EXAMEN DES LEÇONS DE PHILOSOPHIE
(page 419) 4 une objecUon qa'îi $e fait k luiluéme.
c il e8t vrai , dit-il , que \e$ mots principe et raison
< peatent qaeiquefoissesubstituer au mot cause. Mais
< qu*est-ce que cela prouve? Que ces deux mots ont c chacun deux acceptions : celle qui leur est propre,
< et celle de cause : or , c'est dans Tacception qui
< leur est propre que je les ai employés. >
Pour juger de la propriété d'acception, faut-il seulement consulter votre diciionnaire ?
Ne puis-je pas à mon tour dire , dans une acception propre et très-réelle , que ma volonté est le principe ou la cause de mes déterminations et actes libres ; que Dieu est le principe ou la cause de Tunivers?
Après avoir beaucoup parlé des principes , Tauteur nie expressément d'avoir parlé de cause : c Je n'en ai pas plus montré ( dit-il ) Tidée que le mot. »
Quoi I vous avez montré dans l'activité le principe commun de nos facultés, dans la liberté le principe de nos actes moraux, et vous n'avez pas parlé de cause ? Qu'est-ce donc que lesentimentd'nneactivilé qui n'est pas en même temps celui d'une cause? Qu'est-ce que la liberté , hors du sentiment intime de la cause qui détermine et produit nos actes?
M. Laromiguière finit par cette apostrophe éloquente contre la doctrine de l'école d'Alexandrie, au sujet du principe de la cause.
c C'est pour n'avoir vu qu'un principe là où il c fallait voir une cause, que l'école d'Alexandrie « rejeta l'idée de la création, et qu'elle s'égara parmi
< une multitude infinie d'émanations et de transforc mations ; i'àme du monde se transformait en génies,
< en démons , en éons. Les émanations successives € descendaient, par une suite de dégradations, depuis i l'intelligence divine jusqu'à l'intelligence la plus
< bornée ; elles communiquaient les uues avec les € autres ; elles s'illuminaient. Que dis-je ! elles s'illu-
< minent, et cette folie d'illuminations dure encore. < Ce n'est pas tout ; si dans la cause vous ne voyez
« qu'un principe , soyez conséquent et dites : Non- I seulement les intelligences finies sont des émana-
< lions de l'intelligence suprême dont elles se séparent, c à laquelle elles vont se réunir; mais la matière f elle-inême sort du sein de la Divinité. Dieu est c tout , tout est Dieu , il n'y a qu'une substance. >
Je dis à mon tour :
f C'est pour n'avoir vu qu'un principe abstrait là où il fallait voir une cause , que l'école de Condillac a méconnu avec le sentiment et l'idée de causalité, le principe de la science e( de l'existence même, y compris celle du moi. C^esl ainsi que parlant de l'abs-
trait ou du néant de l'existence , elle Tiem encore aboutir au néant après une multitude de transformations qui ne tendent qu'à substituer des signes aux réalités.
c La sensation remonte par la série de ces transformations depuis le dernier des animaux jusqu'à l'homme capable de connaître Dieu et lui-même , et qui pourtant n'est censé différer de l'animal que par le degré de développement des facultés sensitives de même nature. Toutes ces sensations externes oo internes communiquent et forment un système complet, dont la l<^que crée le lien : car les signes sont tout pour notre esprit , qui est lui-même tout entier dans l'artifice du langage.
c C'est ainsi que les sensations s'illuminent par la logique , qui, étant susceptible d'un perfectionne* ment indéfini , garantit à l'esprit humain une perfectibilité, ou une illumination sans fin.
i Ce n'est pas tout. Si dans la cause vous ne voyez qu'une abstraction comme une autre , dérivée de la sensation, soyez conséquents et dites : Non-seulement les idées et les notions intellectuelles émanent toutes de la sensation ; mais de plus, tout ce que nous appe* Ions être, substance et cause, I'àme comme la matière, les esprits comme les corps , tout sort du sein de la sensation. La sensation est tout , tout est sensationnelle est la substance , ou plutôt , il n'y a ni substance ni cause. »
P. 'S. Après avoir traité des facultés de I'àme, dans le l" volume , M. Laromiguière annonce dans un post'scriplum qu'il traitera, dans un second, l'de la nature , des causes et de l'origine de nos diverses idées; 2<> des idées qui ont pour objet des objeu réels ; Z^ des idées dont l'objet n'a point de réalité, ou dont la réalité est contestée , et parmi lesquelles il range les substances et les causes, etc.
Nous attendons avec une extrême impatience le nouveau critérium de la réalité ou non-réalité des objets de nos diverses idées ; mais sans vouloir trop abonder dans notre sens, nous oserions affirmer, d'après tout ce qui précède , que ce crilerium de réalité ne ressortira ni des principes, ni de la méthode d'analyse exposés jusqu'ici par l'estimable professeur.
Dans l'intérêt de la vraie psychologie dont cet article a eu surtout pour but de mieux préciser le sujet, nous souhaitons vivement que M. Laromiguière se hâte de nous donner un démenti en remplissant toute la tâche qu'il s'est prescrite. Nous lui devrons alors plus qu'une logique, et même plus qu'une idéologie.
NOTE
La doctrine de M. Laromiguière n'est pas homogène; il y a plosieon passages de son livre qui se tronvent parfaitement d'accord avec le point de vue psychologique où je me sois placé moi-même pour le combattre.
En rapprochant divers passages psychologiques, épars dans les Leçons, on pourrait croire qu'il y a dans quelques-unes de ces critiques de l'injustice ou du malentendu; mais je prie qu'en ayant égard à l'ensemble, à la direction générale et au point de vue j>rincipal de la doctrine, on ne m'oppose pas certains articles isolés que j'aurais pu moi-même citer à l'appui de ma théorie sur l'activité, etc.; tel est celui-ci :
t L'activité de l'Ame, dit M. Laromiguière ( page 137), < ne peut pas se déGnir : nous la connaissons , parce que I noas en sentons l'exercice ; et même c'est plutôt l'action « que ractivité que nous sentons. Vais ni l'action, ni
< l'activité, c'est-à-dire, cette force que nous sentons au
< dedans de nous-mêmes, et qui est la cause de tous les c changements qui ne dépendent pas des objets exté-
< rieurs, ne pourront jamais se définir, et, pour les rec connaître, il faudra toujours en appeler au sentiment. >
Voilà bien l'expression d'un fait psychologique; mais pourquoi se trouve-t-il ainsi jeté en passant et comme perdu dans la doctrine établie sur une tout autre base que celle des faits de sens intime? Pourquoi le principe ne joue-t-il qu'un rôle accessoire, sans conséquence, sans liaison avec l'ensemble?
J'aimerais à multiplier les exemples de détail où je me trouve en contact avec M. Laromiguière; mais il faut laisser à d'autres le soin de trouver les analogies. J'ai dû me borner, dans l'intérêt de la science, à marquer fortement les différences et l'opposition des points de vue.
APPENDICE
copsm. — TOMF. m. o«
PREMIER APPENDICE