‹ Œuvres de Victor CousinChapitre 199 sur 212 · II. AbttracUoDS réflexivet. Rotions · texte numérisé non relu

II. AbttracUoDS réflexivet. Rotions

En admetuntdeux sources de nos idées , la sema- Iso» et la réflexion, Locke suppose qu'il y a un premier ordre de connaissances tout fondé sur la sensation même passive , et auquel la réflexion ou l'activité du sujet pensant ne prennent aucune part.

De ce point de vue à celui de Gondillac , la conséquence était naturelle et forcée par les règles mêmes de la logique.

Si en effet un premier ordre de connaissances ou d'idées s'attache à la sensation reçue toute seule , pourquoi les ordres ultérieurs , ressortant chacun de celui qui précède, ne viendraient-ils pas tous se réunir, par une chaîne d'intermédiaires plus ou moins longue, à la sensation comme à la source unique de toutes nos idées, depuis la première ou la plus simple, jusqu'à la plus élaborée et la plus haute dans l'échelle des abstractions ?

Ainsi l'unité d'origine ou l'unité systématique de toute la connaissance humaine pourrait être logique-

EXAMEN DES LEÇŒNS

ment exprimée sous une forme telle que celle-ci (i) ;

i^ Sensations. Idées simples sensibles. Premier ordre.

2« Attention ( dirigée sur Tobjet considéré tour à tour sous chacune de ses faces). Idées abstraites sensibles. Deuxième ordre.

3* Comparaison (rapporU perçus entre les idées sensibles abstraites). Idées générales. Troisième ordre.

4<» Raisonnement. Nouveaux actes d'attention et de comparaison. Idées plus générales , etc. Quatrième ordre.

Et ainsi de suite jusqu'à ces notions universelles qui embrassent tout , Tétre , la substance, la cause.

Locke lui-même eût été obligé d'admettre ces conséquences et les formules qui les expriment, en convenant aussi sans doute que la réflexion , telle qu'il la considère ou la définit, n'est point une source d'idées, mais une faculté secondaire qui élabore les idées venues de la sensation , source unique ; à moins qu'il n'eût reconnu et positivement énoncé que la sensation ne produit rien , qu'elle ne peut être à elle seule un principe de connaissance , et que la première ou la plus simple de toutes les idées dites de sensation , renferme déjà un élément purement réflexif qui ne peut être venu du dehors.

Locke semblait être conduit à ce résultat par la nature même du principe de sa philosophie. Observez, en effet, que dans son point de vue , ce n'est pas la tenseuian, mais Vidée simple de eentation, qui est pritir eipe ou commencement de la connaissance.

L'âme , dit le philosophe anglais , ne peut sentir sans apercevoir qu'elle sent, et la conscience est la seule caractéristique des modes ou opérations qui appartiennent ou qui doivent être exclusivement attribués à cette substance.

Mais qu'est^e que Vaperceplion ou la conscience jointe à la sensation , si ce n'est l'élément réflexif qui fait partie nécessaire de l'idée de sensation , ou même qui la constitue (à titre d'idée) ^ puisqu'on étant Vaperception, la sensation reste seule , et Tidée s'évanouit ? C'est ce que Leibnitz a parfaitement exprimé en définissant ainsi l'aperception : Apercepiio est percepUo cwm refleœione conjuneta. Et comme ce philosophe admet de simples perceptions nues ou des sensations sans moi , qu'il aitribne aux simples vivants et aux derniers des animaux, on voit mieux comment la première idée de sensation de l/ocke se trouve résolue dans les deux éléments sensitifei réflewif.

A partir de cette dualité prise pour l'origine de la connaissance ou pour la première et la plus simple de toutes les connaissances , et appliquant à chaque idée d'un ordre quelconque une analyse vraie de décom-

(i) Voyez les Leçons de philosophie.

position , il y avait toujours lieu à faire la part du sujet et celle de Vobjet, ou à distinguer dans l'idée une partie affective ou intuitive^ qui se représente, le localise hors du moi , et une partie réflexive qui ne peut se localiser ni se figurer dans l'espace pas plui que le moi lui-même dont elle a toute la réalité.

Cette décomposition ou, en quelque sorte , ce départ des deux éléments peut s'opérer, comme nous TaTont vu , de deux manières différentes ou même opposées en principes comme en résultats , savoir : en commençant par l'objet de la sensation , ou en commençant par le sujet et l'élément réflexif de l'idée de sensation.

L L'attention, faculté représenUtive , s'atuche uniquement à l'objet, et suit au dehors les impressions sensibles.

Dans tout exercice de notre activité , elle ne voit que les résultats, sans aucun retour sur les actes mêmes , ou sur la cause interne qui les détermine; ainsi, par exemple , dans l'effort que la volonté déploie pour mouvoir le corps , l'attention s'attache au moovement qui se localise ou se représente, sans tenir compte du sentiment de la force ou du pouvoir exercé qui ne peut être imaginé ou figuré au dehors , mais seulement aperçu ou réfléchi au dedans.

Par l'attention (ou par l'imagination attentive), fixée* tour à tour suc chacune des qualités sensibles de l'objet, ces qualités successivement abstraites peuvent disparaître à la fois ; et quand l'imagination ou les sens n'auront plus rien à voir, ou que le composé sensible se sera évanoui , on dira qu'il ne reste plos rien que le signe qui exprimait la collection desqualités.

C'est ce que Hobbes objecte contre la réalité attribuée par Descartes à la substance de la cire, après qae toutes ses qualités ou apparences sensibles ont disparu, c Cette prétendue réalité de substance , dit le pbiloc sophe nominal, se réduit à une appellation comme c toutes les idées abstraites , objets de nos raisonnef ments. >

En effet, dans le point de vue de l'imagination, il n'y a point de substance intelligible, par conséquent point de modes , mais seulement des qualités phénoméniques liées ou associées entre elles de toutes manières , et dont les combinaisons ne peuvent évidemment subsister sans les parties.

Quand on supposerait qu'il y a une sorte de lien substantiel qui tient unis ensemble les éléments dn composé objectif; ce vincuUmsubstantiale quia tant occupé Leibnitz (s) , ce substraetum obscur dont il est impossible de se faire quelque idée ou image , comment concevoir qu'il dure, quand on a fait abstraction complète des éléments sensibles qui étaient liés entre eux de cette manière mystérieuse?

(s) Foyez ses Lettres à Bourguet, L II.

DE PHILOSOPHIE

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