‹ Œuvres de Victor CousinChapitre 190 sur 212 · VI · texte numérisé non relu

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Recherehei expérimentale de$ diven rapports du phffnque et du moral , et de leur influence réci proque.

Toui iiDparfait et incomplet que soit le tabieau précédent des phénomènes de la sensibilité animale , on des produits immédiats des fonctions de cet ordre , il peut servir^ je crois , à circonscrire dans des limites plus étroites et plus exactes ce point de vue purement physiologique, où Ton prétend ramener la connais sance des rapports du physique et du moral de Thomme à celle d'une influence mutuelle ou d'une action sympathique réciproquement exercée par les divers organes sensitifs entre eux et sur le centre cérébral.

£t vraiment, quand on a fait abstraction totale de la libre activité , et par suite du nioi ou de la personne humaine , on a fait par là même abstraction do moral : ce qui reste n'est plus que du physique ; or, ce physique ne saurait jamais se retourner ou se transformer, comme on dit , pour produire le moral (i).

Mais , entre Thomme moral et Thomme physique , considéré sous tous ses divers rapports, il est, pour ainsi dire, des points de contact plus intimes, qui, pouvant être soumis à une double observation , semblent servir de passage ou de lien entre les deux scienr ces ou les deux sortes d'éléments de la science complète de Thomme. C'est ainsi que la connexion ou l'influence réciproque du physique et du moral de l'homme peut être à la fois et un fait psychologique ou de sentiment intime, et un fait d'observation physiologique.

H est des hommes d'une certaine organisation ou tempérament , qui se trouvent sans cesse ramenés en dedans d'eux-mêmes par des impressions affectives d'un ordre particulier, assez vives pour attirer Tattenlion de l'àme; de tels hommes entendent pour ainsi dire crier les ressorts de la machine; ils les sentent se monter ou se détendre , tandis que les idées se succèdent, s'arrêtent, et semblent se mouvoir du même branle. Si des honmies ainsi disposés sont de plus appelés par état ou par goût à observer les autres natures sensibles avec lesquelles ils sympathisent dans divers états correspondants aux ftges , aux climats, aux tempéraments, aux maladies accidentelles, et à noter parallèlement l'espèce et l'allure des idées que ces états amènent ; s'ils étudient les modifications diverses et infinies de l'automate ( qui cesse d'être homme en cessant d'être une personne libre), de cette machine, alternativement tranquille ou furieuse f faible ou vicoureuse, délirante ou réglée , successivement imbécile, éclairée, stupide, bruyante, muette, léthargique, agis-

(0 Voyez Cabanis , Rapports du physique et du moraL

sants, vivante f morte (i) ; ils parviendraient plus sûre ment et pourraient distinguer, classer et exprimer avec toute h précision désirable ces derniers modes affectifs , qui, étrangers k ki conscience du moi, n'en sont pas moins dans la sensibilité physique ou animale ; ils noieraient ces derniers degrés par lesquels une affection, une image quelconque , produite spontanément, s'avive d'elle-même, s'empare peu à peu de toute l'àme sensitive , et finit par aborder tout ce qui n'est pas elle , tout jusqu'à la personne morale ; mais dans un ordre inverse d'influence , d'action proprement dite de l'âme, ils sauraient aussi marquer exactement les degrés par lesquels l'activité d'un vouloir énergique , prenant le dessus , peut s'opposer aux passions, aux i^ections, à cette foule d'images qui troublent ou pervertissent les lois de l'intelligence , et les vaincre ou les dissiper.

Ici de longs détails me sont interdits par la naturo même de mon sujet , et plus encore par la limite de mes moyens.

Je dois me borner à un petit nombre d'exemples proportionnés à mon but actuel , qui est de constater, par une sorte d'observation interne, certains modes de l'existence purement sensitive, qui influent sur notre vie intellectuelle ou morale; je prendrai mon premier exemple en moi-même.

Il m'arrive assez fréquemment de dormir profondément malgré un véritable état de souffrance que l'àme sensitive éprouve et que le moi , absent, ne sait pas. Soit que cette souffrance augmente, au point d'éveiller le moi , soit qu'il s'éveille par toute autre cause , aussitôt qu'il redevient présent à lui-même , il perçoit l'affection dans son siège ; et il l'y perçoit, non comme une sensation qui naîtrait à l'instant même, mais comme une impression affective qui préexistait à sa perception ou qui était dans la sensibilité physique , avant d'être dans la conscience ; de même que, lorsque nous nous représentons les objets dans l'espace intérieur, nous savons qu'ils y étaient avant la perception actuelle que nous en avons ; car l'àme sait bien qu'elle ne crée pas ces objets comme elle crée, par exemple, les actes libres ou les mouvement^ du corps que la volonté détermine.

Ce seul exemple suffirait pour montrer h diversité d'espèce , l'indépendance des deux natures sensitive ou passive , intellectuelle ou active ; mais c'est de leur lien ou de leur point de contact qu'il s'agit ici plus particulièrement.

Or ce lien des deux natures réside surtout dans le sens interne de l'intuition , plus généralement et aussi plus vaguement appelé l'imagination.

La plus simple observation de nous-même nous

(s) Voyez Tart. Locke , Encycl. ancienne.

apprend , en efibt , que ce sens interne qui reproduit les images , dont la vue extérieure est le moyen ou Torgane principal , se trouve placé sous rinfluence alternative des deux forces vivantes , Tune aveugle et spontanée ou mise en jeu par les impressions des organes internes et des sensations vraiment animales, Tautre, éclairée , prévoyante et libre , qui règle Timagination et lui donne des lois quand elle ne reçoit pas les siennes. Dans le premier cas, il n'y a point, comme on dit, influence du physique sur le moral , mais bien influence d^une espèce de fonctions organiques sur d'antres fonctions du même genre , et encore une fois on ne sort pas de la physiologie : le physique n'agit réellement pas sur le moral, comme on le dit improprement, mais l'organisme règne seul ; le moral est absorbé. Dans le deuxième cas seulement, il est vrai de dire qu'il y a une action indirecte, mais réelle, exercée par le moral , par la volonté de l'être intelligent et libre sur les affections ou les instincts de l'organisme.

Parcourons rapidement les cas de ces deux modes d^influence opposés.

inflaence du phydiiae rar imagination et let passlont.

Les premiers cas ressortent de ce que nous avons précédemment observé sur les phénomènes du sommeil et des songes , des passions qui ont leur siège dans des organes ou centres partiels de la vie intérieure , et des diverses sortes de délires , de manies ou d'altérations mentales; phénomènes dont les trois espèces pourraient être comprises sous le titre général d'aliénation, et se classer naturellement eu égard à l'analogie des circonstances ou des causes qui peuvent les amener , et eu égard aux sièges organiques qu'elles afi'ectent et aux signes externes ou internes qui les manifestent.

Ainsi , en revenant sur l'état de sommeil ou sur les songes, ou les produits spontanés du sens interne de l'intuition , nous remarquerons que cette sorte d'aliénation périodique et passagère où les facultés vraiment actives de l'âme Sont souvent suspendues comme le eonsdvm et le eompos nit , est analogue , sous ce rapport, à l'état de manie, et peut lui ressembler aussi quanta la cause , aux conditions, aux sièges organiques affectés , etc. Voilà pourquoi tout ce qui tend à concentrer les forces vitales sensitives et motrices dans quelque organe ou foyer principal interne , soit en interceptant les sympathies d'autres organes essentiels, soit en amenant des sympathies toutes nouvelles , con* traires aux lois ordinaires et régulières des fonctions vitales , est propre à amener , suivant la gravité et la durée de la cause, tantôt le sommeil et les songes, tantôt le détire et la manie , tantôt des passions de certaines espèces.

Par exemple, Teflet des liqueurs enivrantes ou des

RAPPORTS DU PHYSIQUE

narcotiques se porte d'diwrd sur l'estomac, s'étend de là au cerveau , excite la sensibilité générale qui se concentre peu à peu , soit dans on organe interne , soit dans le centre cérébral loî-roême.

A ces modes alternatifs d'influence ou de réaction sympathique des organes internes sur le cerreaa, considéré comme sens interne des images ou des ititaitiens, pourraient se rattacher trois espèces de songes et aussi de délires, ou de vésantes , de passions même, considérées dans le physique.

Les songes comme les vésanies et les passions qui prennent leur source dans quelque altération des organes internes, ont un caractère afieetif particulier , qui sert à les distinguer des phénomènes correspondants qui proviennent des altérations propres oo excitations anomales du centre cérébral.

Dans le premier cas, dans les songes que j'appellerai affectifs , la sensibilité est plus ou moins vivement excitée dans l'un quelconque de ces foyers principaux. Dans le deuxième cas, diverses images ne font qu'apparaître, se succéder, se combiner de tontes manières, sans que la sensibilité affective semble prendre aucune part à ces scènes mobiles.

Ici , la cause quelconque qui amène les songes on rêves, que j'appellerai intuitifs, parait bien être inhérente au sens même de l'intuition interne , centre du système nerveux de la vie animale. Là, au contraire, cette cause se trouve ( et peut être quelquefois certainement assignée ) dans un organe interne ou an centre nerveux de la vie organique.

La même distinction s'applique aux différentes espèces de délires ou manies , comme à celle des passions animales, qui, ayant mêmes causes, mêmes foyers, peuvent être spécifiées et classées sous ces rapports de la même manière que les songes on les rêves.

Il n'est point, en effet, de rapport pins marqué que celui qui existe entre la prédominance naturelle de tel organe interne ou la lésion accidentelle de l'un d'entre eux; et l'espèce d affection triste , joyeuse, colériqne ou expansive , etc., qu'éprouve habituellement l'individu ainsi déréglé ; c'est là ce qui constitue , comme on dit , son tempérament , le fond de son caractère , ce naturel dont l'empreinte est ineffaçable et qu'on peut reconnaître dans les animanx mêmes comme dans l'homme. D'autre part, à la même prédogiinance organique et au mode fondamental de l'existence sensilive qui en dépend, correspondent naturellement des images d'une certaine espèce , d'une certaine teinte ou couleur qu'elles portent avec elles. Ce sont de telles images que le sens interne, soumis à cette influence organique, reproduit ou enfante spontanément dans le sommeil comme dans la veille même , lorsqu'il n'est pas distrait par les impressions étrangères du dehors. Aussi d'an-

ET DU MOEAL DE LHOMME

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; rnédeem*, obMrvalMirtfle rhenme, do»Bèrenlr Hs la pltts grande âtteiMion à loos ces rapporU qai peavenl exister entre les penchants , les appétits natnrels, b direction spontanée on la tournure panicolière de nmagination et les qualités on les ?ices da tempérament organique ; de là ils déduisaient souvent les pronostics de pluieors maladies, Thoroscope même de riMMume moral tout entier , croyant deviner en qnelqoe sorte ses passions, ses vertus, ses défauts, par des signes physiques indicateurs d^une influence prédominante de telle partie de Torganisation intérieure. Et cette prévoyance, justiflée par un assez grand nombre d'exemples , pourrait se vérifier plus souvent si rhomme moral était uniquement dans ses passions , dans son tempérament physique, enfin dans le jeu de ses divers organes et le résultat de leurs fonctions ; et si Tactivité libre , qui seule constitue hi nature morale, ne venait sans cesse modifier les résultats de ces sortes de comlMBaisMis, et mettre en défaut tons les calculs, et les pronostics des physiologistes.

Mais, faisant abstraction de cette force vraiment hifpÉrorymUque , on peut en effet trouver par Texpérience qu'il existe des rapports assez constants entre cette espèce d'images ou d'intuitions spontanées ou adventices de l'aliéné , comme de l'homme endormi , et telles dispositions ou affections d'un organe interne partienGer. Et si c'étaient là des résultats d'une double observation physiologique et psychologique suffisamment répétée, il faudrait admettre ces résultats à titre de faits , alors même qu'on rejetterait toutes les hypothèses employées à les expliquer.

Il est certain , par exemple , que l'état de vacuité ou de plénitude de l'estomac donne lieu , le plus souvent , à des rêves d'une espèce analogue à la disposition physique de l'individu , que l'appétit vénérien , résultant d'une sévère abstinence, surtout dans la jeunesse, fait naître ces affections si remarquables par leur vivacité et leur persistance , et donne surtout à l'imagination une ardeur, une pente invincible à créer jusque dans le sommeil des fantômes voluptueux qu'elle caresse. Ainsi encore la diathèse bilieuse amène souvent en songe des affections et des images logulves ; la pléthore sanguine fait rêver de batailles et de fantémes sanglants, etc. On connaît le pronostic de Galien , fondé sur la vision en songe d'un serpent rmige,ei ll^^ureux effet d'une saignée copieuse faite àbsmte.

Cest aux hdiiles observateurs chargés du traitement des aliénés, qu'il appartiendrait surtout d'examiner jusqu'à quel point l'espèce de d^ire ou de manie , susceptible d'être caractérisée par la nature même ou h couleur des images qui poursuivent habituellement l'aliéné , pourrait mettre sur la voie du traitement qui convient à tel ou tel genre d'aliénation.

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