CHAPITRE IX
L'intelligence première est le sujet de quelques doutes : elle parait bien ce qu'il y a de plus divin de tout ce que nous pouvons connaître ; mais comment Test-elle ? Il y a là quelques difficultés. Si elle ne pense à rien , et si elle est comme un homme endormi, où serait sa dignité? et si elle pense, mais que le fond de son être soit autre chose que la pensée, son essence alors étant la pensée en puissance et non la pensée en acte , elle ne serait pas l'essence la meilleure , car c'est le penser qui fait son excellence. En outre, que son essence soit la pensée en puissance ou la pensée en acte , quel est l'objet de la pensée ? ou elle se pense elle-même, ou elle pense quelque autre objet; si quelque autre objet, c'est toujours le même, ou tantôt l'un et tantôt l'autre. Or , importe-t-il « oui
(i) 'EvTcAfxcfo, ce qui a en soi sa fin, qui, par conséquent, ne relève que de soi-même, et constitue une unité indivisible.
(2) Allusion à l'Egypte.
(3) Le sens que nous avons adopté pour cette phrase paraît avoir été celui de Técole d'Alexandrie. En effet, Alexandre d'Aphrodisée le développe avec une entière conflancoy et J. Pbilopon qui, avec Simplicius, avait suivi les leçons d'Ammonius le péripatéticien, loin de contredire cette opinion, la confirme pleinement. Nous n'avons pas osé résister à l'autorité de ces deux commentateurs réu-
ou non« que cet objet soit ce qu'il y a de ou la première chose venue , et n'y a-t-il paa certaines choses qui ne peuvent être les objets de ta pensée ? Il est évident qu'elle pense à ce qu'il y a de plus divin et de plus excellent, et qu'elle ne change pas d'objet ; car changer, pour elle , ce serait déchoir ; ce serait déjà tomber dans le mouvement. D'abord, si elle n'est pas h pensée en acte* mats la pensée en puissance, on pourrait dire que c'est une fatigue pour elle que la continuité de la pensée. Ensuite il est clair qu'il y aurait quelque chose de plus excellent que ce qui pense, à savoir ce qui est pensé ; car l'acte de penser et la pensée sont encore « même quand on pense à l'objet le plus vil ; de sorte que , pour éviter cela ( et il est des choses qu'il vaut mieux ne pas voir que de les voir ), il faut aller jusqu'à dire que la pensée en acte n'est pas encore ce qu'il y a de plus excellent. Dieu donc se pense luimême , s'il est ce qu'il y a de plus puissant , et sa pensée est la pensée de la pensée. La science , la sen* sation , l'opinion et le raisonnement paraissent avoir toujours un objet différent d'eux-mêmes , si ce n'est par exception. De plus , si penser et être pensé sont différents , sous lequel de ces deux rapports Dieusersrt-il l'être parfait? Car la pensée et son objet ne sont pas identiques. Ou bien est-ce que dans certains cas la science est la chose elle-même? Ainsi « dans les choses d'art, l'essence et la forme dégagées de la matière, et dans les sciences spéculatives la notion ou la pensée sont la chose même. Ce qui est pensé et ce qui pense , n'étant pas distincts , se confondent dans tout ce qui n'a pas de matière , et la pensée y eslidentique à son objet.
Reste encore une difficulté, c'est de savoir si l'objet de la pensée est un composé , dans ce cas la pensée changerait pour parcourir les différentes parties du tout , ou si tout ce qui est immatériel est indivisible. Il est certains moments où l'intelligence humaine, comme toute intelligence qui tient à un composé, contemple son souverain bien, l'être pariait , différent d'elle-même, non pas successivement, mais d'une façon continue et indivisible. Cest de cette manière que la pensée divine se contemple elle-même éternellement (s).
nis, qui nous représentent toute la tradition alexandrine. Nous sommes d'autant plus disposé à nous ranger à leur interprétation , que la plupart des objections que Too peut diriger contre elle sont tirées de la langue grecque, dans laquelle les alexandrins sont plus compétents que nous. Néanmoins, nous ne devons pas taire les difficultés nombreuses que soulève le sens d'Alexandre et de Pbilopon. 1» On est forcé de supposer que les mots ^ ^ Ixov uAqv terminent une phrase, et qu'on entre de la manière la plus brusque dans la suivante, sans aucune liaison apparente avec ce qui précède; 3* on retranche arbitrai-
DE LA MÉTAPHYSIQUE DWRISTOTE