‹ uvres de Victor HugoChapitre 118 sur 599 · L'AME · texte numérisé non relu

L'AME

•le ne sais quel destin trouble l'esprit des mortels -. semblables à des cylindres, ils roulent çà et là accablOs d'une infinité de maux... Mais prends courage, la race des lionimes est divine ; lorsque dépouillé de ton corps , tu t'élèveras dans les régions étliérées , la mort n'aura plus sur toi de pouvoir, tu seras un dieu immortel et incorruptible.

Vers dores de Pythagorc.

Fils du ciel , je fuirai les honneurs de la terre ; Dans mon abaissement je mettrai mon orgueil; Je suis le roi banni , superbe et solitaire ,

Qui veut le trône ou le cercueil ; Je hais le bruit du monde , et je crains sa poussière.

La retraite , paisible et lîère,

Réclame un cœur indépendant ; Je ne veux point d'esclave et ne veux point de maître ; Laissez-moi rêver seul au désert de mon être : —

J'y cherche le buisson ardent.

Toi , qu'aux douleurs de l'homme un Dieu caché convie , Compagne sous les cieux de l'humble humanité , Passagère immortelle , esclave de la vie ,

Et reine de l'éternité , Ame ! aux instants heureux comme aux heures funèbres,

Rayomie au fond de mes ténèbres ;

Règne sur mes sens combattus ; Oh ! de ton sceptre d'or romps leur chaîne fatale , Et nuit et jour, pareille à l'antique vestale ,

Veille au feu sacré des vertus.

ODES

Est-ce loi dont le souffle a visité ma lyre , Ma lyre , chaste sœur des harpes de Sion ; El qui viens dans ma nuit avec un doux sourire ,

Comme une belle vision ?

Sur mes terrestres fers , ô Vierge glorieuse ,

Pose l'aile mystérieuse

Oui t'emporte au ciel dévoilé.

Viens-tu m'apprendre , écho de la voix infinie , Quelque secret d'amour , de joie ou d'harmonie ,

Que les anges t'ont révélé ?

Vis-tu ces temps d'innocence , Où , quand rien n'était maudit , Dieu , content de sa puissance , Fit le monde et s'applaudit?

Vis-tu , dans ces jours prospères , Du jeune aïeul de nos pères Eve enchanter le réveil ; Et, dans la sainte phalange, Au front du premier archange Luire le premier soleil?

Vis-tu , des torrents de l'être , Parmi de brûlants sillons , Les astres , joyeux de nailre.

S'échapper en tourbillons; Quand Dieu , dans sa paix féconde , Penché de loin sur le monde , Contemplait ces grands tableaux , Lui, centre commun des âmes .

Foyer de toutes les flammes , Océan de tous les flots ?

Suivais-tu du Seigneur la marche solennelle , Lorsque l'Esprit poi ta la parole éternelle De l'abîme des eaux aux régions du feu ; Au jour où , menaçant la terre virginale, Comme , d'un char léger pressant l'ardent essieu , Un roi vaincu refuse une lutte inégale , Le Chaos éperdu s'enfuyait devant Dieu?

As-tu vu , loin des cieux , châtiant ses complices , Le Roi du mal , armé du sceptre des supplices , Dans le gouffre où jamais la terreur ne s'endort? Lieu funèbre , où pleurant les songes de la terre , Le crime se réveille enfantant le remord, Et qu'un Dieu visita , revêtu de mystère , Quand d'enfer en enfer il poursuivit la Mort ?

Montre-moi l'Éternel, donnant, comme un royaume Le temps à l'éphémère et l'espace à l'atome ;

Le vide obscur , des nuits tombeau silencieux ; Les foudres se croisant dans leur sphère tonnante ,

Et la comète rayonnante Traînant sa chevelure éparse dans les cieux.

Mon esprit sur ton aile , ô puissante compagne , Vole de fleur en fleur, de montagne en montagne , Remonte aux champs d'azur d'où l'homme fut banni , Du secret éternel lève le voile austère; Car il voit plus loin que la terre :

Ma pensée est un monde errant dans l'infini.

Mais la vie. ô mon Ame ! a des pièges dans l'ombre : Sois le guerrier captif qui garde sa prison! Des feux de l'ennemi compte avec soin le nombre , Et sous le jour brûlant ainsi qu'en la nuit sombre , Surveille au loin tout l'horizon !

Jp ne suis point celui qu'une ardeur vaine enflamme , Qui refuse à son cœur un amour chaste et saint , Porte â Dagon l'encens que Jéhovah réclame , Et , voyageur sans guide , erre autour de son âme. Comme autour d'un cratère éteint.

II n'ose, offrant h Dieu sa nudité parée, Flétrir les fleurs d'Éden d'un souffle criminel ; Fils banni , qui , traînant sa misère ignorée , Mendie et pleure, assis sur la borne sacrée De l'héritage paternel.

Et les Anges entre eux disent : « Voilà l'impie ! n II a bu des faux biens le philtre empoisonneur; n Devant le juste heureux que son crime s'expie; » Dieu rejette son âme ! elle s'est assoupie » Durant la veille du Seigneur.»

Toi , — puisses-tu bientôt , secouant ma poussière , Retourner radieusi' au radieux séjour!

Tu remonteras pure à la source première , Et, comme le soleil emporte sa lumière. Tu n'emporteras que l'amour !

Malheureux l'insensé dont la vue asservie

Ne sent point qu'un esprit s'agite dans la vie!

Mortel , il reste sourd à la voix du tombeau ;

Sa pensée est sans aile, et son cœur est sans flamme:

Car il marche , ignorant son âme , Tel qu'un aveugle errant qui porte un vain flambeau.

ODES

^t>i Wisimi.

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