‹ Œuvres de Victor Cousin (volume 3)Chapitre 63 sur 71 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Il faai chercher encore comment Tunivers conlicnt le sonverain bien ; si c'est comme quelque chose de séparé et d'indépendant ^ ou comme Tordre même de Tunivers , ou des deux manières à la fois , comme une armée. En effet , Le bien d'une armée , c'est l'ordre qui y règne , et son général , et surtout son général ; car ce n'est pas l'ordre qui fait le général , c'est bien plutôt le général qui fait l'ordre. H y a un ordre en toutes choses, poissons, plantes, oiseaux, mais un ordre différent. Rien n'est isolé , tout se tient , car tout est ordonné en vue de l'unité. Dans une famille, les hommes libres ont des fonctions déterminées; tontes les actions ou la plupart y sont réglées d'avance, tandis que les esclaves et les bètes concourent pour une faible part à la fin commune , et leurs actions dépendent presque toujours du hasard. Oui, tout dans l'univers a nécessairement des fonctions distinctes dans un plan commun ; et toutes choses se divisent , sous la condition de conspirer ensemble au même but (i).

Rappelons les absurdités et les contradictions où on tombe quand on s'écarte de cette doctrine , les systèmes qui ont Tair plus spécieux , et ceux qui présentent moins de difficultés.

Tous les philosophes s'accordent à faire venir toutes choses des contraires; toutes choses, cela n'est pas; des contraires , cela demande explication ; en outre, ces philosophes ne disent pas comment les choses où les contraires se trouvent , viennent des contraires. Mais les contraires ne peuvent agir l'un sur l'autre. Pour nous , nous évitons aisément cette difficulté en ajoutant aux deux contraires un troisième terme.

Les uns font de la matière môme un des deux con-

remenl plusieurs mots dans la phrase ^ 07< rfiy awBirav ; 3« on force le sens des mois îv nvi xpà^^t en supposant quils indiquent ces rares roomcnts où Tintelligence hu* maine atteint l'intelligence divine, lorsquMIs ont bien l'air de marquer simplement la condition de tout être qni tient ii un composé, savoir, le développement dans le temps; i* on fait de t6 Apivxof le complément de <x«(, lorsqu'il parait clairement en être le sujet et quand déjà Ixu a pour complément xh <j ; et cela pour supposer que ce second complément a le même sens que le premier, ce qui n'est guère admissible.

Ces difficultés sont graves; aussi avons-nous eu la pensée d'un autre sens que nous proposons ici au moins comme une conjecture :

c Reste encore une difficulté ; c'est de savoir si l'objet de la pensée est un composé (et dans ce cas la pensée changerait pour parcourir les différentes parties du tout), ou si tout ce qui est immatériel est indivisible, comme, par exemple, la pensée humaine. Encore, toute intelligence qui tient à un composé existe dans une certaine partie du temps. Or l'être le plus excellent ne jouit pas (le la perfection Muprême dans telle ou telle portion de la

COliSIN. TOME I.

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traires, comme ceux qui opposent l'inégal à l'égal, la pluralité à l'unité. Ce système se réfute de la même manière; car la matière, considérée seulement en tant que matière, n'est le contraire de rien. De plus tout, excepté l'unité , participera du mal , puisque le mal lui-même est l'un des deux éléments.

D'autres ne font pas même des principes du bien ni du mal ; cependant dans toutes choses le principe est le bien. Ceux qui l'admettent comme principe ont donc raison ; mais ils ne disent pas comment le bien est principe , si c'est comme fin , ou comme moteur, ou comme forme.

Empédocle aussi est tombé dans une absurdité ; car le Lien, pour lui, c'est l'amitié. Elle est principe comme moteur , car elle rassemble les éléments , et comme matière, car elle fait partie du mélange; mais s'il arrive à une même chose d'être principe à la fois comme moteur et comme matière , elle n'est pas la même dans son essence : lequel des deux constitue donc l'amitié? Une autre absurdité , c'est d'avoir fait la haine incorruptible , tandis qu'elle est l'essence du mal.

Anaxagore fait du bien un principe , le principe moteur ; car l'intelligence meut. Mais elle meut par rapport à quelque chose ; voilà donc un autre principe, à moins de rentrer dans notre système ; car, poumons, l'art de guérir, par exemple , est d'une certaine façon la même chose que la santé. On peut aussi reprocher à ce système de ne pas donner de contraires au bien et à l'intelligence.

De plus , on verra que tous ceux qui posent les contraires comme principes ne peuvent s'en servir dans l'application , à moins que quelqu'un ne vienne leur en fournir le moyen (s). Et pourquoi ceci est périssable, et cela non , personne ne le dit ; car ils tirent toutes choses des mêmes pnncipes.

durée; mais, tout différent en cela de l'esprit humain, il la possède dans une durée inOnie, qui est pour lui comme un moment indivisible. C'est ainsi que la pensée divine se pense elle-même éternellement. »

Du reste ce passage d'Aristote paraît avoir embarrassé ses deux derniers éditeurs, puisqu'ils le ponctuent différemment. Brandis, p. 255, I. 24, et Bekker, p. 1075, 1.5.

(1 ) Âf0txpc9y}va(. Les différents Commentateurs s'accordent ^ entendre par ce mot une division d'opérations qui ne nuit pas à la communauté du but. Alexandre d'Apbrodisée: t Dico aulem hoc pacto, omnia ad segregationem venire t necesse est, id est, necesse est ut natura quseque (de c bis enlm, ut diximus, verba facit) ad discretionem vet niât, id est ut alterum ex altero flat. >

(2) C'est le sens d'Alexandre d'Aphrodisée qni a lu : Eàv fiii paBufiifiini tc«. On pourrait aussi lire avec Brandis et plusieurs manuscrits : /^ud/c/(»i. On ne peut se servir des contraires comme principes, à moins que quelqu'un ne mette l'harmonie entre ces contraires. Et comment y mettre cette harmonie? En plaçant au-dessus d'eux un principe qui, lui-même, n'a pas de conlnircs.

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