UNE- FEE
. . . .La reine Mab m'a visité. C'est elle Qui fait dans le sommeil veiller l'âme immortelle. Emile Deschajips. Roméo et Juliette.
Que ce soit Urgèle ou Morgane , J'aime , en un rêve sans effroi , Qu'une fée , au corps diaphane , Ainsi qu'une fleur qui se fane , Vienne pencher son front sur moi.
C'est elle dont le luth d'ivoire Me redit , sur un mâle accord , Vos contes , qu'on n'oserait croire.
Bons paladins , si votre histoire N'était plus merveilleuse encor.
C'est elle , aux choses qu'on révère Qui m'ordonne de m'allier , Et qui veut que ma main sévère Joigne la harpe du trouvère Au gantelet du chevalier.
Dans le désert qui me réclame , Cachée en tout ce que je vois , C'est elle qui fait , pour mon âme , De chaque rayon une flamme , Et de chaque bruit une voix 5
Elle , — qui dans l'onde agitée Murmure en sortant du rocher ; Et , de me plaire tourmentée , Suspend la cigogne argentée Au faîte aigu du noir clocher ;
Quand , l'hiver, mon foyer pélille , C'est elle qui vient s'y tapir; Et me montre , au ciel qui scintille , L'étoile qui s'éteint et brille , Comme un œil prêt à s'assoupir ;
Qui , lorsqu'en des manoirs sauvages , J'erre , cherchant nos vieux berceaux , M'environnant de mille images , Comme un bruit du torrent des âges , Fait mugir l'air sous tes arceaux ;
Elle , — qui , la nuit , quand je veille , M'apporte de confus abois ; Et pour endormir mon oreille, Dans le calme du soir, éveille Un cor lointain au fond des bois !
Que ce soit Urgèle ou Morgane , J'aime , en un rêve sans effroi , Qu'une fée , au corps diaphane , Ainsi qu'une fleur qui se fane , Vienne pencher son front sur moi !
BALLADES
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