OPINION DE HUME
smUIIATUIBRL'OBtailll M LA NOTION Dl CAUSALITÉ.
< Cett en laiD (dit Hume dans son septième Essai sur i l^idée depawoir et de Imsan nécessaire)^ c*est en vaio f qoe Dous promenons nos regards sur les objets qui nous I eDTironnent, poar en considérer les opérations; nous ( n'en sommes pas plus en état de découvrir ce pouvoir, I cette liaison nécessaire, ou cette qualité qui unit TefTet I & la cause, et rend Tune de ces choses la suite infaillible t de Paatre ; nous voyons qu'elles se suivent, et c'est tout I ce que nous voyons. Une bille frappe une autre bille;
< celle-ci se meut, les sens extérieurs ne nous apprennent
< rieo de plus. D'un autre côté , cette succession d'objets
• n'affecte l'&me d'aucuns sentiments , d'aucune impres- ( tioo Interne... Donc , il n'y a pas de cas où la causa-
• lité (1) puisse nous instruire sur l'idée de pouvoir, ou I de liaison nécessaire... ,
< ... La scène de l'univers est assujettie à un ehange- ( ment perpétuel ; les objets se suivent dans une succes- ( lion continuelle, mais le pouvoir, ou la force qui anime
< la machine entière , se dérobe à nos regards , et les I qualités sensibles des corps n'ont rien qui puisse nous ( les découvrir. Nous savons, par le fait, que la chaleur ( est la compagne inséparable de la flamme; mais pou-
• rons-nous conjecturer ou imaginer même ce qui les
• lie? Il n'y a donc point de cas individuel d'un corps
< agissant, dont la contemplation fasse naître l'idée de ( pouvoir, parce qu'il n'y a point de corps qui montre un ( pareil pouvoir, ni rien où Ton puisse trouver Tarché- ( type de cette idée.
« Après avoir vu que les actions des objets extérieurs
• qui frappent les sens, ne nous donnent point cette idée, I examinons maintenant si elle ne peut parvenir en réflé-
< chissant sur les opérations de l'&me, et si elle peut être ( copiée de quelque impression interne. On alléguera
• que nous sentons, à chaque instant, un pouvoir au ( dedans de nous, puisque nous nous sentons capables de ( mouvoir les organes du corps, et de diriger les facultés « de l'esprit par un simple acte de la volonté. 11 ne faut ,
(1) Il fallait dire la taccation ; car l*idëe de pouvoir ou de liaison "cctSMin n^iil avlrc qat celle de la canialité iii£me.
c dira-t-on, qu'une volonté poar remuer noê m«mb>e» c ou pour exciter une nouvelle idée dans l'imaginatlm» t Une conscience intime nous atteste cette influence dec la volonté. De là, l'idée de ce pouvoir et de cette énergie t dont nous savons avec certitude que nous sommes dOués,. t aussi bien que tous les êtres intelligents. Nous les sup- « posons encore dans les corps; et peut-être que leurs, c opérations mutuelles et leur influence réciproque suA> c sent pour en prouver la réalité. Quoi qu'il en soit,, en t doit convenir que l'idée de pouvoir dérive de l3k rét flexion , puisqu'elle natt en nous du sentiment intine c que nous avons des opérations de notre &me on de c l'empire que la volonté exerce, tant sur les organes du c corps, que sur les facultés de l'esprit, i
Après avoir ainsi indiqué, assez précisément, la véritable source de l'idée de pouvoir et de liaison nécessaire, Hume va jusqu'à renier cette source ou le fait même de la conscience de l'activité, et rompt ainsi à dessein le seul fil qui pût le conduire hors de ce'labyrinthe de doutes où il semble tourner avec tant de complaisance.
Je rapporterai ses principaux arguments avec d*autant plus de soin et de détails que je les regarde comnae propres à établir le principe combattu ou renié par notre sceptique.
I«r ARGUMENT.
L'influence des volltiont sur les organes cor|M>rels est un fait connu par rexpérience comme le sont toutes les opérations de la nature.
Répanêe. Je nie absolument la parité.
Un fait d'expérience intérieure immédiate n'est pas connu comme un fait d'expérience extérieure. Une opération de la volonf^ ou du aoi, ne ressemble en rien à ce qu'on appelle une opération de la nature. La représentation d'un objet ou d'un phénomène peut bien comporter un doute réfléchi sur la réalité de l'objet ou de la cause extérieure du phénomène; mais l'a perception interne de l'acte ou du pouvoir dont le moi s'attribue actuellement l'exercice, est à elle-même son objet ou son modèle. C'est un sentiment originel qui sert de type à toute idée de force extérieure, sans avoir lui-même aucun type primitif
PREMIER APPENDICE
an dehors. Le caractère d'an fait priroillf ou d'une rërlté immédiate, c'est que Péire ou U paraUre, l'objet et Tidée sont identiques, ou se réduisent au même; que le rolio euendi et le ralio cognoscendi sont une seule et même chose, comme dit Bacon.
Une seconde différence qui tient à celle que nous yenons de remarquer entre les faits d*eipérience intérieure et ceux de Texpérience extérieure, c'est que, dans les premiers, le nombre des répétitions n'ajoute rien à la persuasion ou à la croyance d'une liaison réelle et infaillible de la cause à l'effet, en tant que cette relation est immédiatement aperçue entre deux faits, ou deux éléments d'un même rapport intérieurement aperçu , comme sont l'acte du vouloir et les mouvements de nos membres. Au contraire, dans l'association des images, la persuasion que tel phénomène succédera à tel autre qui l'a constamment accompagné, se proportionne toujours au nombre des répétitions ; l'habitude fait toute la croyance et en mesure rintensité.
ll« ARGUMENT.
On n'eût jamais pu préîoir ce fait dans l'énergie de la cause, puisque cette énergie qui ferme la liaisoo nécesiaire dei causes avec leurs effets ne s'est jamais .manifestée.
Il est bien vrai que dans l'expérience extérieure le finit ne peut jamais être prévu dans l'énergie de la cause; précisément parce que nous ne voyons que le fait, et que nous ne sentons ou n'apercevons en aucune manière l'énergie de la cause. Il en est tout autrement dans une expérience intérieure, telle que celle de notre effort libre, ou de l'efficace de la volonté dans les mouvements qu'elle produit. Nous sentons l'effet en même temps que nous apercevons la cause, et le premier acte de conscience nous apprend aussitôt à prévoir le fait du mouvement dans l'énergie même de sa cause qui est moi. Ce cas de prévoyance est unique, et l'argument général semble fait pour mieux constater l'excepUon.
Qu'entend-on en disant qu'une énergie se manifeste? Veut-on parler d'une représenution objective? Assurément il n'y a rien de pareil dans le sentiment immédiat de notre énergie ou activité motrice; mais comment prouvera-t^)n qu'il soit nécessaire que cette force interne se manifeste ainsi, pour que sa réalité nous soit attestée avec toute l'évidence du sentiment, et qu'elle ait pour nous la valeur d'un principe ou d'un fait pdmilif ?
IIi« ARGUMENT.
Nous sentons à chaque instant que le mouvement de notre corps obéit aux ordres de la volonté. Mais malgré toutes nos recherches les plus profondes, nous sommes condamnés h ignorer éternellement les moyens efiicaoes par lesquels celte opérations! extraordinaire s'effectue, loin que nous en ayons le sentiment immédiat.
Quand on dit que nous sommes condamnés à ignorer les moyens par lesquels notre volonté communique le mouve^ ment à notre corps, on entend toujours que nous ne pouvons nous faire une image ou une représentation extérieure de ces moyens, à partir de la première impulsion de la force motrice efticace , jusqu'au mouvement transmis par
les nerfs an muscle contractée Mais comment prétendrait-on que le sentiment immédiat du pouvoir ou le ntnii qui fait commencer les mouvements volontaires dépend de la connaissance objective ou représentative des moyens ou des instruments mêmes de la volonté, comme du jeu des nerfs, des mnscles, etc.?
Que fait la représentation des instruments on de la manière dont une opération s'exécute, au fait de sens intime ou à la conscience de l'opération elle-même?
Ne sont-ce pas deux choses tout à fait hétérog^es? Assurément une sensation ou une aperception interne ne peut donner aucune lumière sur les moyens extérieurs qui sont censés concourir à la produire ; mais la représentation de ces moyens pourraitrclle mieux à son tour éclaircir des faits qui sont uniquement du ressort de l'aperceptloo interne? Assurément nous ne percevons d'aucune manière ni les rayons lumineux en eux-mêmes , ni leur réflexion au dehors, ni leur réfraction dans l'intérieur de l'œil. Noos n'avons pas même le sentiment Immédiat de quelque impression faite sur la rétine , mais uniquement l'intuition objective, résultante de toute cette série des mouvemenu. Les opticiens seuls connaissent ou croient connaître les moyens efficaces par lesquels la vision s'effectue. Les autres hommes les ignorent complètement. Mais cette ignorance des moyens change-t-elle quelque chose à la vision même?