‹ uvres de Victor HugoChapitre 116 sur 599 · F, DE LA MENNAIS · texte numérisé non relu

F, DE LA MENNAIS

Malheur à l'enfant de la terre , Qui , dans ce monde injuste et vain

ODES

Porte en son âme solitaire Un rayon de l'Esprit divin ! Malheur à lui ! l'impure Envie S'acharne sur sa noble vie , Semblable au Vautour éternel ; El, de son triomphe irritée, Punit ce nouveau Promélhée D'avoir ravi le feu du ciel !

La Gloire , fantôme céleste , Apparaît de loin ù ses yeux ; Il subit le pouvoir funeste De son sourire impérieux !

Ainsi l'oiseau , faible et timide , Veut en vain fuir l'hydre perfide Dont l'œil le charme et le poursuit ; Il voltige de cime en cime , Puis il accourt , et meurt victime Du doux regard qui l'a séduit.

Ou , s'il voit luire enfin l'aurore Du jour promis à ses efforts , Vivant , si son front se décore Du laurier qui croît pour les morts ; L'erreur, l'ignorance hautaine , L'injure impunie et la haine Usent les jours de l'immortel.

Du malheur imposant exemple , La Gloire l'admet dans son temple Pour l'immoler sur son autel !

Pourtant , fallût-il être en proie A l'injustice, à la douleur.

Qui n'accepterait avec joie Le génie au prix du malheur?

Quel mortel , sentant dans son âme S'éveiller la céleste flamme Que le temps ne saurait ternir , Voudrait , redoutant sa victoire , Au sein d'un bonheur sans mémoire Fuir son triste et noble avenir?

Chateaubriand , je t'en alleste , Toi , qui , déplacé parmi nous , Reçus du ciel le don funeste Qui blesse notre orgueil jaloux ; Quand ton nom doit survivre aux âges , Que t'importe , avec ses outrages , A toi , géant , un peuple nain ?

Tout doit un tribut au génie.

Eux , ils n'ont que la calomnie:

Le serpent n'a que son venin.

Brave la haine empoisonnée !

Le nocher rit des flots mouvants ,

Lorsque sa poupe couronnée Entre au port à l'abri des vents.

Longtemps ignoré dans le monde.

Ta nef a lutté contre l'onde Souvent piète à l'ensevelir ; Ainsi jadis le vieil Homère Errait inconnu sur la terre , Qu'un jour son nom devait remplir !

Jeune encor , quand des mains du crime

La France en deuil reçut des fers ,

Tu fuis : le souffle qui l'anime

S'éveilla dans l'autre univers.

Contemplant ces vastes rivages ,

Ces grands fleuves , ces bois sauvages,

Aux humains lu disais adieu;

Car dans ces lieux que l'homme ignore ,

Du moins ses pas n'ont point encore

Effacé les traces de Dieu.

Tu vins , dans un temps plus tranquille ,

Fouler cette terre des arts ,

Où croît le laurier de Virgile ,

Où tombent les murs des Césars.

Tu vis la Grèce humble et domptée :

Hélas ! il n'est plus de Tyrlée

Chez ces peuples , jadis si grands ;

Les Grecs courbent leurs fronts serviles ,

Et le rocher des Thermopyles

Porte les tours de leurs tyrans !

Ces cités que vante l'histoire

Pleurent leurs enfants aguerris ;

Le vieux souvenir de leur gloire

N'habite plus que leurs débris.

Les dieux ont fui : dans les prairies ,

Adieu les blanches théories !

Plus de jeux , plus de saints concerts !

Adieu les fêles fraternelles !

L'airain qui gronde aux Dardanelles

Trouble seul les temples déserts.

Mais si la Grèce est sans prestiges .

Tu savais des lieux solennels Où sont de plus sacrés vestiges.

Des monuments plus éternels :

Une tombe pleine de vie , Et Jérusalem asservie Qu'un pacha foule sans remord , Et le Bédouin , fils du Numide , Et Carthage , et la Pyramide Tente immobile de la mort !

Enfin , au foyer de tes pères , Tu vins , rapportant pour trésor

ODES

Tes maux aux rives étrangères , El les liaules leçons ilu sort.

Tu déposas la douce lyre :

Dès lors, la raison qui t'inspire An sénat parla par ta voix ; Et la Liberté rassurée Confia sa cause sacrée A ton !)ras , défenseur des Rois.

Dans celte arène où Ton t'admire , Sois fier d'avoir tant comhallu , Honoré du double martyre Du [fénicet de la vertu.

Poursuis , remplis noire espérance ; Sers ton i»rlnce , éclaire la France Dont les destins vont s'accomplir.

L'Anarchie , altière et servile , PAlit devant Ion front tran(iuille Qu'un lyran n'a point fait pâlir.

oue l'envie , aux pervers unie , Te poursuive de ses clameurs , Ton noble essor , fils du Génie , T'enlève à ces vaincs rumeurs.

Tel l'oiseau du cap des tempêtes Voit les nuaijes sur nos lèles Rouler leurs flots séditieux; Pour lui , loin des bruits de la terre , Bercé par son vol solitaire , 11 va s'endormir dans les cieux !

Juin I8?n.

©&£ Btj;>\tcmt.

LA FILLE D'0-TAITL

Que fait-il donc celui que sa douleur attend ' Sans doute il n'aime pas celui qu'elle aime tant

ALFEED DE VlGNY. DOlOrida.

» 0! dis-moi , tu veux fuir? et la voile inconstante n Va bientôt de ces bords l'enlever à mes yeux ? » Cette nuit j'entendais, trompant ma douce attente, » Chanter les matelots qui repliaient leur tente. » Je pleurais à leurs cris joyeux !

•^ Pourquoi quitter notre île? En ton île étrangère , « Les cieux sont-ils plus beaux ? a-t-on moins de douleurs?

n Les tiens, quand tu mourras, pkureront-ils leur frère ? « Couvreronl-ils les os du plane funéraire » Dont on ne cueille pas les fleurs?

>' Te souvienl-il du jour où les vents salutaires rt T'amenèrent vers nous pour la première fois ? 11 Tu m'appelas de loin sous nos bois solitaires . '1 Je ne l'avais point vu jusqu'alors sur nos terres , « Et pourtant je vins ^ ta voix.

« Oh ! j'étais belle alors ; mais les pleurs m'ont flétrie, n Reste , 6 jeune étranger ! ne me dis pas adieu. i> Ici nous parlerons de ta mère chérie ; » Tu sais que je me plais aux chants de la pairie, « Comme aux louanges de ton Dieu.

0 Tu rempliras mes jours : à toi je m'abandonne. •• n Que l'ai-je fait pour fuir? Demeure sous nos cieux.

» Je guérirai les maux , je serai douce et bonne , » Et je l'appellerai du nom que l'on le donne 0 Dans le pays de tes aieux !

1) Je serai , si tu veux , ton esclave fidèle , « Pourvu que ton regard brille h mes yeux ravis. f Reste , ô jeune étranger ! reste , et je serai belle. '1 Mais lu n'aimes qu'un temps, comme notre hirondelle. » Moi , je l'aime comme je vis.

i> Hélas! lu veux partir.— Auxmonts qui t'ont vu naître, n Sans doute quelque vierge espère ton retour. « Eh bien! daigne avec toi m'emmener , ô mon maître! •1 Je lui serai soumise , et l'aimerai peut-être, n Si ta joie est dans son amour !

'^ Loin de mes vieux parents, qu'un tendre orgueil enivre, « Du bois où dans tes bras j'accourus sans efl^roi ,

1 Loin des fleurs, des palmiers, je ne pourrai plus vivre. « Je mourrais seule ici. Va , laisse-moi te suivre,

« Je mourrai du moins près de loi !

■' Si l'humble bananier accueillit la venue , n Si lu m'aimas jamais, ne me repousse pas! « Ke t'en va pas sans mol dans ton île inconnue, « De peur que ma jeune âme , erranle dans la nue , « N'aille seule suivre tes pas ! »

Quand le malin dora les voiles fugitives, En vain on la chercha sous son dôme léger; On ne la revit plus dans les bois, sur les rives. Pourtant la douce vierge, aux paroles plaintives ;, N'était pas avec l'étranger.

Janvier 1821.

ODES

^ÏTjc ^nïtïèmt.

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