‹ uvres de Victor HugoChapitre 143 sur 599 · DE MONTFORT-L'AMAURY · texte numérisé non relu

DE MONTFORT-L'AMAURY

La voyez-vous croître La tour du vieux cloître , Et le grand mur noir Du royal manoir?

ALFRED DE VlCNY.

Je vous aime , ô débris ! cl surtout quand rautoranc Prolonge en vos échos sa plainte monotone.

Sous vos abris croulants je voudrais habiter, Vieilles tours , que le temps l'une vers l'autre incline , Et qui seiublez de loin sur la haute colline , Deux noirs géants prêts à lutter.

Lorsque d'un pas rêveur foulant les grandes herbes ,

Je monte jusqu'à vous , restes forts et superbes !

Je contemple longtemps vos créneaux meurtriers ,

Et la tour octogone et ses briques rougies ,

Et mon œil , à travers vos brèches élargies ,

Voit jouer des enfants où mouraient des guerriers.

Écartez de vos murs ceux que leur chute amuse ! Laissez le seul poëte y conduire sa muse , Lui qui donne du moins une larme au vieux fort ; Et , si l'air froid des nuits sous vos arceaux murmure, Croit qu'une ombre a froissé la gigantesque armure D'Amaury, comte de Montfort !

Là , souvent je m'assieds , aux jours passés fidèle , Sur un débris qui fut un mur de citadelle. Je médite longtemps , en mon cœur replié ; Et la ville à mes pieds , d'arbres enveloppée , Étend ses bras en croix et s'allonge en épée , Comme le fer d'un preux dans la plaine oublié.

Mes yeux errent , du pied de l'antique demeure , Sur les bois éclairés ou sombres , suivant l'heure , Sur l'église gothique, hélas ! prête à crouler; Et je vois , dans le champ où la mort nous appelle, Sous l'arcade de pierre et devant la chapelle , Le sol immobile onduler.

Foulant créneaux , ogive, écussons , astragales , M'attachant comme un lierre aux pierres inégales , Au faite des grands murs je m'élève parfois ; Là je mêle des chants au sifflement des brises; Et dans les cieux profonds suivant ses ailes grises , Jusqu'à l'aigle effrayé J'aime à lancer ma voix ?

Là quelquefois j'entends le luth doux et sévère D'un ami qui sait rendre aux vieux temps un trouvère. Nous parlons des héros, du ciel , des chevaliers , De ces âmes en deuil dans le monde orphehnes , Et le vent qui se brise à l'angle des ruines , Gémit dans les hauts peupliers !

Octobre 1825.

ODES

^tie Mx-ntmièïnt.

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