‹ Œuvres de Victor CousinChapitre 150 sur 212 · SOI · texte numérisé non relu

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ft) Rapport, etc.

moins qu'il y en eût trois : une à Groningue , pour les déparlemenU de Groningue, de la Frise, de la Drenthe, et de rOver-Yssel ; et certes , ce n'est pas trop d'une école normale pour ces quatre départements, qui contiennent une étendue de territoire de plus d'un million d'hecures , une population de près de 700,000 Âmes, et des villes telles que Groningue, Leeuwarde, Zwolle, Deventer, Kampen, Assen, et beaucoup d'autres. L'é» cole normale d'Harlem servirait aux trois départements de la Hollande septentrionale , de la Hollande méridio* nale , et de la Zélande , qui possèdent près d'un million d'habitants et qui renferment les trois villes principales de la monarchie , Amsterdam , Rotterdam et La Haye. Mais il n'y a pas aujourd'hui une seule école normale pour ce vaste territoire , qui contient les quatre départements d'Utrecht , de la Gueidre , du Brabant septen* trional et du Limbourg , où sont des villes telles qu'il* trechtet Amersfort, Nimègue et Arnheim, Bois-le-Duc, Bréda et Maestricht. Cette partie du royaume demande au moins une école normale comme celle de Groningue ; et le mieux peut-être serait qu'elle en eût deux. Tune à Utrecht , pour les deux déparlements de la Gueidre et d'Utrecht ; l'autre à Bois-le-Duc ou à Maestricht, pour le Brabant septentrional et le Limbourg. Il serait digne de la Sociélé du 6t«npu6ltc, à laquelle on doit déjà l'école normale de Groningue, de se livrer à l'utile entreprise que nous venons de lui signaler. Je prie le gouvernement hollandais de faire attention qu'il n'y a pas un département en Prusse qui n'ait au moins une école normale , et il y a des départements qui en ont plusieurs. En France, la loi de 1853 impose une école normale à chaque département , en laissant toutefois à plusieurs départements la faculté de se réunir pour fonder en commun une pareille école. Je recommande ces faits et les considérations qui s'y rattachent au gouvernement hollandais. Quand il donnerait, pour chacune des deux petites écoles normales que je lui propose d'établir, 12 à 15,000 fr. par an, ce ne serait pas une grande dépense , et celte dépense serait trèsproductive; d'abord elle améliorerait promptement l'état de l'instruction primaire dans ces déparlements, dont plusieurs passent pour être un peu en arrière ; ensuite, il y aurait ici un résultat politique qu'il faut savoir obtenir an prix de quelques sacrifices. La Gueidre , le Brabant septentrional elle Limbourg , sont les frontières du royaume du côté de l'Allemagne et de la Belgique. 11 importe donc d'y enraciner Taltachement à la patrie hollandaise et au roi , et , sous ce rapport , il ne serait pas d'une médiocre importance d'y fonder deux écoles normales dont les élèves, nourris dans les principes du gouvernement , et plus tard disséminés dans les villes et les campagnes , transmettraient ces principes à tous les enfants , et peu à peu à la population tout entière.

DE L'IINSTRUCTION PUBLIQUE

Le second point sar leqneli organisation prussienne me parait supérieure à l'organisation hollandaise , est la classification des écoles. Au fond , les quatre brevets distincts dont nous avons parlé , ne constituent qu*une hiérarchie morale parmi les inslilulenrsetnon pasquatre classes d'écoles ; la loi n'établit pas ici de classification bien nette. Les écoles inférieures (Uiagere-sekoolen) sont les écoles primaires élémentaires de la Prusse , répandues dans les villages et les villes , à titre public on privé. Dans les villes , les écoles publiques de ce degré sont les écoles de pauvres ( armen-sch^ùlen ), les armen-ichulen allemandes, nos écoles entièrement gratuites. Au-dessus d'elles sont les écoles , appelées écoles intermédiaires ( tusschen-schoolen ), où Ton paye très -peu de chose , mais où Ton paye quelque chose. Ces sortes d'écoles ne se trouvent que dans les villes. Il y en a beaucoup à titre public ; mais un grand nombre aussi sont des écoles privées. Enfin , au-dessus des tuêichen-schoolen, viennent les écoles dites^françaises, appelées ainsi , parce qu'on y enseigne le français , ce qui prouve que Ton y donne déjà une culture assez distinguée. Ce sont là les écoles primaires supérieures de la Hollande. On y paye assez cher ; et presque toutes, pour ne pas dire toutes , sont des écoles privées. Il semble donc que voilà des écoles de trois degrés différents. Mais an fond , il n'y a pas là trois écoles différentes ; car la tusschen-school n'est qu'une école primaire élémentaire , et même une école de pauvres ( armen-school), excepté sous le point de vue financier. On y paye quelque chose : voilà toute la différence ; aussi l'école est-elle plus soignée ; mais l'enseignement y est le même , et on n'exige point du maître d'une ttuschenrsehool un brevet plus élevé que du maître de VarmenschooL La distinction réelle des écoles se réduit donc à l'école dite inférieure ( laoçere-school ) laquelle comprend et Yarmen-school, et la lusschen^ school , et à V école française où l'enseignement est réellement plus étendu et plus approfondi . La loi n'exige pas pour les maîtres des écoles françaises un brevet spécial; elle se contente d'imposer le breyel du premier et du second degré aux maîtres de toute école de ville , sans distinguer les écoles. Elle ne dit pas non pins dans quelles conditions l'école primaire supérieure hollandaise, l'école française, sera obligatoire pour les villes, tandis que la loi française , imitée de la loi allemande , veut que tout chef-lieu de département et toute ville de plus de six mille âmes ait une école primaire supérieure. I^a loi prussienne impose la môme obligation à toute ville de plus de quinze cents habitants ; elle donne à toute école primaire supérieure un programme d'enseignement plus étendu que celui de l'école française de Hollande ; elle prescrit un brevet spécial de capacité pour tenir une semblable école ; en un mot , elle fait de ces écoles une classe d'établissements publics parfai-

tement déterminés, auxquels elle a donné le nom populaire d'écoles bourgeoises ou quelquefois encore le nom très-significatif d'écoles moyennes ou intermédiaires. Faute de prescriptions légales aussi formelles, l'école primaire supérieure hollandaise n'est presque partout qu'une spéculation privée que les villes encouragent, mais qu'elles n'assurent point. Or il y a là un besoin positif d'une partie considérable de la population , que je ne développerai point , parce que je lai fait ailleurs avec toute la force qui est en moi (i). En principe, comme nulle commune ne peut éire dispensée d'une école élémentaire publique , de même nulle ville de quelque imporlance ne doit être dispensée d'une école supérieure, également publique. Les écoles françaises de Hollande sont en général assez bonnes ; mais elles pourraient être meilleures encore. Je désirerais que l'autorité publique s'en occupât davantage, et qu'elle y intervint de deux façons : 1° par quelques subsides ; 2^ en exigeant formellement le brevet du degré supérieur des directeurs de celte école. J'invite le gouvernement hollandais à demander à l'assemblée générale des commissionsdépartementalesd'inslnictiou primaire , leur avis sur cet objet , en recommandant à leur attention l'organisation des écoles bourgeoises de la Prusse.

Mais il est un point sur lequel la loi hollandaise reprend Tavantage sur la loi prussienne : je veux parler de l'organisation et de l'inspection primaire.

J'approuve assurément rétablissement de comités gratuits de surveillance , tels que la loi prussienne et la loi française, qui en dérive, les ont prescrits. Rien n'est plus important que d'associer les efforts de tous les gens de bien à ceux du gouvernement àans l'instruction du peuple , et d'intéresser par là tout le pays à cette œuvre sacrée. Aussi la loi hollandaise établit-elle de semblables comités ; mais elle les établit de telle manière qu'ils servent toujours, et ne nuisent jamais. En effet, ils n'ont pas de membres de droit; Tadministration prend les membres de ces comités partout où elle les trouve. Et non -seulement, d'après la loi hollandaise, il n'y a pas un seul membre de droit dans les comités de surveillance , mais , pour la nomination des membres de ces comités, l'administration doit prendre l'avis de rinspeclefkr primaire ; par là sont assurés la bonne composition des comités ainsi que le concert du comité et de l'inspecteur, sans lequel nul bien n'est possible.

Mais , ce qui élève , à mes yeux , la loi hollandaise au-dessus de la loi prussienne, c'est l'institution de la commission départementale d'instruction primain; avec ses fortes et diverseï^ attributions. Celte instilu-

(1) Rapport, etc.

EN HOLLANDE, lion ressemble à celle da SchulcoUegium (i) , qui fail partie en Prusse de tout consistoire provincial ; mais elle vaut mîeui ; car le Sehulcolhgium n'est pas composé d^inspecteurs. Il fait bien faire par quelques-uns de ses membres une inspection , quand il y a lieu ; mais rinspection n'est pas son emploi : il juge sur pièces , et non sur ce qu'il a tu, et il est forcé de s'en rapporter en général aux témoignages des inspecteurs particuliers; tandis qu'en Hollande,, la commission départementale, inspectant à la fois, et jugeant les inspections , fait tourner Texpérience acquise dans une inspection perpétuelle au profit de la délibération , et réciproquement les lumières qui se recueillent dans un conseil où on décide et où on gouverne , au profil de Tinspection : combinaison profondément pratique qui unit ce qui presque partout est divisé. Les consistoires provinciaux de la Prusse avec leurs collèges d'écoles sont les conseils académiques de la France : leur véritable ohiei est et doit être Tinstruciion secondaire. Il a j en a qu'un seul par province ; cela ne suffirait point à rinstrncUoQ primaire, qui demande une autorité un peu plus rapprochée, le désirerais donc qu'en Prusse et en France « au cheMieu du département, c'est-à-dire ao -dessin des comités d'arrondissement, institués par la loi, on formât administrativeraent une commission départementale, composée des divers inspecteurs d^arrondissement , qnand nous aurons un inspecteur primaire par arrondissement, et, en attendant, de membres des divers comités d'arrondissement, désignés par rinspecteur départemental et nommés par le ministre, bien entendu avec l'avis du préfet. Cette commission se réunirait une ou deux fois par an au clieffieu du département. Elle pourrait être chaque année renoayelée ou modifiée; elle entendrait le rapport annuel de l'inspecteur départemental ; elle serait présidée par le préfet et formerait comme son conseil en matière d'instruction primaire. Son objet principiil lerait de mettre un peu d'uniformité dans l'instruction primaire du département, au lieu qu'aujourd'hui chaque comité d'arrondissement et surtout chaque conseil municipal tendent sans cesse à des mesures particulières , souvent en contradiction avec la loi et avec les vues de l'autorité centrale. Entre cette autorité centrale et l'autorité locale des comités d'arrondissement et des conseils municipaux , il faut un intermédiaire , et cet intermédiaire ne peut être une fraction du conseil académique , mais une autorité départementale , constituée, comme je viens de le proposer, sur le modèle des commissions départementales de la Hollande. On connaît maintenant la constitution de l'instruction primaire de la Hollande. Je l'ai exposée avec quelque étendue d'après les monuments officiels, parce

(I) Rapport, etc.

qu'elle est le fondement de ces beaux résultats qui ont tant contribué à la haute estime dont la Hollande jouit en Europe. J'avais aussi , pour y insister , une autre raison. L'instruction primaire est encore dans l'enfance parmi nous. Son organisation naissante peut recevoir par voie administrative bien des modifications et des développements. Personne n'ignore tout ce que la loi de 1835 doit à rexpérieuce de l'Allemagne. J'ai pensé que l'expérience de la Hollande, que M. Guvier avait déjà essayé de mettre à profit dans l'ordonnance de 1816, ne serait point invoquée en vain à une époque où réducation du peuple , si longtemps n^ligée , est devenue un des principaux objets de l'attention do gouvernement et de tous les hommes éclairés. Il ne s'agit point ici de vaines théories , mais de principes consacrés par trente années d'éclatants succès ; et à ce titre , j'ai cru que je devais cette longue exposition et à la Hollande et à la France.

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