UNIVERSITÉS
Les universités sont , en Hollande , dans l'état où pourraient être les écoles latines après la réduction indispensable que je viens de proposer. M. Cuvier, en 1811, trouva en Hollande cinq universités : à Groningue, à Franeker, à Harderwyck,àUtrechtetàLeyde. Ces cinq universités étaient très-anciennes, et chacune d'elles, comme on le pense bien, faisait la fortune de la ville où elle était établie. Mais, dans un pays aussi peu étendu que la Hollande, cinq universités, au lieu d'enrichir l'instruction supérieure, l'appauvrissaient, et, faute d'un nombre suffisant d'élèves , faute aussi d'un assez grand nombre de professeurs éminents, la retenaient dans la langueur et la faiblesse où j'ai vu encore l'instruction secondaire. M. Cuvier reconnut d'abord le mal, et y proposa le remède douloureux mais nécessaire de la suppression de deux universités sur cinq. Les seules universités conservées devaient être celle
de Groningue pour toute la partie de la Hollande à Torient du Zuyderzée , et pour tout le reste du pays , celles d'Utrecht et de Leyde. Sans doute , ces deux dernières sont bien près l'une de l'autre; mais il était impossible de songer à supprimer une de ces deux universités, presque également chères à la nation et presque également recommandables par leurs longs services et par les vastes ressources de toute espèce que plusieurs siècles y ont accumulées. Le gouvernement français entra dans les vues de M. Cuvier; et, en 1814, le gouvernement hollandais, trouvant la réduction commencée, l'acheva; il satisfit, comme il put, aux réclamations des villes de Franeker et d'Harderwyck , en leur donnant des athénées royaux ; il concentra tous ses efforts et toutes ses dépenses sur les trois universités conservées; il les enrichit de professeurs et d'élèves, et , avec le temps , il en a fait de grands et beaux établissements très-Ûorissants, auxquels il ne manque que de s'appuyer sur une instruction secondaire mieux constituée.
Les sept derniers titres de l'ordonnance de 1 81 5 renferment l'organisation des universités ; ils traitent successivement :
lo De l'enseignement des universités ;
2" De la collation des grades ;
3" De l'état des professeurs ;
4"* De l'état des étudiants ;
5<* Du matériel nécessaire aux diverses parties de l'enseignement ;
6*^ Des divers moyens d'encourager les études ;
7^ De l'adminislration.
On voit qu'aucun point important n'est oublié dans l'ordonnance de 1815. Nous l'avons montré en action dans la description de l'université d'Utrecht. Nous nous contenterons donc ici de relever ses dispositions essentielles , les imperfections que nous avons pu y découvrir , et surtout les sages mesures qu'il conviendrait d'en emprunter et de nous approprier. Nous suivrons l'ordre même des matières adopté par l'ordonnance hollandaise.
Titre I**. — De V enseignement.
Comme nous l'avons déjà dit (i) , toute université hollandaise est composée de cinq facultés. L'ancienne faculté pbilosopbique, Vordo philosophicHt de TAIIemagne a été divisée , d'après le régime français , en deux facultés distinctes, celle des sciences et celle des lettres. Notre faculté des sciences s'appelle ici facuUé des sciences mathématiques et physiqws; et celle des lettres a le nom de faculté de philosophie spéculative et des lettres.
(l)Utrecht, page 283.
EN HOLLANDE
Il esl à remarquer que la facullé de ibéologîe est exclotiTemeot protestante et même caWînUte. L*enseignement supérieur de la religion catholique est réserré aux séminaires placés sous la juridiction immédiate des évéques. L*art. 58 le dit formellement , et rariide 59 promet des subsides pour l'enseignement supérieur de la religion chez les luthériens, les memnonites et les remontrants ; en effet , une ordonnance postérieure a établi un séminaire luthérien à Amsterdam.
Cette constitution de renseignement théologique souIèTe une question eitrèmement grave et qui mérite ao plus haut degré Tattention de Thomme d'école et de rhomoie d'État.
11 n\ a pas d'université allemande qui n'ait sa faculté de théologie protestante. Les candidats au ministère do saint Évangile suivent les cours publics de ces facoltés. Sortis des gymnases , comme les autres étudiants y ils entrent , avec eux , à l'université : ils en sobissent la discipline , et ils jouissent de la liberté qu elle laisse. Cette liberté est fort grande : mêlés sans cesse aux autres étudiants, les jeunes théologiens courent risque de prendre des manières et des habitudes mondaines , et de tomber même dans des fautes peu en harmonie avec leur futur caractère ; mais il ne faut pas oublier que ces théolpgiens doivent un jour devenir des pères de famille. Les étourderies de la jeunesse se perdent plus tard dans la sainteté du mariage. El puis le peuple n'impose point au clergé protesUDt la même rigidité extérieure qu'au clergé catholique. D'un autre côté , on comprend tout ce qu'il y a d'avantageux pour de futurs ecclésiastiques dans b fréquenution des cours d'une université. Ils y prennent le goOl de la haute littérature , profane et sacrée ; ils s'exercent à la grande critique historique ; ils se familiarisent avec les systèmes philosophiques , et, ce qui n'est pas moins précieux , ils s'instruisent à connaître, dans un commerce assidu, l'esprit de leur siècle et de leur nation. C'est ainsi que j'ai vu , dans les nniTersités d'Allemagne, déjeunes ecclésiastiques, passant tour à tour de l'auditoire des professeurs de théologie dans ceux des professeurs de philosophie, de philologie et d'histoire, devenir eux-mêmes des philosophes , des historiens et des philologues du plus grand mérite, capables d'intervenir un jour dans les grandes luttes de la science , au nom de la religion , et d'y acquérir une illustration et une autorité qui se réfléchissent sur le clergé tout entier.
Tel est le fondement qui a soutenu et qui soutient encore les facultés de théologie protestante. Ni les gouvernements , ni le clergé , n'ont jamais songé à leur ôter ce lien intime avec les autres facultés universitaires , qui fait à la fois et leur péril et leur force. Mais la même organisation est-elle applicable à l'enseigne-
ment de la théologie catholique? Des hommes qui contractent des obligations tout autrement austères peuvent-ils , à l'âge où se forment les habitudes de toute la vie , être livrés impunément à toutes les tentations de la liberté universitaire ? Peut-on d'ailleurs espérer que l'autorité ecclésiastique se dessaisisse du droit de présider elle-même à la formation des jeunes prêtres ; et , quelques garanties qu'on lui puisse offrir par des mesures spéciales de discipline , consentira-t-elle jamais de bonne grâce â abandonner â des mains étrangères , pendant trois ou quatre années , ceux en qui repose l'avenir du sacerdoce? Ensuite , toute faculté de théologie , qui fait partie d'une université , tombe par là sous la juridiction civile , et cette juridiction civile, le clergé catholique n'est pas très-disposé à la reconnaître , surtout en pareille matière. Lui qui revendique l'éducation universelle, ne réclamera-t-il pas du moins le privilège exclusif de l'éducation et même de l'instruction ecclésiastique? Sans doute la théorie peut répondre à ces difficultés ; mais, dans la pratique, elles n'ont jamais été parfaitement résolues. En Allemagne, le gouvernement prussien a fondé aux deux universités de Breslau et de Bonn, â cêté d'une faculté de Uiéologie protestante, une faculté de théologie catholique, pour les populations catholiques de la Silésie et des bords du Rhin. A ne parler ici que de la faculté de Bonn, la seule qui me soit bien connue, on a eu la sagesse, en l'instituant, de prendre toutes les précautions qui pouvaient rassurer l'autorité ecclésiastique. Des liens étroits ont été établis entre cette faculté et l'archevêque de Cologne. L'archevêque retient une forte part d'influence sur le gouvernement spirituel de la faculté. A l'université, les jeunes théologiens sont séparés des autres étudiants et logent dans une maison particulière placée sous la juridiction du doyen. Ce doyen était un homme très-distingué (M. Hermès), capable, par la solidité et la variété de ses connaissances , de donner une grande impulsion à l'enseignement théologique, et qui , en même temps, était fort agréable à l'archevêque d'alors , M. le comte de Spiegel. J'ai vu les choses aller assez bien sur ce pied. Mais depuis la mort de M. Hermès et de M. de Spiegel , j'entends dire que la faculté de théologie catholique de Bonn est bien déchue. En France « l'empereur établit aussi des facultés de théologie catholique à l'instar de l'ancienne et célèbre faculté de théologie de Paris. Mais celle-ci n'avait jamais été ce qu'on appelle une faculté dans une université, et le modèle était bien différent de la copie. A Paris, l'ancienne faculté de théologie n'était autre chose qu'une dénomination commune à deux maisons spéciales, également en possession de conférer des grades théolo* giques, la maison de Sorbonne et celle de Navarre, toutes deux cloîtrées, toutes deux ayant des pensionnaires , qui y recevaient l'enseignement et y prenaient
DE L INSTRUCTION PUBLIQUE
leurs grades. Aa contraire, les facuUés ihéologiques de Tempire étaient des facuUés comme les antres. Seulement leurs étudiants devaient être particulièrement les élèves des grands séminaires. L'enseignement destiné à ces séminaristes devait se faire dans la langue même des séminaires, le latin. Enfin les candidats à renseignement devaient être approuvés par Tarchevéque. Malgré toutes ces précautions , les archevêques et les séminaires ne se soumirent jamais qu'avec une extrême répugnance k la fréquentation des facultés de théologie ; et dès que Tempire eut disparu , un conflit s'éiabltl à cet égard entre le clergé et le ministère de Tinstruction publique. Les évéques refusèrent presque partout d'envoyer leurs séminaristes , même pour quelques heures de la journée, dans un auditoire et sous une discipline qui ne leur appartenaient pas; ils ne consentirent pas à suivre les formes prescrites pour la nomination régulière des professeurs ; en un mot , ils s'appliquèrent à renfermer étroitement renseignement théologîque dans les limites des séminaires, qu'ils gouvernent exclusivement et où Tœil même de Taulorité civile ne pénètre point. Les grades théologiques , que les facuUés pouvaient seules conférer, furent partout abandonnés, les facultés tombèrent peu à peu, et, de fait , aujourd'hui l'enseignement ihéologique en est en France où il en est légalement en Hollande, sous l'ordonnance de 181 5; à proprement parler, il n'y a pas de facultés de théologie catholique ; ce sont les grands séminaires qui en tiennent lieu.
Cet état de choses , qui pouvait suffire à la Hollande de i8l5, presque entièrement prolestante, peut-il suffire à la France presque entièrement catholique, où le clergé est en possession d'une si vieille et si vivace influence, et où, par conséquent, l'éducation du clergé touche aux plus grands intérêts de la société et de l'État ? Après y avoir bien réfléchi , je ne le crois pas. Je ne blâme point l'ordonnance hollandaise en Hollande; mais je ne puis pas m'y résigner en France.
Dans mon opinion , les facultés actuelles de théologie sont condamnées à périr, ou plutôt elles sont déjà mortes , et nul efibrt ne pourra les ranimer. Le gouvernement aura beau décréter, comme il Ta fait, en 1831, que tel ou tel grade théologique sera désormais nécessaire pour telle ou telle fonction , (elle Ou telle dignité de l'Église : cette ordonnance ne sera point exécutée, et elle sera un scandale de plus. On ne soumettra point les évêques ; on ne leur arrachera point des élèves ; on n'en obtiendra point des professeurs. Les instituiious mixtes , qui participent de deux autorités, veulent un concert parfait de ces deux autorités ; et ici ces deux autorités ne s'entendent pas. Enfin , quand elles s'entendraient , je doute fort que , dans l'état des études théologiqnes en France , on pût trouver assez de professeurs éminents pour soutenir un certain nombre de
facultés. Selon moi , il n'en faudrait qu'une seule , et celle-là, bien organisée, pourrait suffire à tous les besoins et satisfaire à toutes les convenances. Je m'explique.
Les petits séminaires attirent les jeunes gens qui peuvent avoir quelque aptitude à l'état ecclésiastique ; et ils développent cette aptitude par leur enseignement et parleur régime. Au sortir des petits séminaires, les sujets dont la vocation ecclésiastique parait décidée , entrent dans les grands séminaires. Là se forme le clergé. Il y reçoit une double instruction : d'abord une instruction générale , littéraire , philosophique , et même scientifique jusqu'à un certain point ; ensuite l'instruction cléricale proprement dite ; cette dernière est la véritable fin des grands séminaires. Tout ce que peuvent faire ces établissements , avec des élèves sortis en très-grande partie des rangs inférieurs de la société, et qu'ils reçoivent en général très-médiocrement préparés , c'est de les rendre, au bout de quelques années , passablement instruits, et assez bien façonnés à l'exercice des fonctions ecclésiastiques ; on ne peut pas leur demander davantage. Mais à quelle école pourraient se former aujourd'hui ces anciens docteurs de Sorbonne et de Navarre, qui étaient les lumières de l'Église gallicane, ou ces profonds savanu qui ont donné tant d'excellents ouvrages à la littérature sacrée et profane, ou CCS hommes forts par la doctrine et par les œuvres, qui ont administré avec tant d'autorité les affaires temporelles de l'Église? En un mot , les grands séminaires forment le gros du clergé ; mais il faudrait songer aussi à l'élite , à la tête de ce grand corps ; il faudrait une institution spéciale , qui fût en quelque sorte l'école normale supérieure du sacerdoce. C'est une institution de ce genre que voulut fonder en Belgique le gouvernement hollandais, sous le nom de collège philosophique. Le nom était ridicule , et comme une menace envers l'Église ; et la chose , en vérité , ne valait guère miens que le nom. Sous la restauration , en France, un ministre de l'instruction publique et des cultes conçat ridée d'une maison des hautes études ecclésiastiques. Les allocations nécessaires à cet établissement ont été faites au budget ; mais tout a manqué par un déplorable conflit de pouvoirs. M. l'évêque d'Hermopolis, ministre des cultes et de l'instruction publique, soutenait avec raison que la maison des hautes études ecclésiastiques , étant faite pour tout le clergé et devant senrir à la France entière , bien que située à Paris, n'était pas un établissement diocésain , et par conséquent ne pouvait relever de Tautorité diocésaine de M. l'archevêque , mais de l'autorité ecclésiastique générale , c'est-à-ilire du ministre. M. l'archevêque prétendait, au contraire, que cette maison étant sur son terrKoire , lui appartenait. Cette prétention n'est pas plus fondée que ne serait celle du recteur de Paris d'avoir dans ses attributions
récole nornule , parce que Técole noniuile est iqatérieilemeni placée dans racadémie de Paris. Les eiemples surabondent d'établissements généraux , qui à ce litre ne relèvent que de Fautorité générale, c'est-à-dire du gouYemement, quoique placés dans tel ou tel lieu. Il faudrait reprendre cette affaire avec la ferme volonié de la mener h bien ; et pour cela , ce n*est point avec M. rarcheréque de Paris , c'est avec Rome qu'il faudrait la traiter. Rome sait à quel point la grandeur du clergé français importe à la chrétienté tout entière ; et elle ne peut qu'applaudir à un établissement dont le bot est le perfectionnement des éludes ibéologiques , et la formation d'une élite ecclésiastique capable de Motenir, dans ces temps difficiles , l'ancienne réputalion de savoir et de lumières de l'Église de France. Quant à l'organisation de cet établissement , voici les bases qoe je soumettrais à la sagesse du gouvernement français et du saint-siège.
|o Nul ne pourrait èlre admis dans la maison des hautes élades ecclésiastiques , qui n'eOt achevé son grand séminaire et reçu les ordres.
^ Dans chaque diocèse , ce serait l'évèque qui choisirait les sujets à envoyer à Paris , sur la désignation do directeur du grand séminaire.
3^ Au sortir de la maison de Paris, l'élève serait remis à la disposition de l'évèque qui l'aurait envoyé , et qui pourrait en faire à son gré un maître de conférences de son grand séminaire , un directeur de petit séminaire , un grand vicaire , un membre de son chapitre, etc.
49 La maison des hautes études serait placée sous le gouvernement d'une assemblée d'évéques , parmi lesqoels serait M. l'archevêque de Paris , qui pourrait même avoir la présidence. Dans ce conseil ecclésiastique serait de droit un conseiller d'État, désigné à cet effet par le roi pour y représenter la puissance publique. Bien entendu que ce conseiller d'État n'aurait de voix qu'en matière admmistrative.
5* Ce conseil arrêterait le règlement d'études et de discipline de la maison sous l'autorité de M. le ministre des cultes. Il nommerait ou proposerait le directeur, les maîtres de conférence, l'économe.
G" Le conseil se réunirait une fois chaque année , à une époque qu'il déterminerait lui-même chaque fois. Cette réunion pourrait durer trois semaines. Là, on entendrait le rapport général du directeur sur les travaux des élèves et l'eut spirituel et matériel de la maison. Vm conséquence de ce rapport, le conseil prendrait sur les choses et sur les personnes les résolutions qu'il jugerait convenables.
Je m'arrête : ce n'est point ici le lieu d'entrer dans plus de détails , et je me borne à faire des vœux pour que le ministère des cultes n'abandonne |K)int la pensée de cette grande institution qui intéresse à la fois
EN HOLLANDE. 31 1
l'Église et l'État, qui seule peut relever le dergé et lui donner, sans violence et par ses propres mains , une direction salutaire. Mais je m'empresse de revenir k la Hollande.
J'ai déjà signalé un autre point par lequel les universités hollandaises diffèrent essentiellement des univer* sites allemandes, la hiérarchie du professorat (1). En Allemagne , il y a trois ordres de professeurs , et je ne cesserai de vanter cette o^anisation comme le fondement certain du perpétuel progrès de renseignement et des sciences. 11 y a, dans toute université allemande, trois d^rés dans le professorat. D'abord se présentent le Privat-doeenten , jeune» docleurs, qui, après certaines épreuves , reçoivent de leurs facultés respectives l'autorisation de donner des cours dans les auditoires publics de l'université. Ces docteurs sont assez nombreux dans chaque faculté; jeunes, pleins d'ardeur, ayant leur foriuue à faire , ils ne négligent rien pour avoir des auditeurs ; car leur seul traitement est celui qu'ils tirent de leurs leçons , et c'est sur leurs succès que repose tout leur avenir. Au-dessus de ces jeunes docteurs, sont les professeurs extraordinaires, nos professeurs adjoints; ceux-ci sortent en très-grande partie des rangs des premiers : ce sont ordinairement ceux d'entre eux qui ont montré le plus de capacité, et qui, par le succès de leurs leçons ou de leurs écrits , ont forcé en quelque sorte l'université de se les attacher ; car ils font partie de la faculté , et ils ont un traitement fixe plus ou moins considérable. Viennent enfin les professeurs ordinaires ou titulaires, sortis eux-mêmes, la plupart du temps , des rangs des professeurs adjoints , et parvenus à ce poste et à ce litre par de longues épreuves et des travaux plus ou moins illustres dans l'enseignement et dans les sciences. Ces professeurs titulaires sont en très-petit nombre , cinq ou six au plus dans chaque faculté. Ce sont les maîtres de la science. La considération publique les environne , et ils jouissent d'assez grands avantages. Cette belle gradation manque à la Hollande comme à la France. En France , il n'y a qu'une seule faculté, la faculté de médecine , qui ait des agrégés. En Hollande , il n'y a pas même la moindre trace d'une institution de ce genre. Quant aux professeurs extraordinaires, il y en a bien quelques-uns en Hollande et en France, mais ils ne sont pas régulièrement constitués comme en Allemagne. L'article 69 def'ordonnance de 1 81 5 admet qu'il pourra être établi , surtout à l'université de Leyde, des professeurs extraordinaires , dans des cas exceptionnels ou pour suppléer lesprofesseurs ordinaires qui tomberaient malades. C'est aussi ce qui se pratique en France ; comme il n'est pas absolument sans exemple qu'on autorise tel ou tel docteur à faire un cours dans l'audi-
(i]Utrecht, page 263.
toire d*nne faculté des lettres ou des sciences. Mais ce n'est là ni Tinstilution des agrégés , ni celle des professeurs adjoints. Règle générale : si vous voulez dans un corps du mouvement et de la vie , établissez des degrés , des rangs, des épreuves successives et un avancement gradué. Essayez beaucoup de monde et n'adoptez personne légèrement. Qu'il soit permis d'entrer dans l'enseignement supérieur sans y être d*abord professeur titulaire ; et qu'il soit interdit , sauf des cas très-rares, de commencer par la fin et d'être professeur titulaire à 25 ans. Mais encore une fois je ne pourrais que me répéter à cet égard , et je passe au titre II de Tordonnance de 1815, sur la collation des grades académiques.
TiTBB II. — Dei grades académiques.
D'abord nul ne peut être inscrit comme étudiant sans les certificats dont nous avons déjà parlé (t) et qui supposent un examen semblable à notre examen de baccalauréat es lettres. J'ai déjà montré que cet examen est loin d'être ce qu'il faudrait qu'il fût , et sa réforme est à mes jeux ce qu'il y a de plus urgent. L'examen d'immatriculation doit être le résumé de toute l'instruction secondaire ; car qui ne peut justifier de posséder l'instruction secondaire dans toutes ses parties essentielles , ne doit pas être admis à l'instruction supérieure. Ce principe, une fois introduit dans l'examen d'immatriculation , permettrait de dégager les grades ultérieurs de conditions qui ne leur ont été imposées que parce qu'on ne les avait pas mises au fondement même de tous les grades. Ces grades sont ceux de candidat et de docteur , à peu près notre licence et notre doctorat. Chose étrange I pour le grade de docteur en théologie , on exige entre autres épreuves que le candidat justifie qu il a fréquenté avec succès des leçons de physique expérimentale , d'astronomie physique , et qu'il possède les principes généraux de l'économie rurale. Peut-être des pasteurs de village doivent-ils ne pas être étrangers à l'économie rurale et à la physique, et il pourrait être convenable d'exiger ces connaissances de tout candidat aux fonctions pastorales. Mais je ne comprends pas qu'on les demande à tout candidat au doctorat en théologie ; car ce grade n'est pas nécessaire pour être pasteur de village. Mais pouvez-vous me dire ce qpe fait ici l'astronomie physique? Ce qu'il y a de vrai dans tout cela, c'est qu'on ne doit pas être admis à étudier en théologie sans posséder toutes les notions scientifiques que donne l'instruction secondaire. Mais une fois ces notions sérieusement constatées à l'examen d'immatriculation, il ne convient plus de les demander au delà.
(I) Voyez page 30$.
DE L'INSTRUCTION PURLÏQUE
Ceci ne s'applique point à h médeciiie, où des connaissances scientifiques, assez développées, sont indispensables. L'ordonnance de 1815 a trM>ieD éia> bli qu'il faut être candidat es sciences mathématiques et physiques pour se présenter à la candidature en médecine ; et dans ce cas, en Hollande comme en France, il y a un programme scientifique particulier.
Quelle que soit ma prédilection pour la philosophie et l'histoire de la philosophie « je ne conçois pas bien qu'on en exige la connaissance , comme le veut l'article 94, pour devenir docteur dans les sciences mathématiques et physiques. En général , il importe d'établir des points de contact entre toutes les éludes , et cela est nécessaire au début de la carrière ; mais à mesure que l'on avance , il ne faut lier entre elles que les études analogues , la philosophie et les lettres avec la théologie et la jurisprudence, et les sciences avec la médecine ; on doit finir même par laisser chaque élève se livrer exclusivement à ses études spéciales qui dans chaque faculté sont si étendues et réclament tant de temps.
TrraE III. — Des professeurs.
Ici est le plus grand et le plus heureux changement que l'ordonnance de 1815 ait fait subir aux anciennes universités hollandaises.
Autrefois ces universités , avec leurs professeurs , étaient à la charge des villes. L'ordonnance de 1815 déclare les professeurs des trois universités , fonctionnaires de rÉtat, nommés par l'Eut et payés par l'Eut. Ils sont exemptés non-seulement du service militaire , mais du service de la garde bourgeoise. Leur traitement se compose de deux parties, le fixe et l'éventuel. Le traitement fixe est de 2,800 florins pour les professeurs de l'université de Leyde, et de 2,200 florins pour ceux d'Ulrecht et de Groningue. Au delà de trente années d'exercice, le traitement fixe est augmenté d'un quart. Voilà déjà qui assure aux professeurs une situation satisfaisante ; mais le traitement éventuel améliore beaucoup cette situation. Il se compose : I® de la répartition égale entre tous les membres d'une faculté des sommes que rapporte la collation des grades, déduction faite de ce qui est nécessaire aux frais de l'université , au recteur et au secrétaire ; ^ du partage égal entre tous les professeurs de l'université du dixième des droiu d'inscription ; 3** des avantages atUchés aux diverses fonctions académiques , comme celles de secrétaire et de recteur, que chaque professeur titulaire remplit tour à tour, et auxquelles on est promu pour une année par les suffrages de l'assemblée des professeurs de toutes les facultés. Enfin il y a le revenu des cours ; car chaque professeur fait payer ses leçons , institution excellente et qu'on ne peut trop
EN HOLLANDE
recommander (i). Chaque cours esi. d*une année. S'il comprend seulement deux leçons par semaine, il coûte 15 fr.; s'il comprend plus de deux leçons, il coule 30 fr. , et cela indépendamment des cours extraordinaires , que chaque professeur peut donner , s^il lui plait , et pour lesquels il est libre de faire les arrangements qui lui paraissent convenables.
On voit par là que le professeur d'université jouit en Hollande de Taisance due à ses travaux et nécessaire au rang qu'il occupe dans la société. On m'a assuré que le revenu total d'un professeur actif et, accrédité est à peu près de 10 à 15,000 francs.
Sa vieillesse non plus n'a rien à craindre, et les pensions de retraite sont établies sur des bases très-raisonnables. Pour cause d'infirmités ou de vieillesse, on peut être admis à Véméritat , qui donne droit à une pension , dont le minimum est de 500 florins pour les cinq premières années de service, avec l'augmentation, pour chaque année de plus , de la trente-cinquième partie du traitement fixe dont on jouit au moment où on demande la retraite. A soixante et dix ans , tout professeur est déclaré de droit émérite avec son traitement tout entier pour pension , et même avec une certaine part dans \e% émoluments éventuels. Les veuves des professeurs, tant qu'elles ne se remarient pas , et leurs enfants mineurs louchent une pension de 500 florins, qui peut s'élever dans certaines circonstances jusqu'au double, sans pouvoir le dépasser. Ces dernières pensions pour les veuves et pour les enfants soni payées par une caisse spéciale , composée des retenues faites chaque année sur les traitements des professeurs. Quand cette caisse ne suffit pas , l'État vient à son secours.
Titre iv. — Des Étudiants.
Ce titre ne contient guère que des détails de police académique semblables à ceux des règlements allemands , que nous avons fait connaître dans la description des aniversités d'Iéna et de Leipzig (s).
TrTBE ?. — Du Maiériel nécessaire à renseignement.
Ce titre v montre le haut prix que le gouvernement hollandais attache à l'enseignement universitaire , par les sommes qu'il consacre à accroître sans cesse et à entretenir dans le meilleur état les bibliothèques et les collections de tout genre des universités. L'énuméralion de toutes les ressources dont chacune est pourvue au nom de la loi , forme un contraste aflligeant avec la pénurie et le mince budget de nos facultés de province.
(1) Clrecbt, page 263.
(2} Rapport, etc.