DEUXIÈME APPENDICE
c nombre inflni de phéDomènet auxqaeit nous appliquons f ridée de virtualité, ou la relation de la cause à Teffet, « quoique tout ce que nous apercevons ou nous repré- « sentons dans ce cas, se réduise à une simple succession fl d'effets... C'est surtout de cette manière que nous envi- « sageons les mouvements arbitraires de nos membres, fl de nos bras en les étendant, de nos jambes en marchant, t sans avoir la moindre conscience, la plus faible intuition fl d'une supériorité de la volonté sur la force corpofl relie, etc. •
Ici Je crois entendre le sceptique Hume s'applaudir d'avoir trouvé un argument de plus contre le fait psychologique, qu'il a dû considérer comme l'arme la plus dangereuse au scepticisme, puisqu'il a usé de tant d'artifices et de détours pour ie combattre.
fl Vous accordez , eût-il dit à M. Engel , que , dans les simples mouvements , ou contractions musculaires que la volonté détermine, l'un de ces mouvements quelconques n'est lié ft l'acte de volition qui le précède ou l'accompagne que par le rapport même de succession ou de simultanéité ; qu'il en est de ce cas particulier comme de tous les autres événements ou phénomènes estérieurs, que l'habitude ou l'expérience répétée nous a appris à voir ou à attendre ainsi l'un à la suite de l'autre ; vous recon • naissez que dans l'exercice d'un prétendu pouvoir moteur, il n'y a pas la moindre conscience d'effort, ou d'une supériorité de la volonté sur la force corporelle; sur tout cela je tombe d'accord avec vous, et vous entrez parfaitement dans mon sens. Mais comment , en partant de là , pouve^vous établir ensuite qu'il y a une liaison autre que le rapport de succession entre le mouvement ou l'effort que vous attribuez à vos muscles et la fracture du b&ton? Ne sont-ce pas là aussi des événements, des faits d'expérience que vous êtes accoutumé à voir liés entre eux dans l'ordre du temps, et cette virtualité , ce en vertu Vun de Vautre peut-il avoir quelque fondement ailleurs que dans rhabitude de voir les phénomènes se suivre ou s'accompagner toujours dans le même ordre?
« Vous en appelez à la conscience , au sens intime de celui qui sent, en rompant un bâton, que la force de cohésion est surmontée à mesure que l'effort augmente. Mais d'autres en appelleront, avec bien pins d'apparence de raison, à la conscience intime de tout homme qui commence à mouvoir un de ses membres , ou qui déploie certain degré d'effort pour le soulever, le maintenir dans un état de contraction fixe, etc.
fl Si, dans le dernier cas, vous récusez avec moi l'expérience intérieure comme insuffisante ou incompétente pour éublir l'origine et la réalité de l'idée de force, comment donnez-vous plus de poids à une expérience extérieure telle que celle de la fracture du b&ton?
« En effet, nous ne pouvons sentir ou apercevoir immédiatement que ce qui est en nous, ou ce qui se passe dans notre corps. Vous voyez le b&ton se rompre, ou l'obstacle avancer quand vous déployez un cerUin effort. Mais vous
ne sentez pas la fracture du b&lon ; c'est un événement qui arrive à la suite, et non en vertu d'un autre.
« Si vous ne savez pas ce qui se passe dans vos muscles quand la volonté détermine, on parait déterminer la locomotion , comment sauriez-vous mieux ce qui se passe au dehors, et ce qui se fait en vous par la résistance de l'obstacle? N'ignorez -vous pas aussi complètement la manière dont vos muscles s'appliquent à l'obstacle, qoe celle dont la volonté s'applique à l'organe musculaire? Et lorsque vous ne pouvez concevoir, c'est-à-dire vous représenter le nistu, la virtualité efficace dans l'acte de volonté, suivi du mouvement corporel, comment les voyez-vous dani un fait secondaire, tel que l'effort appliqué à une résistance extérieure, qui n'est en résultat qu'une idée, une sensation comme une autre?
• En effet , vous placez d'abord le sens musculaire sur la ligne de ceux qui nous donnent des idées de qualités, ou propriétés extérieures. Puis vous supposez que ce sens a son objet spécial; comme la vue, l'ouïe, le goût, l'odorat, etc., ont chacun leur objet approprié, et ce sens saisit immédiatement ce que vous appelez la fortïe de résistance, dépendante de la cohésion des parties; Il se trouve en rapport avec cette qualité particulière, et n'est mis en jeu ou remué que par elle; donc, l'objet résistant sera la cause, et l'espèce d'impression que nous éprouvons en rompant le b&ton > ou faisant avancer l'obstacle, sera l'effet, etc. Mais c'est là précisément que glt toute la difficulté du premier problème de la philosophie, en tant qu'il repose sur le principe ou l'origine de la notion d'une cause, et la légitimité de son application Inrsde nous.
« Comment savons-nous qu'il y a hors de nous on de notre &me des causes ou des forces dont nos sensations sont les effets? En quoi ce que nous appelons qualités dans les objets peut -il différer de nos propres sensations, et si les philosophes prouvent qu'il y ait identité pour les couleurs, les odeurs, les saveurs, les sons, les sensations tactiles, etc., comment prouverez-vous que les impressions du sens musculaire fassent seules exception à la règle? Comment pronverez-vous quels résistance attribuée à l'objet, est quelque chose de plus qu'une sensation? Que devient alors la réalité de votre idée de force? Quand vous aurez découvert, par l'analyse, un sens nouveau , ou une sensation musculaire qui était confondue avec d'autres, quelle lumière nouvelle aurez-vous jetée sur cette notion de force ou sur le principe même de causalité, sur le caractère réel universel et nécessaire qui lui appartient ? >
Je ne me charge pas de répondre pour M. Engel à des arguments qui me paraissent insolubles dans son point de vue ; et je me persuade que quand ce profond métaphysicien y aura mieux pensé , il sentira le besoin de compléter son analyse , en remontant plus haut que la sensation spéciale à laquelle il a cru pouvoir rattacher l'origine de l'idée de force.