturne ; mais il pensait que si Ton veut rendre compte des phénomènes, il faut ajouter deux sphères au soleil et à b lune (a) » ei une ^ chacune des autres

trer qu'il se sépare de Topinlon d'Alexandre d'Aphrodisée. Cependant, outre l'autorité de Simplicius, cette opinion a pour elle plusieurs considérations importantes : i* Alexandre d'Aphrodisée se livre à plusieurs conjectures sur l'erreur de chiffres qu'il signale dans le texte, et il cite des hypothèses déjà proposées sur ce sujet : n'auraitril pas plutôt recouru à l'explication que Phiftopon adopta dans la suile, et qui se lurésenle si naturellement à l'esprit, s'il avait cru y trouver quelque probabilité? 2* Alexandre d'Aphrodisée et Simplicius, mais le premier surtout, affirment que Callippe ne donnait que quatre sphères an soleil, et ils l'affirment de manière à faire penser que son systèsse leur était connu par une autre voie. Il est vrai que du temps de Simplicius l'ouvrage de Callippe était déjà perdu, puisque Simplicius attribue à cette perte l'ignorance où l'on était alors des motifs pour lesquels Callippe avait proposé cette addition ; mais, peut-être, en se plaignant de l'obscurité qui régnait sur ce point-là, montre-t-il que le reste du système était mieux connu? Cependant d'autres motifs et plus direcu nous ont décidé pour l'opinion de Philopon : 1* Le texte lui-même. Il faut bien qu'il s'agisse de deux sphères pour le soleil et de deux sphères pour la lune ; car autrement, que signifierait cette opposition entre le soleil et la lune, et les autres planètes, roT^ iè Xotu&iç Tfiv nXawir&v Uàvxté fula». Cela veut dire évidemment que les autres planètes n'ont qu'une sphère, tandis que le soleil et la lune en ont deux chacun ; 2* Aristote termine ce chapitre par une énumération des diverses sphères, et il pose d'abord huîlsphères régulières d'une part et vingtcinq de l'autre, il est évident que les huit sphères appar> tiennent à deux astres, et les vingt-cinq autres à cinq astres. Mais quels sont ces deux astres qui n^ont que huit sphères? C'est le soleil et la lune, suivant Alexandre d'Aphrodisée, Simplicius et saint Thomas; c'est Jupiter et Saturne, suivant Philopon. Or ce ne peut être le soleil et la lune; car alors quelles seraient les cinq autres planètes ayant chacune cinq sphères? Suivant Eudoxe, Jupiler, Saturne, Mars, Mercure et Vénus ont chacun quatre sphères ; Callippe s'accorde avec Eudoxe, comme le dit expressément le texte, pour Jupiter et pour Saturne, c'est-à-dire qu'il leur laisse à chacun quatre sphères seulement; et il ajoute une sphère à Mars, à Mercure et à Vénus, ce qui fait cinq sphères à chacun, en tout quinze sphères; il reste le soleil et la lune, pour compléter le nombre vingt-cinq que donne le texte. Il faut donc qu'ils aient chacun cinq sphères, comme le veut Philopon, et non pas quatre comme le veulent Alexandre et Simplicius ; car quinze sphères d'une part et huit de l'autre ne donneraient que vingt-trois, tandis que les résuluts du calcul de Philopon s'accordent avec ceux d'Aristote; 3* Aristote confirme encore l'opinion de Philopon d'une autre manière, lors<|u'ii vient à énumérer les sphères mues en sens in-

DE LA MÉTAPHYSIQUE D^ARISTOTE

pbfiètes. Si tontes ces sphères ensemble doivent rendre eompfe des phénomènes , H est nécessaire qu'il y «tt auprès de chaqae planète d^antres sphères en nombre égal , moins une » à celui des premières , et que ces sphères se meuvent en sens inverse des autres, pour maintenir toujours un point donné de la première sphère sur le même rayon que Tastre placé au-dessous ; car c'est à cette condition seule que tous les mouvements de Funivers seront expliqués par les mouvements des planètes (i). Puisque les sphères dans lesquelles se meuvent les astres sont huit d'une part et vingt-cinq de Vautre, et que , parmi elles , les seules qui n'aient pas de sphères mues en sens inverse sont celles de la planète qui se trouve placée au-dessous de toutes les autres (^) , les sphères mues en sens inverse seront pour les deux premiers astres au nombre de six , celles des quatre astres suivants au nombre de seize , et le nombre total des sphères régulières et des sphères à mouvement inverse , sera de cinquante-cinq. Si Ton en retranche les mouvements que nous avons attribués au soleil et à la lune , il restera en tout quarante-sept sphères.

Admettons donc que ce soit là le nombre précis des sphères, de sorte qu'il sera raisonnable d'admettre aussi qu'il y a un nombre égal d'essences et de principes impérissables et sensibles ; mais pour le démontrer, laissons-le à de plus habiles.

verse. En effet, nous savons que ces sphères sont égales sn nombre aux sphères régulières, moins une; et noas savons aussi que la lune n*a que des sphères réga Hères. Or, Aristote pose d'abord six sphères ii mouvement inverse pour les deux premier» astres; cela suppose huit sphères régulières, c'esl-à-dire quatre à chacun. Les deux premiers astres (et tous les commentateurs s'accordent sur ce poîot) sont Jupiter et Saturne. Restent donc, puisque la lane ne compte pas, quatre planètes, à savoir, le soleil, Mars, Mercure et Vénus. Mars, Mercure et Vëaus ont chacun cinq sphères régulières de l'aveu de tout le monde, c'est-à-dire quatre sphères à mouvement inverse; pour les trois, douze. Pour compléter le nombre seize donné par le texte, il faut, de toute nécessité, que la quatrième planète, qui est le soleiU ait aussi quatre sphères à mouvement inverse, c'est-à-dire cinq sphères régulières, comme le veut Philopon ; 4"» enfln, après avoir ënuméré toutes les sphères, Aristote en fait monter le nombre à cinquante-cinq, et il ajoute : Si de ce nombre on retranche les sphères que nous avons ajoutées au soleil et à la lune, il reste quarante-sept. Alexandre d'Aphrodisée, en faisant la soustraction, ne trouve que quarante-neuf, et il en conclut qu'il y a une erreur; seulement il ne sait s'il doit l'attribuer à Aristote ou à des copistes. Si on adopte le sens de Philopon, il faudra l'attribuer à Alexandre lui même, qui, en n'ajoutant d'abord qu'une sphère au soleil et une ^ la lune, tandis que, suivant Philopon, il en fallait ajou • ter deux ft chacun, se trouve nécessairement en arrière de <leux unités. Le calcul de Philopon au contraire, est, ici •ncore, très-conforme à celui du teste; car Aristote a 'iaalé, d'une part, au soleil et à la lune quatre sphères

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