TOME m
RAPPORT SUR l/ÉTAT DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE
IlfSTRUCTlON SECONDAUIE.
Il j a en Saxe plnsîeurs gymnases renommés. A Leipzig, il y en a deux, la Nieolaiêchule et la Thomatschuh, Je me suis contenté (Ten voir un, mais je Tai Vu dans tons ses détails : j*aî choisi le plus célèbre , la Tbomasschule.
La Tbomasschule est un pensionnai qui se compose exclusivement de boursiers nommés par la ville et entretenus par elle ou sur d'anciennes dotations ; mais le plus grand nombre des élèves sont des externes qui viennent de chez leurs parents ou des instituts particuliers de la ville. 11 n*y a que soixante boursiers , qui s'appellent alumni : les externes s^appellenl eœiranei ou hospites. Les externes payent une rétribution diverse, selon les classes, de iO thalers au moins, de i8 au plus par année. Les alumni sont un peu dirigés vers Télat ecclésiastique.
Ici, comme à Weimar , comme dans toute la Saxe, ce qui domine dans le plan des études, c'est la religion et la philologie. Il y a quatre classes et une classe préparatoire {Yorschule). Voici la distribution des leçons de tonte espèce dans les diverses classes pour 4831.
Classe préparatoire. Par semaine : six leçons de religion, dogme, morale et lecture biblique (Bibellesen); dix de latin, grammaire et correction ; quatre de grec, grammaire; deux d'histoire; deux de géographie; huit d'allemand ; deux d'arithmétique ; deux d'histoire naturelle ; deux de calligraphie.
Quatrième. Quatre leçons de religion, dogme et morale ; deux de géographie et antiquités bibliques ; huit de latin : quatre d'explication d'auteurs : quatre de grammaire et de correction ; huit de grec : quatre d'explication d'auteurs ; quatre de grammaire et de correction ; deux d'allemand ; deux d'arithmétique ; deux d'histoire; deux de géographie; deux de calligraphie.
Troisième. Quatre de religion , dogme et morale ; deux de géographie et antiquités bibliques ; dix de latin : six d'explication d'auteurs , quatre de grammaire et de correction; six de grec: quatre d'explication d'auteurs, deux de grammaire et de correction ; deux d'histoire ; deux de mathématiques ; deux d'allemand; deux de français; une d'hébreu.
Seconde. Quatre de religion, dogme et morale, deux tl'exégèse biblique ; dix de latin : huit d'explication d'auteurs , deux d'exercices de style ; huit de grec : SIX d'explication d'auteurs, denx de correction ; deux d'histoire ; deux de mathématiques ; deux d'allemand et de rhétorique ; trois de français ; deux d'italien ; deux d'hébreu.
Première. Quatre de religion , dogme et morale , deux d'encgèse biblique ; huit de latin : six d'explica-
tion d'auteurs, deux d'exereioes; htk de grec : bîi d'explication d'auteurs, deux d'exercîees ; deux d'histoire; trois de mathématiques; deux d'aHemand, exercices de rhétorique et de logique ; trois de français ; deux d'italien ; trois d^hébreu.
De pins, il y a pour toutes les classes des leçons de chant pour 4es alumni. Ces leçons vont très>loin, et la Tbomasschule est une école de chant cél^M^ dans toute l'Allemagne.
Dans la première classe, on explique en grec quelques dialogues de Platon , Euripide et Pindare ; en seconde, l'Iliade ; en troisième, Xénophon, la Ae/rotd et VHiêUÀre grecque; et dans les classes inférienrei, on se sert du Manuel de Jacobs.
On voit, par ces détails, qu'avec le chant, c'est la religion et les études classiques qui sont particulièrement cultivées dans le gymnase de Saint-Thomas. Toujours la même étendue et la même solidité dans l'enseignement littéraire , la même infériorité de renseignement mathématique, et la nullité presque abaolue de l'enseignement philosophique.
Parmi les professeurs se trouvent des hommes trèsdistingués ; par exemple, pour parler de ceux qui me sont plus particulièrement connus par la ressemblance de nos études, M. Stallbauro, qui a donné une édition complète de Platon, pour les classes, et des éditions fort estimées de plusieurs dialogues, le Phiièkê et U Répuhli^e;M. Heinrich Richter, professeur extraor^ dinaire de philosophie à l'université de l^dpcig , et qui a publié une excellente dissertation sur lea Idéei di Platon, de Ideiê PkUonis, 4827. Ces deux jeunes et habiles philologues m'ont rappelé M. Stemhart, qnc j'avais vu la veille à Schulpforta.
J'ai assisté à une leçon de la seconde classe, dont M. Stallbaum est professeur. J'avais entendue Weimar une expliciition d'auteurs de M. Gemhardt ; j'ai va cette fois ce que c'est qu'une correction de devoirs en Allemagne. Le professeur avait apporté les devoiis que lui avaient remis les âèves à la dernière leçon ; ces devoirs étaient des thèmes latins : il les avait loimême corrigés de sa main. Il commença par expliquer successivement aux divers élèves leurs principales fautes sans omettre un seul élève, et ils étaient trentedeux ; ensuite il leur dicta un passage allemand « que les élèves traduisirent immédiatement en htin. Le professeur dicte en allemand ; les élèves écrivent en latin. Ces exercices s'appellent- ^eêempondia , improvisations. Le professeur fit lire à un certain nombre d'élèves ce qu'ils avaient écrit, et leur signaUi leurs fautes. M . Stallbaum s'attache avant tout à l'exactitude. Dans les élèves, presque pas de fautes contre la grammaire. Ces thèmes improvisés ne valent pas mieux que ceux de nos classes de seconde ; mais nos élèves ne les font pas avec la même facilité.
BAttS QUELQUES PAYS DE L'ALLEMAGNE.
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ru «iMi Mké rimérieer des salles d^éttide destinées aux bovrsiers. C*est à pea près eomme à SchuipierU. La porte de chaque salle a trois earreaax de ferre par lesquels il est aîsé de surveiller tout ce qui le passe dMS la salle. Chaque salle ne contient que desoe élèTes. Ces douae élèves sont divisés par quatre, à trois tahle. Chaque table a son surveillant et son répétiteur, qui est le nieilleur des quatre élèves, et cha<|oe salle de douze élèves a son préfet , qui est le tteiUevr élève de la salle. C*est rinstitution des moniteurs de renseignement mutuel, développée et transportée dans un collège.
Quant è radsMnstratioB du gymnase, elle se divise, comme partout , en deux parties : Tune matérielle, à laquelle préside un administrateur nommé par la ville; faatie littéraire et disciplinaire entre les mains d'un recteur, sans conrecteur ni prorecteur. Là aussi, pas Pombre d^nn censeur, et le recteur est professenr et cbar^ de la première classe. Les professeurs n*ont qn^BB seal traitement, comme à Francfort, une somme ronde que lenr fait la ville ; mais leur traitement est divers selon les classes, et même leur rang est fondé , non sur TaBciennelé, maïs sur celui des classes comme chezBOos.
Comme je Tai déjà dît, les professeurs sont nommés par la ville et confirmés par le consistoire de Leipzig , qui est aussi chaîné de la surveillance du gymnase quant au spirituel. L'autorité imnMdiate et souveraine sur le gymnase appartient à la vtlie , qui fait les frais et qui nomme les professeurs , et le contre moral appartient au consistoire. Comme c*est la ville «qui nomme les professeurs, c'cstégalement la ville et Tauloriié municipale qui connaissent de leurs délits , et qui SB besoin les révoquent.
Il en est du gymnase de Saint-Nicolas comme de eei«i de Saint Thomas; et en général tous les gymnases de b Saxe royale , ainsi que les écoles princières de Mcissen et de Grimma, ont à peu près les mêmes rè- -^CBieats et suivent les mêmes pratiques. A Dresde, recelé de SainteCroix se distingue très-peu des deux eéièfarea écoles de Leiptig. Elle a aussi des alumni et desearlrafi«t; omis les professeurs n'ont pas de trailemcnl fixe et unique que leur assure ou la ville ou rÉiat ; ils ont deux traitements, Tun qui leur vient de ceriaiBes redevances de Téglise à laquelle leur école est attadiée, Tautre de Téventuel produit par la ré^bBtion 4e8 externes. De celte manière, TÉtat ne dépense pas plus pour rinstruction secondaire que pour TinslmctioB primaire; mais le sort des professeurs du gymiaae est mal assuré, (^pendant les bons professeurs ne manquent point au gymnase*de Sainte- Croix. Leredeur est M. Grobel. Il y a un conrecteur, comme à Francfort, M. Baumgarten-Crusius. 1^ savant auteur du CSoloIo^iisBrft/Ssiiiii^nstfortiin Hromanarum, 18^,
M. Selëg y est professeur des classes suférieares. M« Liebel ûût aux plus exercés, une fois par semaine, un cours de Thistoire de la phîlosophiei qui leur tient lieu d'enseignement philosophi4|ue.
Une remarque générale que j'ai déjà faite, et sur laquelle je dois revenir avant de quitter les gymnases de la Saxe, c'est que les .professeurs, quoique attachés spécialement à certaines classes , font des leçons dans toutes ou presque toutes. On trouve à cela trois avantjiges : le premier, de ne pas exiger autant de professeurs ; le second , d'intéresser chaque professeur à l'ensemble des éludes et des élèves de l'établissement, et de rendre plus facile l'examen du départ ; le troisième, de ne pas lasser l'esprit du professeur, en le retenant perpétuellement dans le cercle des mêmes fi>nctions et des mêmes objets.
S'il n'y a point d'inslrucùon primaii-e assurée sans école normale primaire, de même l'instruction 4» aecond degré manquerait de fondement sans une école spéciale pour former des professeurs de gymnase. Il y a donc, dans le royaume de Saxe, un sémiaaire à cet effet, comme dans le duché de Saxe-Weimar ; mais ce n'est encore qu'un Semi$uirium phUologiemn : il ne peut fournir que des professeursde littérature ancienne; et ici, comme en Spxe-Weimar, j attribue la faiblesse des études mathématiques à l'absence de toutes branches mathématiques dans le séminaire destinée recruter les professeurs de gymnase. Le Seminarium philologicum de Leipsig est le modèle de la plupart des autres établissements semblables de l'Allemagne , et surtout de celui d'iéna, qui en a adopté à peu près les règlements et les Bsages. Le c^èbre philolague Qirist. Dan. Beck est le fondateur de cette institution. Dans sonièle pour la philologie, il imagina, en 1784, de créer une petite société pour. les études de ce genre parmi les étudiants de Leipzig ; et cette société réussit tellement , que de toute part on s'adressait à fieck pour avoir quelques-uns de ses élèves et en faire des professeurs de gymnase. Plus tard, le gouvernement saxon érigea cette société en institution publique. EHe dépend de l'université : aussi c^est l'État qui paye les stipendia ou secours aux jeunes gens «qui en font partie, et une indemnité exlrèmoBMnt modique an divee^ teur. Ces jeunes gens sont des étudiants de l'université de Leipzig , qui logent en ville et ne coûtent au gouvernement que très-peu de chose. Ils sont au nombre de douze, et se rassemblent à certains jours dans l'auditoire de leur directeur, pour se livrer aux exercices qui constituent le séminaire philologique. J'ai voulu assister à un de ces exercices. Une douiaine de jeunes gens sont autour d'une table, sous la présidence du vieux Daniel Beck : quelques étudiants de l^ipzig assistent , avec bi permission du professeur, à cette réunion . J'aientendo un des jeanesséminoristeslire une
RAPPORT SUR L*ÊTAT DE LUNSTRUCTION PUBLIQUE
dissertation latine purement philologique sur les cent premiers vers des Sept devant Thèbès : cette dissertation était assez forte. Toutes les leçons des éditions sur les endroits douteux sont comparées, les opinions des différents auteurs controversées ; et plus d*one fois le jeune philologue s*écarte des interprétations reçues et en propose une autre. A ce sujet s'engage une discussion approfondie. Un autre séminariste prend la parole et combat Topinion du premier. 11 parle en latin, la seule langue permise dans un séminaire philologique ; Taulre se défend avec les mêmes armes. De loin en loin , le vieux directeur laisse tomber quelques paroles décisives. Une heure entière s*est ainsi écoulée dans une discussion forte et mesurée. Le rôle de Beck est celui d*un président éclairé. Ce sont les jeunes séminaristes qui paraissent, et non pas leur maître, qui s'efface le plus qu'il peut. J'ai trouvé instniciion et pUiisir dans cette visite ; elle m'a rappelé l'ancienne école normale , avec ses conférences et ses libres discussions. A la fin des exercices , le vénérable directeur m'a donné, dans la langue du lieu, tous les renseignements que je lui ai demandés , et Thistoire de cette petite société. Lui-même a écrit en latin une dissertation sur le séminaire philologique, où se trouvent les règlements de cette institution. Vous les connaissez par ceux du séminaire philologique d'Iéna, qui a été formé d'après celui de Leipzig.
UlflVERSrrÉ DE LEIPZIG.
Qui connaît une université allemande , connaît à peu près toutes les autres. Celle de Leipzig ressemble beaucoup à celle d'Iéna; elle lui a servi de modèle, et n'ep dill^re que de la différence même du royaume de Saxe au grand «duché de Saxe-Weimar, c'estrà-dire par le plus grand nombre d'étudiants , qui naturellement rend nécessaire un plus grand nombre de professeurs. Le règlement pour les étudiants de l'université de Leipzig, que j'ai sous les yeux et que je vous transmets, est le même» quelques détails de peu d'importance exceptés, que celui dont je vous ai rendu compte en vous parlant de l'universiié d'Iéna. U est tout aussi sévère, et porte le même caractère de réaction contre les excès de la liberté universitaire. Quant aux lois intérieures de l'université, et en général pour tout ce qui regarde l'enseignement, Leipzig n'est quléna agrandi. La plus grande différence qui s'y trouve, est qu'ici il n'y a point de recteur honorifique, remplacé dans la réalité par un prorecteur élu par les professeurs. L'administrateur que l'université de Leipzig se donne à elle-même, s'appelle recteur, et, comme je l'ai déjà dit , correspond directement, sans Tintermédiaire d'un curateur, avec le consistoire suprême et le ministre de Dresde. Ce recteur est d'ailleurs.
comme à léna , un professeur éh dans Tune des quatre facultés. De même il n'y a ici que quatre facultés, au lieu des cinq que nous avons et qui me paraissent nécessaires. Chacune de ces facultés élit son doyen comme les quatre facultés élisent le recteur. Il y a dans chaque faculté trois sortes de professeurs, les professeurs ordinaires , les professeurs extraordinaires et les doctorei docenUê, tous avec les mêmes droits et les mêmes avantages respectifs qu'à léna. Voici la liste des professeurs ordinaires actuellement en exercice, dans l'ordre d'ancienneté :
Théologib : MM. Tittmann, Winzer, Illgen, Grossmann, Habn, Goldhom.
Droit : MM. Schilling, Gûnther, Weisse, Ktien, M«ller, Otto.
Médbc»e : MM. Haase, G. Kuehn, Weber, Kulh, Ëschenbach, Clarus, ioerg, Heinroth, VITendler, Schwaegrichen , Bern. Kuehn.
PmLosopmB : MM. Drobisch, Beck, Hermann, Krug, Clodius, Rosenmûller, Pœlitz, Brandes, Wachsmutb, Haas, Pohl, Erdmann.
lia théologie a deux professeurs extraordinaires et quatre Prival-Docenlen.
Le droit a deux professeurs extraordinaires et trente PrivalrDoeenien.
La médecine a sept professeurs extraordinaires et quinze Prival-Doeenten.
La philosophie a dix professeurs extraordinaires et dix Privat-Docenien, sans compter les mailles de langue.
La théologie compte aussi plusieurs séminaires et sociétés homilétiques, exégéiiques et hislorico-théologiques. M. Illgen va publier, avec les meilleurs théologiens de l'Allemagne, un journal de théologie htsioriqne (Zeiiiehrifl fur die huiorisehe Théologie). C'est à Leipzig qu'était le grand juriste Haubold. Hermann est toujours ici à la tête de la philologie et de la société grecque, qui rivalise avec le séminaire philologique de Daniel Beck. M. Pœliu a fondé une école de politique, qui a déjà porté d'heureux fruiu. L'historien Wachsmutb , le philosophe Krug , l'orientaliste Rosenmûller et beaucoup d'autres sont des hommes connus dans toute l'Allemagne.
Je joins ici le catalogue des leçons faites à cette université pendant les dix dernières années, sous une double forme : i^ en latin , selon lusage, faculté par faculté, et sans autre ordre dans chaque faculté que le rang des professeurs, déterminé par l'ancienneté ; ^ en allemand , et dans un ordre méthodique qui
DANS QUELQUES PATS DE L^ALLEMAGNE
asi
i» Tail9 eoejefopédie scieiMiftqiie qo'olbail \ geM les eevn de ronhenité de Leipiig. Ces eaudogaet eonl poblîés chsqee temetlre. Je toi» sî^Mile pttiiedièreiDeBt cens de TaBDée 1850 « qui low de«x toat lemiiDét par me émiinèntîon exacte ei complète des noms des étndiaBtSf avec leur âge, le liea de leur naissance, la faculté dans laquelle ils étu* dient et lenr adresse. Ce taUeau, qui sert k la police de roniTersiié, contient pour noos d^utiles renseignements. On y voit , par exemple, que, pendant le premier semestre de 1830* le nombre des étudiants immatricolés était de dooie cenu soixante^eux , snr lesqneb cinq cent vingt- neuf pour la théologie, quatre cent quatre-vingt-cinq poor le droit, dix ponr ce qu'on appelle en Allemagne les sciences administratives {Kameralwiêtensehaflen)^ cent vingt-cinq pour b médecine, trente et un pour la chirurgie, cinq poor la pharmacie, treise pour la philosophie pro|wement dite , cinqBante el on pour la philologie , sept pour les maibématiqacs, etc. Dans le second semestre de 1830, il y avait treiie cent soixante étudiants : six cent trente théologiens , quatre cent cinquante-sept juristes, doue caméralbtes , cent vingt-quatre médecÎBs, viogt'Six chirurgiens, cinq pharmaciens, treixe pUloaoplies, soixante et quatorze philologues, quatorze malliématieiens. Ces nombres ne désignent que ladestînatioii spéciale de chaque étudiant , et non pas les leçons qn'ib fréquentent; car, par exemple , il n*y a id que trebe philosophes, tandis que les cours de phi bsc^ihie de M. Krug sont très-fréqnentés par les joristes et les théologiens , aussi bien que par les philosophes proprement dits.
Les programmes sont imprimés, teb que je vous les envoîe, dans le courant de chaque semestre , officielbmeDt et au nom de Tautorité universitaire ; mab avant Tonverture de chaque semestre chaque professeur écrit de sa main une ann<Mice particulière de ses leçons ; et tontes ces annonces manuscrites sont mises dans nn grand cadre noir, placé è la porte de Tuniversité. Ces annonces sont plus étendues que les annonces oAbielles, et marquent mieux les rapports des professeurs et des étndbnts dans les universités allenuindes, où une partie do traitement des professeurs dépend do nombre des élèves. Je vous envoie quelques-unes de ces annonces , que j'ai copiées moi-même dans b - de runiversité.
Voici edle de Daniel Beck :
HumaDÎnimis commilitonibns.
D. Christianas Daniel Bcck, P. P. 0. et ord. pbilosoph. decanas, Lectioncs cttivas, eommeadavi vcstris studib has :
Publies : DD. Ion. et Jov. hor. m, tadani Uballam de Historia conicribenda.
DD. mart. et ven. bor. m, Horatil aliqnot
epistolas interpretabor.
DD. merc. et sat. bor. m, semioaril regK pbllologicl exercitationes criticas et phtlolosiicas moderabor; quibas quidem inter* pretandi veterea autores dispulandiqoe exercitalionibus licebil aliis eliam auditoribos, si qui voluerint, interesse.
Privatim : Senis diebus hor. ix, Paaii Epp. ad Romanot et ad Galatas expllcabo: hor. x tolidem diebus hbtoriam uni?ersam populomm antiquorum, inde a rerum initie usqae ad imperliromani finem , pragmatice enarralK).
Privataram lectionam initiom constitutam est die IX maii.
Publicaram flet die xxx maii.
Vos eodem quo per quinqaaginta duo annos gavisus som audienlium docentem bvore, adesse mihi pergite.
Voici celle du câèbre Heimann :
Commilitonibus humanissimis.
Godofiredus Hermannos :
Hoc semestri publiée iv dieb. bor. xi, Sophodis Œdlpum tyrannum interpretabor.
Privatim iv DD. bor. xi, de syntaxi linga» latin» disseram; tum diebus horisque consaelis stndîa moderabor societatis grsec».
Initium harum lectionnm faciam, ubi ex tbermisCarolinis (i) rediero, qaas me tuendae valetudinls causa petere necesse est.
Voici b fin de Pannonce de H. Wachsmuth , professeur ordinaire d'hbtoire :
Scholarom de bistoria universa exordium faciam die mart. x, eodemque scholarum publicarum; scbolas de bistoria recentiore posleaquam justus aoditornm numéros convenerit aperiam, atque ut qui iis intéresse velint Domina apud me edant rogo.
M. Krug montre encore plus de déférence pour les élèves :
Qnibus lectionibos nt fréquentes interesse vetith bnmanissime rogo.
M. Pœliu :
Privatissime bora auditoribus commoda Jus gentium Europxarum praciicum et diplomalicumdocebo.
Les professeurs extraordinaires donnent de pareilles annonces, ainsi que les dociores Ugentet ; mais ceux-ci doivent soumettre les leurs au visa du doyen : Vidk Beck, . . CammendavU Beck, . . etc .
(1) UtUindeCvldNid.
RAPPORT SUR L*ÉTâT DE L'INSTRUCTION PUH.IQUE
Il Amt tous expliquer, H. le minitiro, ee que $i^ifient ces moto pubHce, pnValtm, appliqués aux leçons des professeurs ordinaires. Tout professeur ordinaire, recevant de l'État un traitement fixe, est tenu de faire, pour ce traitement, quelques leçons gratuites sur le «ujet le plus inbérent au titre de sa chaire : voilà ce que veut dire légère publiée, Mais outre ces leçons, il a le droit d'en donner autant qu'il lui plait sur des sttjeto qu'il croit convenir davantage aux goAto et aux b^oîne des étudianU , iNi aux intérè.s de sa propre rotation , pourvu que ces sujeto se rattachent plus ou moins à la chaire dont il est titulaire, et ne sortent point du cercle de la faculté à laquelle il appartient : cela s'appelle légère privalim. Ces leçons se font dans l'auditoire de l'université , ou quelquefois dans la maison même du professeur; elles sont payées , et le professeur fait très-peu d'exceptions à cet usage. N'en fait-il pas du tout, cela s'appelle légère privalissime. Le prix des leçons est réglé d'avance par les lois de l'université. Telle est la distinction de publice et de privalim légère ; mais cette distinction existe plutôt en droit qu'en fait en Allemagne, et elle s'eflace de jour en jour davantage, surtout en Prusse, où les professeurs font très-peu de leçons gratuites. A Berlin , la plupart des professeurs ne lisent que pri^alim, et ceux qui , par devoir ou pour la forme , lisent aussi publiée , ne mettent pas grand soin à cet enseignement gratuit , et ne font qu'une leçon de ce genre par semaine ; tandis que les privata collêgia , les cours payés, ee composent toujours par semaine de quatre ou cinq leçons.
L'objection que l'on fait en France aux leçons {Myées , est qu'elles mettent le professeur k la merci des élèves, et lui font oublier les intérêts de laectence pour ceux de sa fortune. Cette objection serait fondée, si, en Allemagne, outre la rétribution des étudiants , le professeur n'avait pas un traitement fixe de l'État , traitement qui n'est pas le même pour tous, et qui est d'autant plus considérable que le professeur, à mérite égal, a, par la nature seule de son enseignement, moins de chances d'attirer beaucoup d'auditeurs. I^ premier devoir du professeur est envers la science , non envers les étudiants ; c'est là la maxime de tout vrai professeur d^université, maxime qui sépare essentiellement l'université du collège. L'État doit donc assurer aux professeurs de l'université un traitement convenable, indépendant du nombre des élèves; car souvent un cours n'a qtie sept ou huit élèves, la hante analyse , par exemple , ou la haute philologie , peut être d'une utilité infinie pour la science. 11 ne faut pas qu'un grand géomètre , pour avoir de l'argent , perde «00 temps à enseigner les basses parties des mathématiques. D'un autre côté , TÉtat n'a pas le devoir de donner pour rien la science à tout le monde , et il est juste que, passé l'enseignement élémentaire, quiconque
veut aboider plus ou moins la «eieiice, lut apporte soB tribut CtésL est inoosiestable pour les eottéges; cela l'est égalenent, et à plue forte tmom , pour les sniversîtés : sans quoi il faudrait faire à tous les professeurs d'université indistinctement un traitement trop âevéqui rainerait l'État, et qu'il serait souverainement injuste de tirer de la poche de tous les citoyens an profit d'un très-petit nombre. Un traitement fixe, codvenabl^, qui assure à un professeur le nécessaire , et des cours payés qui améliorent sa fortune en proportion de ses succès , tel est le juste milieu en cetie matière. Par là le professeur n'est jamais condamné à oublier les intérèU supérieurs de la science, et jamais non plus il ne peut , sous le beau semblant d'èure on génie iaaccessible, se passer de quelque succès et d'an certain nombre d'élèves. A cet avantage, ajoutez celaici , qui me paraît décisif; c'est que les étudiants suivent avec bien plus de zèle et d'assiduité les coors qu'ils payent. Chez nous, dans nosftcultés des sciences et des lettres, les portes sont ouvertes à tout le monde, et entre qui veut sans rien payer : cela parait admirable au premier coup d'œil , et digne d'une grande nation ; mais save^-vous ce qui en résulte? D'abord, un pareil auditoire n'est guère qu'un parterre de théâtre ; on entre et l'on sort au milieu d'une leçon ; on vient une fois pour ne plus revenir, si le professeur ne nous channe l'oreille ; on l'écoute avec distraction, et en général il y a des amateurs plutôt que de véritables étttdianU. Et puis le professeur, qui ne perd pas une obole à mal faire , se néglige et met à ses leçons assez peu d'nnp<^tance. Ou bien , aime t-il la gloire, a-t-il une grande réputation à soigner , il est bien à craindre idors que , désespérant d'avoir un auditoire sérieux, il ne veuille au moins on avoir im nombreux. Dans ce cas, c'en est fait de la science ; car on a beao foire, on se proportionne à son auditoire. Il y a, dans les grandes foules, je ne sais quel ascendant presque magnétique qui subjugue les âmes les plus fermes ; et tel qui eût été un professeur sérieux et instructif pour une centaine d'étudiants attentifs, devient léger et superficiel avec un auditoire superficiel et léger. Enfin, que reste- t-il à toute cette foule, de Tonseignement qu'elle a suivi gratuitement? Une impression confuse qui peut avoir son utilité, comme l'impression plus 4>u moins vive que laisse au théâtre un drame honnête et intéressant. Mais qu'est-ce que tout celSi comparé à l'assiduité laborieuse de cinquante ou cent auditeurs qui , ayant payé d'avance les leçons d'un professeur, les suivent opiniâtrement, les recueillent, les discutent , et cherchent à s'en rendre compte, parce que sans ceU ils auraient perdu leur temps et leur argent? 11 faut que les étudiants payent quelque chose , et il faut aussi que l'État assure à des savanu aussi distingués que doivent l'être des professeurs
DANS QUELQUES PAYS DE L*ALLE1IAGNE
d'mhrcnîié, n tmiteatnl fis» eonvenaUe. C'est là It eonlHBMWD à laquelle toutes les wÎYeffSÎiés de FEvrope se sont anèiées depuis des sièeles^ et qui « en Allenagae , donne les |dns heureux résultat». 11 me payait wfent d*adopter ehes nous cette eombinaî^ ion ; il ne s'agît même qne de la transporter de nos collèges, où elle règne, à renseignement supérieur.
Le ressort le plus essentiel du mécanisme d'une nniversîté aOeasande , après la rétribution des élèves , est la distinction de trois ordres de professeurs : les profesleurs ordinaires , les professeurs extraordinaires , et les Pfival-Dùeenten ou doclan$ leg^nUs. Voyea comme ces trois degrés du professorat se divisent à la fois et se lient henreosement ! Le fond, la racine du professorat , la pépinièresans cesse renouvelée des professeurs d'une uni* versité allemande , est l'institution des jeunes docteurs qui, sons certaines conditions et avec l'agrément des laculiés, aontadmis à donner des leçons publiques. Tout an peu capable arrive ainsi à l'enseignement mais nul n'y arrive sans donner au moins des espérances. On l'essaje donc, mais sans prendre aucun eagagement envers lui , sans lui rien promettre et sans lui rien donner. S'il ne réalise pas les espérances qu'il avait fait concevoir par des succès réels , en attirant des élèves et en honorant la faculté qui l'a reçu , on reeonnait qu'on s'était trompé , et on ne le (ait jamais professeur extraordinaire ; lui-même au bout de auelques années d'essais infructueux , n attirant pas beaucoup d'élèves , et par conséquent ne se faisant pas un traitement éventuel un peu considérable, se retire et tente une autre carrière. Si , au contraire , il réalise les espérances qu'il a données , s'il attire beaucoup d^éièTes , s'il fait des livres qui excitent l'attention , on le fait professeur extraordinaire ; et ce titre , qui est indestructible , avec le petit traitement fixe qui y est attaché et qu'il ajoute au traitement éventuel qu'il tire de son auditoire , l'encourage et le retient dans renseignement. Ses succès continuent-ils et devient-il un homme important, l'État, qui a intérêt à le garder, augmente successivement son traitement fixe , et enfin le nomme professeur ordinaire. Ce titre éminent n'est jamais donné à des espérances que l'expérience peut démentir , mais à des succès prolongés, aux talenta reconnus, aux réputations faites. Il est trèsrare de l'obtenir avant un certain âge, et il n'y a pas en Allemagne un seul professeur ordinaire qui ne soit un bomme d'une célébrité plus ou moins étendue ; car son titre est précisément le prix de cette célébrité. Les grands succès publics , soit par les cours , soit par les OQvragea , voilà ce qui nomme les professeurs ordinaires en Allemagne. Une immense concurrence est ouTerte dans la multitude des jeunes docteurs. C'est au talent à gagner le prix, à l'aide du temps et de la perséYéranee. Tel est le vrai concours. Quelle nou-
irelleépreuiedaqiidqiiesjooraoudoqnoh|uess peut être nécessaire aprèa dix ou dooae ans de suœès publics , à la face de toute TAUemagne et quelquefois de l'Europe entière? Cependant Tàge et le temps «sent l'ardeur et le talent ; et le professeur ordinaire, deivenu vieux , se néglige ou ne suit plus les progrès que fait tous les jours la science. Après avoir été novateur dans sa jeunesse , il finit quelquefois par devenir i tinier. Qu'arrive441 alors? Ses auditeurs, qu'a toujours l'esprit de leur temps, désertent les leçons dn professeur ordinaire pour les leçons du professeur extraordinaire , ou même pour celles du Privai- A»*cent , jeune zélé , novateur, souvent jusqu'à l'excès ; et l'université ne souffre point du déclin de ceux qui jadis Tout bien servie. Cet heureux asécanisme repose sur la distinction des trois ordres de professeurs, ordinaires, extraordinairos et iVtt)a(*i!>oeMile», c^est^tàdire, titulaires, adjoints, agrégés, ainsi que sur la distinction du traitement fixe et du traitement éventuel. Au contraire, Toole^^sous avoir l'idéal d'une organisation absurde de l'enseignement supérieur? Imagines la nomination de professeurs titulaires ûute par voie de concours , en quelques semaines , entre des jeunes gens qui souvent n'ont pas écrit deux lignes ni professé une année, et qui, au bout de quelques épreuves , reçoivent quelquefois k vingtrcinq ans un titre iualiénable, qu'ils peuvent garder jusqu'à soixante et dix ans sans rieu faire ; recevant , dès le premier jour de leur nomination jusqu'à la fin de leur rie, le mémo traitement, qu'ils aient beaucoup d'élèves ou qu'ils en aient peu , qu'ils se distinguent ou ne se disr tinguent point, qu'ils languisseqt ignorés on qu'ils derieiwent dos hommes célèbres. C'est pourtant dsns un pays civilisé , tout près de l'Allemagne , que se trouve une semblable organisation ; et, chose admirable , elle s'y trouve bien moins soutenue par Fautorilé que par une fausse opinion publique ; à tel point qu'il y a sept à huit mois , MM. Broussais et Magendie, en possession d'une gloire européenne , apr^ ringt ans de leçons publiques et de grands succès dans l'enseignement , allaient être forcés de se mettre au concours , pour avoir le titre de professeurs , avec des enfants qui peut-être n'avaient pas achevé de lire les ouvrages que ces deux hommes célèbres ont écrits.
Mais le plus inouï est de voir , dans ce même pays, les diverses facultés dont se compose une université allemande séparées les unes des antres, disséminées et comme perdues dans l'isolement : ici des facultés des sciences où se font des cours de physique , de chimie, d'histoire naturelle, sans qu'il y ait à cêté une faculté de médecine qui en profite ; là des facultés de droit et des facultés de théologie sans faculté des lettres , c'estnà-dire , sans histoire , sans littérature , sans philosophie. En vérité , si l'on se proposait de
RAPPORT SUR L*ÉTAT DB L'INSTRUCTION PUBLIQUE
donner à Tetprit une cnkiire exdnsiTe et fausse , si Ton vooUiii faire des lettrés frivoles, des beaux-esprits étrangers au mouvement et au développement des sciences, ou des savants sans lumières ^nérales , des procureurs et des avocats au lieu de jurisconsulles , des séminaristes et des abbés au lieu de théologiens , je ne pourrais indiquer un plus sûr moyen , pour arriver à ce beau résultat, que la dissémination et Tiso* lement des facultés. Hélas I nous avons une vingtaine de misérables facultés éparpillées sur la surface de la France , sans aucun vrai foyer de lumières, comme nous avons un grand nombre de cours royales sans magistrature. Une vingtaine de villes peut-être ont Tavantage d'avoir leur petite faculté avec leur petite cour loyale. Mais que sort^il de tout cela pour la science et pour la patrie ? HAtons-nous , M. le ministre , de substituer à ces pauvres facultés de provinces, partout languissantes et mourantes , de grands centres scientifiques, rares mais bien placés, qui renvoient au loin une forte lumière, quelques universités complètes , comme en Allemagne, c'est-à-dire, nos cinq facultés réunies , se prêtant Tune à Tautre un mutuel appui , de mutuelles lumières, un mutuel mouvement. Mais il est temps de finir ; dans quelques heures je quitterai Leipzig et prendrai la route de Berlin. J'y arriverai demain soir. Là, M. le ministre, je trouverai, an lieu de petits États comme Francfort et le duché de Saze-Weimar ou même le royaume de Saie , un empire de trràe millions d'habitants , qui touche à la lois à la France et à la Russie , et qui , créé et constitué il y a un siècle par un grand homme , a devant lui autant d'avenir que- les vieux empires du Midi ont de passé derrière eux. 11 ne s'agira plus de gouverne-
menu patemds et presque ecdésiastiqnes, nais d'os gouvernement essentiellement laïque et d^nne mona^ chie presque militaire. Je regarde la France et la Prusse comme les deux pays les plus éclairés de TEarope , les plus avancés dans les lettres et dans les sciences, les plus vraiment civilisés, sans excepter l'Angleterre , toute hérissée de préjugés, d'institutions gothiques, de coutumes à demi barbares, sur lesquels est mal étendu le manteau d'une civilisation toute matérielle, il ne manque à la Prusse qu one constitution politique, que sa situation géographique lui fait un devoir d'attendre encore, au sein de libertés municipales et de petites constiiutions de détail dans toutes les parties du service public et de l'administration. Les analogies frappantes qui exbtent entre b Prusse et la France, rendent d'autant plus intéressantes et curieuses les ressemblances comme les difiérences des deux pays dans l'instruction publique. Maisce n'est pas en quelques jours que des observations exactes peuvent se faire sur une aussi grande échelle. Je resterai donc un mois à Berlin ; et c'est encore bien peu pour prendre connaissance de l'organisation générale de l'instruction publique, étudier toutes les branches de cet important service , et examiner par moimême l'instruction populaire, les gymnases et les universités. Le gouvernement prussien me donnas, j'espère, toutes les facilités que je puis désirer, et vous pouvez compter sur mon activité. Rien ne me coûtera pour répondre de mon mieux à la confiance du gouvernement du roi.
Agréez, M, le ministre , etc.
DANS QUELQUES PAYS DE L'ALLEMAGNE
RAPPORT