‹ Œuvres de Victor CousinChapitre 205 sur 212 · IV ARGUMENT · texte numérisé non relu

IV ARGUMENT

Y a-t-il dans toute la nature un princiiie plus roystérieui qw celui de Tunion de Tâme et du corps ? Une subsUoce spirituelle influe sur un être matériel. La pensée la plus fioe anime et meut le corps le plus grossier. Si nous avions une autorité assez étendue sur la matière , pour pouvoir, au gré de nos désirs, transporter des montagnes ou changer le cours des planètes, cette autorité n'aurait rien de plus extraordinaire ni de plus incompréhensible.

Répome. Faisons sur cet argument une remarque qui peut couper court à bien des discussions , on questions insolubles.

En prenant le moi pour la cause, et la sensation musculaire pour l'effet, il n'y a pas lieu à demander quel est le fondement de la relation intime qui unit ces deux termes dans le sentiment de l'effort voulu, puisque c'est le fait psychologique de notre existence au delà duquel il est impossible de remonter, sans sortir de nous-mêmes ou changer de point de vue : mais on doit trouver un mystère vraiment Inexplicable, lorsque venant à considérer l'&me comme chose ou objet, et le corps comme un autre objet, on cherche à imaginer comment une substance simple et active peut agir ou déployer son pouvoir moteur sur une substance passive et composée.

Pour expliquer en effet le comment de cette actiou réciproque ou le nexus des deux substances, il faudrait d'abord pouvoir se faire la représentation d'une force en elle-même étrangère au «or; c'est-à-dire, concevoir son» une image et dans le point de vue objectif ce qui ne peut être donné que subjectivement et sous l'apercepiion intime que le sujet pensant a de lui-même comme agissant et créant l'effort.

Si nous n'éprouvions pas de résistance absolue et invincible, ou si les corps étrangers étaient mus comme nos membres par la seule force efficace de notre volonté ,

PREMBBR APPENDICE.

Paotoriiégoa l'empire qoe le soi eienerait sur la natare, serait lu fait d'eipérience externe et interne en m6me temps, et non point un miracle.

Le miracle on la chose incompréhensible serait qn'nn mooTement on nn changement qaelconqae commençAt en Doas ou hors de nous sans une cause on une énergie efficace, et par une simple harmonie préétablie entre nos simples désirs ou nos vœux , et les mouvements opérés comme dans l'hypothèse de la girouette de Bayle.

Supposez que je désire d'entendre une telle suite de sons mélodieux, et qu'an moment même les sons viennent frapper mon oreille , est-ce que je pourrais me les attribuer comme des effets dont ma volonté serait une cause efficiente, et comme si je les produisais en chantant moimême ou en modifiant mon ouïe par les mouvements voionuires de l'organe vocal sur lequel j'agis immédiatement et avec la conscience d'un pouvoir moteur?

Qui peut nier la différence essentielle qui existe entre ces deux cas? Et comment ne pas voir que cette différence consiste précisément en ce qu'il y a effort voulu et con-^ science de causalité, dans le dernier cas seulement, et rien de pareil dans le premier? Ici, il ne s'agit pas d'expliquer, mais de constater la différence : un fait de sens intime, tel que le pouvoir efficace dans les mouvements du corps, ne s'explique pas; car il est le primitif dans Tordre de la connaissance, et sert lui-même d'explication à tous les faits de notre nature iotellectuelle et morale, comme à toutes les notions dont 11 est le principe.

Page 1