‹ Œuvres de Victor Cousin (volume 3)Chapitre 7 sur 71 · C0I7SI!«. — TOMB I · texte numérisé non relu

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et de confiance en elle-même que dans l'illusion de sa puissance, elle n'aperçoive plus qu'elle dans l'àme. Certes , ce n'est pas là l'afilaire d'un jour ; et la liberté, progressive de sa nature , est trop faible à son début pour absorber en elle tout autre élément. Ajoutez que ce qui dégage la liberté et le moi , c'est précisément la réflexion , la réflexion à l'aide du temps ; plus la réflexion se développe , grandit et se fortifie , plus le sentiment du moi et de la liberté s'affermit et s'étend. Mais il ne faut pas supposer au début de la réflexion ce qui ne peut être le fruit que d'un tardif et laborieui développement. La réflexion naissante , à son premier acte ( et c'est là le problème ) , est faible encore et mal assurée , comme la liberté et le moi. Elle entre en exercice , et le moi s'éveille ; mais il est évident que ni la liberté ni la réflexion n'en sont pas encore à s'exagérer leur puissance. Il est donc évident que l'homme n'est pas et ne peut être, aux premiers regards mal assurés de l'homme primitif, l'objet principal et exclusif delà réflexion naissante. Pensez-y. Quelle est bien la question ? Celle de l'objet qui prédomine dans la première application de la réflexion. Il fiiut donc prendre la réflexion à son début , à son degré le moins élevé et dans son plus faible état. Nous cherchons cela , messieurs , et nous ne cherchons pas autre chose ; et nous ne devons pas supposer un état de l'àme où la réflexion soit très-développée. Qr l'état plus ou moins avancé de la réflexion étant la mesure de la liberté , c'est-à-dire du moi , il suit que nous cherchons précisément l'état le plus faible du moi , et nullement celui de son plus haut développement ; et il implique alors que la liberté étant dans un état de faiblesse extrême, elle puisse être le premier objet d'une considération exclusive de la part de la réflexion. Entendons-nous bien : si la liberté, si le moi n'était pas dans la conscience , s'il n'y jouait pas un certain rôle , la réflexion n'apercevrait rien. Mais il ne s'agit pas ici des éléments qui subsistent inévitablement sous la réflexion » subordonnés et négligés , mats de celui qui doit y prédominer ; et cela bien établi , il est clair que ce ne peut être le moi, le moi faible, borné, limité, même dans le plus haut développement de la réflexion, et qui , à sou début , est plutôt une condition et un témoin qu'un acteur dans le premier fait de réflexion. Assurément il ne peut y remplir seul la scène. Un jour il ira bien loin en fait d'illusion sur lui-même; mais il est très-modeste en commençant. Il y est bien forcé tant il est faible, petit, misérable! Le moi n'est donc pas l'élément qui prédomine d'abord dans la réflexion : reste de toute nécessité que ce soit Tinfini , Tunité^ Dieu.

ici les chances de prédominance sont tout autres. D'abord Tinfini , l'unité , Dieu est un sujet d'aperception tout autrement fixe et ferme en soi. Ensuite la

COURS DE

faîMeMC de Vaperception da moi fini et borné redouble Feffel de la conception de l'être absolu et nécessaire; robscurité même qai accompagne Tidée de rinfini ajoute à sa puissance sur Pâme ; tout autre sentiment languit devant celui-là , et de toute nécessité, ridée de Tunilé , de Tétre absolu , est celle qui étouiTe d'abord toutes les autres, absorbe en elle tous les autres élémenls de la conscience , et imprime son caractère au premier acte de la réflexion, qui, frappée et dominée par cette vue sublime , n'aperçoit qu'elle , et voit en elle tout le reste,' et le non-moi, et le moi, et elle-même. Il ne faut pas croire qu'à la confusion primitive de la spontanéité succède une réflexion parfaitement nette et lumineuse à son aurore. L'obscurité ne se dissipe qu'à la longue , et le premier éclair de la réflexion montrant à l'homme sa faiblesse et la grandeur de Dieu , le ravit à lui-même dans la préoccupation toute-puissante de cet infini qu'il sait bien qu'il n'a pas fait , et qui est là un , immobile , invariable , éternel. Le moi, dans sa faiblesse, ne pouvant pas s'attribuer ces caractères majestueux et terribles , s'anéantit dans celte intuition formidable; l'humanité s'éclipse à ses propres yeux en présence de l'être qui seul est en possession de l'unité , de l'infini , de la toute-puissance , de l'éternité , de l'existence absolue. L'homme , le fini , le relatif en s'apercevant d'abord si faible , ne peut pas se prendre pour absolu; il ne lui reste donc qu'à prendre pour absolu Tabsolu lui-même, et c'est ce qu'il fait. Voilà, messieurs, comme les choses se passent psychologiquement. Nous ne débutons pas par une conception claire des rapports de Dieu et de l'homme ; il faut d'abord que nous connaissions les deux termes avant de connaître leur rapport ; et nous ne connaissons bien l'un qu'à la condition d'y absorber l'autre. Or l'homme ne débute pas par se prendre pour le Dieu de sa conscience ; il débute par une conception obscure sans doute , mais puissante et accablante de Dieu ; et sous le poids de cette grande idée, il se considère à peine comme un pâle reflet , une ombre de celui qui seul existe. Voilà comme se passent les choses dans la conscience de l'individu ; donc elles se passent de même dans l'histoire du genre humain. L'himianité, se trouvant d'abord nécessairement faible et misérable , ne se prend pas au sérieux et fait à peine attention à elle-même. A peine détachée du principe étemel des choses , ce n'est pas elle qui la préoccupe, c'est le principe auquel elle tient encore : elle est presque pour elle-même comme si elle n'était pas. Je soutiens donc que la première époque de l'humanité doit être nécessairement h prédominance de l'idée de l'infini, de l'idée de l'unité, de l'idée de l'absolu et de l'éternité. C'est une époque d'immobilité pour la race humaine. La vie, cette vie fugitive dont elle n'a pas joui encore , ne lui parait qu'un reflet misérable de

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