‹ Œuvres de Victor CousinChapitre 198 sur 212 · IV. Aiialr<*l>b]rtlqa«etlo8iqve · texte numérisé non relu

IV. Aiialr<*l>b]rtlqa«etlo8iqve

C'est dans un point de vue opposé que Bacon procède à la connaissance du monde extérieur. Ce monde, le même que celui de nos représentations, est la première donnée d'où part l'analyse ; la réalité absolue lui appartient, et ne peut en être conçue séparée , autrement que par l'abstracition qui n'aboutit qu^à créer des êtres de raison.

Le monde extérieur, objet constant et unique de toutes les facultés de l'esprit humain , ne lui est pas donné pour qu'il le morcelle d'abord par l'abstraction, et le recompose ensuite avec des éléments artificiels , des hypothèses arbitraires, mais pour qu'il le contemple , l'étndie ou l'observe tel qu'il est.

La métaphysique portée dans la science de la nature ne peut que l'altérer on la transformer en une science idéale et vaine. (O physique ! préserve^oi de la métaphysique!)

C'est dans le monde extérieur, en effet, que se trouvent les principes et les causes comme les mo-

dèles de toutes nos idées. C'est à ce type réel qu'ellas doivent se conformer pour être vraies.

c En effet , dit Bacon , lorsque l'esprit humain applique ses facultés à la nature, en contemplant as«> sidûment l'ceuvre de Dieu, ses idées se conforment aux objets de cette nature, et sont réglées et dé" terminées par eux ; que s'il veut se replier ou se retourner sur luinnême, comme l'araignée qui fait c sa toile , rien ne détermine ou ne limite son point f île vue , et les doctrines idéales qu'il construit , c ressemblent en effet è ces toiles , ouvrage de l'art dont on admire b finesse de tissu , sans pouvoir les appliquer à aucun usage, i < Mens humana si agai in nuUeriem » nntutam tvmm et opéra Dei eonUmplando ; pro modo maieries operaiwr atque ah eâdem detmwinalwr : ii ipsa in se vertaiw, ianquàm aranea ieœtns telam » tune demiUmindeîerminaiaesitelpairitUleuqtusktam doetrinœ tenuilaie /Ui operisque mirabiieSf sed quêàd usum fripolas et inanee. i Et vraiment , dans oe point de vue opposé i toute réiexion , qu'y a-t-il en nous , ou que pourrions-nous y découvrir en tissant notre propre toile comme l'araignée? Rien que des formes et comme des cases vides , dont oo attrait séparé la matière qui en fait toute la réalité.

Sans doute il n'est point inutile de considérer à part ces formes ou catégories , de les énumérer, de les réduire en tableaux , pour classer ou ordonner les idées acquises , et faciliter des acquisitions nouvelles : mais ce sont là des moyens , des instruments de la science , et non la sdenee même.

c La connaissance des choses, comme elles sont dans leur propre existence , dans leur constitution, propriétés ou opérations, etc., voilà la première et la seule science réelle , savoir : la f^ysique qui embrasse toutes les existences réelles, les esprits comme les corps.

c La seconde espèce de connaissance ( la morale ) est pratique (c'est-à-dire art plutôt que science ). Elle se compose d'idées archétypes , que nous formons ou composons nous-mêmes, sans modèles, et sur lesquelles aussi nous pouvons raisonner avec autant de certitude et de précision que les géomètres sur les idées de quantité, c Enfin, la troisième espèce, qui se confond presque avec la seconde , est la logique , ou la connaissance des signes qui tiennent la place des idées ou des choses , quand la matière de la représentation n'y est plus (i). »

Cette division des sciences , qu'on trouve à la fin du

(i) Voyez Locke, Essai (chap. 21 , liv. 4).

sur Venlendement humain

EXAMEN DES LEÇONS

grand ouvrage de Locke , est tout à fait conséquente à la doctrine et k la méthode de Bacon ; elle ne sépare pas la science des esprits de celle des corps , quant à la réalité absolue^ et en les considérant sous le même point de yue objectif, elle exclut enfin ou raye du tableau des sciences, celle du sujet peosant, la psycho-

Ainsi cette analyse par laquelle débute Descartes , dana son grand et immortel ouvrage des Méditations, n*aurait ni sujet ni objet réel , pas plus que la matière subtile et les tourbillons.

Que devient alors la science propre de nos facultés? Et sur quoi pourrait porter la distinction établie entre leur nolwre, leur emfloi, ou leurs effets? Vol division de ces facultés serait-elle autre chose qu'une classification de leurs produits , rangés dans Tordre encyclopédique le plus propre à en faciliter Tétude , et sous des titres nominaux, tels que raifoii» mémoire, imagimuion (i), etc.?

De cette comparaison abrégée des principes sur lesquels se fondent les deux doctrines mères dont nous venons de parler, nous pouvons déduire ce résultat intéressant et curieux pour Thistoire de la philosophie ; c'est que là précisément où Descartes emploie l'analyse et Tobservation intérieure , Técole de Bacon suivra une méthode logique de définition et de classification.

Réciproquement là où Técole de Bacon applique si heureusement la méthode d'observation extérieure et une analyse proprement dite, Técole de Descartes procédera par abstraction et par hypothèse.

Il sera maintenant facile de voir quelle est l'espèce de méthode propre à la doctrine de Condillac , et à celle de l'ouvrage qui nous occupe.

Ce ne peut être l'analyse de Bacon , puisqu'il ne s'agit pas d'observation extérieure , ni d'une science de la nature.

C'est encore moins l'analyse employée dans les MédUatiùM de Descartes, car il ne s'agit pas de connaître ou d'étudier la pensée par réflexion , ou par la perception interne de ses actes , mais uniquement dans les sensations adventices qui sont censées la produire, ou dans les organes qui en sont les instruments, ou dans les idées qui en sont les résultats^ et surtout dans les signes qui expriment ces idées.

Restera donc une méthode d'abstraction, d'analogie ou d'hypothèse , tout empruntée du dehors.

Voyez aussi d'une part Hartley , Hobbes , Gassendi, Chartes Bonnet lui-même , et tous les physiologistes , transporter dans l'étude des faits de l'esprit humain , des hypothèses qui semblent calquées sur celles de la physique de Descartes. Voyez d'autre part Locke ,

(1) Voyez le Tableau encyclopédique de Bacon.

Condillac et leurs disciples transporter toute philosophie dans la logique , définir , classer, poser* des lots générales ou abstraites avant d'avoir constaté, par l'expérience intérieure , les faits de notre nature individuelle et morale ; comme si la science de l'esprit humain se composait uniquement d'idées archétypes faites sans modèle et sans règle ; comme si le modèle pour être intérieur en était moins réel ; comme si le vrai philosophe n'était pas en présence du monde intérieur , comme le physicien est en présence de la nature !

Chose étrange ! jamais l'analyse ne fut tant recommandée , et jamais la synthèse , proscrite dans le mot, ne fut plus exclusivement pratiquée qu'elle ne l'a été dans la doctrine et l'école de Condillac.

Des principes tune connaissance réelle.

Les nouvelles Leçons de philosophie , la manière dont l'auteur entend l'analyse et définit les principes , offrent un exemple frappant de la transposition de méthode que nous venons de remarquer.

c Toutes les fois , dit cet auteur (p. 48 ), qu'une c même substance prend diverses formes, l'une après c l'autre , on donne à la première forme le nom de < principe, i

Cette définition ne semble-t-elle pas faite exprès pour pouvoir dire ensuite qu'Une première sensation ( première forme de la substance appelée âme) est le principe de toutes nos idées?

L'acception du mot principe varie pourtant et semble s'écarter de la définition , lorsque l'auteur l'applique à des abstractions mathématiques, telles que la ligne droite qui est dite le principe de toutes les figures, l'addition qui est dite le principe de toutes les compositions de nombres , etc.

Qu'on entende ainsi les principes dans des sciences dérivées ou de définition , il n'y a rien à dire ; mais , quand on parle des principes en philosophie , peut-on les limiter aussi arbitrairement ou s'arrêter à une valeur purement nominale , sans renoncer à la Téritable science des principes ou sans supposer qu'une telle science n'est qu'une chimère?

Si dans la physique, par exemple, on se proposait de chercher non pas seulement quelle est la forme qui se manifeste la première dans certain ordre de succession des phénomènes , mais quelle est la propriété première, essentielle à la substance d'où peuvent dériver toutes les qualités secondes que l'expérience découvre l'une apr^ l'autre; quoiqu'on sentit et qu'on démontrât peut-être l'impossibilité où nous sommes ,

DE PHILOSOPmE.

jTec nos bcoliés données, de déterminer ce qa*un Id principe est 6n toi, on n'en eeraii pat moins oéoesâié à Tentendre ainsi, et non antreraent.

Il y a, diraiN>n, tel principe d'où dérivent tous les phénomènes de la même espèce , qaoiqne nous ne le connaissions pas, c'es^-à«dire, quoique nous ne puisnoDS nous le représenter ou Timaginer dans la sublUDce même.

Certainement nous ne pouvons pas mieux nous représenter le principe dans la cause efficiente , et cependant il nous est impossible de ne pas admettre Texiitence d'une cause ou force productive des effets qui commencent à paraître ou des formes qui se montrent Tune après Fautre. Celui des effets qui est le premier dans Tordre de la succession , n'est pas pour cela principe de la série entière ; mais toute la série , depuis le premier jusqu'au dernier terme , a son principe réel dans une cause ou force unique qui ne se tnussforme dans aucun de ses effets , et reste toujours identique avant , pendant et après l'apparition de ses effets.

Je fondrais bien savoir, demande à ce sujet Leibniu (i), cQmment on peut démontrer que tonte succession doit avoir un commencement? Question profonde et très-bien motivée, dans le vrai sens qu'y atuchece grand maître, mais qui serait absurde si Ton prenait le commencement, ou le premier terme de la série, pour la camCf en mettant en question si ce fd eowmenee a une cause; car le contraire implique contradiction, et ne peut pas même être conçu par Tesprii («).

Sans doute on peut descendre ou remonter dans la lérie indéfinie des effets , sans changer de point de Toe, on sans sortir du cercle des sensations et des images ; mais on tournerait ainsi perpétuellement dans ce cercle , ou Ton développerait la série à l'infini, sans (roQver la cause. Pour en concevoir la réalité nécestsire, il faut nécessairement admettre, hors de ce qui est représenté à l'imagination ou aux sens, quelque chose qui n'est pas et ne peut être représenté , ou qui s'est pas du même genre , ni de la même nature que le phénomène observé.

G est ainsi que toute la série des composés matériels aboutit à la notion de fifrce simple ; que tout nionvement local se résout dans la tendance , l'effort on le 1IÛ1M , qui ne se représente pas au dehors ; que les conlenrs, les sons , etc., se rapportent à des fluides ioTisibles, inaensibles, etc.

Mier la réalité de tout ce qui ne peut être vu , ni tooché, ni senti , ni imaginé, c'est anéantir toutes les causes, c'est idéaliser la nature entière.

(0 Leib. Oper. tome II , page 327.

{*]SareeUe question, voyez un mémoire de M. Goccins, inséré dans la CoUeclion de Berlin, 177i.

Le système des idées innées consiste précisément à nier que Ui succession des pensées ou des modes de rame , ait un commencement dans Texpérience : proposition aussi difficile à combattre qu^à établir , tant qu'on n'a égard qu'à l'ordre de succession des idées. C'est dans l'application première et légitime du principe de causalité que se trouve , je crois , la véritable et l'unique solution du problème.

Si , comme nous ne pouvons en douter , ce principe plane sur les deux mondes intérieur et extérieur , s'il peut seul leur donner une base réelle et leur servir de lien , la philosophie première devra se proposer pour objet d'en bien constater la réalité, de le rattacher, s'il est possible, à un fait primitif, de déterminer enfin les applications premières et nécessaires que l'esprit humain en fait depuis l'origine , non-seulement pour connaître et expliquer la nature, mais de plus et surtout pour se connaître et s'expliquer lui-même.

Prend-on pour principe un premier phénomène , un premier mode ou une première forme , on méconnaît , on renie la philosophie comme science des réalités.

Prend-on pour principe la substance passible de plusieurs formes successives ou simultanées , on peut dénaturer encore la véritable valeur du principe , et tomber dans divers écarts ou illusions dont l'histoire de la philosophie nous fournit tant et de si frappants exemples.

Si Descartes avait mis la cause à la place de la substance dans le fait primitif auquel il a si bien et si profondément vu que toute la science devait se rattacher , le spinosisme ne serait pas né , la métaphysique ne se serait pas discréditée par tant et de si longues disputes; peut-être nous aurions une autre philosophie ; enfin la psychologie proprement dite ne serait pas encore une science è créer.

Une analyse un peu approfondie du principe ou du fameux enthymëme : Je pense, donc je suie , pourrait justifier ces premières réflexions.

Mais avant d'aller plus loin , nous avons besoin de prévenir une objection grave , tirée de la doctrine de Locke et Gondillac, contre la réalité des notions de substance et de cause auxquelles on donne, dans cette philosophie, le titre d'abstractions réalisées.

Des principes abstraits et des abstractions réalisées.

AbtlracUoDi sentlblea : Idées géoéralct.

C'est en cherchant à déterminer avec quelque précision le sens de ces mots, principes abstraits, abstractions, qu'on a sujet de reconnaître combien la langue

EXAMEN DES LEÇONS

psychologique est pauvre et impar&îte. Il s'agirait (l'exprimer des actes de nature différente , de distinguer soigneusement ces actes ou procédés intellectuels de leurs résultats ; et on n'a qu'un mot qui s'applique indéterminément tantôt à l'attention objective « tantôt à la réflexion intérieure dont chacune a sa manière d'abstraire , tantôt enfin aux produits composés de ces opérations diverses.

Le chef d'une école célM>re a très-bien signalé les abus qu'entraîne l'extrême ambiguïté du mot abslraii, dans les recherches psychologiques (i) , et il a cherché à lever l'équivoque par une distinction exlrémemeot importante qu'il a lui-même oubliée depuis , et que cet article a pour but de confirmer y ou , s'il est possible , d'éclairer*

Une qualité sensible est dite abstraite de l'objet immédiat de la perception , quand l'attention , fixée sur cette qualité particulière , la détache en quelque sorte du tout à qui elle appartient » et lui attribue ainsi momentanément une sorte d'existence è part, que le signe complète et rend permanente.

Cette opération d'abstraire peut s'appliquer k un seul objet sensible , comme se répéter sur plusieurs ; le même nom convient et s'applique à tous les objets qui se représentent sous des qualités ou des apparences semblables : c'est ainsi , et en ayant égard au rapport non d'identité , mais d'analogie ou de ressem* blance , que le terme abilrail devient générai, et qoe sa capacité représentative s'étend à la multitude des objets ou phénomènes analogues.

Nous n'avons pas besoin d'entrer ici dans le détail des procédés d'abstraction et de généralisation qui forment toutes ces idées de classes , de genres , sous lesquels viennent se ranger ou se distribuer régulièrement les objets innombrables et épars de nos diverses c(mnaissances. Ces procédés sont aujourd'hui bien connus, et c'est là que Condillac et ses disciples ont rendu d'éminents services à la philosophie , en déterminant avec une admirable sagacité les rapports intimes qui unissent les signes aux idées , en mettant à nu tout l'artifice des idées abstraites générales , et par suite celui des langues elles-mêmes.

Mais tout cela ne sort pas encore du domaine de hi logique ; les abstraits dont II s'agit ne sont encore qu'idées simples ou composées , ou signes ; et ni l'abstrait sensible, ni l'abstrait logique, n'ont la valeur de réalités.

(i) Le passage de Kant qai établit cette distinction essentielle est très-remarquable ; on le trouve dans sa première thèse, intitulée : Demundi iensibilii forma atque prineifnis, où se trouvent aussi tous les germes de la dootrioe crUique.

c Necesse est maximam ambiguilalem vocis abstracti • noiare, quam ne nostram de intellectualibus disquisi- ■ tionem maculet, antea abstergendam satiùs duco. Nempe

Que sont donc les abstraclioM réalisées? Sont-ce de pures chimères , sans aucune exception ! Gomment l'esprit peut-il réaliser une abstiraction quelconque? A quelle source pttise-t4l d'abord la réalité? Comment peut-il la transporter où elle n'est pas ? Ces questions sont graves , et aussi anciennes que la philosophie.

La grande querelle des réaUHes et des nominaux ne finit autrefois que de guerre lasse , et sans qoe les combattants pussent s'entendre.

En déterminant avec une précision toute nouvelle les rapports des signes et des idées, notre philosophie moderne s'est peut-être vainement flattée d'avoir clos la discussion ; peut-être de nouveaux réalùteê accuseront-ils cette philosophie d'avoir tranché la question sur la réaliié ou n^m^aiité des idées abstraites , en la laissant au fond aussi indéterminée et irrésolue que jamais.

Ils pourront demander en efi'et : Que sont ces principes ou ces éléments de connaissance que Locke appelle idées simples de sensation? Ne sont-ce pas aussi des idées abstraites? Les odeurs, les saveurs, les couleurs ont-elles une existence réelle « séparée des objeu auxquels elles se rapportent , ou des causes ou formes qui les produisent? Noê iâéeê mmplet, dit le philosophe anglais , sont UmUs rétUe» en ee tm quMes contiennent ifmjown aïoec la réalité des dtasa. 11 y a donc des choses réelles hors des sensations , ei une correspondance harmonique des unes avec les autres. Mais comment savons-nous qu'il y a des choses hors de nous, et qu'elles s'accordent ou non avec les sensations , si nous n'avons que des sensatioas on des idées images ?

Ni Locke, ni Condillac, ni leurs disciples, n'ont encore répondu à cette question, qui se présente à l'entrée de la philosophie.

Mais quand tm prend des idées simples, ou de pures abstractions, pour les principes des connaissances humaines; c'est-à-dire, quand on commence psr réaliser de véritables abstractions, quel droit a-t-on de regarder comme illusoire la réalité attribuée ultérieuremeni à d'autres abstraits d'un ordre quelconque ?

De ce que nous n^avons pas fait nos idées simples de sensation , comme nous faisons dans la suite certaines idées générales, concluraitron que nous sommes autorisés à réaliser exclusivement ces prenûères idées?

Mais pour qu'une idée image ou représenution

c propriè dicendum esset ab aliquibus abstrahere, non t aiiquid abstrahere. Prius dénotât qnod in conceptii quodam ad alia qnomodocuaique ipsi nexa non attendamus; posterias quod non detur nisi in concreto, et ita ut à coDJunctis separelur ; hinc conceptus intellectualis abslrahit ab omni sensitivo , non abstrahitur à sensitivis, et forsitan rectius ûicereUvtabëlrahens qvi*^ abslraeîus* •

DE PHILOSOPHIE

qoekonque corretpoideà une eiistênee réelle, Mffii*îl que aoof ne la fanions pat? 11 faudrait doue attribuer auMÎ la réaiiié à toutes les |»Dductions spontanées de b sensibilité pkysîque , aux affections intérieures, aux faotôoies du somnieil, aux visions des vaporeux, ete.

Ed partant de sensaticms simples, abstraites de uwi ce 80 quoi ou par quoi elles existent à titre de iDodes on de qualités , sur quel motif peut^)n relîiser aux composés la réalité qu'on attribue aux éléments?

Jusque-là donc le grand ai^raen t contre les réaliitiii qoi se lire de Tartifice des idées générales complexes, ne prouverait rien , précisément parce qu'il prouverait trop ; savoir qu'il n'y a aucune réalité intelligible , ni dans les simples , ni dans les composés , ni dans les principes ni dans les résultats de la connaissance humaine.

Mais aceoidoos , ce que nous croyons vrai , que la preuve ou le criurmm de la ntm^^'éaUté des idées générales et archétypes se tire de l'artifice même qui préside à leur formation , oonune à celle du langage qui est Tœuvre de l'bomme.

Pour étendre oe eriêerim^ à tontes ks autres sortes d'abstraiu, et jusqu'aux notions universelles, telles que la substance , la cause , l'être , ne faiidraitril pas tfoir prouvé d'abord que de telles notions n'ont pas use aulre valeur que celle des idées générales* que BOUS avons faites ; qu'elles résultent des mêmes procédés géaéralisateurs ; qu'elles sont le couronnement H non la base même de notre oonnaissanee; enfin que eeioot des abstractions comme les autres ? Or, c'est eequi non-seulement n'a jamais été prouvé , mais qui eii démenti , |e crois , par la nature même de notre MBoaissanoe, lorsqu'on veut la ramener à ses éléments ou i ses vrais principes.

Quand vous avei abstrait de l'objet , par l'attention, tontes les qualités sensibles Tune aprèe l'autre , que fcite-t-il ? Rien , dirait-on, qu'un signe ou le nom même ; et ce nom n'exprime rien autre cbose que la prif atioo des qualités, ou le procédé même de l'abstraction qui les a fait toutes évanouir l'une après l'autre. Si Timagination poursuit encore quelque ombre vaine, cachée sous ce signe, c'est qu'elle va contre l'bypothèse ou contre le procédé même de l'abstraction.

11 est vrai, et nous en convenons bien , l'imagina^ tiss et les sens nous égarent quand ils demandent encore à voir ou toucher là où il n'y a plus rien k voir ai i toncber. liais n'y a4-il donc de réel que ce qui pent-ètre senti ou imaginé? Bien plus , ce que l'imagination ou les sens saisissaient immédiatement dans l'objet avant labstraction , est-il bîenee que l'entendément conçoit comme ayant une réalité propre et exclusive ?

Ecoutons Descartes avant de consulter un autre témoignage.

i Ce morceau de cire, dit l'auteur des Médikitioni, ebange dans toutes ses qualités sensibles lorsque je l'expose au feu; toutes les choses qui tombaient sous le goût, l'odorat , la vue, l'attoucbement et l'oule, disparaissent l'une après l'autre , et cependant la même cire reste. Cette substance n'est donc ni la douceur, ni la blancheur, ni la figure , ni le son , ni l'attouchement.

< Qu'y auraiipil donc dans cette première perception qui ne semblât pouvmr tomber en même sorte dans le sens du moindre des animaux ? Maïs quand je distingue la cire d'avec ses apparences sensibles , et que tout de même que si je lui avais été ses vêtemenu, je la considère toute nue, il est céruin que , bien qu'il se puisse encore rencontrer quelque erreur dans mon jugement, je ne la puis néanmoins concevoir de cette sorte sans un esprit bu-

Ce passage remarquable de la 3* MéêkoHon montre bien oomment Descartes entend qu'il faut se placer dans un point de vue autre que celui de l'imagination ou des sens , pour avoir une notion abêtrmte , telle que celle de subsunce , ou attacher au mot qui l'exprime une valeur plus que logique. Mais quel est ce point de vue, et comment le fixer ou le déterminer clairement? Quelle est l'origine des notions intellectuelles, universelles et néoessûres? Celle de subsunce est-elle la première de toutes? A quoi tient enfin le caractère réel qui convient éminemment à cette sorte de notions abstraites? Qu'est-ce qui les distingue des idées générales que nous avons faites?

Voyons s'il y a hors du système des idées innées quelque réponse à ces questions.

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