‹ Œuvres de Victor CousinChapitre 192 sur 212 · ET DU MORAL · texte numérisé non relu

ET DU MORAL

An aein des affectioM péniMet et Iriitet, rhonme moral peol éprouver, |»r exemple, une douce salitfaetioD iotérieure, en te •enlan^soutenir par une force sapérîenre i la douleur et aux peines; au contraire, rètre intelligent et moral peut s'affliger intérieurement et se trouver humilié des fausses joies de Tétre sensitif . Rimm r«pulam( errùrem et gaudio dixiê : Quid fnuira deeiperù?

Ce contraste des deux natures ne pouTait échapper à un philosophe aussi éminemment réfléchi que Descartes. Voyez avec quelle précision il caractérise dans son Tratf^ sur lu Passianê les sentiments propres de Tàme et les afiEections immédiates delà sensibilité confondues dans son système avec les mouvements de la m'échine !

Dans les modes ordinaires de notre existence sensitive et morale , ces affections et ce sentiment peuvent s'accorder et se renforcer les uns par les autres , ce qui entraine la santé de Tàme et du corps, ou s'oppooer réciproquement; et de là diverses altérations mentales, des déchirements intérieurs, un état de trouble et de désordre moral et physique.

Pour Tàme humaine ou pour Tétre intelligent et sensible, le plaisir n'est autre chose que la conscience de la p^eetion ; la douleur , au contraire , est le sentiment de quelques imperfections de notre nature mixte.

L^àme même la plus mêlée avec la chair , la plus dominée par les tendances instinctives de la sensibilité animale, la plus obscurcie par les passions, est toujours une âme humaine, dont le caractère et le type original imprimé par le Créateur, ne saurait jamais êlre cmnplétement effacé.

Tout animal suit son instinct sans contrainte, sans diversion; celui du tigre, par exemple, Tentralne i déchirer , à se repaître du sang de ses victimes.

Quel objet d'horreur et de pitié, que l'homme poussé, entraîné malgré lui par d'affreux penchanU à des forfaiu qu'il déteste% puisse se dire , comme Œdipe:

la cette , parricide , et pourtant Tcrtucai l

Qu'il est doux le sentiment immédiat de l'existence (l'one âme qui , née pour la vertu et pour la vérité , se

DE L*HOIiME.

trouve liée par la ph» heureuse, la plus belle des har^ monies, à une organisation qui la seconde, et ne lui renvoie, pour ainsi dire, que des impressions modérées, des affections sympathiques, aimables et bienveillantes l

Comment peindre la sérénité , le calme , le bonheur constant attaché à la conscience de ces deux sortes de perfection physique et morale fondues ensemble et se soutenant l'une par l'autre ! Comment rendre ce jeu prompt et facile des facultés de tout ordre obéissant toujours à l'empire de la vertu , et plus heureusement encore aux inspirations du génie, qui n'est lui-même que le produit le plus élevé de cette grande harmonie I Gomment exprimer les jouissances attachées à la contemplation du beau, du bon, du vrai, alon que l'âme vient à réaliser par son activité, l'idéal sublime dont elle sent en elle-même le type, la source inépuisable!

L'exercice habituel de si hautes facultés , et tous les sentiments ineffables qui s'y lient, peuvent remplir tous les vides de l'existence ; il amoindrit la part de mort , et fait participer l'organisme à l'activité , à la vie , à la jeunesse étemelle de l'âme.

Peutrêtre explîqueraitron ainsi les diven exemples de longévité parmi ces hommes d^élite, qui vécurent surtout de cette rie intellectuelle et morale, dont les instruments ou les formes seules changent et disparaissent aux yeux, mais dont le fond et les produits ne doivent jamais mourir l

Au contraire , l'inertie , la langueur , la passivelé de l'âme, doivent laisser la rie organique plus exposée à toutes les causes extérieures ou intérieures qui Taltèrent, la minent, et la conduisent plus rapidement â la mort.

Je ne pousserai pas plus lom cet ordre de considérations, pressé d'en conclure que ceux qui rejettent absolument les considérations psychologiques dans des recherches qui ont pour objet le corps organique , ou qui restreindraient celte application à certaines maladies, ne sont pas mieux fondés que ceux qui croiraient devoir expliquer par des doctrines ou des expériences purement physiologiques les faits de l'âme ou I les phénomènes du sens interne.

FIN DE LA DEUXIÈME ET DBRNlfeRE PABTIB.

NOTE

AiHlettiu de te sphère d'ftcUvité de TAme komalae, et de toiilee les focnltét d^eotendenent on de niiOB qu'elle eaiwaiee, s'élève sue hemïté eréatrice, dont les caractèree et les prodaiu stteslent une origine plos haute , et porteat sf ec eux le fp^p el eeaiMe le pressentkafMit d'aae aatarè immortelle.

Cette focalié sapérieare a'a rien de propremeat actif : sa powralt donc, sous ee rapport, la oomparer aux bcaltés seDsitiveSt si la sablimitë de sa forme, de soa objet ei de ses prodalts , ne Mettait eatre elle et cette aatore inlërieure toute la dîstaace qui sépare le ciel de Is terre , rinfini do ini.

To«s les philoeoplies qui ont pénétré un peu avant dans ks profoodears de l'àme humalae , ont signalé , sous divers tities, ce cM poar ainsi dire divin de notre aatoro*

On trouve des notions relatives à cet ordre supérieur de benliés, établies, dès le premier âge de la philosopUe , dans les écoles de Pythagore et de Platon.

Leaanéuplqfsiaeaa de l'école d'Alexandrie fondaient sur la sième hase leurs doctrines mystiques des émanations ou des communications surnaturelles des ftases entre elles et avec IHeu d'où elles sortent.

Panai divers passages extrêmement remarquables sur ee si^et de bante pbllosopbie qu'on trouve dans les livres de celte école, parvenus jusqu'à nous. J'en citerai un seul, extrait desmnvres de Proclus, dont nous devons la publication et le commenuire précieux aux recherches pro* fendes d'un jeune et savant professeur.

Bans la livre d$ Falo et Provîdsnltd, Proclus, parlant des plalODidens, s'exprime ainsi :

€ Laudant cognitîonem supra intellectom et aianiam et c verè banc divinam vacant.

• Ipsum aluni imum animae non adhuc hoc intellect toale excitaatem et hoc coaptantem uni.

c Unaaa aateas qu» ut verè melior seientiA et intel- < lectn est iatelligentia divinfficaU : haec est cognitio « qaam anima phanlasiaas la hftc vîtft plané accipere non ■ poiest,ete.(l).i

Dans ses excarsioBS mystiques, van Heimont a peint d^mie manière très-remarqaaUe cet eut de l'âme qui.

(I) Prveli 0|Mf» iMdita, édU. Ptoris, 1. 1», p. «l-CU. (1 OrtM SedidiHB,... tctlMre J. g. van Helaioiit. AaMtolodani, a|MMl ElnviriMM, 1048. -^ YcmIU» Sdcnt., p. 27,18.

cessant de se connaître, ou de s'appartenir, passe tout entière sons rinflnence d'un esprit supérieur de vie et de vérité.

• Comperî sanè, • dit-il au chapitre si curieux intitulé, Fenalio seieniiamm , ,t non esse de plenâ atque UberA

nostrae voluntaUs potestate suo sic intellectu nnne frui ; et qnod ad istud requiratnr plus quam putare, anniti: optare, velle, etc.

c Alias namque quam cito quis cogitât deanimft soi aut de re quâpiam tamquàm de tertio, cum alteritalo separata extra intellectum, eo Ipso nondùm estcogitatio aut operatlo puri ac solius intellectAs, Ast chm anima cogiut se ipsam, aut aliud quidquam tanqaàm se ipsam, sine alteriUle cogiUntis et rei cogitai», sine appendentià, extraversione vel relatione ad loeum, duralionem et circumstantias : tum sdlicet cjns hmmU cogilatio est inlelleetualis...

c Utpote anima in illo luminis statu sic apprehendit interiorem et anteriorem rei inlellectae essentiam quèd ipse intellectus transmîgrando sese transformet in rem intellectam... non fit ejus modi intellectualis conceptio, cum discretione verboram aut idiomatum, cum sensnum aut ratlonis pnecinctu^ aequo celeriori quodam totins logismi concepts hausto, etc.

< Nec etiam potest per rationem aut imaginationem concipi aut per imaginationem ideasve cogitari; veràm in illo statu nunc, htc sensus, ratio, imaginatio, memoria et velle, sont simul in merum intellectum liquau, stantque sab tenebris lumine intellectÉs offasr cau.

• Quamobrem sive intellectus transformetur, sive se ipsum transformet in simulacrum rei intellects,.,, saltem tune anima intuetur suum intellectum, sab forma arreptft in daio lumine. Atque in isto sui spécule speculatnr se ipsam ioteliectualiier absque re8exiooe alteriutis, sicque concipit rem scibilem unà cum omni suo et proprietalibus, etc. (3). •

Van Heimont me semble s'être annoncé comme le précurseur des nouveaux ^sternes de méuphysique allemande, basés sur l'intuition intellectuelle.

Revenant an point de vue platonicien, relativemeat au siget de ces inspirations d'origine céleste, les passages frappanU qu'on trouve à cet égard dans les Dialogues de Platon , ont dQ porter h croire que les philosophes grecs,

NOTE

et plus particulièrement le disciple de Socrate , avaient reconnu et exprimé la nécessité d'une révélation.

Sur ce dernier point de fait» savoir : si Pythagore, Socrate on Platon, avaient emprunté quelques parties de leur doctrine des livres hébreux , les recherches d'érudition les plus approfondies n'ont pu rien découvrir de certain ni même de probable à cet égard.

« Utrùm ab Haebreis aliquid didicerint Pythagoras et t Plato hactenùs, quod id credi suadeat nihil comperi, > dit Leibnitz lui-même, après de grandes recherches sur ce sujet important (1).

Quant au point de doctrine, savoir : si les anciens phi* losophes ont senti le besoin ou reconnu la nécessité d'une révélation divine, il faut bien s'entendre sur la nature, le caractère et l'objet de cette révélation, telle que pouvaient la concevoir ou l'entendre des philosophes éclairés par les seules lumières dé la raison.

J'ai eu occasion de traiter cette question qui m'avait été proposée par un savant ami (â), aussi distingué par ses hautes connaissances philosophiques que par son amour éclairé de la religion et de la morale. ' Je donnerai ici un extrait asset long de ma réponse à eette grande et belle question.

Je demande d'abord qu'on distingue les idées on les notions pures de l'entendement, de quelque manière que lui viennent ces idées, soit qu'on prétende les dériver des sens (et de quels sens?), soit qu'on les suppose comme Innées, soit qu'on les admette primitivement révélées par la parole ou avec la parole même {logos) ^ d'avec le sentiment qui s'attache à ces notions, les transmet de l'esprit an coeur, et les approprie ainsi véritablement à notre nature morale. Quelle que soit, en effet, la croyance sur rinnéité on la révélation ou le mode quelconque de manifestation et de réceptivité des idées on notions de l'esprit, toujours faut -il reconnaître que ce sentiment ne peut être que suggéré ou inspiré à Tftme qui se sent Incapable de se modifier elle-même par un exercice quelconque de son activité.

Cette distinction, qui tient an feit même de conscience, se trouve marquée dans les livres de Platon et dans nos divins Évangiles.

Commençons par cenx-cl :

Dans l'évangile de saint Jean , Jésas>Christ dit à ses ap6tres : c Cet esprit de vérité que le monde ne peut f recevoir et ne conçoit pas parce qu'il ne le voit pas, c vous le connaîtrez parce qu'il viendra et restera envous. >

t Spiritnm veritatis quem mundns non potest accipere I quia non vldet eum nec scit eum, vos autem cognoscetis f eum quia apud vos manebiL »

Et plus bas : • Telles sont les paroles que je vous ai c fait entendre; mais l'Esprit-Saint (le Paraclel) que vous • enverra mon père, vous les enseignera véritablement; c seul il pourra suggérer à vos Ames le vrai sens des c paroles que vous aurez reçues par ma bouche. »

c Hac locutus sumvobis; Paracletus autem, Spiritus « sanctus quem mittet pater, ille vos docebit et suggeret c vobis omnia quaecumque dixere vobis. i

Tels sont les Iraiu f^appanU de cette révélation intérieure, qui consiste dans le sentiment ineffable suggéré à l'àme et non pas seulement dans l'idée ou la parole qui s^MIresse uniquement à l'entendement. Ici est la lettre, là .est l'esprit qui vivifie.

Quel que soii cet ordre de vérités , notions on idées intellectuelles, il y a toujours lieu de demander si elles

(l) Uiba. Op. loiii« 11, page 222.

sont ou ne sont pas des produits de la raiaon on de Paciivite propre et naturelle de l'esprit hamain. Mais l'homme sait par conscience qu'il ne se donne pas ou que son âme ne se suggère -pas à elle-même ces sentiments ineffables du beau, du bon, de la vertu, de l'infini, de la Divinité : la cause, la source de ces hautes suggestions ne peut être subjective; elle tient à une nature plus élevée que les sensations et les idées de l'esprit, plus hautes qne tout ce qui est fini.

Les sages qui puisèrent an fond de la conscience les premières vérités religieuses et morales, durent y trouver aussi cette distinction évidente entre les données ou les produits de la raison humaine et les sentiments on les inspirations de l'âme.

On trouve dans les Dialogues de Platon nue foule de passages qui font allusion à cette sorte de suggestion ou de révélation intérieure; mais le disciple de Socrate, non plus que son maître , ne pouvaient entendre cette révélation que dans le sens de l'esprit, et non point selon la lettre positive que la religion nous enseigne.

C'est en effet par les lumières naturelles ou par la meillenre et la plus haute direction des facultés inteflectoelles et morales de notre nature quç Socrate parait s'être âevé aux notions du vrai Dieu, de l'âme immortelle et libre, dn bien et dn mal moral.

Ceux qui croient qne ces premières vérités ne purent qu'être tirées des livres des Hébreux , on transmises par l'Egypte aux philosophes grecs , me semblent restreindre singulièrement les bornes de ces puissances intelleetnelles que Dieu a données à l'homme , en le livrant an concours des moyens internes et externes, préordonnés dans le but d'étendre et d'assurer le développement progressif de ses facultés naturelles.

Sans doute ces sages qui purent s'élever jusqu'nn dogme de l'unité de Dieu et de l'immorullté de Pâme, par les seules forces de la méditation, avalent, ^wmme nous l'avons tous, la conscience de l'imperfection et des limites naturelles et nécessaires des facultés humaines. Pins ils éuient élevés, plus ils devaient sentir lebesoin d'an infini, qu'il n'est pas donné â l'homme d'atteindre; plus ils devaient désirer aussi nne communication pins immédiate, plus intime avec cette raison suprême, dont ils avaient conçu ^existence et reconnu la nécessité. Aussi voit-on les premiers philosophes qui désiraient faire participer leurs semblables à la vraie lumière dont ils étaient éclairés , invoquer le secours d'une autorité supérieure à celle de leurs paroles on de leur nom, pour confirmer et répandre cet enseignement sublime dont les Dialogues de Plnton offrent le type.

Cest dans ce but sublime qne Socrate réclame Tintervention divine pour que ses leçons profitent à ses disciples, en s'insinuant dans leur âme. Telle est aussi la révélation tout intérieure dont il sent et exprime la nécessité dans les dialogues du Théagès et des deux Alcibiade, au même sens qne Jésus-Christ annonce à ses disciples la révélation intérieure du Paraclet, dans l'évangile de saint Jean.

C'est dans cet esprit qu'il faut chercher le vrai sens de plusieurs passages de ces Dialogues.

La comparaison faite, dans la BépubUquB, do sowerain bien, Dieu, avec le soleil, est aussi très- frappante, et remarquablement belle dans ses développemenu et son application aux vérités intelleetnelles et morales et â la manière dont notre esprit les perçoit. On y trouve presque le sublime de ces paroles divines de l'évangile de saint

(2) M. SUpfer.

NOTE

Jean : k Eral lux vera qoae illuminât omnem hominem c Tenientem in faune mundum... Lux lucet in lenebris et < tenebrs eam non oomprehenderunt... »

Ce que la lumière du soleil est dans le lieu sensible par rapport à la vue du corps, ou aux objets perçus, le souverain bien, on l'esprit de Dieu, Test par rapport à l'entendement et aux êtres intelligibles.

L'impression sensible de la lumière sur l'œil qui s'ouvre pour la piemière fois à ses rayons, est passive pour l'être sentant qui la reçoit et qui en est affecté, soit qu'il veuille on ne veuille pas. Il y a de même une impression passive du souverain bien ou de la lumière divine sur l'esprit de tout homme qui vient au monde; c'est par celte lumière seule que tout esprit créé, vit et existe ou se conçoit; le principe, la cause, la raison su£Bsante de cette vie intellectuelle n'est pas plus, en .effet, dans l'homme même on dans le moi, que le principe ou la raison de la vie sensitive n'est dajis l'animal.

Mais comme la perception distincte des objets visibles exige en même temps et l'activité du regard et la présence de la lumière intérieure, ainsi l'aperception claire des êtres intelligibles exige le concours de l'activité libre de l'esprit avec la lumière supérieure divine qui en est la source, la condition ou le moyen nécessaire, mais non pas la canse absolument efficiente.

Que si cela était ou si l'&me pensante était réduite h une passiveté complète d'intuitions, dès lors absorbée en Dieu elle n'aurait plus la propriété d'elle-même : en perdant l'action propre qui la constitue personne, moi, elle ne pourrait être considérée comme substance (1). Tel est ce concours divin, comme dit encore Leibnitz (en entrant profondément dans la vue de Platon), qui fait qu'en un certain sens Dieu seul peut être considéré comme Tobjet extériear de Tâme, ou comme étant, à chaque esprit créé, ce que la lumière est à l'œil.

La comparaison de Platon étant ainsi entendue, on saisit mieux le vrai sens des paroles attribuées à Socrate dans le passage suivant, qui résumé admirablement la doctrine de Platon sur les idées intellectuelles.

ff Gomme de tous les organes de nos sens , l'œil est c celui qui a le plus de rapport avec la lumière du soleil f (quoiqu'il ne soit pas, ou qu'il ne porte pas en lui cette

• lumière); ainsi, de toutes les facultés de notre esprit,

• la raison est celle qui a le plus de rapport avec le sou- « verain bien ou la lumière divine, quoiqu'elle nesoitpas

• cette lumière ; ou qu'elle ne la porte pas en elle- même, i Et c'est là ce qui éloigne l'idée d'un caractère purement

subjectif, attribué par des auteurs systématiques aux êtres intelligibles dé Platon, ou aux notions universelles et nécessaires des modernes, manifestés à l'âme par une lumière divine que l'âme ne fait pas, on qu'elle ne porte pas en elle-même, mais vers laquelle elle se tourne et se dirige par son activité propre.

Je prie qu'on relise un admirable passage de VÀleibiade, qui revient parfaitement à ce que nous venons de dire de la condition et du moyen qui sert à l'homme à se ron naître en connaissant Dieu, et en se voyant, se mirant

(I) Leîbniti dit lopérieureinent : « Beatiludo aninup eomistit in iuâ umion» emn De»; mode nùn putes absorberi animam in Deunif pr9pri€tai9 fWB tuhstantiam ffropriam solâfaeit aetione amitsâ. »

Il ne •''agit pas de la rabsUnce, main du senliment du nun ou fie la peraonnalité humaine, qui pent être absorba on remplacée par Tetprit dtTÎa, leur sobttance restant la même.

Le Fils qui est ta manifestation du Porc (de TAtre), ne relire vers liii ; toale manifestation sensible cesse avec le Fils ( le im/t), mori, en-

COUSIN. TOME III

dans l'Esprit divin qui lui renvoie sa lumière , de même que l'œil se voit ou se mire dans un autre œil hors de lui, qui lui réfléchit son image, comme étant d'une nature analogue à la sienne. Je ne connais rien de plus beau en philosophie que ce Dialogue.

Revenons à notre sujet :

Si les objeu intelligibles (l'être, l'âme, la substance, la cause, etc.) sont en nous, en tant que nous sommes conscients de nous-mêmes ; si la lumière appropriée à ces objets, ou Dieu lui-même, est présent à l'âme, alors même qu'elle ne le voit pas ou ne le cherche pas; s'il est vrai, dans le sens platonique, que l'idée du souverain bien, et par elle celle de tous les êtres intelligibles, les vérités absolues, universelles, nécessaires, soient innées ou infuses à notre âme , de telle sorte qu'en entendant , pour la première fois , les paroles ou les signes qui les expriment, l'âme ne fasse que s'en ressouvenir ou en avoir la réminiscence , loin d'en recevoir la science du dehors; il n'est donc pas besoin d'une révélation directe, extérieure et temporaire , qui ait en vue , relativement à cet objet, quelqu'une de ces vérités premières, apanage de notre nature. Au contraire, toute la doctrine de Platon sur les idées, et particulièrement la comparaison du soleil avec le souverain bien (qui est comme le symbole de cette doctrine) serviraient plutôt à prouver que les premiers sages n'ont eu aucune idée de la nécessité d'une révélation ou d'un enseignement direct, accordé aux hommes par la Divinité, qui n'aurait pu à cet égard que leur révéler ce qu'ils savent d'eux-mêmes par les lumières naturelles, et comme par réminiscence d'un état antérieur.

Mais il n'en est pas de l'inspiration ou de la suggestion du sentiment qui approprie les vérités à l'âme, comme de la lumière pure qui les montre à l'esprit, lorsqu'il se tourne vers elle, en écartant les obstacles, les images, les sensations, les passions, etc.

La lumière est constamment présente â nos âmes, il ne faut qu'un certain degré d'activité qui dépend de nous pour apercevoir nettement les objets qu'elle éclaire. Mais l'esprit souffle où il veut; nous ne pouvons nous inspirer à nous-mêmes le sentiment ou l'amour du souverain bien, comme nous pouvons concevoir ou remémorer son idée, pour l'exercice de notre libre activité. Nous ignorons complètement' les moyens dont Dieu se sert pour cette inspiration ou cette révélation tout intérieure par laquelle il se communique à nous, et nous unit à lui plus intimement Cette suggestion divine n'est pas donnée à toutes les âmes, ni à la même âme constamment et en tout temps. Quelquefois elle nous saisit subitement et nous ravit au troisième ciel, et l'instant après elle nous abandonne et laisse l'homme retomber de tout son poids vers la terre. C'est là, et là uniquement qu'éclate l'action immédiate de la Divinité sur l'âme humaine. C'est à cette source que tous les philosophes religieux en ont puisé l'idée et l'intime conviction. On la reconnaît surtout dans les pages d'inspiration que Fénélon a écrites sur l'amour divin, qui se réfèrent parfaitement aux passages cités des Dialogues de Platon.

seveli, et c'est alors que commence la vérilable vie. De son Père, oii il est rentré, le Fils envoie à sa place rExprit-Saiiit, ramoiir vivifiant. C^est lui qui dirige ceux qnis^abandonncnt â lui en faisant abnégation de leur propre esprit, de leur moi, etc.

Le fait psychologique sur lequel pent se fonder le point de vue mystique, semble s^accordcr parfaitement avec la révélation et les propres paroles du Sanveur, on l'on trouve presque toujours an fi|furé quelque» vérité» in Ic'rieiirc».

NOTE

Quand Socrate dit k Tbéagès que , s'il yeut faire des progrès dans le bien on la sagesse, il doit s'adresser à Dieu , c'est moins , sans doute , pour qu'il lui donne la science ou l'intelligence que l'amour de la sagesse ou l'attrait pour les choses divines (i).

Dans le deuxième Àlcibiade , à la fin , Socrate réprime avec autant d'énergie que de raison ces prières insensées que les hommes étrangers à l'esprit de sagesse , esclaves des passions, adressent aui dieux. Le sage, le juste, sait seul ce qu'il faut demander à Dieu. Socrate engage Alcibiade à attendre, pour prier comme il faut, qu'il lui ait été enseigné comment il convient de se conduire envers Dieu et envers les hommes; et quand Alcibiade demande qui le lui enseigna , Socrate répond : Celui qui veille sur toi, savoir (en consultant ce qui précède) : le génie même de Socrate, ou l'esprit de sagesse, le démon qui l'inspire; mais auparavant il faut que cet esprit sorte des nuages ou dissipe ces vains fantômes qui obscurcissent l'entendement d'Âlcibiade, de même que, dans Homère, Minerve sort de la nue qui la cachait aux yeux de Diomède.

N'est-ce pas là le complément de ce que Socrate disait à Alcibiade à la fin du premier dialogue? c Savez-vous par quels moyens vous pourrez parvenir à chasser tout ce qui occupe et trouble aujourd'hui votre esprit? Car je ne veux pas même qualifier ou nommer des choses si basses eu égard à un esprit aussi élevé que le vôtre?

Alcibiade» Je le sais.

(1) Ceci revient à on passage de Bossuet, intitulé JfyfeiW in tulo, où on lit: Bealns Joannct in «race qui deconlooiplationesiveoratione

Socrate, Comment donc?

Àldbiade. Ce sera si vous le voulez, 6 Socrate!

Socrate, Vons ne dites pas bien, Alcibiade.

Alcibiade. Comment donc faut-il dire?

Sacrale. Si Dieu le veut, etc. >

Cette dépendance où est l'âme, à Tégard de certains sentiments qu'elle ne se donne pas, et qui pourtant font sa perfection et sa vie, les stoïciens ne l'ont pas reconnue, et c'est aussi ce qui rend leur morale si Incomplète, si inférieure à celle des premiers platoniciens, et surtout k celle du christianisme.

r La principale merveille que Dieu fait en nous, dit f Fénélon, c'est de remuer notre cœur comme il loi plaît, c après avoir éclairé notre esprit : il ne se contente pas c de se montrer infiniment aimable, mais il se faJt aimer t en produisant par sa grâce son amour dans nos cœurs.

c Ce n'est pas seulement (ajoute ce philosophe du c cœur) la loi extérieure de l'Évangile que Dieii nous c montre par la lumière de la raison ou de la foi. Cest c son esprit qui parle , qui nous touche , qui opère en c nous, et qui nous anime ; en sorte que c'est cet esprit • qui fait en nous et avec nous tout le bien que nous c faisons , comme c'est notre âme qui anime notre corps c et en règle les mouvements. >

Voilà le démon ou l'esprit de Socrate, la révélation intérieure, dont les anciens philosophes ont senti et exprimé le besoin.

simplicis intoitAs icripnt qoem amatoriom tiTe lant, etc.

anpel-

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