‹ Œuvres de Victor CousinChapitre 194 sur 212 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Ceux qni n'ont pas suivi aulrefois le cours de philosofAie de M. Laromiguière , pourront profiter et se plaire à la lecture de son ouyrage ; mais ses leçons écrites auront de plus Tintérèt et le charme du soorenîr, pour ceux qui assistèrent aux leçons orales.

En ne paraissant pas avec le professeur, le livre a perdu ; il est vrai , tout ce que la personne même , le ton, l'accent, la physionomie, le plus remarquable talent de parole, ajoutaient au cours oral de piquant, de gracieux, de propre à captiver Tattention et k fixeir la légèreté même. ïfais ce livre est la copie d'un modëe qu*on regrette de ne plus voir; il a donc , outre ion prix réel , un prix de saitiment attaché à tout ce qu'il rappelle.

Le brillant succès qu'obtint ce cours de philosophie, dans un monde étonné de s'y complaire , fut-il exclusiveoient dA au talent et à tout Tesprit qu'y mit le professeur? Ne faut-il pas l'attribuer aussi au caractère de la doctrine qui a fait valoir l'esprit, et s'est trouvée avec lui dans cette heureuse harmonie, principe de tout succès ?

Une philosophie qui se serait annoncée sur un ton plus sérieux , plus grave , comme voulant entrer plus avant dans les profondeurs du sujet , n'aurait-elle pas rompu le charme et mis les grâces en fuite ? '

Laissons dans ces questions la part de la critique, et contenions-nous de remarquer que les leçons de philosophie, malgré leur mérite incontestable, malgré l'éclat du cours public , ou même en raison de cet éclat , pourraient bien ne pas satisfaire à tous les besoins des esprits méditatifs , ni remplir l'objet d'une philosophie complète.

Il ne faut demander au livre de M. Laromiguière

COVSm. — TONE ili.

que ce qu'il a voulu y mettre ; c'est une logique claire, facile h entendre, et qui se fait lire sans fiaitigue ; l'ari» dite naturelle du sujet y est tempérée par l'élégance du style , la variété des tons et une foule d'idées accessoires, toujours fines, et quelquefois profondes. Mais malgré le titre et les accessoires , l'ouvrage n'est au fond qu'une logique , une science de méthode : or la logique est beaucoup sans doute ; elle tient sa place essentielle dans un cours de philosophie , mais estrolle toute la philosophie ?

M. Laromiguière ne parait pas en douter, lorsqu'il énonce, dès son début, cette maxime absolue qui fixe d'avance l'objet et l'esprit de son cours.

i Si l'esprit humain , dit-il , est tout entier dans c l'analyse , il est tout entier dans l'artifice du lanc gage. »

Est-il donc bien vrai que l'esprit humain soit tout entier dans l'analyse , et surtout dans l'espèce d'analyse que le professeur nous donne comme la méthode unique ou par excellence?

Que devient alors cette science qui tenait autrefois, et qui tient encore dans plusieurs écoles un rang si éminent , sous le titre de phihioplUe première ou de méUtphytiqiu , divisée elle-même en peyehologie et ontologie? Tout cela n'est-il que chimère? Faulril proscrire toute métaphysique? Une telle question méritait sans doute examen ; car il faut toujours examiner avant de proscrire. Peut-être même était-ce là le préliminaire essentiel d'un cours de philosophie , qui , débutant par la logique , annonce devoir s'y terminer, s'il est vrai surtout que l'esprit humain soit tout entier dans l'artifice du langage.

A la vérité, l'auteur promet de traiter, dans un deuxième volume , la grande question de la réalité ou de la non-réalité des objets de nos diverses idées;

EXAMEN DES LEÇONS

c'est-à-dire de décider s'il y a ou non une science qui, sous tel titre qu'on voudra (autre que celui (^idéologie ou de logique) , aurait le droit de prononcer sur la réalité d'une connaissance ou d'une existence quelconque. Mais cette question , qu'on a dû tant de fois supposer résolue dans la première partie du cours, ne viendra-t-elle pas trop tard à la fin ? Nous n'avons pu nous empêcher de le croire , lorsque , voulant nous borner à rendre compte de cet intéressant ouvrage , nous avons été , malgré nous , entraîné à remplir l'importante lacune qu'il a laissée , et à anticiper sur la seconde partie qui nous est promise.

Si cette anticipation était une faute ou une témérité, l'auteur lui-même l'aurait provoquée et devrait nous la pardonner.

Dans ces recherches sérieuses et moins attrayantes, nous en convenons , que les leçons de philosophie , cet ouvrage nous servira de texte. Nous examinerons successivement avec le professeur les questions premières de Vatudyte, des principes , ou de Vorigine de nos facultés et de nos idées; du moi , ou de Veanstmee personnelle, du maiéritUisme (dont on accuse la doctrine de Gondillac), et ^ivtoiit de VacUvilé telle qu'on l'entend dans celte doctrine.

Des questions semblables peuvent être posées ou entendues dé deux manières bien difiérentes: Tune en faisant des définitions ou en employant les artifices du langage: Tautre en conviluot les faits ou se réglant d'après Vexpérience intérieure, La première est logique : c'est celle dont M. Laromiguière a le plus souvent donné le précepte et l'exemple ; la deuxième est psychologique ou réflexive : c'est celle que nous emploierons. Le lecteur pourra comparer et choisir.

Ih l'analyse,

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