I. ORGANISATION GÉNÉRALE
DE l'instruction PUBLiQOE.
Dans un pays aussi petit que la Hollande, dpii, dans ses dix provinces ou départements (f), ne compte que deux millions cinq cent mille habitants («), l'instruction publique ne forme pas un ministère à part ; elle fait partie du ministère de l'intérieur. A h tête de cette division du ministère est un référendaire qui travaille avec le ministre. A côté de ce référendaire est un inspecteur des écoles latines et de TinstrucUon primaire. Ce fonctionnaire est le principal ressort de l'instruction publique.
Voilà toute la centralisation de l'instruction publique en Hollande. Il n'y a ni conseil , ni inspecteurs généraux , excepté celui dont nous venons de parler et qui est aujourd'hui M. Wynbeek. On en donne pour raison : i<* le peu d'étendue de la Hollande ; 2® la force des localités et des habitudes provinciales ; 3<> l'exirtence d'une loi sur l'instruction primaire, et d'une ordonnance royale sur l'instruction supérieure, loi et ordonnance qui partout sont fidèlement exécutées et marchent comme d'elles-mêmes sous les autorités spéciales qu'elles ont créées.
Au reste, cette organisation centrale a plus d'une fois varié , même depuis iSi 5 , et elle n'est constituée ni par une loi, ni par une ordonnance. Ainsi, en 4815, il y eut une sorte de ministre spécial de l'instruction publique sous le nom de commissaire général de l'instruction, des arts et des sciences , M. Repelaer van Driel , et cela dura jusqu'en 1818 où M. Faick devint ministre de l'instruction publique, département auquel on ajouta l'industrie nationale et les colonies. Plus tard , l'état actuel des choses s'est établi et s'est maintenu.
Mais c'est précisément parce que l'inslruction pu-
(t) Hollande septentrionale, Hollande méridionale, Zélande, Utrecht, Frise, Groningue, Drenlhe, Over-Y«sel , Brabant, Limbourg.
(2) Malte-Brun.
EN HOLLANDE
blique esl comme fondue dans le minislère de Tintèrieur , qu^elle a besoin d'un conseil chargé spécialement de veiller à la slricle exécuUon des règlements exîsianis, de préparer les uouveaui règlemenis qui peuvent devenir nécessaires , d'établir une jurispru*dence fixe dans toutes les décisions de l'administration centrale, et d'imprimer ainsi une impulsion une et forte à la chose scolastique. On verra tout à l'heure que rinstruction primaire est en possession d'une institution de ce genre. En effet, il y ade temps en temps, à La Haye, sous la présidence du ministre, une assemblée d'un certain nombre d'inspecteurs des départements , réunis en conseil et proposant toutes les mesures que leur paraissent réclamer les besoins du service. Il semble qu'il eût été raisonnable d'établir une institution analogue pour Tinstruction supérieure. La loi fondamentale établit un conseil pour la monnaie (i). L'instruction publique a-t -elle moins besoin d'une surveillance générale et continue? Il n'y a point en Allemagne, je ne dis pas un seul royaume, mais un seul duché un peu considérable qui ne possède un semblable conseil sous un nom ou sous un autre , et en général sous celui de consistoire (i). En France , le conseil royal fait partie intégrante de l'organisation même de l'instraciion publique ; il en est comme le régulateur au milieu des commoi ions perpétuelles de la politique; et sans lui, depuis i 808, l'instruction publique aurait cent fois changé de direction en changeant de directeurs et de ministres; elle aurait erré au gré des opinions littéraires à la mode, des partis religieux et politiques, des révolutions de ministère et de gouvernement. L'unité d'un pays est surtout dans celle de l'éducation nationale ; et cette unité ne peut être assurée que par uu conseil permanent qui soit en quelque sorte la cour de cassation de l'instruction publique. En Hollande, ce n'est pas contre les mouvements désordonnés qu'il faut se défendre ; c'est bien plutôt contre l'esprit de routine et contre une certaine apathie qui résulte du phlegme national. Un conseil permanent de rinstruction publique qui aurait l'œil sans cesse ouvert sur les abus et travaillerait sans cesse à prévenir ou à réformer, aurait donc aussi son utilité ; du moins, un conseil temporaire serait-il indispensable^ et, par analogie avec ce qui se fait dans l'instruction primaire, je soumets au gouvernement hollandais l'idée d'une réunion annuelle ou triennale, à l^a Haye, d'un certain nombre de curateurs d'écoles latines et d'universités , qui, sous la présidence du ministre, délibéreraient sur les intérêts de l'instruction supérieure etproposeraient les mesures générales que leur suggérerait leur expérience. Hors de là , il ne reste que l'arbitraire ministériel ou l'omnipotence municipale. Entre ces deux extré-
mités , presque également Acheuses pour la dignité et le progrès des sciences et des lettres , la sagesse allemaitde et le génie de Napoléon ont placé un conseil investi d'une autorité convenable.
Examinons maintenant en elles-mêmes chacune des grandes parties de l'instruction publique. Une loi (le 1806, qui n'a subi presque aucune modification , régit depuis cette époque l'instruction primaire ; el une ordonnance royale du 2 août 4845 a constitué l'enseignement supérieur à ces deux degrés : i^ les écoles dites latines , qui sont nos collèges et les gymnases de l'Allemagne ; ^ les universités , et quelques hautes écoles à peu près du même ordre , bien qu'elles ne confèrent pas des grades, et appelées athénées. Nous allons faire connaître successivement cette loi et cette ordonnance.