‹ uvres de Victor HugoChapitre 130 sur 599 · PS · texte numérisé non relu

PS

Je suis devenu voyageur.... et j'ai cherclié qui s'aflligerait avec moi , et nul n'est venu.

Permets à mes pas de suivre ta trace.

Le voyageur s'assied sous votre ombre immobile, l'eau vallon ; triste et seul , il contemple en rêvant ,

L'oiseau qui fuit l'oiseau , l'eau que souille un reptile , Et le jonc qu'agite le vent !

Ifélas ! l'homme fuit l'homme ; et souvent avant l'âge Dans un cœur noble et pur se glisse le malheur; Heureux l'humble roseau qu'alors un prompt orage En passant brise dans sa fleur!

Cet orage, ô vallon , le voyageur l'implore. Déjî las de sa course , il est bien loin enqpre

Du terme où ses maux vont finir; Il voit devant ses pas , seul pour se soutenir, Aux rayons nébuleux de sa funèbre aurore ,

Le grand désert de l'avenir !

De dégoûts en dégoilts il va traîner sa vie. due lui font ces faux biens (pi'un faux orgueil envie ^ Il cherche un cœur fidèle , ami de ses douleurs; Mais en vain : nuls secours n'aplaniront sa voie , Nul parmi les mortels ne rira de sa joie , Nul ne pleurera de ses pleurs !

Son sort est l'abandon ; et sa vie isolée Ressemble au noir cyprès qui croît dans la vallée. Loin de lui, le lis vierge ouvre au jour son bouton; Et jamais, égayant son ombre malheureuse,

Une jeune vigne amoureuse A ses sombres rameaux n'enlace un vert feston.

Avant de gravir la montagne , Un moment au vallon le voyageur a fui. Le silence du moins répond à son ennui. H est seul dans la fouie : ici , douce compagne ,

La solitude est avec lui !

Isolés comme lui , mais plus que lui tranquilles ,

Arbres, gazons, riants asiles, Sauvez ce malheureux du regard des humains ! Ruisseaux, livrez vos bords , ouvrez vos flots dociles A ses pieds qu'a souillés la fange de leurs villes

Et la poudre de leurs chemins !

Ah ! laissez-lui chanter, consolé sous vos ombres , Ce long songe idéal de nos jours les plus sombres , La vierge au front si pur, au sourire si beau ! Si pour l'hymen d'un jour c'est en vain qu'il l'appelle , Laissez du moins rêver à son àme immortelle L'éternel hymen du tombeau !

La terre ne tient point sa pensée asservie ; Le bel espoir l'enlève au triste souvenir ; Deux ombres désormais dominent sur sa vie : L'une est dans le passé , l'autre dans l'avenir!

Oh ! dis , quand viendras-tu ? quel Dieu va te conduire , Être charmant et doux , vers celui que tu plains ?

Astre ami, quand viendras-tu luire , Comme un soleil nouveau , sur ses jours orphelins ?

ODES

11 ne l'obtiendra point , chère et noble conquête , Au prix de ces vertus qu'il ne peut oublier ; Il laisse au [çré du vent le jonc courber sa tète ; Il sera le grand cbêne , et devant la tempête Il saura rompre et non plier.

Elle approche , il la voit ; mais il la voit sans crainte.

Adieu , Mots purs , berceaux épais , Beau vallon où l'on trouve un écho pour sa plainte ,

Bois heureux où l'on souffre en paix !

Heiireux qui peut , au sein du vallon solitaire , Naître, vivre et mourir dans le champ paternel !

Il ne connaî( rien de la terre,

FI ne voit jamais que le ciel !

Juillet 1821.

^iTje ahnahiènu.

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