HISTOIRE
l'étemiié. Comme elle est et se eroit faille, elle nepr duit que des choses faibles, bornées , mîaéndiles , : ajoutent à la conscience qu'elle a de son impniasance: ainsi elle s'enfonce davantage dans le sentimeat de sm sère et de sa faiblesse. Mais peuà peu, aprèsavoirff dans ce monde comme dans un tombeau , comoieâ^ une prison , elle s'aperçoit pourtant que ce tombesf que cette prison est large; elle y remue peu à peu , t agit avec Li liberté qui est en elle , et pea à peaa^ la grandeur qui est inhérente à k liberté ; celte ULer se fortifiant par l'exercice , grandit, s'accroit, prciii des merveilles ; l'humanité alors se prend au séfien elle conçoit son importance ; elle conçoit la beaoït. la vie et du monde , la grandeur de la créaiîoo ; ei t charme de la création , du monde et de la vie , le intiment enivrant de sa force Itii fait oublier tout 1 reste ; alors arrive nécessairement l'époque de lape sonnalité et du fini , et vous concevez maÎDteoaDtqi' ' cette époque doit être la seconde et ne peut êitti première. Quand ces deux époques auront fait kr temps , il en viendra une troisième qui ne aéra pb qui ne peut plus être ni la domination de Tinûiis celle du fini ; l'humanité ne recule jamais , maisaprfavoir épuisé les extrêmes , se connaissant dans t^ sa force et toute sa faiblesse , elle arrive à la conct^ tion tardive du rapport nécessaire du fini et de l'infiE de là une époque qui , sans être ni la première ai L seconde , tend à une conciliation des deux , répand t marque partout dans l'industrie, dans l'état, te l'art, dans la religion, dans h philosophie, la okgorie du rapport du fini avec l'infini , et donne te l'histoire à cette catégorie supérieure son expressiùi; propre et son époque.
Tel est l'ordre , messieurs , dans lequel se succ^ dent les époques de l'humanité; cet ordre de succession en couvre un autre plus profond encore. L'ordre de succession est purement extérieur, une simpk juxtaposition, pour ainsi dire , et le mécanisme naît riel de l'histoire. Or j'ai démontré comment la variéit dérive de l'unité , le fini de l'infini , le phénomène ii la substance; j'ai démontré que l'unité, l'infini,!: substance , l'être en soi , l'absolu , étant cause et cause absolue, ne pouvait pas ne pas produire la variété, le fini , le relatif; de sorte que l'unité et l'infini état! donnés , vous avez déjà en germe la variété et le fini, le fini et la variété de Ui cause , c'est-à-dire une cauiê encore , quoique finie et variée , un monde animé ei plein de forces , et une humanité qui est elie-mênie une cause, une puissance active et productive, h rapport de la cause absolue et de la cause relative ei secondaire est donc un rapport de causes et de forces, c'est-à-dire un rapport de production , non de succession. Il en est de même des époques de l'humanité ; elles ne soutiennent pas seulement l'une enveit
DE LA PH1U)S0PHIE
l*aulre on rapport invariable de succession ; elles soutiennent Tune envers Fanlre un rapport de génération. La première époque de Thamanité engendre la seconde , Fengendre au propre , c'est-à-dire que les résultats de toute espèce produits par la première , industrie. État, art, religion , ^philosophie , deviennent le germe de la seconde , la base sur laquelle elle travaille , et dont elle tire un développement tout différent , et que les débris féconds des deux premières époques combinés ensemble servent de berceau et de racine à la troisième. Ainsi lliistoire est une géométrie inflexible ; toutes ses époques, leur nombre, leur ordre , leur développement relatif, tout cela est marqué en haut en caractères immuables; et Thistoire n'^est pas senlement une géométrie sublime, c'est aussi une géométrie vivante, un tout organique dont les divers membres sont comme dans la vérilable physiologie des totalitéi» bien réelles , qui ont leur vie à part, et qui en même temps se pénètrent si intimement qu'ils conspirent tous à Tunitéde la vie générale. La vérité de rhistoire est l'expression de cette vie générale , ce n'est donc pas une vérité morte que tel ou tel siècle peut apercevoir ; chaque siècle l'engendre successivement ; le temps seul la tire tout entière du travail harmonique des siècles » et elle n'est pas moins que l'enfantement progressif de l'humanité.
Que dis-je ! l'histoire ne réfléchit pas seulement tout le mouvement de l'humanité ; mais comme l'humanité est le résumé de l'univers , lequel est une manifesta tion de Dieu, il suit, qu'en dernière analyse, l'histoire n'est pas moins que le dernier contre-c6up de l'action divine. L'ordre admirable qui y règne est un reflet de l'ordre étemel; la nécessité de ses lois a pour dernier principe Dieu lui-même , Dieu considéré dans ses rapports avec le monde, et particulièrement avec l'humanité qui est le dernier mot du monde. Or, Dieu considéré dans son action perpétuelle sur le monde et sur rhumanité , c'est la Providence. C'est parce que Dieu on la Providence est dans la nature que la nature a ses IcHs nécessaires , que le vulgaire appelle la fatalité ; c'est parce que la Providence est dans Thomanité et dans l'histoire , que l'humanité -a ses lois nécessaires, et l'histoire sa nécessité. Cette nécessité , que le vulgaire accuse , et qu'il confond avec la fotalité extérieure et physique qui n'existe pas , et par laquelle il dé»gne et défigure la sagesse divine appliquée au monde , cette nécessité est la démonstration sans réplique de l'intervention de la Providence dans les affîiires humaines, la démonstration d'un gouvernement du monde moral. Les grands faits de l'histoire sont les arrêts de ce gouvernement , révélés à l'humanité par sa propre histoire , et promulgués par la voix du temps. L'histoire est la manifestation des vues providenlieUes de Dieu sur l'humanité ; les jngemenU de
l'histoire sont les jugements de Dieu même. Si l'humanité a trois époques , c'est que la Providence l'a ainsi déterminé. Si les époques de l'humanité se développent dans tel ordre , c'est encore par un effet des lois de la Providence. La Providence n'a pas seulement permis , elle a ordonné ( car la nécessité est le caractère propre et essentiel qui partout la manifeste) que l'humanité eût un développement régulier pour que ce développement réfléchit quelque chose d'ellemême, quelque chose d'intellectuel et d'intelligible; parce que la Providence , parce que Dieu est l'intelligence dans son essence et son mouvement étemel , et dans ses moments fondamentaux. Si l'histoire est le gouvernement de Dieu , rendu visible , tout est à sa place dans l'histoire ; et si tout y est à sa place , tout y est bien , car tout mène au but marqué par une puissance bienfaisante. De là, messieurs, ce haut optimisme historique que je m^honore de professer, et qui n'est pas autre chose que la civilisation mise en rapport avec son premier et son dernier principe, avec celui qui l'a faite en faisant l'humanité , et qui a tout fait avec poids et mesure , pour le plus grand bien de toutes choses. Ou l'histoire est une fantasmagorie insignifiante, et par conséquent une dérision amère et cruelle , ou elle est raisonnable. Si elle est raisonnable , elle a des lois , et des lois nécessaires et bienfaisantes , car toute loi doit avoir ces deux caractères. Soutenir le contraire est un blasphème contre l'existence et son auteur.
Je regarde l'idée de l'optimisme historique , l'idée d'un plan général de l'histoire , comme la plus haute idée à laquelle la philosophie soit encore parvenue. Seule elle rend possible une philosophie de l'histoire. Elle est la conquête de notre âge : elle suffit pour lui donner le caractère de supériorité que doit avoir le dernier venu dans l'espèce humaine ; elle suffirait pour nous faire remercier la Providence de nous avoir fait nattre à une époque où enfin on commence à comprendre et à amnistier l'existence à tous les points de sa durée, et, par conséquent, à comprendre et à révérer davantage celui qui l'a faite.
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œURS DE LWSTOmE
HUITIÈME LEÇON
SOXMi.lRE.
Retour sur le système historique esquissé dans la dernière leçon. Méthode qui Ta donné. Beauté de Thistoire ainsi conçue ; sa moralité ; son caractère scientifique. — Injuste mépris des philosophes pour Thistoire. Réfutation de Maiehranche. — Des règles de Thistoire. Règle fondamentale : rien d'insignifiant, tout a un sens, tout se rapporte à quelque idée. — Application de cette règle à la géographie physique. Tout lieu pris en fp-and représente une idée , une des trois idées auiquelles toutes les idéet ont éié ramenées. ~ Question générale du rapport des lieux à Phomme et par conséquent à tout ce qui est de Thomme.— Question des climats. — Défense et explication de Topinion de Montesquieu. ~ Détermination des lieux et des climats qui coa?ieonent aux trois grandes époques de rhistoire.
Messieurs ,
Dans la dernière leçon j'ai énuméré et classé toutes les époques de Tbistoire ; j'ai démontré qu'il y avait trois époques , ni plus ni moins , dans Thistoire ; que ces trois époques soutenaient Tune envers Tautre un rapport invariable de succession ; et même que ce rapport de succession en couvrait un autre plus profond et plus intime , le rapport de génération ; de sorte que rhistoire entière de Thumanité se résout en un grand mouvement composé de trois moments qui non-seulement se succèdent » mais qui s'engendrent les uns les autres. Tel est, messieurs, le système de TJiistoire; et ce système , je ne Tai point emprunté à des vues en Tair et à des combinaisons chimériques : je Tai emprunté au principe même et à la seule mesure possible de rhistoire , savoir, l'humanité. La méthode que j'ai suivie n'est pas autre chose en dernière analyse que la méthode d'observation et d'induction. En effet , vous l'avez vu , j'ai tout emprunté à la conscience de l'humanité. Or, là aussi nous étions sur le terrain des faits ; mais de queh» faits? De faits qui, outre l'avantage d'être observables comme les faits extérieurs , ont encore celui d'être entourés d'une lumière immédiate , et de porter leur autorité avec eux-mêmes , puisqu'ils ne sont que la manifestation , le développement de la raison dans le cercle étroit mais lumineux de la con science individuelle. C'est là le point ferme et fixe dont nous sommes partis ; c'est sur cette base et avec Tunique levier, l'unique instrument de l'induction, que nous avons opéré sur l'histoire. Et sur quoi repose l'induction ? Vous le savez ; dans les sciences physiques , l'induction repose sur la supposition de la con-
stance des lois de la nature. Voilà pour le monde extérieur. Il me semble que nous nous entendons à demimot, messieurs. Un fait a lieu, et vous l'induises, vous le transportez dans les temps à venir, vous prévoyez des faits identiques , vous alBrmez que ee qui a lieu aujourd'hui aura lieu demain, que le soleil qui s'est levé aujourd'hui luira demain sur le monde. Quel est le fondement de cette induction ? La supposition inévitable de l'esprit que les lois de la nature sont constantes à elles-mêmes. De même ici l'induction que j'ai faite de l'humanité à l'histoire repose sur une seule supposition , celle de k constance des lois de l'humanité. Si l'humaine nature est constante à elle-même , il n'y a dans son développement historique que ce qui est dans son développement psychologique : l'un est la mesure de l'autre. Or, dans la conscience il y a trois termes dans un certain ordre. Donc àprwri, il ne peut y avoir dans l'histoire que trois termes , dans le même ordre que celui que nous a donné hi conscience. Ce n'est pas là , messieurs , de la scolastique , c'est de l'histoire faite avec la nature humaine : ce n'est pas un système abstrait , comme on dit , c'est un système trèsréel , puisqu'il est appuyé au centre même de toute pensée réelle, savoir, la conscience. La conscience est la réalité la plus immédiate et U plus certaine pour nous; et quand nous la transportons dans le temps, nous ne faisons autre chose que suivre le principe de toute réalité partout où il nous conduit.
Rien n'est donc plus réel que le système de l'his* toire que je vous ai exposé , car ce n'est pas autre chose que l'humaniié elle-même avec ses éléments incontestables, fidèlement et constamment développés. Il y a plus ; de même que l'histoire a été rapportée à la nature humaine , de même Thumanitéa été rapportée à la nature extérieure , au sein de laquelle elle fait son apparition. L'homme n'est pas l'effet et ta nature la cause , nous l'avons vu ; mais il y a entre la nature et l'homme une harmonie manifeste de caractères généraux , de lois générales. Il y a plus encore ; to«4 coume nous avions rapporté l'humanité à la nature , de même, force nous a été de rapporter cette nature extérieure et la nature humaine , avec leurs caractères et leurs lois générales , au principe commun dont la nature et l'homme dérivent ; et dans le principe nous avons retrouvé, nous avons dû nécessairement retrouver en germe, sous la forme de puissances substantielles et non développées, tous les éléments qui plus tard, tombés dans le temps et dans l'espace, constitueront les forces, et les lots de la nature , les forces et les lois de l'humanité. Donc , messieurs , l'histoire de notre espèce , rhistoire de cet être particulier, limité et borné, qu'on appelle l'homme , celte histoire bien faite se lie à ce vaste univers , et par ce vaste univers à l'auteur de toutes choses. 11 s'ensuit que l'existence uni-
DE LA PHILOSOPHIE
Tenelle pane tout entière dans le développement historique de rhmiiaDité , et que ce développement kietorique est gros pour ainsi dire de tout ce que contiemeot les degrés antérieurs de rexistence.
Ainsi rhistoire n'est point une anomalie dans Tordre général ; elle est vérifiable à tous ses degrés par tous les degrés de Texistence universelle , comme ces degrés sont vérifiables les uns par les autres. Doutezvous des caractères essentiels de la Divinité? Adressez- Toos an monde, car il implique que Teffet ne réfléchisse pas plus ou moins la cause. Doutez-vous des caractères de ce monde ? Adressez-vous à l'humanité , car il impliquerait encore que Thumânité , qui fait son apparition an sein de ce monde , ne le réfléchit pas de quelque manière. Doutez-vous de la légitimité de vos résnitats historiques; hésitez-vous sur Tordre et la marche du développement de Thistoire? Adressezvous à la fois et. à Thumanité et à la nature et à la Divinité. Éprouvez sans cesse tous ces degrés de Tordre général les uns par les autres; cette vérification vous donnera constamment le même résultat. Vous y verrez que Thistoire reproduit les mouvements succesmh de Texistenee universelle dans la succession de ses époques , et qn^elle est pleine d'harmonie d'elle-même à eile-mème <kns les divers moments de son mouvement total, et d>Ue-mème à tout le reste. L'histoire ainsi conçae , dans cette harmonie universelle , est donc éminemment belle; elle est une poésie admirable, le drame «ni Tépopée du genre humain.
Non-eeolement Thistoire ainsi conçue est belle, mais alors , et seulement alors , elle a une haute moralité. En eflet, messieurs , niez ou énervez le système de Thistoire, niez on énervez ses lois et son plan nécessaire et invariable , vous rompez ou vous relâchez le lien qui rattache Thistoire à Thumanité et au monde, et par là à Dieu. Vous ne faites pas moins que nier la divine providence. Considérez Dieu sans rapport avec le monde et Thumanité ; et Dieu sans doute est encore et tout entier dans les profondeurs de son essence , invisible y inaccessible, incompréhensible; mais ce n'est pins là le Dieu du monde et le Dieu de l'humanité ; ce n'est plus un Dieu qui ait des vues et des desseins sur son ouvrage , ce n'est pas là le Dieu que les hommes adorent et bénissent sous le nom de Providence. A quelle condition y a-t-il providence? A la esndition que Dieu passe , sans s'y épuiser, il est vrai , dans le monde et dans Thumanité , et par conséquent dans Thistoire, qu'il y dépose quelque chose de loi-ménie , y mette de la sagesse , de la justice et de Tordre, un ordre invariable comme son auteur. La Providence est engagée dans la question de la nécessité des lois de Thistoire. Nier Tune , c'est ébranler l'autre , c'est renverser ou obscurcir le gouvernement moral et divin des choses humaines. Si donc , on osait donner è
notre système les noms de panthéisme et de fatalisme , c'est-à-dire indirectement , ou plutôt très-directement d'athéisme, il faudrait bien, pour nous défendre, renvoyer à notre tour cette aimable accusation à ceux qui la font : car le vrai Dieu pour nous , c'est un Dieu en rapport avec l'humanité , une Providence ; et la Providence ne peut être exilée de Thistoire , car ses desseins sur l'humanité ont besoin du développement de Thumanité dans Thistoire. Or, si la Providence est dans Thistoire , il faut bien qu'elle y soit avec un plan , avec un plan fixe , c'est-à-dire avec des lois nécessaires. La nécessité des lois de Thistoire avec leur haut caractère de sagesse et de justice , est la forme visible de la Providence dans Thistoire.
Ainsi le système que je vous ai développé est seul moral , en même temps que seul il est bc^u ; j'ajoute que seul il est scientifique. En effet , ce qui constitue la science , c'est la suppression de toute anomalie , Tordre substitué à l'arbitraire, la réalité à l'apparence , la raison aux sens et à Timagination , les phénomènes particuliers rappelés et élevés à leurs lois générales.
L'histoire est donc belle, morale, scientifique. Considérée sous ce point de vue , elle se présente au regard du philosophe comme un digne objet d'étude et de méditation.
Messieurs, un jour le père Malebranche entrant chez un jeune homme , qui fut depuis Tillustre chancelier d'Aguesseau , le trouva occupé à lire Thucydide; sur quoi le bon et doux Malebranche se mit un peu en colère , et reprocha à son jeune ami de ne chercher que des amusements pour son imagination , de s'arrêter comme un enfant à des faits accidentels , qui avaient pu arriver ou n'arriver pas , au lieu de s'occuper de lui-même , de Thomme « de sa destinée , de Dieu , enfin d'idées et de philosophie. Je ne me souviens plus de ce que fit d'Aguesseau : je crois qu'il quitta Thucydide pour Descartes. Si j'avais été à sa place, j'aurais sans doute pris Descartes bien volon* tiers , mais j'aurais gardé Thucydide , et cela en vertu même du système de Malebranche. J'aurais pu dire à Malebranche : c Comment se fait-il que vous , philosophe , dédaigniez ainsi Thistoire? Vous voyez tout en Dieu , et vous avez raison , avec quelque explication. Mais si tout est en Dieu , il semble que Dieu doit être dans tout , qu'il doit être dans ce monde , et surtout dans Thumanité ; il semble donc qu'il doit être dans tout ce qui est de Thumanité , et par conséquent dans son histoire. Si , de votre aveu , rien n'existe qu'à la condition de se rapporter à Dieu et aux idées qui le manifestent , il s'ensuit qu'il n'y a rien dans Thistoire qui n'ait sa raison d'être , son idée , son principe , sa loi : donc Thistoire est éminemment philosophique. >
Je ne sais pas ce que dans ses principes Malebranche
es
COURS DE L*mSTOiIIE
eût pu répondre à cela. Je considère Tbistoire comme la contre-épreuve de la philosophie , comme une philosophie tout entière ; et c'est de ce point de vue que je tire la règle essentielle de Thistoire.
Si tout a sa raison d'être , si tout a son idée , son principe , sa loi, rien n'est insignifiant , tout a un sens ; c'est ce sens qu'il s'agit de déchiffrer, c*est ce sens que l'historien philosophe a la tâche et la mission de discerner , de dégager , de mettre en lumière. Le monde des idées est caché dans le monde des faits. Les faits en eux-mêmes et par leur côté eitérieur sont insignifiants; mais fécondés par la raison , ils manifestent l'idée qu'ils enveloppent , deviennent raisonnables , intelligibles ; ce ne sont plus alors de simples faits qui tombent sous nos sens , ce sont des idées que la raison comprend et combine. Sans doute on fait très-bien de recueillir les faits comme ils se passent ; mais ce sont là plutôt des matériaux pour l'histoire que l'histoire ellemême. L'histoire proprement dite, l'histoire par excellence, l'histoire digne de ce nom [de hropia de îmt/uj^ èiricTct/LCMy savoir], la science de ce qui fut, ne se trouve que dans le rapport des faits aux idées. Le premier devoir de l'historien philosophe est donc de demander aux faits ce qu'ils signifient , l'idée qu'ils expriment , le rapport qu'ils soutiennent avec l'esprit de l'époque du monde au sein de laquelle ils font leur apparition. Rappeler tout fait , même le plus particulier , à sa loi générale , à la loi qui seule le fait être, examiner son rapport avec les autres faits élevés aussi à leur loi , et de rapports en rapports arriver jusqu'à saisir celui de la particularité la plus fugitive à l'idée la plus générale d'une époque , c'est là la règle éminenle de l'histoire. Cette règle se divise en autant de règles particulières que l'esprit général d'une époque peut avoir de grandes manifestations. Or à quelles conditions se manifeste l'esprit d'une époque ? A trois conditions. D'abord il faut que l'esprit d'une époque , pour être visible , prenne possession de l'espace , s'y établisse , et occupe une portion quelconque plus ou moins considérable de ce monde ; il faut qu'il ait son lieu , son théâtre : c'est là la condition même du drame de l'histoire. Mais sur ce théâtre il faut que quelqu'un paraisse pour jouer la pièce : ce quelqu'un , c'est l'humanité , c'est-à-dire les masses. Les masses sont le fonds de l'humanité ; c'est avec elles , en elles et pour elles que tout se fait ; elles remplissent la scène de l'histoire , mais elles y figurent seulement ; elles n'y ont qu'un rôle muet, et laissent, pour ainsi dire, le soin des gestes et des paroles à quelques individus éminents qui les représentent. En effet, les peuples ne paraissent pas dans l'histoire ; leurs chefs seuls y paraissent. Et par chefs je n'entends pas ceux qui commandent eu apparence, j'entends ceux qui commandent en réalité, ceux que les peuples suivent en tout genre.
parce qu'ils ont foi en eux et qu'ils les considéra. comme leurs interprètes et leurs organes , et part qu'ils le sont en effet. Les lieux , les peuples , ^ grands hommes , voilà les trois choses par leaqiwBrl'esprit d'une époque se manifeste nécessairemeiai , t. sans lesquelles il ne pourrait pas se manifester ; sont donc là les trois points importants auxquels l'hÀtorien doit s'attacher. Si tout exprime quelque tAtt comme nous l'avons démontré , lieux , peuples , k:vidus , tout cela n'est qu'une manifestation quetcos^^ d'idées cachées que la philosophie de Thisioire à% dégager et mettre en lumière. Parcourons successn^ment ces trois points.
Je commencerai brusquement nos recherches fi? le premier point par la formule qui derrait les vamr ner. Je vous dirai , messieurs , que tout lieu , tor territoire représente nécessairement une idée » et pr conséquent une des trois idées auxquelles nous avaa ramené toutes les idées. Un lieu représente ou l raiB ou le fini , ou le rapport du fini à l'infini ; telle est b formule que la philosophie de l'histoire impose à hm lieu ; telle est la formule que je me chaîne de £ur sortir de tout lieu donné : ou il faudrait que ce liei fût comme s'il n'était pas , qu'il fût insignifiant , c'e«à-dire qu'il manquât de raison d'être , qu'il n'eût £ nécessité ni loi. Or , je ne sache rien au inonde qa ' n'ait sa raison d'être , sa nécessité , sa loi ; et took loi est exprimable sous une formule philosophique. Les formules philosophiques effrayent; mais savez-TOsi ce qu'elles effrayent? Les sens, l'imagination et «s ombres d'idées qu'engendrent les associations dessesi et de l'imagination , et qui usurpent l'apparence df sens commun. Je suis pénétré du plus profond resped pour le bon sens , car le bon sens n'est autre choie que la raison elle-même prise à son plus bas degré, dans son côté le plus populaire ; mais je ne confonds pas avec le bon sens les fantômes , d'autant plus fam qu'ils sont plus fidèles, de l'imagination et de la sensibilité. La philosophie est l'expression delà raison, nos des sens et de l'imagination. Les formules de la philosophie ne sont légitimes qu'à la condition précisément de rompre avec les habitudes des sens et de l'imagination. Ces formules , si effrayantes dans leur première apparition , ne sont que la raison dans toute sa rigueur , et par conséquent le bon sens élevé à sa plus haute puissance. En effet , ce que je viens de vmu dire en formules métaphysiques , vous vous l'êtes dit cent fois à vous-même ; tout le monde le sait et le répète ; et la formule paradoxale de la science se résout ici dans un préjugé du sens commun.
En effet, ôtez les mots , ne considérez que les idées. Quel est celui de vous qui pense que les lieux , la terre qu'il habite, l'air qu'il respire, les montagnes ou k$ fleuves qui Tavoisinent, le climat , le chaud, le froid.
DE LA PHILOSOPHnS.
toutes les impressions qui en résaltent; en ud mot, que le monde extérieur lui est indifférent et n'exerce sur lui aucune inQuence? Ce serait, messieurs, de votre part un idéalisme un peu extraordinaire, et jlmagine que tous croyez avec tout le monde que Tâme est distincte, mais non pas absolument indépendante du corps , et que , par conséquent , la nature extérieure a une influence indirecte , mais trés-réelle sur rhomme , et par conséquent encore sur tout ce qui est de rhomme. Pense^vous , pense-t-on , quelqu'un peut-il penser, quelqu'un a-t-il jamais pensé que rhomme des montagnes ait et puisse avoir les mêmes habitudes, le même caractère, les mêmes idées, et soit appelé à jouer dans le monde le même rôle que rhomme de la plaine, que le riverain , que l'insulaire ? Crojez-vous , par exemple , que l'homme que consument les feux de la zone torride , soit appelé à h même destinée que celui qui habite les déserts glacés de la Sibérie? Le croyez -vous? Eh bien ce qui est vrai des deux extrémités de la zone glacée et de la zone torride doit l'être également des lieux intermédiaires , et de toutes les latitudes. Jusqolei la raison a l'avantage de s'accorder avec le préjugé , et c'est beaucoup pour elle. Oui, messieurs, donnez-mbi la carte d'un pays , sa configuration , son climat, ses eaux, ses vents, et toute sa géographie physique; donnez-moi ses productions naturelles, sa flore, sa zoologie , etc., et je me charge de vous dire o priori quel sera Thomme de ce pays et quel rôle ce pays jouera dans Thistoire , non pas accidentellement , mais nécessairement, non pas à telle époque, mais dans tontes , enfin l'idée qu'il est appelé à représenter. Un bomme qu^on n'accusera pas de s'être perdu dans des rêveries métaphysiques, mais qui joignait à l'esprit le plus positif ces grandes vues où le vulgaire des penseurs ne voit qu'une imagination ardente , et qui ne sont pas moins que le regard rapide et perçant du génie ; un homme qui ne jouera pas un grand rôle dans les annales de la métaphysique , le vainqueur d'Àrcole et de Marengo , rendant compte à la postérité de ses desseins vrais ou simulés sur cette Italie qui devait lui être chère à plus d'un litre, commence par une description du territoire italien dont il tire toute l'histoire passée de l'Italie , et le seul plan raisonnable qui ait jamais été tracé pour sa grandeur et sa prospérité. Je sais peu de pages historiques plus belles que eelles-lii. \ cette autorité je joindrai celle de Montesquieu , c^est^à-dire de l'homme de notre pays qui a le mieux compris l'histoire , et qui le premier a donné l'exemple de la véritable méthode historique. L'auteur de V Esprit des loi$, après avoir établi nettement et profondément que tout a sa raison d'être , que tout a sa nécessité , que tout a sa loi , tout , à commencer par Dieo même , n'hésite pas à attribuer au climat une
influence immense sur la créature humaine. Mais Montesquieu n'éuit pas homme à s'arrêter à cette généralité; il la développe et l'applique en détail. J'invite les es» prits élégants qui aiment assez la philosophie, pourvu qu'elle ne leur cause aucune fatigue , et qui l'abandonnent aussitôt qu'elle entre dans le fond des choses , c'est-à-dire dans le rapport qui lie les plus petites particularités aux plus hautes généralités , je les invite à se donner ici le spectacle du génie de Montesquieu, et à voir comment il procède ; comment , le principe général admis, Montesquieu le suit dans ses plus étroites conséquences ; comment , descendant des hauteurs de l'idée générale, il l'applique à toutes les institutions humaines , politiques, civiles, religieuses, militaires , aux lois les plus petites comme aux plus grandes. C'est là le triomphe de l'esprit philosophique. En eflet , il n'y a pas de lacunes dans les choses ; tout se tient et se lie. Il commence à se répandre parmi nous de salon en salon, sur les ruines de la philosophie de la sensation mal combattue et mal détruite , je ne sais quel spiritualisme sentimental et pusillanime, bon pour des enfants et pour des femmes , et qui ne serait pas moins fatal à la science que le matérialisme. Je combattrai l'un avec autant de fermeté que j'ai combattu l'autre. Sans doute , messieurs , le rapport de l'homme et de la nature n'est pas un rapport de l'effet à la cause , mais c'est un rapport intime et profond dont la raison est très-simple , savoir : que l'homme et la nature sont deux grands effets qui , venant de la même cause , portent les mêmes caractères ; de sorte qu'il est absolument nécessaire que les lois de la nature se retrouvent dans l'humanité, et que par conséquent U terre et celui qui l'habite , l'homme et la nature soient en harmonie , puisque tous deux manifestent la même unité. C'est ainsi, messieurs, et c'est seulement ainsi qu'il faut entendre et que j'admets l'idée de Montesquieu.
Tel climat donné , tel peuple suit avec. Or, si tel lieu demande tel peuple et non tel autre ; si vous ne pouvez supposer sous des lieux très-différents le même développement moral, j'en conclus, messieurs, et après avoir été du paradoxe au préjugé vous trouvères peut-être que je retourne du préjugé au paradoxe, je conclus que les lieux divers représentent des idées diverses , et que , par conséquent , si nous voulons chercher dans ce vaste univers le théâtre des trois grandes époques dans lesquelles nous avons divisé le développement nécessaire de l'humanité , nous ne pourrons placer dans un même lieu et sous le même climat ces trois époques si dissemblables. Trois époques différentes , donc trois théâtres différents pour ces trois époques; cela est nécessaire, messieurs, à moins qu'on ne me dise que ce qui se passe sous la zone torride peut se passer sous la zone glacée , qu'on peut
COURS DE LWSTOIRE
à volonté meure tel on lel people tous telle ou telle latitude , et sous cette latitude lui faire jouer le même rôle. Or rappelez*vous où nous en sommes : nous avons trouvé trois époques , savoir : Tépoque de Tin* fini y celle du fini et celle du rapport de Tiafini et du fini. Eh bien ! où placerons-nous la première , cette époque de riiumanilé qui doit avoir pour but de représenter rintini, Tunité, l'immobilité? Cherchons pour celle époque de Thistoire ainsi déterminée un théâtre; essayons, messieurs.
Je vous propose de donner pour théâtre à Tépoque de rinfini , si vous me permettez de m'exprimer ainsi , des pays de côtes, les bords de grands fleuves , le littoral de mers intérieures assez considérables pour exciter le courage , pas assez vastes pour le rebuter et le lasser. Un bras de mer est moins une barrière, comme on le croit ordinairement , qu'un lien entre difièrents peuples qu'il a Tair de séparer et qu'il rapprocbe sans les confondre. Supposez que ce pays de côtes, s'étendant à une certaine distance dans les terres, se forme en collines, en montagnes assez élevées pour nuancer le pays et y opérer des diversités , pas assez élevées pour y former des barrières. Voilà des côtes étendues , des fleuves considérables ; une mer intérieure, peu de montagnes irès-élevées ; je demande si c'est à ces lieux que vous confierez le développement de l'époque de l'infini. Quoi ! tout sera immobile sur ce théâtre du mouvement ! Quoi ! l'espèce humaine sera stalionnaire où la nature s'agite et l'agite sans cesse ! Peu d'industrie et de commerce en présence de celle mer qui invile l'homme, en face de ces bords opposés qui l'appellent â des échanges perpétuels 1 Le goût du gigantesque dans une nature où tout est circonscrit et varié ! Quoi ! l'homme et ses ouvrages auront le caractère de l'unilé absolue et de l'uniformité , là où tout tend à la division , où tout inspire le sentiment de la variété et de la vie ! Je demande si la raison peut consentir à une pareille hypothèse. Variez l'hypothèse : cherchez un théâtre pour l'époque de l'histoire qui doit représenter l'idée du fini , et par conséquent du mouvement, de l'activité, de la liberté , de l'individualité dans l'espèce humaine. Je vous demande si vous assoirez celle époque dans un immense continent, enceint d'un océan immense qui, au lieu d'attirer l'homme , le décourage , parce que derrière ces abîmes il n'aperçoit rien et n'espère rien, que nul vestige d'homme ne se montre , et que l'homme va seulement où il croit trouver son semblable : assoirez-vous cette époque dans un continent très-compacte, extrêmement étendu en longueur et en largeur, et formant une masse dans laquelle il y aura peu de fleuves, peu de lacs, aucune mer intérieure, dans hiquelle il y aura ( nous faisons une hypothèse) de vastes déserts , des chaînes immenses de monlagnes élevées qui sépareront les
popolalioos et exigeront d'elles de longues a»Déet « d'immenses efforts avant qu'elles puissent se donne la main? Une pareille terre ne produira que des aûmaux énormes. Supposez-la encore brûlée par le soleil et je demande si c'est là que vous mettrez l'époqaeqsi doit représenter le fini , le mouvement, l'acUvité, I ndividualiié, la liberté dans l'histoire. Enfin,nieltrez-vMi l'époque du monde qui doit représenter le rnppmt di fini à l'infini, la mettrezvous dans une petite île,» il n'y eût pas assez de terrain , assez d'étendue es longueur et en largeur pour que l'unilé , la durée , la fixité puissent y avoir leur place ; où tout devra étn insulaire , étroit , borné , exclusif; où évidemment 0 n'y aura pas de jeu pour tous les extrêmes , et pow tous les rapports de tous les extrêmes ?
Je demande si vous pouvez accepter ces hypothèsos si vous pouvez concevoir qu'une petite tle soit à la foii une grande puissance territoriale et maritime ; je vo« demande si c'est sur des pays de côtes que vous mettrei l'immobilité, et sur le plateau d'immenses montagoet le siège du mouvement. Tout ceki est impossible ; b raison y résiste absolument. Donc les lieux ont an» leurs lois, et quand un lieu porte tel caractère, il amène irrésistiblement lel développement humain , ou , pov m'exprimer plus exactement, il coïncide nécessairenieoi avec tel développement humain. Si donc tous avez trois époques dans le rapport de succession qui a été déterminé , l'époque de Tinfini aura pour théâtre uo immense continent dont toutes les parties seront compactes, immobiles et indivisibles comme l'unité; et comme il faudra bien qu'il aboutisse à quelque mer, il aboutira à l'Océan et renfermera avec des déserti immenses des montagnes presque infranchissables; tout au contraire , l'époque du fini occupera des pajt de côtes, les bords de quelque mer intérieure ; car les mers intérieures, représentant la crise et la fermentation de la nature, sont le centre naturel, le lien et le rendez-vous des grands mouvements de la civilisation et de l'humanité ; enfin , soyez sûrs que l'époque qai devra représenter dans l'histoire le rapport du fini i l'infini sera un continent considérable , assez et pas trop compacte, d'une longueur et d'une largeur bien proportionnée qui, tout en confinant l'Océan, aura aussi des mers intérieures , de grands fleuves qui le traversent en tous sens , de telle sorte que le mouvement et l'immobilité , que la durée et le temps , que le fini et l'infini puissent y trouver leur place , que rien n'y demeure dans une unité glacée et que rien ne s'j dissolve , que tout dure et en même temps que tout se développe , que tous les extrêmes y soient et avec leur harmonie.
Trois époques de civilisation , donc trois théâtres différents pour ces trois époques ; et si ces époques se succèdent , comme nous l'avons montré , il faudra que
DE LÀ PHILOSOraiE.
la ciirSiialîoB aîUe wm d'un théâtre à un autre, et ftisse le tour do mcsde en saÎTant le moiiTement physique des terratns et des climais, correspondant à celui des époques tel que nous TaToiis déterminé. L'histoire s^ouvre par Tépoque de Tinfini et de Punité; donc la civilisation a dû commencer sur un continent haut et immense pour se répandre à travers les plaines, et arriver an centre du mouvement et de la fermentation do monde , puis sortir de ce tourbillon de Thistoire et du globe , si je puis m'exprimer ainsi , non pour retourner sur les montagnes d'où elle est descendue, car Thumanité ne retourne jamais en arrière , Thumanité ne recule jamais , mais pour marcher en avant, dans des régions inconnues, et, riche des deux éléments qu'elle a recueillis sur sa roule, vemr les déposer enfin dans un autre continent qui , par sa configuration , par sa température exquise, par le mélange de mers et de terres , de montagnes et de plaines , soit propice au développement complet et harmonique de l'humanité.
Telle est, messieurs, la marche nécessaire de la civilisation à travers lé monde ; le théâtre est préparé ; voilà ce globe fait pour l'homme et uniquement pour l'homme , merveilleusement arrangé et distribué pour recevoir celui qui est appelé à y jouer un si grand rôle. Dans la prochaine leçon , sur cette scène ainsi préparée , nous suivrons les peuples et ces grands indi* ▼idus qui les représentent , et qu'on appelle les héros.
NEUVIÈME LEÇON
SOMMAIRE
Sujet de la leçon. De la philosophie de Phittoire appliquée i rétude des peuples. Écarter la question d*un peuple primitif. —Rechercher : 1o ridée d*iin peuple ; 9o le développement de cette idée; 5* dans tous iee éléments constitutif» d*un peuple» et d'abord dans Pindustrie, les lois, Part et la religion. — Saisir les rapports de ces éléments entre eux, leurs rapports d*antériorilé ou de postériorité , de supériorité ou d*tnférionté , surtout leur harmonie dans Puni té du peuple ; 4* dans la pUtosophie. La philosophie réfléchissant tous les éléments d'un peupla est Pexpresaion dernière de ce peuple. — Des peuplée différents d'une même époque entre eux considérés dans leurs ressemblances. Que Pexprestion dernière de eefte époque, dans son unité, est empruntée à la philosophie.— Des différences des différents peuples d'une époque. Idée de la guerre. Sa nécessité. Son utilité. — Motifs de la célébrité des grandes batailles. Que la guerre a ses lois et n'est pas on jeu incertain.— Moralité delà victoire.— Importance historique de la guerre, de l'état militaire d'un peuple, même do la stratégie. * Conclusion.
Messieubs ,
Dans la dernière leçon j'ai indiqué rapidement les rapports généraux qui lient les climats, les lieux,
toute la géographie physique à Thistoire ; il s'agit aujourd'hui, sur cette scène du monde ainsi préparée , d'observer l'action des peuples , et de déterminer les aspects généraux sous lesquels les peuples se présentent et se recommandent à la philosophie de l'histoire.
N'y a-t-il qu'un peuple primitif , c'est-à-dire une seule race , et par conséquent une seule langue , une seule religion, une seule philosophie, qui, sorties d'un seul centre et d'un foyer unique , se répandent successiTcment sur toute la face du glohe, de telle sorte que la civilisation se fasse par voie de communication, et que l'histoire entière ne soit qu'une tradition ; ou bien , l'histoire n'a-t-elle d'autre fond que la nature humaine, la nature qui nous est commune à tous, et qui, partout la même, mais partout modifiée, se développe partout avec ses harmonies et ses différences? Telle est la première question que rencontre sur son chemin la philosophie de l'histoire ; selon moi, cette question est encore plus embarrassante qu'importante. En effet , messieurs , soit que d'une source unique partent des peuples différents et une civilisation variée , soit que cette variété ait pour racine unique la nature humaine , toujours est-il que ce peuple primitif ou cette nature commune à tous aboutissent à des développements divers ; or ce sont ces dévelop^ pemenis divers qui tombent seuls dans l'histoire. Dans l'histoire il n'est pas question de la nature humaine dans l'abstraction de son identité, ni d'un peuple primitif sans aucun développement ; car si ce peuple primitif et cette nature humaine restaient toujours à I état d'identité et sans développemento , il n'y aurait pas d'histoire. Supposes quoi que ce soit qui durftt absolument identique à soi-même , sans soutenir ni vis-à-vis soi-même ni vis-à-vis les autres aucun rapport de diversité , il est trop clair que cet être , quel qu'il fût , n'aurait pas d'histoire. L'élément historique, nous l'avons déjà vu , c'est l'élément de la différence. Supposes donc à volonté un peuple primitif ou une nature partout identique , comme le fond de l'histoire, vous ne pouvez vous en tenir là , il faut bien que vous arriviez à des développements , c'estrà-dire à des différences pour arriver à l'histoire. Or , comme il y a trois époques différentes dans l'histoire , il s'ensuit que pour ces trois époques essentiellement différentes, il fout en laissant intacte la question du fond commun de l'histoire et des peuples, il faut, dis-je, nécessairement trois ordres très-distincts de populations. Je dis trois ordres de populations , et non pas trois peuples. Pourquoi ? Parce que nous avons vu que si chaque époque est une en ce sens que dans tonte époque il y a un élément de la nature humaine qui prévaut sur les autres, une idée qui, dominant sur toutes les autres idées, les enveloppe toutes et leur donne à toutes son caractère propre , il n'en est pas moins vrai
COUSIN