‹ uvres de Victor HugoChapitre 131 sur 599 · PS · texte numérisé non relu

PS

Couvre-moi de l'ombre Je les ailes.

Lyre longtemps oisive , éveillez-vous encore! Il se lève , et nos ciianls le salûronl toujours,

Ce jour que son doux nom décore ,

Ce jour sacré parmi les jours !

0 Vierge ! à mon enfance un Dieu t'a révélée , Belle et pure ; et rêvant mon sort mystérieux , Comme une blanche étoile aux nuages mêlée , Dès mes plus jeunes ans je te vis dans mes cieux !

Je te disais alors : « 0 loi , mon espérance , » Viens , partage un bonheur qui ne doit pas finir. ■ Car de ma vie encor, dans ces jours d'ignorance , Le passé n'avait point obscurci l'avenir.

Ce doux penchant devint une indomptable flamme ; Et je pleurai ce temps , écoulé sans retour,

Où la vie était pour mon âme Le songe d'un enfant que berce un vague amour.

Aujourd'liui, réveillant sa victime endormie. Sombre , au lieu du bonheur que j'avais tant rêvé ,

Devant mes yeux , troublés par l'espérance amie , Avec un rire affreux le malheur s'est levé !

Quand seul dans celle vie , hélas ! d'écueils seméi; , Il faut boire le fiel dont le calice est plein ;

Sans les pleurs de sa bien-aimée

Que reste-t-il à l'orphelin ?

Si les heureux d'un jour parent de fleurs leurs têtes, Il fuit , souillé de cendre et vêtu de lambeaux ,

Et pour lui la coupe des fêtes

Ressemble à l'urne des tombeaux !

Il est chez les vivants comme une lampe éteinte. Le monde en ses douleurs se plaît à l'exiler ; Seulement vers le ciel il élève sans crainte Ses yeux , chargés de pleurs qui ne peuvent couler.

Mais toi , console-moi, viens , consens à me suivre , Arrache de mon sein le trait envenimé , Daigne vivre pour moi, pour toi laisse-moi vivre. J'ai bien assez souffert , Vierge, pour être aimé !

Oh ! de ton doux sourire embellis-moi la vie!

Le plus grand des bonheurs est encor dans l'amour.

La lumière à jamais ne me fut point ravie ,

Viens , je suis dans la nuit , mais je puis voir le jour!

Mes chants ne cherchent pas une illustre mémoire j Et s'il faut me courber sous ce fatal honneur, iNe crains rien , ton époux ne veut pas que sa gloire Retentisse dans son bonheur.

Goûtons du chaste hymen le charme solitaire. Que la félicité nous cache à tous les yeux.

Le serpent couché sur la terre N'entend pas deux oiseaux qui volent dans les cieux !

Mais si ma jeune vie , à tant de flots livrée , Simon destin douteux t'inspire un juste effroi , Alors fuis, loi qui fus mon épouse adorée ; — Toi qui fus ma mère , attends-moi.

Bientôt j'irai dormir d'un sommeil sans alarmes , Heureux si , dans la nuit dont je serai couvert. Un œil indifférent donne en passant des larmes A mon luth oublié, sur mon tombeau désert!

Toi , que d'aucun revers les coups n'osent l'atteindre . Et puisses-lu jtmais , gémissant à ton tour. Ne regretter celui qui mourut sans se plaindre , Et qui t'aimait de tant d'amour !

ItOcembre 1821

^tfe (Eïnqmèmg,

LA CHAUVE-SOUrxIS.

Que me veux-tu? un ange planait sur mon cœur, et tu l'as effrayé... Viens donc , je te chantera! des chansons que les esprits des cimetières m'ont apprises.

itlATURiN. Bertram.

Oui , je le reconnais , je t'ai vu dans mes songes , Ti iste oiseau ! mais sur moi vainemonl lu prolonges Les cercles inégaux de Ion vol lénébrcux ; Desspeclres réveillés porle ailleurs les messages ;

Va , pour craindre les noirs présages , Je ne suis point coupable et ne suis point heureux !

Attends qu'enfin la vierge, à mon sort asservie , Que le ciel comme un ange envoya dans ma vie . De ma longue espérance ait couronné l'orgueil ; Alors lu reviendras, troublant la douce fêle. Joyeuse , déployer tes ailes sur ma tête , Ainsi que deux voiles de deuil!

Sœur du hibou funèbre et de l'orfraie avide, Mêlant le houx lugubre au nénuphar livide , Les filles de Satan t'invo<iuenl sans remords ; Fuis l'abri qui me cache et l'air que je respire; De ton ongle hideux ne touche pas ma lyre , De peur de réveiller des morts !

La nuit, quand les démons dansent sous le ciel sombre , Tu suis le chœur magique en tournoyant dans l'ombre. L'hymne infernal t'invite au conseil malfaisant. Fuis ! car un doux [tarfum sort de ces fleurs nouvelles ;

Fuis , il faut à tes mornes ailes L'air du tombeau natal et la vapeur du sang.

Qui t'amène vers moi ? Viens-tu de ces collines

Oi'i la lune s'enfuit sur de blanches ruines ?

Son front est , comme toi , sombre dans sa pâleur.

Tes yeux dans leur roule incertaine Ont donc suivi les feux de ma lampe lointaine ? Attiré par la gloire , ainsi vient le malheur !

Sors-tu de quelque tour qu'habite le Vertige ,

Nain bizarre et cruel , qui sur les monts voltige .

Prête aux feux du marais leur errante rougeur ,

Rit dans l'air, des grands pins courbe en criant les cimes,

Et chaque soir , rôdant sur le bord des abîmes , Jette aux vautours du gouffre un pâle voyageur?

En vain autour de moi ton vol qui se promène Sème une odeur de tombe et de poussière humaine ; Ton aspect m'importune et ne peut m'effrayer. Fuis donc , fuis , ou demain je livre aux yeux profanes Ton corps sombre et velu , les ailes diaphanes , Dont le pâtre conteur orne son noir foyer.

Des enfants se joûront do ta dent furieuse ; Une vierge viendra , tremblante et curieuse. De son rire craintif l'effrayer A grand bruit; El le jour te verra , dans le ciel exilée ,

A mille oiseaux joyeux mêlée , D'un vol aveugle et lourd chercher en vain la nuit.

Avril 1822.

(ûtit ^xiïtmt.

LE NUAGE

J'erre au hasard , en tous lieux , d'un mouvement plus doux que la sphère de la lune.

SUAtiESPEARR.

Ce beau nuage, ô Vierge ! aux hommes est pareil. Dientôl tu le verras , grondant sur notre tête , Aux champs de la lumière amasser la tempête , Et leur rendre en éclairs les rayons du soleil.

Oh ! (|u'un ange longtemps d'un souffle salutaire Le soutienne en son vol , tel que l'ont vu tes yeux ! Car, s'il descend vers nous , le nuage des cieux N'est plus qu'un brouillard sur la terre.

Vois, pour orner le soir, ce matin il est né. L'astre géant , fécond en splendeurs inconnues , Change en cortège ardent l'amas jaloux des nues : Le Génie est plus grand d'envieux couronné !

La tempête qui fuit d'un orage est suivie. L'âme a peu de beaux jours ; mais, dans son ciel obscur, L'Amour, soleil divin , peut dorer d'un feu pur Le nuage errant de la vie.

Hélas ! ton beau nuage aux hommes est pareil. Bientôt lu le verras , grondant sur notre (êle ,

ODES

Aux champs de la lumière amasser la tempête , Et leur rendre en éclairs les rayons du soleil !

Avril 1822.

OïTje Bt)()iumg,

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