‹ Œuvres de Victor CousinChapitre 151 sur 212 · ÉCOLES LATINES · texte numérisé non relu

ÉCOLES LATINES

M. Cuvier, qui admirait tant les écoles primaires de la Hollande, a fait une triste peinture de ses collèges et de ses universités. Il avait proposé d'utiles réformes, que le gouvernement français avait adoptées. En 1814, le gouvernement nouveau , prenant en considération les critiques de notre illustre compatriote et lesréfor^ mes commencées , nomma une commission pour s'occuper de cet objet important et préparer une ordonnance sur toute l'instruction supérieure. Cette ordonnance royale est intervenue le 2 août 1815, et elle aété suivie d'autres ordonnances et de divers règlements , qui l'ont développée et appliquée.

En étudiant ces documents, on reconnaît que la législation nouvelle renferme des améliorations incontestables sur la routine incohérente que M. Cuvier avait, avec tant de raison, si vivement censurée. Toutefois j'y trouve encore de manifestes imperfections, qui retiennent et retiendront toujours, tant qu'elles subsisteront, rinstruction supérieure en Hollande au-dessous de ce qu'elle est en Allemagne et en France.

L'ordonnance royale du 2 août 1815 comprend sous le nom d'instruction supérieure les écoles latines et les universités , avec les athénées , établissements singuliers, qui ne tiennent point à L'ensemble du système , et que nous croyons avoir fait connaître suffisamment (s). Les écoles latines sont nos collèges , les

i^} Amsterdam , page 253.

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gymoases de rÂlIemagne. Je vais m'oocoper d'abord de ces écoles et parcourir rapidement la consiitution de rinstructîoD secondaire en Hollande , d'après le chapitre l^^" de l'ordonnance de 1815, eiclusivement consacré aux écoles latines, et d'après les divers règlemenis et arrêtés qui sont intervenus depuis.

Le grand reproche que fait partout M. Cuvier aux anciennes écoles latines de la Hollande, c'est de n'en soigner que le grec et le latin , et de ne pas enseigner du tout ou d'enseigner mal les mathématiques, la physique, rhistoire, la géographie et les langues modernes. Or, pour ceux qui sont au fait des questions d'instruction secondaire, cette critique de M. Cuvier, si elle est fondée, est accablante pour les écoles latines de la Hollande ; car des écoles secondaires , réduites à un pareil enseignement, sont incapables de préparer aux universités. Comment profiler, en effet, de renseignement universitaire, si on ne possède dans une certaine mesure les diverses connaissances que nous venons d'énumérer? Il faudra donc alors que l'univer^ site enseigne les éléments des connaissances, ce qui est contre sa fin, et il ne lui restera plus assez de temps pour introduire les élèves dans les profondeurs de la science.

Le chapitre i^^ de l'ordonnance de 1815 sur les écoles latines coupe-t-il court à cette critique ? On voit bien que ce chapitre a pour but d'y satisfaire ; mais , selon moi , il n'y satisfait qu'imparfaitement.

Les art. 9 et 10 déclarent que l'objet spécial des écoles latines est d'enseigner le latin et le grec , et en même temps ils contiennent cette disposition que l'enseignement journalier dans les langues anciennes étant terminé, il sera donné des leçons sur lesélémenu des mathématiques, sur la géographie et sur Thistoire ancienne et moderne. Cette innovation est déjà , sans doute, un progrès; mais elle laisse encore bien des choses à désirer.

!<» Dans ce programme légal des écoles latines ne se trouvent ni la physique , dont les éléments sont indispensables, ni aucune langue moderne, enseignements qui ne manquent à aucun gymnase de la Prusse ni même à aucun bon collège français.

â^ Non-seulement l'ordonnance de 18i5ne dit pas jusqu'où devra aller l'enseignement des mathématiques ; mais le règlement spécial de 1816 , qui développe cette ordonnance, n'en dit pas un mot , et abandonne cet enseignement à l'arbitraire du directeur : tandis que ce même règlement fixe dans le plus grand détail les matières de l'enseignement classique dans chacune des six classes de l'école latine.

.^<> L'art. 16 de l'ordonnance exige, d'une manière générale et absolue, pour être professeur à Técole latine, le grade universitaire de candidat es lettres, sans distinguer parmi les professeurs de l'école latine ceux

qui sont chargés des lettres anciennes et ceux qnî sont chargés des mathématiques. La capacité des professeurs de littérature est assurée par cet article ; mais celle des professeurs de mathématiques ne Test nullement. La candidature es lettres, comme on Ta vu (i), est plus élevée que notre baccalauréat es lettres : elle approche beaucoup de notre licence. Tel est le grade dont il faut justifier pour être professeur, même de mathématiques, dans une école latine. Mais demander à un savant tant de littérature et n'en exiger aucun grade dans les sciences , c'est évidemment abaisser renseignement scientifique.

4» De plus, les art. 17 et 18 imposent aux premiers fonctionnaires de toute école latine , le Reciar et le ConreeioTf notre proviseur et notre censeur, de faire, Tun la première, l'autre la seconde classe , où l'enseignement du grec et du latin est poussé fort loin ; et , pour cette raison, ces deux fonctionnaires doivent justifier du grade de docteur es lettres , d'où il suit que le professeur de mathématiques , à moins d'être aussi un très-habile latiniste et helléniste, et docteur es lettres , ne peut jamais parvenir aux emplois élevés et lucratifs de Técole latine.

5"* L'art. 19 engage à choisir de préférence pour renseignement des connaissances mentionnées à larticle 10, à savoir : les mathématiques et la géographie, les professeurs chargés des autres enseignements, en leur donnant une augmentation de traitement. 11 y a plus : si l'on ne trouve pas, dans les professeurs ordinaires de l'école, des gens capables de se charger de renseignement des mathématiqaes, le même art. 19 permet d'appeler , pour cet enseignement, des maîtres spéciaux ; mais ces maîtres n'auront ni le même rang ni les mêmes avantages que les autres professeurs : ils n'auront , d'après l'art. 20 , aucune part à la rétribution des élèves. Celle-ci est alors exclusivement réservée au recteur, au corecteur et aux quatre autres professeurs. Le maître de mathématiques n'a droit qu'à un traitement spécial : il est exactement sur le même pied que les maîtres d'histoire naturelle et de langues modernes dans les collèges français.

Par tous ces motifs , il est évident que l'enseignement scientifique dans les écoles latines, n'offrant point une carrière véritable, ne peut attirer aucun homme distingué ; et que cet enseignement n'est qu'un accessoire qui ne peut jouir auprès des familles et auprès des élèves d'aucune considération.

Les vices d'u)i pareil état de choses ne tardèrent pas à paraître. L'enseignement des mathématiques resuni à peu près nul dans les écoles latines , condamnait celui des universités à la même nullité. Bientôt de

(l)Utrecht, page 263.

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viret rédamaliont ee firent entendre, surtoul en Belgique, où les collèges avaient possédé autrefois, soos le goaTernement français, nn enseignement mathématique très-bien constitué. De là Torddnnance royale do 6 septembre 1826, qui réforme renseignement d^ mathématiques dans les gymnases etdansles universités.

L*art. i^^ de celte ordonnance arrête que renseignement des mathématiques dans les athénées , les collèges et les écoles latines, embrassera au moins les éléments de Tarithméliqué et de Talgèbre jusqu'aux éqoations du deuxième degré inclusivement, et ceux de la géométrie jusqu'à la trigonométrie rectiligne. Cest exactement renseignement mathématique de nos collèges, et tel qu'il était réglé sous le gouvernement français dans les lycées de Belgique : cet article sérieusement exécuté devait relever en Hollande Tétude des mathématiques.

L'art. 2 de la même ordonnance met pour condition à toute inscription dans les universités, un certificat constatant que l'élève a acquis ^u collège , dans Farithmétique , l'algèbra et la gèoroélrie, les connaissances nécessaires pour être admis aux leçons académiques. C'est encore un sage emprunt fait au règlement français qni , pour le grade de baccalauréat es lettres, condition de l'inscription dans toute faculté, exige une certaine portion de connaissances scientifiques.

Mais malheureusement lart. 3 contient une réserve qui détruit ou énerve toute la force de l'art. 2. En effet , cet art. 3 admet qu'à défaut de ce certificat , il suffira, pour être inscrit comme étudiant, de produire one attestation du professeur de mathématiques de Tuniversité, par laquelle ce professeur déclare qu'après avoir fait subir à l'élève un examen spécial , il lui reconnaît des connaissances suffisantes en arithmétique , en algèbre et en géométrie , pour profiter des feçoiia. de l'université. Cet article renverse toutes les mesores antérieures. Si la nature humaine est en Hollande ce qu'elle est en France, tout examen passé devant un homme seul est nul. 11 n'y a personne qui veuille se charger à lui tout seul de la responsabilité d^ua refus. Comment veut-on qu'un professeur de mathématiques , recevant dans sa chambre un étudiant en littérature, en droit ou en théologie, pousse le stoïcisme jusqu'à lui refuser, à lui et à toute sa famille et aux mille sollicitations dont on l'entourera, un certificat qui , après tout , ne nuira point aux mathémaliques, et dont le refus nuirait aux revenus de l'université dont le professeur de mathématiques fait partie? On peut être bien sâr que ce certificat ne sera jamais refusé; que, par conséquent , les élèves ne demanderont point le certificat du collège dont parle l'art. 2 , mais cet autre certificat si facile à obtenir; que , par conséquent encore, dans l'espérance de l'obtenir sans rien savoir, ils n'auront aucun intérêt a bien suivre

COUSRf. — TOME III.

l'excellent enseignement imposé en vain pr l'art. \^ de l'ordonnance de 1826.

Mais à côté de cette indulgence excessive, voici en revanche une sévérité tout à fait déplacée et poussée jusqu'à l'injustice et presque jusqu'au ridicule. S'il est convenable et nécessaire de placer dans l'examen d'immatriculation , à côté de connaissances littéraires, une certaine portion de connaissances scientifiques, il n'est plus du tout nécessaire de reproduire cette dernière condition pour les examens qu'exige l'obtention des grades ultérieurs dans la faculté des lettres. C'est pourtant ce que prescrit l'art. 5 : il déclare que , pour obtenir le grade de candidat es lettres qui prépare aui études de théologie et de jurisprudence, il faudra subir devant la faculté des sciences un examen sur les éléments de l'arithmétique, de l'algèbre et de la géométrie. Mais voici qui est bien pis : Tart. 7 veut que le candidat au grade de docteur es lettres obtienne préalablement du professeur de mathématiques un certificat constatant non-seulement qu'il possède, mais qu'il est en état d'enseigner et même d'enseigner avec succès les éléments de l'arithmétique, de la géométrie et de l'algèbre. Je vois bien que cette dernière disposition est faite pour les recteurs et corecteun d'écoles latines , assujettis à la condition du grade de docteur es lettres, et qui voudraient, conformément à l'article ci-dessus énoncé de l'ordonnance de 18i5, se charger de l'enseignement des mathématiques à leur école , pour avoir une augmentation de traitement. Je conviens qu'au moyen de cet art. 7 de l'ordonnance de i826, les docteurs es lettres qui voudront se charger de l'enseignement des mathématiques, devront les savoir. Mais l'ordonnance aurait dû dire cela et pas autre chose, et n'imposer celte condition qu'aux candidats au doctorat qui annonceraient un pareil dessein ; autrement, dans sa généralité, l'art. 7 est souverainement injuste. Celui qui veut être docteur es lettres pour enseigner seulement les lettres, ne peut être condamné à prouver qu'il peut enseigner aussi les sciences avec succès. Et si on répond que ce certificat, étant donné par le seul professeur de mathématiques , sera très-facilement obtenu , je dis que cette réponse, trèsftcheuse en elle-même , détruit de plus la garantie nécessaire pour les docteure es lettres qui se destineraient à l'enseignement des mathématiques.

On m'assure que depuis l'ordonnance de i826, une nouvelle ordonnance , allant plus directement au but, a exigé pour l'enseignement des mathématiques , le grade de candidat es sciences, toutefois en accordant au ministre h faculté d'en dispenser. Je n'ai pas sous les yeux cette ordonnance; mais d'après la disposition que je viens de citer, elle semble dire le oui et le non : exiger une condition et en même temps en dispenser, c'est véritablement ne rien faire.

50ft

Tuu8 CCS changements montrent assez que si quelques pas ont été faits vers le but qu^il faudrait atteindre , ce but n'est pas encore atteint ; et ici nous n'iiésitons pas à inviter le gouvernement hollandais à tourner les yeux vers les deux pays où Tinstruction secondaire est florissante , rMlemagne et la France , et à imiter de leurs règlements ce qui peut réparer les imperfections que nous venons de signaler. 11 faut s'empresser de supprimer l'obligation pour tout candidat au doctorat es lettres de prouver qu'il peut enseigner avec succès les mathématiques. Il faut égalemenl supprimer dans Texamcn de candidat es lettres, la forte portion de mathématiques dont il est chargé et la reporter sur l'examen d'immatriculation, examen qu'il s'agit d'organiser sérieusement et de -confier k une commission universitaire , composée de professeurs de la faculté des lettres et de la faculté des sciences , comme en France ; ou, si l'on veut, comme en Prusse , aux professeurs supérieurs de sciences et de lettres de chaque gymnase. Enfin , le professeur de mathématiques doit être sur le même pied que les autres professeurs ; il doit avoir la même perspective d'avancement, les mêmes avantages , et il faut lui imposer dans les sciences les grades correspondants à ceux des autres professeurs dans les lettres.

L'ordonnance de 1815 se tait sur un point essentiel qui, je ne crains pas de le dire, est la gloire et la force de l'instruction secondaire en France : la préparation des professeurs et les condilions nécessaires pour entrer dans la carrière de l'enseignement.

Nous avons vu que dans l'instruction primaire la loi bolhindaise prescrit deux degrés d'examen , l'un général , Tautre spécial pour obtenir une place de maître d'école , et que pour former ces maîtres d'école, indépendamment des classes normales annexées à la plupart des bonnes écoles primaires , le gouvernement a établi une grande école normale à ses frais, à Harlem, et qu'il en protège une autre à Groningue. Il semble que , pour Tinstruction secondaire , de plus grandes précautions encore devaient être prises. L'ordonnance de 18i 5 dit seulement que, pour être professeur à une école bline, il faut être candidat es lettres, et docteur, pour être recteur et corecteur. 11 n'y a pas d'autre condition au choix des professeurs , et pas un mot sur la manière de les former. S'il est pourtant quelque chose de démontré par l'expérience, c'est que nul n'est propre à une fonction , s'il n'y a été préparé spécialement. Cette vérité reconnue un peu tard donna naissance à l'ordonnance royale du 49 septembre 1837, et à l'arrêté ministériel du 1*' mai 1838 , qui étahlissenl dans chaque université un cours de pédagogie avec des exercices pratiques : c'est déjà un progrès considérable ; mais on ne peut s'arrêter là. Ces cours de pédagogie auprès des trois universités du royaume,

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répondent à peu près aux classes normales attachées aux bonnes écoles primaires : ces classes nonnâlei éuient aussi un progrès dans leur temps. Sans renoncer à cet excellent moyen de former des instilnteort, on a organisé une préparation plus sOre en fondant des écoles normales primaires; de même, en conservant le cours de pédagogie dans chaque université , il faudrait établir une école normale secondaire à (Jirecht on h Leyde pour tout le royaume , sur le modèle do Seminarium fur gelehrie Schuien de Berlin , ou rar celui de la grande école normale de Paris. Si b Hollande veut relever son instruction secondaire , qu'elle emprunte à la Prusse et à la France quatre pièces essentielles : le règlement du séminaire de Berlin et celui de l'école normale de Paris (i) avec le règlement prussien sur les examens nécessaires poar obtenir un emploi dans un gymnase, et le règlement français du concours de Tagrégaiion (s); c'est là qu'ellelrouvera des modèles d'organisation , au lieu des ébaoehes que contiennent l'ordonnance royale de 1815 et les ordonnances ultérieures.

H est encore un article fort important sur lequel la pratique prussienne et française est infiniment supérieure à la pratique hollandaise : le mode de nomination et de traitement des professeurs*

En Hollande , d'après l'ordonnance de 1815 et de très-anciens usages, auprès de toute école latine est une administration appelée Collège dee curatevn» C'est ce collège qui présente les candidats aux places de professeurs des écoles hitines ; mais li qui les présente-t-il? Au conseil municipal de la ville ; et c'est ce conseil qui nomme, parce que c'est lui qui paye. Mais ce principe est très-faux : celui qui paye n'a pas toujours le droit de nommer, s'il n'a pas la capacité nécessaire ; mais il est fort convenable qu'il paye ce dont il profite. En France , tous les professeurs de collèges comninnaux sont payés par les communes , et ils sont nommés par le ministre. En Prusse, beaucoup de gymnases, sont, en partie du moins , aux frais des communes « et c'est toujours le gouvernement qui nomme les professeurs. Ainsi , même en supposant que le gouvernement hollandais ne pût intervenir davantage dans les dépenses des écoles latines , il a le droit d'en nommer les maîtres , et ce droit , si important pour le gouternement , ne l'est pas moins pour le bon service de Tinsimction secondaire et pour les professeurs eux-mêmes. L'État peut ainsi faire passer les professeurs d'une ville dans une autre pour augmenter leur traitement ou pour fortifier une école , et le droit de nomination est entre ses mains un moyen indirect, mais efficace, de récompenser les services et de répandre l'émula-

(1) Ëeole normale.

(S) Ibid.

EN HOLLANDE

lion. Eofio, le profeiseur nommé {tar TÉut a tout aiH Iremest de dignité et de constance. Quant à la question financière, en France , le gooYernement fait seul toutes les dépenses des collèges royaux , et il ne donne pas nne obole à tous les collèges communaux ; ce sont deux extrémités entre lesquelles je préfère la pratique de la Prusse, où TÉtat intervient , en une cerlaine mesure, dans le traitement des professeurs ou du moins des directeurs de tout gymnase. Le gouvernement hollandais ferait bien d'augmenter un peu les subsides qu'il fournit déjà aux écoles latines ; ce lui serait un titre pour reprendre les rênes de Pinslruction secondaire qui , jusqu'ici , est restée presque enlièremenl municipale. Mais, je le répèle, quand même il ne pourrait augmenter les subsides existants , il n'en est pas moins fondé à réclamer le droit de nommer tous les professeurs d'école latine, surtout les directeurs; et ce droit, personne ne sera tenté de le lui contester dès qu'il l'aura organisé : 1"* une école normale secondaire, semblable à celte de Harlem , pour l'instruction primaire ; S"» des examens sérieux pour devenir professeur d'une école latine , semblables à ceux qu'il a prescrits pour devenir instiluteur primaire ; 5^ des commissions , et j'allais dire , avec mes habitudes de centralisation française, une seule et grande commission pour présider à ces examens, et conférer le brevet de capacité pour l'enseignement secondaire. Et ici , conformément à la pratique allemande , j'approuverais fort qu'il y eût un examen spécial pour les directeurs. En Prusse, le règlement prescrit nne conférence dans laquelle le candidat au rectorat doit exposer ses fM'incipes pédagogiques , et satisfaire à toutes les questions qui lui sont adressées sur les diverses parties de Tari de gouverner une école, élèves et maîtres, études et discipline , le moral et le matériel. En Hollande, il sqifil d'être docteur es lettres pour devenir recteur et corecteur. Au lieu d'un simple grade , qui témoigne seulement d'une instruction plus ou moins élevée , mieux vaudrait un examen spécial où fussent mises à l'épreuve les qualités requises pour les fonctions auxquelles on aspire.

La meilleure disposition de l'ordonnance royale du 2 aoAt 1815, est celle qui établit auprès du ministre on inspecteur des écoles latines, lequel, conformément à son titre, surveille ces écoles, et fait de temps en temps nne tournée, pour en visiter un certain nombre, selon les besoins du service. Cette place est pour l'instruction secondaire ce qu'est la placed'inspecteurdes écoles primaires pour l'éducation du peuple. C'est comme inspectear général des écoles primaires que M. van den Ende a fait tant de bien. Il appartiendrait h M. Wynbeek, inspecteur général des écoles latines , d'oser regarder en face les imperfections des écoles confiées à

est bien digne de son patriotisme et de ses lumières.

Et pourquoi le ministre ne ferait-il pas pour l'instruction secondaire, ce qui s'est fait plusieurs fois si utilement pour l'instruction primaire ? Pourquoi de temps en temps ne convoquerait-il pas à La Haye un certain nombre de professeurs d'université dans les lettres et dans les sciences , des recteurs d'écoles latines et des curateurs de ces écoles, pour conférer avec eux sur les intérêts des écoles latines et sur les amélioralions qu'on pourrait y introduire? Il sortirait infailliblement de ces assemblées des propositions qui mériteraient l'attention du gouvernement,

La première question qui devraitoccuper une pareille assemblée, celle qu'il faut résoudre d'abord, et qui, non résolue, s'oppose invinciblement à toute réforme, c'est la délicate et périlleuse question de la répartition des écoles latines sur le territoire hollandais. Cette répartition est aujourd'hui très-vicieuse ; il n'y a pas une petite ville qui n'ait voulu avoir son école Utîne, comme il n'y a pas de ville en France qui ne veuille avoir son collège. Il en est résulté qu'en Hollande, comme en France, il y a un bon nombre d'écoles latines qui comptent à peine quelques élèves , avec deux ou trois maîtres très-mal payés et dans une situation à laquelle aucun homme de mérite ne peut se réduire. Ija Hollande, en 1835, comptait 62 écoles latines fréquentées par i, 355 élèves , ce qui donne , terme moyen , 30 élèves par chaque école. Or, je le demande, quelle organisation un peu savante peut-on appliquer à une école de 30 élèves ? Comment diviser une pareille école en six classes, ainsi que le veut l'ordonnance royale de 1815, pour qu'il y ait 3 ou 4 élèves dans chaqne classe? Comment avoir des professeurs de sciences différents des professeurs des lettres? Avec un si petit nombre d'élèves, la force des choses contraint d'avoir très-peu de classes dans chaque école et très-peu de maîtres, condamnés chacun à enseigner tout et à tout mal enseigner. Et encore ce nombre 30 n'est qu'une moyenne qui couvre de grandes différences. Nous avons vu que les écoles latines de La Haye et d'IItrecht ont chacune une soixantaine d'élèves ; il faut donc qu'il y ait des écoles latines qui n'en comptent pas plus de iO ou 13 ; dans ce cas je défie le génie même de l'organisation de tirer aucun parti d'une pareille école. Par exemple, un seul département, la Cueidre, a 14 écoles latines fréquentées par TOélèves, ce qui donne, terme moyen, 13 élèves par école. N'est-il pas évident que, dans ce département, il y a trop d'écoles latines, qu'elles se nuisent les unes aux autres, et que plusieurs doivent être dans un état déplorable? Je sais tout le respect qui est dû aux habitudes domestiques et aux mœurs de la famille, et qu'en ayant partout sous leur main une école latine, bonne ou mauvaise, les parents

ses soins, et d'essayer d'y porter remède : celte tAche ne sont pas forcés de se séparer de leurs enfants, et

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qu'oii évite ainsi de convertir les écoles latines en pensionnats. Mais si on lient à une bonne instruction secondaire, il faut bien faire quelques sacrifices, et payer la rançon du bien qu'on veut obtenir. Or, ici, cette rançon est inévi tablement le système du pensionnat dans une certaine mesure pour quelques écoles latines, et la suppression d'une vingtaine d'écoles au moins sur 63 Cette suppression serait un grand bien public et même privé ; car tant d'écoles latines sont un appât dangereux pour beaucoup de familles auxquelles des éeoletfran' çats$ê bien organisées, de bonnes Bûrgersehulen con viendraient mieux. Il y a très-peu d'écoles françaises publiques en Hollande, et beaucoup trop d'écoles latines ; il faudrait renverser cette proportion ; il faudrait augmenter le nombre des écoles françaises publiques, diminuer celui des écoles latines, et transformer peu à peu les établissements secondaires trop défectueux en excellentes écoles primaires supérieures. Je recommande, à cet égard, au gouvernement boUandais les vues que j'ai exposées ailleurs sur la réduction du nombre des collèges communaux en France^ C'est quand cette réduction des écoles latines aura été opérée, quand les subsides que TÉtat et les départements éparpillent inutilement sur tant de faibles écoles, auront été rassemblés sur un certain nombre d'établissements bien fréquentés et pourvus de ressources suffisantes, c'estalors qu'on pourra s'occuperde leur réforme intérieure et prendre en considération peut-être les idées que j'ai développées ou plutôt indiquées dans cette rapide analyse de la première partie de l'ordonnance royale de 1 81 5.

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