VI. ARGUMENT
Nous savons, par Tanatomie, que dans les mouvements volontaires, les objets sur les<iuels le pouvoir se déploie immédiatement, ne sont pas les membres eux-mêmes, mais des nerfk, des esprits animaux, ou peut-être quelque chose de plus subtil, de plus inconnu encore, à l'aide de quoi le mouvement est répandu jusqu*â celte partie du corps que nous nous proposions immédiatement de mouvoir. Se peut -il une preuve plus certaine que la puissaooe qui préside à la totalité de cette opération, loin d*être pleinement et directement connue par une consolence intime, est mystérieuse et inintelligible au dernier degré?
Qu'importe la manière dont l'action de l'âme s'applique, soit aux différentes parties du corps qu'elle met en jeu, soit directement à un seul centre organique, soit enfin â certains fluides ou esprits animaux , dont on a supposé l'existence , sans avoir jamais pu la constater par l'expérience? Nous conviendrons sans peine que ce genre de question est insoluble ; mais ce qui ne l'est pas, ce qui ne fait pas même une question, et pourtant ce dont il s'agit avant tout, c'est de savoir si dans tout acte ou mouvement volontaire, nous avons le sentiment du pouvoir, de l'énergie, de la force qui commence le mouvement, le suspend ou l'arrête; ou si nous n'avons pas un tel sentiment.
Dans le cas de la négative , je demande comment nous pourrions avoir l'idée d'un nisus et d'une force quelconque, en distinguant en nous un acte volontaire que nous créons, d'un mouvement involontaire qui se fait sans notre participation et malgré nous.
Mais dans le premier cas, qu'il est impossible de renier, la réalité d'un pouvoir moteur éUnt consUtée de la seule manière dont elle puisse l'être, c'est-à-dire, par la conscience ou le sentiment intime d'un effort libre, il est bien évident que nous n'aurons pas besoin de connattre la manière dont l'âme agit, ni de savoir si son action s'exerce immédiatement ou par une série plus ou moins longue d'effets intermédiaires, pour nous assurer d'abord de la réalité de cette force motrice qui est le nout-mémei, et être autorisés â y rapporter ensuite toutes les notions de force qui en sont dérivées.
Nous pouvons donc établir avec confiance la thèse opposée à celle de Hume, et tandis qu'il prétend que l'ignorance invincible où nous sommes de l'action de Fâme sur le corps comme des moyens ou des circonstances de cette action, est une preuve certaine que le pouvoir moteur, loin d'être conçu par conscience, est au contraire mystérieux et inintelligible au dernier point; nous dirons, au contraire : C'est justement parce que ce pouvoir s'aperçoit immédiatement et n'est connu que par la conscience intime , qu'il ne peut être conçu comme chose en soi ni représenté à l'imagination dans les moyens on les instruments de son exercice.
C'est précisément parce qu'il est d'une évidence immédiate parfaite dans le point de vue subjectif, qu'il est mystérieux et inintelligible au dernier degré dans le point de vue objectif.
PREMIER APPENDICE
VII« ARGUMSKT.
L*eipérieDce nous apprend donc que la volonté exerce une influence ; mais tous les renseignements de Inexpérience se rédoisent à nous montrer des événements qui se succèdent constamment les uns aux autres : |M>ur ce qui est du lien secret qui les rend inséparables, c^est de quoi elle ne nous Instruit pas.
Voilà donc la conclusion générale d*une hypothèse qui ne saarait être justifiée, puisqu'elle est contraire au fait 'de sens intime; savoir : qu'entre Tacte de volition et le mouvement du corps, il n'y a qu'un simple rapport de succession phénoménique comme entre des événements quelconques qui se suivent constamment sans qu'il y ait ou, oe qui revient au même, sans que nous puissions reconnaître, ni par le sentiment, ni à prtort, quelque liaison réelle, nécessaire, quelque pouvoir, énergie ou f6rce efficace, en vertu de quoi l'un produise l'autre.
Hume a supérieurement montré que sans le sentiment intime du pouvoir que nous exerçons dans l'effort, la notion de causalité ou celle d'une liaison nécessaire , entre les faits de la nature qui se succèdent habituellement, n'aurait aucun fondement réel et légitime, hors de nous, ni en nous : d'où il suit que si nous avons un tel sentiment de pouvoir, toute idée de force ou de liaison nécessaire peut
ou doit trouver aon origine daûs ce fait de sens fmime. Voilà donc la question ramenée au fait de conscience; on ne peut aller plus loin, et si Ton renie ce fUt, toute argumentatiota est finie.
Ici donc le sceptique, réduit à l'absurde, confirme luimême la réalité du principe qu'il conteste.
Nous déduisons de tout ce qui précède deux conelusioiis opposées à celle que notre philosophe tire de toute cette argumentation sceptique.
1* La notion de pouvoir ou de liaison nécessaire dérive uniquement de la conscience interne de notre pouvoir d'agir ou du sentiment de notre propre causalité aperçue dans les mouvements volontaires, et par suite dans tous nos actes libres.
2* Le pouvoir et l'énergie, causes d'où procèdent ces mouvements, est un fait que nous connaissons Immédiatement, eeriisiimà êàentiâ et eUifMnU coniâenlid: fait intérieur fiil generis, très-distinct de tous les événemeuu naturels que l'expérience commune peut représenter aux sens ou à l'imagination comme liés les uns aux antres dans un certain ordre habituel de succession; et comme ce rapport de succession diffère toio génère de celui de causalité, il répugne de dire ou de penser que l'habitude ou l'expérience répétée puisse créer le principe, ou transformer les effets en causes, le contingent en nécessaire.